Chapitre 15 : La pièce finale

Après cet épisode, il avait fallut un peu de temps avant qu'Ian ne retrouve son assurance. Le temps jouant en leur défaveur, les Milkovich avaient dû faire tout leur possible pour accélérer ce processus. Il avait toujours une certaine réticence qui persistait mais Ian leur raconta ses différentes visions et ensemble ils mirent bout à bout les informations qu'ils possédaient pour aller mettre la main sur la lance. Entre les plans qu'avait trouvé Mickey, les informations que Mandy avait dépêchées et l'aide d'Ian : ils mirent la journée à préparer leur expédition prévue pour le lendemain.

Ils avaient décidé d'agir dès le matin, voulant profiter du trafic habituel de la journée pour plus de discrétion. Ils prirent la voiture et stationnèrent au coin de la rue, à quelques pas à peine de leur destination. Mandy sortie la première de l'habitacle pour commencer à ressembler ce dont ils avaient besoin dans le coffre, laissant les deux garçons seuls. Mickey lâcha enfin le volant et se tourna vers Ian installé à côté de lui. Ian continuait de fixer droit devant lui, ses doigts s'agitant nerveusement. Ce fut la pression de la main de Mickey sur sa cuisse qui détourna son attention.

« - Ça va aller ? Demanda Mickey en scrutant le visage d'Ian à la recherche de la vérité.

- Oui, répondit ce dernier d'une voix qui laissait peser le doute.

- J'ai... Je suis passé chez Stan chercher ça, murmura-t-il en sortant un médaillon de sa poche, j'ai pensé que maintenant il en aurait moins besoin que toi.

- Je savais pas qu'on était arrivé à l'étape où on s'offre des bijoux, plaisanta nerveusement Ian.

- Je suis pas un type qui aime les fleurs et j'ai tendance à manger le chocolat plus qu'à l'offrir, répondit Mickey pour alléger l'atmosphère.

- Sérieusement, c'est quoi ? Questionna Ian en effleurant l'objet du bout des doigts.

- Vois le comme un bouclier. Stan disait que ça évitait les possessions et les localisation des démons. En gros c'est sensé être un repousse démons et t'en fait pas je veillerai à ce que, ce que tu as vu, ne se produise pas. D'accord ? »

Ian eut à peine le temps de hocher la tête que Mandy tapa à la vitre conducteur pour appeler son frère :

« - J'ai tout. Tu viens ?

- J'arrive, une seconde. Une minute toi, dit-il à l'intention d'Ian, autre chose : tu restes dans la voiture.

- Quoi ? Je croyais...

- J'ai dis que tu serai en sécurité et on sait tout les deux que ça sera plus simple si tu reste là.

- Mickey...

- Fais moi plaisir. »

Ian savait que c'était juste de se plier à sa requête. Après tout c'est lui qui avait eu des crises de panique depuis sa dernière vision, mais quelque chose dans cette décision le frustrait sans pouvoir mettre le doigt sur quoi. Il soupira et Mickey prit ça comme son signal pour quitter la voiture. Il claqua la porte laissant derrière lui un jeune homme vexé mais ne s'attarda pas à jeter un œil derrière lui : il devait se concentrer sur leur mission. Il attrapa l'arme que lui tendait sa sœur et se mit en marche en direction de l'allée. Il s'orienta vers l'un des murs tout en rangeant son arme dans son dos et en tirant à la place son couteau de sa poche. Une fois au pied du mur il entailla légèrement sa main et traça à même la brique le symbole qu'Ian lui avait dessiné après sa vision. Comme le jeune Gallagher l'avait décrit le mur devint trouble, comme s'il s'agissait d'une vision et ce devait être le cas. Les démons avaient dû mettre en place un charme pour camoufler l'entrée de leur quartier. Petit à petit les briques disparurent laissant apparaître une porte massive qui n'était pas là il y a encore quelques secondes à peine. Mickey tourna la tête vers Mandy et celle-ci lui sourit, confiante d'être apparemment sur la bonne voie.

Mandy s'avança vers lui et tendit le bras en direction de la poignée quand son frère la stoppa d'un geste de la main. Elle lui jeta un regard surpris : quelque chose lui avait-il échappé ? Y avait-il un piège qu'elle n'avait pas vu ? Ce n'est qu'en s'apercevant que Mickey évitait son regard qu'elle fut prise d'un mauvais pressentiment. Il n'avait pas encore ouvert la bouche qu'une partie d'elle se doutait déjà de ce qu'il allait lui dire :

« - J'y vais tout seul, dit-il posément.

- Hors de question, répondit-elle sur le même ton. Je t'accompagne, tu as besoin qu'on couvre tes arrières.

- C'est justement pour ça que tu dois rester derrière. On est pas sûr du nombre exact de démons qu'on va trouver là dedans et de leur pouvoir je veux pas que tu prennes de risque.

- Arrêtes de vouloir te lancer dans des missions suicides Mick...

- C'en sera pas une si je me concentre uniquement sur moi, l'interrompit-il, et puis je préfère que tu sois pas loin pour garder un œil sur lui.

- T'es ridicule à la fin ! S'offusqua la jeune fille.

- M'oblige pas à ramener tes fesses dans la voiture. On laisse la porte entre ouverte pour que tu puisse venir au moindre soucis.

- Et comment je saurai...

- Et tu seras avec moi mais pas physiquement, dit il en lui tendant une oreillette qu'il venait de sortir de la poche de sa veste, on sera en ligne. Tu entendras tout et tu peux rappliquer comme ça. Toi et moi on a tous les deux ce qu'on vaut, ça te va ?

- J'aurai préféré venir, maugréa-t-elle, mais vu qu'il n'y a jamais moyen d'avoir le dernier mot avec toi, je vais prendre ce que je peux.

- T'as intérêt. »

Elle glissa l'appareil sur son oreille tandis que Mickey ouvrit la porte face à eux. Celle-ci s'ouvrit dans un grincement presque identique à ces clichés que l'on retrouve dans les films d'horreur : l'entrée inquiétante d'un lieu possédé où le héro allait s'aventurer. En mettant les choses en perspective : c'était exactement ce qui allait se passer et Mandy croisa les doigts pour que l'expédition de son frère finisse mieux que les films qu'ils regardaient à Halloween. Mickey reprit son arme à la main et jeta un coup d'œil à l'intérieur depuis sa place avant de se décider à avancer. Il se stoppa sur le pas de la porte à l'appel de son prénom et se tourna vers Mandy dont les lèvres ne formaient plus qu'une fine ligne d'inquiétude :

« - Fais attention à l'intérieur, murmura-t-elle, joue pas les héros. »

Mickey ne répondit pas mais lui sourit et lui adressa un clin d'œil complice avant de s'engouffrer dans le bâtiment. Le couloir dans lequel il s'aventura était relativement lumineux pour un repaire de démons. La moquette et l'élégante tapisserie du lieu laissaient penser aux couloirs d'un hôtel de luxe, du moins c'est ce à quoi Mickey imaginait qu'un hôtel de luxe devait ressembler. Il avança prudemment, ses pieds s'enfonçant à peine dans le moelleux du sol. Il était aux aguets du moindre son, du moindre mouvement mais jusqu'à présent il semblait être la seule âme dans le coin. Il arriva dans ce qui semblait être un hall avec des couloirs partant de chaque côté et un escalier face à lui. Se remémorant les mots d'Ian il entreprit de monter la volée de marches. Arrivé à l'étage supérieur, il sentit l'atmosphère devenir de plus en plus oppressant. Ce silence de mort et le fait de ne pas croiser âmes qui vivent étaient inhabituels. Cet endroit devait être un point de ralliement de démons dans la théorie, alors où étaient ils donc tous passés ?

Ce silence était pesant et contre toute attente, Mickey eu une impression de déjà-vu : la dernière fois qu'il s'était aventuré dans ce genre de bâtiment dans les mêmes conditions il avait failli y laisser sa peau, heureusement que Mandy avait été là. Peut être qu'il avait été trop hâtif en laissant sa sœur derrière lui ? Il roula des épaules, chassant ces pensées de son esprit et continua d'avancer. En dressant l'oreille, il finit par entendre un bruit au loin. De là où il se trouvait, il lui semblait s'agir d'une voix mais il était incapable de percevoir plus qu'un son. Fur à mesure qu'il continuait de marcher, la voix devenait plus précise, certains mots distincts et il s'aperçut qu'en réalité la voix n'était pas seule, au moins une autre lui répondait. Il se rapprochait de son but, il n'en était plus qu'à quelques pas.

Il arriva près d'une porte entre-ouverte et jeta un coup d'œil par l'entrebâillement. A l'intérieur, il avisa deux silhouettes : celle d'une jeune femme, debout face à un bureau, avec un calepin en main et prenant des notes. L'autre devait être celle d'un homme si Mickey se fiait aux mains qui dépassaient de chaque côté de la femme à chaque fois qu'il lui répondait. Les différentes bagues alignaient sur chaque doigts qui capturaient la lumière à chaque mouvement et la voix grave et suave qui s'élevait donnèrent des frissons à Mickey : il était presque persuadé d'avoir déjà croisé la personne à qui appartenait ces apparats et si son instinct avait raison, ce qui allait suivre n'allait pas être une partie de plaisir.

Mickey attendit quelques secondes, observant les deux individus et s'assurant qu'ils étaient seuls. Autour de lui le couloir était toujours désert. Il profita de l'occasion pour passer à l'offensive. D'un geste expert et rapide, il déboula dans la pièce et n'hésita pas en tirant directement une balle dans la tête de la jeune femme dont le corps s'écroula sur le sol dans un bruit lourd. L'homme face à lui n'esquissa même pas un mouvement tandis que Mickey avait déjà dirigé le canon de son arme sur lui. Il s'avança soudain, posant les coudes sur son bureau et observa Mickey, un sourire aux coins des lèvres. Son visage avait peut être changé mais pas ses habitudes : ses yeux étaient charbonneux, un trait de liner soulignant son regard déjà ténébreux. Ses vêtements semblant datés d'une autre époque exaltaient à la perfection sa musculature : dans d'autres circonstances, dans un autre contexte, Mickey aurait peut être avoué le trouver bel homme. Ce n'était pas un autre moment, c'était ici et maintenant.

L'arme toujours braquée sur lui n'empêcha pas l'homme d'être celui qui brisa le silence entre eux. Paraissant toujours aussi sûr de lui avec son sourire machiavélique, il s'adressa à Mickey d'un ton détaché : « Et ben tu en as mis du temps Milkovich. »

§

« Tu restes dans la voiture. » Les mots tournaient en boucle dans son esprit et Ian savait que, quelque part, Mickey avait raison. Les flashs de visions qu'il avait toujours le rendaient nerveux, l'immondicité qu'il avait pu voir pendant le rituel l'effrayait plus qu'il n'osait se l'avouer et pourtant il ne pouvait se résoudre à laisser Mickey et Mandy prendre des risques à sa place. Cette part de lui qui, depuis son enfance, s'imaginait combattre pour son pays et venir en aide aux plus démunis lui soufflait que toute sa vie il s'était entraîné à se battre et maintenant était le moment plus que jamais de mettre en pratique ses connaissances et ce, malgré l'horreur qui pouvait l'attendre. Il était sensé être celui sur qui on compte, du moins quand sa vie était encore normale.

Il s'arma de courage et dans un élan de braverie entrepris de désobéir à la seule requête de Mickey. Il sortit du véhicule, récupéra à son tour une arme dans le coffre et pris la direction qu'avait empruntée les deux jeunes Milkovich quelques instants plus tôt. Après avoir fait quelques pas dans l'allée un sentiment étrange l'envahit. Ce n'était pas la première fois qu'il avait ce genre de pressentiment et à chaque fois les choses avaient mal tourné. Il se prépara alors psychologiquement au pire, restant sur ses gardes au cas où un démon – ou n'importe quoi d'autre – chercherait à l'attaquer par surprise. Il arriva devant le mur qu'il avait indiqué à Mickey comme celui sur lequel ouvrir un passage. Sans grand étonnement le mur était intact, aucune trace du passage de quelqu'un récemment. Un sort devait faire en sorte que le passage se referme derrière chaque personne. Il soupira, naïf d'avoir espéré que le passage serait encore ouvert étant donné que Mickey et Mandy n'étaient pas parti il y a si longtemps que cela. Il se retourna vers les bennes ornant le passage à la recherche d'un objet tranchant pour réaliser le symbole d'ouverture car dans son urgence de rejoindre les autres il n'avait – bien évidemment - pas pris la peine d'emporter de couteau.

L'idée de fouiller un tas d'ordure ne l'enchantait guère mais cette pensée fut rapidement détournée par la vision d'une silhouette familière au pied de l'un des conteneurs. Il se précipita à ses côtés et constata avec horreur qu'il ne s'était pas trompé : le corps de Mandy était étendu sous ses yeux. De prime abord elle ne semblait pas blessée. Il s'accroupit, déterminé à vérifier ses pires craintes. Se souvenant de l'un de ses cours de secourisme, il approcha une main hésitante jusqu'au cou de la jeune fille. Il apposa deux doigts, à la recherche d'un pouls indiquant qu'elle était encore vivante. Il se figea en réalisant qu'il ne sentait rien. Paniqué, il continua de tâtonner le long de sa nuque : il se trompait, il avait mal vérifié... Soudain il le sentit : le léger battement du sang qui traversait ses veines venait effleurer ses doigts. Il soupira enfin, soulagé. Il l'examina un peu plus attentivement et constata qu'en effet elle n'avait aucune blessure apparente. Peu importe ce qu'on lui avait fait elle semblait donc être uniquement inconsciente et il ne parvint pas à la sortir de cet état malgré ses efforts. Pourquoi était-elle ici ? Et seule ? Elle devait pourtant accompagner Mickey ? Est ce que quelque chose – ou quelqu'un – les avait attaqué avant qu'ils n'aient l'occasion d'ouvrir un passage ? Si c'était le cas Mickey allait avoir besoin de renfort et cela confirma Ian dans son idée de venir à son aide. Il vérifia rapidement que les alentours étaient libres avant de redresser le corps de Mandy contre le mur, profitant de l'occasion pour la dissimuler derrière la benne afin d'éviter que quelqu'un ne la voit et ne s'en prenne à elle pendant son absence. Il fouilla ses poches dans l'espoir qu'elle ait emporté un couteau et en trouva un dans sa poche intérieur.

Il se leva, prêt à aller rejoindre Mickey quand il s'arrêta en plein mouvement : la culpabilité de la laisser seule lui pesait sur la poitrine mais il ne pouvait pas non plus se résoudre à laisser Mickey affronter des démons seul. Même si techniquement c'était ce en quoi consistait sa vie. Il baissa les yeux sur le médaillon que le jeune Milkovich venait de lui donner : il avait dit qu'il s'agissait d'un repousse démons. Au moins, avec cela, Mandy aurait une certaine protection, même inconsciente. Il retira le bijou et le passa autour du cou de Mandy avant de cette fois réellement retourner vers le mur cachant le passage. Il ferma les yeux, essayant de se remémorer correctement le symbole, puis entailla légèrement sa main avant de rapidement dessiner sur le mur avec son sang. En quelques secondes le mur devant lui changea de forme, offrant une large porte à la place, et il s'engagea à l'intérieur sans un regard derrière lui.

§

« Et bien quoi ? Un démon a enfin pris ta langue ? » demanda le démon en soutenant le regard de Mickey de ses yeux dont l'éclat jaune prenait un aspect presque félin.

Cela faisait un longtemps moment qu'il n'avait pas vu ce regard. C'était le souvenir le plus ancien qu'il avait du monde démoniaque. Peu importe le corps qu'il empruntait, le démon donnait à ses hôtes toujours ces mêmes yeux uniques à l'aspect de chat. Enfant, Mickey avait été effrayé par eux et avait mis un long moment avant de tolérer la présence d'un véritable chat près de lui. Pendant de nombreuses années, il avait été traumatisé mais maintenant il n'avait que de la haine pour ce souvenir. Mickey ouvrit la bouche pour répondre quand un bruit strident émana de son oreillette, lui faisait baisser son arme pendant un dixième de secondes. Il l'a releva tout aussi rapidement. Sa ligne avec Mandy semblait avoir été coupé, il n'entendait plus sa respiration ni les bruits qu'elle faisait quand elle oubliait qu'il pouvait entendre – sa spécialité étant habituellement de chantonner une chanson qu'elle avait en tête au grand dam de Mickey. Plus rien et cela l'inquiéta mais il devait rester concentré sur sa propre situation. A son grand étonnement, l'homme n'avait même pas profité de son inattention pour changer sa situation. Il était toujours assis à son bureau, comme si tout cela ne l'affectait pas.

« - Alors on a perdu sa réparti ? Insista le démon, il semblait presque... déçu ?

- Bélial, répliqua finalement Mickey, tu te lance dans la bureaucratie maintenant ?

- Ah revoilà le Mickey que je connais ! Toujours à vouloir prendre des grands airs alors qu'il n'ai qu'un petit ignorant. Tu n'as pas changé : tu es resté comme ce petit garçon effrayé de voir pour la première fois un démon.

- Je peux pas en dire autant. A qui est ce corps cette fois ?

- Peu importe le corps, tu sauras toujours à qui tu as affaire : on oublie pas son premier démon. Un peu comme sa première fois, non ?

- Tu essaie de gagner du temps ? Tu te doutes de ce que je suis venu chercher, après tout c'est l'effervescence chez les démons vous ne devez parler que de l'arrivée du grand patron.

- En effet, ça bavarde pas mal dans le coin et ça dit que tu cherches la lance du destin. Ce qui m'interpelle c'est : qu'est ce qui te fait penser qu'un objet divin est entre des mains démoniaques ?

- Ne me prends pas pour un abruti, j'ai mes sources.

- Elles se trompent, assura Bélial gardant un ton envoûtant et sûr de lui.

- Bélial, soupira Mickey, si tu étais la franchise personnifiée j'envisagerai peut être de douter d'elles pendant une demi seconde mais comme on sait tous les deux que tu mens comme tu respires. Où est elle ?

- Tu crois vraiment que tu es en position de me faire peur ? Demanda le démon en se réinstallant confortablement dans son fauteuil, soutenant le regard de Mickey. Tu crois que venir seul dans un bâtiment grouillant de démons était ta meilleure idée ? Je pense pas que ta petite sœur soit de cet avis, tu aurais mieux fait de la laisser à la maison.

- Tu, balbutia Mickey en portant instinctivement sa main à son oreillette, qu'est ce que tu lui as fait ?

- Moi ? Rien. Mes hommes de leur côté... »

Le coup partit avant même que Mickey est pu préméditer son geste. Ils avaient touché à Mandy, peu importe ce qu'ils avaient fait, et ses instincts de grand frère prirent le dessus. S'il voulait jouer à ça, Mickey pouvait rendre les coups. Il n'attendit pas que Bélial récupère de la balle qu'il venait de lui tirer dans la poitrine – c'était un démon, le coup n'était pas mortel pour lui – et glissa par dessus le bureau d'un geste fluide. Il atterri aux côtés de l'autre homme et profita de son effet de surprise pour l'attraper par le col de sa chemise, le projetant avec force sur son propre bureau. Lui assénant plusieurs coup directement au visage, à la fois à la force de son poing qu'avec la crosse de son arme il ne s'arrêta que lorsque le visage de Bélial perdit toute trace d'humanité, quand il ne faisait plus aucun doute qu'un démon lui faisait face. Il grimpa alors sur le bureau, enjambant le corps ensanglanté du démon. Il apposa avec force son pied sur le torse de l'homme, l'obligeant à rester allonger où il était, et braqua de nouveau son arme sur lui :

« - Je te fais peut être pas peur mais je te promets que si tu ne me dis pas ce que je veux entendre je te renvoie directement d'où tu viens.

- Tu crois que me promettre l'Enfer me fera parler ? L'enfer, les limbes, les tortures et les cris de souffrance : c'est un dimanche après midi pour moi. Je suis un démon supérieur, ce sont les tourments de l'enfer qui m'ont créés alors tes promesses... je m'en contre fou. Ça me fera des vacances et la prophétie se produira bientôt de toute façon avec ou sans moi ici. »

Mickey étudia le visage satisfait – bien que contusionné - du démon. Ils savaient pertinemment l'un et l'autre que ce n'était pas la première fois que Bélial allait et revenait des enfers. Que ce ne serait pas la dernière. Mickey et lui avaient déjà joué cela plusieurs fois et il lui fallait trouver autre chose pour le faire parler que cette menace vide. Le temps lui était compté. Ian était seul dans la voiture, Mandy était... Dieu seul sait ce qu'il avait fait de sa sœur mais ce problème était le prochain sur sa liste. Cette pensée en déclencha une autre. Il tenait son idée et un sourire satisfait apparu alors sur ses propres lèvres, faisant hésiter le démon. Gardant son pied sur le torse de l'autre homme ainsi que son arme pointée sur lui, il passa sa main libre - et légèrement écorchée par les coups qu'il venait d'asséner - dans la poche de son jean et en sortie sa médaille. D'un mouvement rapide et fluide, il changea de position : se laissant tomber à califourchon sur le démon afin de le maintenir avec tout le poids de son corps.

« - Des vacances, répéta Mickey, tu veux des vacances ? Ouais je peux t'offrir ça. Un peu d'exotisme, ça te dit ? »

Les traits sur le visage du démon changèrent soudainement, l'inquiétude s'infiltrant petit à petit et Mickey fut heureux de ce changement. Il apposa la médaille sur le front de Bélial ce qui – malgré la puissance du démon – lui arracha un grognement de douleur. Il jouait un quitte ou double. Si son plan échouait, il perdait l'occasion de remettre la main sur la lance et tout cela n'aurait servi à rien. Il aurait mis sa vie et celle de sa sœur – celle d'Ian – en danger pour rien. Intérieurement, il pria pour que la condescendance démoniaque lui permette d'obtenir les informations dont il avait besoin. En façade, il garda une attitude calme et posée. Il fixa Bélial droit dans les yeux et l'informa de son attention :

« - Tu sais ce qu'est la plus belle chose que Dieu a pu offrir ? L'absolution. Totale et sans condition. Peu importe tes péchés, peu importe ton origine. Et le plus beau ? C'est que cette chose magique t'ouvre les portes du paradis ! D'un claquement de doigt tu peux passer de l'être le plus horrible au prochain arrivant au pays du Seigneur. Magnifique non ? Et tu sais quoi ? Comme tu veux changer de paysage, tu as de la chance : je vais t'offrir le voyage ! Une jolie absolution pour mon démon préféré ! Un démon au paradis, minauda Mickey, une première ! J'aimerai tellement pouvoir voir ça ! Ça vaudra certainement le détour !

- Tu ne peux pas, murmura Bélial incertain.

- Tu veux parier ? Le défia le jeune homme, Deus, Pater misericordiarum,qui per mortem et resurrectionem Filii sui mundum sibi reconciliavit... »

Tandis que Mickey commençait à psalmodier, le démon commença à se contorsionner. Bougeant d'avantage à chaque mot prononcé, Mickey dû renforcer sa poigne sur lui pour le forcer à rester en place. La respiration de Bélial s'accélérait, des grognements de plus en plus important s'échappant de ses lèvres mais Mickey ne se laissa pas déstabilisé et continua son sacrement :

« - et Spiritum Sanctum effudit in remissionem peccatorum, per ministerium Ecclesiae indulgentiam tibi tribuat et pacem.

- Arrêtes ! Hurla soudain le démon et Mickey se stoppa net.

- Alors ? Où est la lance ?

- Arrêtes. Je... je l'ai pas, ok ?

- Bélial, Bélial, susurra Mickey, moi qui pensait qu'on allait dans la bonne direction ! Je vais être contraint de continuer si tu n'es pas plus coopératif ! Et ego te absolvo a peccatis tuis in nomine Patris...

- Je te jure ! L'interrompit l'homme dans un cri. Elle était bien là mais plus maintenant. Je... je devais juste l'avoir pour la transiter.

- Je suis pas convaincu... et Filii...

- C'est vrai ! Ça devait être un leurre pour obtenir le dernier élément ! On devait faire croire qu'elle était là alors qu'on l'a donné à l'exécuteur peu de temps après qu'on me l'ai confié. C'est tout ! C'est pour ça que tes sources t'ont amené là, c'était le but !

- Où est elle maintenant ?

- Je sais pas. Le gars a lancé un sort dessus pour qu'elle soit introuvable.

- Qui ?

- Le type qu'ils ont envoyé. Je l'avais jamais vu et, honnêtement, c'est pas le genre avec qui je traîne. J'ai pas posé de questions. C'était pas mon boulot et je peux pas t'en dire plus...

- Dans ce cas, maugréa Mickey en se relevant, et Spiritus Sancti. »

Le démon ferma la yeux se préparant aux répercutions du sacrement de Mickey. Tout son corps était devenu rigide comme s'il s'attendait à être frappé par les foudres divines d'un moment à l'autre. Rien ne se produisit. Rien sauf le bruit sourd de semelles sur le sol et de mouvements de tiroirs. Mickey était redescendu du bureau et fouillait parmi les documents à la recherche de la moindre information qui pourrait le mener sur une piste et que Bélial lui aurait caché. Se sentant observé, Mickey releva les yeux sur le démon dont le regard incrédule lui arracha un sourire moqueur. Il ne prit pas la peine de s'arrêter dans ses recherches mais expliqua tout de même :

« - Il faut la demander l'absolution pour l'obtenir. Abruti. »

Un soupire de soulagement s'échappa finalement des lèvres de l'homme. Ce dernier se transformant peu à peu en rire. Le fou rire hystérique sans raison apparente du démon attira l'attention de Mickey qui s'interrompit cette fois dans sa fouille pour regarder l'homme mort de rire allongé devant lui. Quelque chose clochait : certes le soulagement pour un démon de ne pas allait au paradis était compréhensible mais Mickey avait la sensation qu'il s'agissait d'autre chose. Comme si Bélial se moquait de lui. Comme si... comme si c'était lui qui avait gagné en fin de compte. Exaspéré – et ne trouvant rien – le jeune Milkovich laissa retomber ce qu'il tenait à la main dans le tiroir et le claqua d'un geste vif :

« - Qu'est ce qui te fait rire comme ça l'abruti ?

- C'est vrai, s'exclama Bélial entre deux éclats de rire, ça a marché !

- Qu'est que tu racontes ? Demanda Mickey dubitatif

- La pièce finale, répondit Bélial en cessant de rire et en se redressant sur ses coudes, l'idée de la lance à vraiment servi d'appât et tu nous l'a apporté sur un plateau ! Comme c'est gentil de ta part ! »

Mickey fronça les sourcils prit de court par la tournure des événements. Il ne comprenait pas où l'autre homme voulait en venir. A aucun moment, il n'avait apporté avec lui autre chose qu'une arme alors comment avait-il pu être celui qui leur donnait l'élément final dont ils avaient besoin. D'ailleurs qu'est ce qu'il pouvait encore leur manquer pour le rituel que Mickey possédait ? A sa connaissance, en dehors de la lance pour le sacrifice à proprement parlé, tout ce qui manquait était... Ses yeux s'agrandirent à la réalisation. Non ce n'était pas possible. Il l'avait laissé loin de lui, interdit de s'approcher, lui avait donné un pendentif pour le protéger. Il était impossible qu'ils aient mis la main sur Ian. Il était impossible que ce soit lui l'idiot à leur avoir fournit le véhicule de Lucifer. La peur le gagna : le démon bluffait c'était la seule option possible. La seule que Mickey acceptait. Le sourire carnassier se profilant sur le visage de Bélial finit d'enfoncer le clou : d'une façon ou d'une autre il avait définitivement merdé. Il se figea, incapable de trouver la moindre chose à dire aux provocations du démon. Ce qui ne semblait pas le dérangeait car celui-ci continua sans attendre de réponse :

« - Entre mon grand, susurra Bélial en inclinant la tête légèrement en direction de la porte derrière lui, ne fait pas ton timide ! Rejoins nous. »

Ses craintes furent alors confirmées quand il aperçut la silhouette d'Ian sortir de derrière la porte et entrer dans le bureau. Il déglutit en voyant le regard que Mickey posait sur lui. Il lui avait promit de ne pas venir et il était là, a quelques pas à peine d'un démon qui n'attendait que lui. Ian lui lança un regard désolé. Avant que l'un des deux jeunes hommes ne puissent dire quoique ce soit, Bélial se releva du bureau et sauta sur ses pieds. Il commença a contourner le meuble en direction d'Ian. Avant qu'il est put émettre le moindre mouvement, Mickey dégaina de nouveau son arme et la pointa directement sur la tête de Bélial.

« - Pas un pas de plus vers lui, le menaça Mickey en déclencha le cran de l'arme.

- Un vrai pitbull, musa le démon en levant les mains de façon défensive, tu sais que c'est trop tard. L'heure du rituel approche et nous avons tous les éléments pour l'accomplir.

- Retournes à la voiture, ordonna Mickey à Ian.

- Il n'ira pas loin. Mes hommes ont ordre de le garder. Dès l'instant où il a mis un pied là, il n'aurait jamais pu repartir.

- C'est ce qu'on va voir. Retournes à la voiture, répéta Mickey à Ian qui n'avait pas encore bougé d'un pouce.

- Il ne partira pas, tonna Bélial dont le regard était devenu glacial, j'ai ordre de ne pas l'abîmé. Uniquement. »

Les yeux de Mickey s'agrandirent de nouveau en comprenant le projet du démon. Il hurla à Ian de courir qui finit par obéir et tira sur le démon. Le coup parti trop tard alors que de la fumée noire quittait le corps de l'homme face à lui. Sans attendre son reste, Mickey se mit à courir à son tour. Rattrapant Ian au détour d'un couloir. Les deux jeunes hommes sprintèrent, tandis que le sol commençait à trembler sous leurs pieds. L'escalier était au bout du couloir qu'ils empruntaient et Mickey accéléra hors d'haleine. Ian – à bout de souffle également – tenta de lui demander ce que le démon comptait faire pour l'obliger à rester.

« - Il va essayer de te posséder. Je sais que j'ai dis que l'amulette te protéger mais Bélial est un démon supérieur de premier rang et je sais pas si elle tiendra le coup. »

Ils étaient arrivés en haut de l'escalier quand Mickey lui expliqua cela et la mention de l'amulette fit stopper Ian dans son élan. Ses pieds étaient sur la première marche alors que Mickey avait commencé à dévaler les escaliers. Constatant qu'il était seul, il s'arrêta à son tour et fit demi tour au pas de course.

« - Qu'est ce que tu fous !? » S'exclama-t-il mais fronça les sourcils quand il vit la main d'Ian à sa poitrine, sans chaîne : « Où est l'amulette ?

- Mandy, murmura Ian, elle était inconsciente alors j'ai pensé... »

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase ou s'il le fit Mickey n'eut pas le temps de l'entendre. Le démon avait été encore plus rapide que ce qu'il avait anticipé. La fumée les avait déjà rattrapé et l'avait percuté de plein fouet. La force du coup le déstabilisa, lui faisant perdre l'équilibre sans la possibilité de se rattraper. Il eut le temps de sentir les doigts d'Ian frôlant sa peau, une faible tentative de le secourir, avant de tomber dans les escaliers. Il put entendre la voix d'Ian hurler son nom, l'écho résonnant tout autour de lui, juste avant que sa tête ne percute les premières marches. Un bruit de craquement d'os s'éleva et se mêla au râle que lâcha Mickey pendant sa chute. Il sentit chaque marche qui percutait son corps, martelant successivement ses bras, ses côtes, ses jambes, son abdomen. Quand sa tête percuta une fois de plus les escaliers et que la douleur qu'il ressentait atteignait son paroxysme, il succomba et se laissa entraîner dans l'inconscient. La voix d'Ian l'appelant, ses mains frôlant sa peau... toutes ses sensations étaient encore présentes malgré la douleur. Malgré l'obscurité grandissante qui, finalement, l'engloba complètement sans qu'il ne puisse plus lutter.


Note : Un blocage d'écriture gigantesque et une nouvelle obsession pour l'univers des Shadowhunters (dont j'accuserai le retard de publication si rj'étais de mauvaise foi totale) plus tard: voilà enfin le nouveau chapitre ! On se rapproche de la fin et j'espère ne pas avoir perdu tout le monde avec mes temps d'attentes longuets entre deux mise à jour ! Courage on arrive bientôt au rituel ! ;)