Disclaimer : Les personnages du roman Dracula de Bram Stoker ne m'appartiennent pas.

Ceci est le dernier chapitre. Finalement, cette fiction aura été plus courte que ce que j'imaginais.


Ma cinquième loi : Ne jamais tomber amoureux.

En fait, j'avais déjà violé cette règle. J'étais tombé amoureux d'elle depuis que je l'avais vue si faible, si vulnérable. J'étais devenu fou de cette magnifique jeune femme.

A notre retour d'Irlande, nous eûmes une conversation sur l'avenir de notre relation, sur ce que nous devrions faire pour éviter de nourrir des bruits de couloirs et autres ragots. Ce ne fut rien de bien méchant. Nous tombâmes d'accord très rapidement. Peut-être un peu trop rapidement d'ailleurs. D'ordinaire, Yseult avait tendance à me contredire, à me résister un peu mais là, rien. Je fermai les yeux : je devenais paranoïaque. Ma jolie rousse n'avait rien de changé, elle avait du bon sens voilà tout.

Ensuite, nous allâmes nous coucher mais une petite partie de moi restait en alerte. Comme d'habitude, Yseult s'endormit presque immédiatement. Elle était si innocente, si angélique quand elle dormait. Distraitement, j'enroulais l'une de ses longues mèches écarlates autour de mon index. J'adorais la moindre parcelle de son être, de son caractère, de son physique. Elle était parfaite. Parfaite et pourtant quelque chose me faisait douter d'elle. Mon instinct peut-être. Quelque chose de mauvais aurait lieu entre elle et moi. Non ! Non ! Je devais arrêter de douter d'elle. Que pourrait-elle me faire ? Elle m'aimait. Je l'aimais. Tout allait pour le mieux dans un monde loin d'être parfait.

Je m'allongeais tout contre elle et tentais de profiter d'un instant de paix. Malheureusement, rien ne fonctionnait comme je le voulais. Je fus assaillis de nouvelles pensées de doutes. Pire, j'eus une sorte de vision, de présage. Je vis une silhouette pointer une arbalète pile sur mon cœur. Je sentis même le carreau s'enfoncer dans ma poitrine alors que j'étais mis à mort.

Je me réveillai en sursaut puis me levai pour aller à la salle de bain et me passer un peu d'eau sur le visage. En face du miroir, je contemplais l'invisible : je n'avais pas de reflet. C'était bien réel. C'était la seule chose qui pouvait trahir mon identité. A nouveau, je repensais à mes victimes, à tout ceux que j'avais croisés et qui avaient connu le trépas. C'était ce qui allait se passer avec Yseult. Elle mourrait par ma main (ou plutôt mes crocs) ou par l'effet du temps.

Bientôt un petit bruit de pas me fit me tourner vers la porte de la salle de bain. Quelques secondes plus tard, je vis Yseult s'approcher. Elle ne vit pas mon reflet dans le miroir et ne pu qu'ouvrir la bouche, étonnée que ce fait soit vrai. Sa surprise passée, elle me demanda d'une voix sincèrement curieuse :

-Tu n'as pas de reflet ? Co... Comment cela se fait ?

-Tu le voix bien... Ou plutôt tu ne le vois pas mais bon, tu m'as compris. Je n'ai pas de reflet parce que j'ai été privé de mon âme...

-Privé de ton âme ? Mais, tu en as une, j'en suis certaine !

-Non, je n'ai pas d'âme et apparemment, le reflet viendrait de l'âme. D'un autre côté, on reflète bien quelque chose alors pourquoi pas ce qu'on est à l'intérieur, c'est-à-dire notre âme... Enfin, ce n'est qu'une théorie.

-Arrête de te prendre la tête. Reviens te coucher, mon chéri, susurra-t-elle d'une voix suave.

-Je ne peux pas m'empêcher de réfléchir.

-Au fait, comment as-tu réussi à ne pas te faire repérer pendant toutes ces années ?

-J'évite soigneusement tous les endroits où on pourrait remarquer que je n'ai pas reflet. Bon, parfois on ne peut pas éviter mais, en terme général, ce sont des endroits où personne ne fait attention : un reflet dans la carrosserie d'une voiture...

-Eh bien... Tu as été fort pour ne pas te faire prendre pendant tout ce temps.

-Oh... J'ai déjà été pris plus d'une fois.

-Et personne n'a essayé de te tuer ?

-Si, malheureusement mais j'ai eu le dessus à chaque fois. Il n'y a que Van Helsing qui a réussi à s'en sortir...

-Van Helsing ? LE Abraham Van Helsing ? Le personnage du roman de Bram Stoker ?

-Oui, je parle de bien DU Abraham Van Helsing.

-Stoker n'a pas jugé bon de changer son nom ?

-Eh bien... Il a changé son prénom et son origine. Van Helsing était bel et bien d'origine hollandaise mais cela remontait à bien des décennies voire des siècles. Je doute même qu'il ai jamais vu la Hollande.

-C'est fou ça ! Dire que je prenais tout ça pour de la simple fiction pas très intéressante !

-Va te recoucher, Yseult.

Elle m'obligea à la suivre jusqu'à la chambre et elle se rendormit dans mes bras. Je ne refermai pas l'oeil de la nuit. Si tant est que je puisse réellement dormir. Le sommeil n'était pas important pour moi, ce n'était qu'un luxe.

Des jours passèrent, puis des semaines et mon mauvais pressentiment ne me quittait pas. Bientôt arriva Noël et cette période dégoulinante de bonnes attentions. Je ne comprenais pas qu'on puisse être tant hypocrite. Néanmoins, j'avais prévu de cuisiner un bon repas de Noël pour ma Dulcinée. J'étais sortis seul, j'en profitais aussi pour lui acheter un cadeau : un pendentif baroque délicatement ouvragé.

Ce fut les bras chargés de provisions que je revins chez moi. Je savais qu'Yseult m'attendait calmement. Elle était certainement en train de réviser pour ses partiels. A peine eus-je passé la porte qu'elle fondit sur moi comme un oiseau sur sa proie. Finalement, cette comparaison s'avéra beaucoup plus adéquate que ce que je m'imaginais. Elle m'embrassa. Elle était habitée par une douceur incroyable. Sur le coup, j'eus envie de plus mais j'avais d'autres choses à faire et elle aussi. Les jours suivants furent tranquilles. C'était le calme avant la tempête.

Le réveillon de Noël arriva. Je m'attelai à la préparation du repas pendant une grande partie de l'après-midi tandis qu'Yseult s'acharnait sur ses révisions. Le soir vint plus vite que ce à quoi je m'attendais. Nous passâmes la soirée à boire verres de vin sur verre de vin, à fumer sur cigarettes sur cigarettes (Ce soir-là, la belle créature fuma), à manger ce que j'avais préparé, à discuter et à rire. C'était une si belle soirée. A minuit, je me levai et allai chercher le présent que je comptais lui offrir. De ses doigts gracieux, elle arracha l'emballage. Elle poussa un petit cri de joie et me sauta au coup en découvrant le pendentif. Le baiser qu'elle me donna ensuite avait un petit côté sauvage mais il avait aussi un petit goût de dernier baiser.

-J'ai aussi un cadeau pour toi ! Attends, je reviens !, s'exclama-t-elle avec un grand sourire insouciant.

Elle courrait presque jusqu'à ma chambre. Un sourire béat éclaira mon visage pendant un bref instant. C'était parfait. Mon monde était parfait. Je me sentais bien. Rien n'avait plus d'importance à part mon couple. Je m'assis dans le canapé, rejetais la tête en arrière et ferma les yeux. Je fus interrompu dans ce moment de contemplation par la morsure du métal sur ma peau. Je grognais de douleur et me faufilais pour échapper à mon bourreau.

Je dû écarquiller les yeux plusieurs fois avant de comprendre que ce que je voyais n'était pas un rêve ou une hallucination. Ce qu'il se passait était irréaliste. Yseult se tenait face à moi avec une arbalète dans les mains.

-Y... Yseult, que se passe-t-il ? Tu me fais une blague ?

-Crois que c'est une blague si tu veux, Vlad.

-Depuis quand m'appelles-tu Vlad ? Je... Je ne comprends rien.

-Tu as toujours été Vlad. Tu es Vlad III. Tu es Vlad l'empaleur. Tu l'as toujours été pour moi.

-Quoi ? Mais qu'est-ce que tu racontes ?! Quand je t'ai rencontré, je me suis présenté comme Gabriel Mason !

-Tu es peut-être idiot mais je ne le suis pas. Je t'ai cherché, pas aussi longtemps que les autres membres de ma famille l'ont fait, je te l'accorde, mais je t'ai pas trouvé immédiatement. Tu te souviens de la conversation qu'on a eu sur Van Helsing ?

-Euh... oui... Oh, merde ! Je crois que je viens de saisir : tu es l'une de ses descendantes !

-Bingo ! Je suis l'arrière-arrière-arrière-petite-fille de Van Helsing. Il vous a raté mais je ne compte pas faire la même erreur que lui ! Sois en sûr, démon !

-Mais pourquoi m'as-tu séduite ainsi ?

-C'est tellement plus facile d'écraser un homme une fois qu'on le tient sous sa coupe et quoi de mieux que de le séduire, de le mettre dans son lit et de le tuer ensuite ?

-Ok... Mais pourquoi as-tu attendu si longtemps ?

-Je n'ai pas sûre à 100% que tu étais Dracula. Je n'étais pas sûre de ce que tu me disais dans ta baraque en Irlande. J'ai eu la preuve de ta nature impure le soir où l'on a eu notre petite conversation sur mon aïeul. Je ne voulais pas prendre le risque de tuer un innocent.

Là, passa dans ses yeux une lueur de regret. Regrettait-elle que je sois bel et bien Dracula ? Même si elle restait de marbre, une petite larme roula sur sa joue.

-Bon. Je suis prêt à connaître mon destin. J'attendais la Grande Faucheuse depuis si longtemps. Vas-y abrège mes souffrances ! Je vais enfin revoir ma douce et tendre Ileana. Libère-moi de ma malédiction !

-C'est dommage, tu n'as l'air de t'accrocher à la vie, dit-elle d'une voix grave.

-Si tu m'as aimé un tant soit peu alors j'accepte la mort avec plaisir.

-Mais j'ai tout simulé ! Je n'ai fait que de te mentir, espèce d'abruti !, s'énerve-t-elle.

Je voyais bien qu'elle s'était quand même attachée à moi. Tous les sentiments ne pouvaient pas être totalement simulés.

-Pas grave, alors. Je vais retrouver l'amour de ma vie même si j'aurais été tué par une garce. Dis, tu pourrais t'arranger pour que mes chats ne soient pas abandonnés à la mort... je ne sais pas, récupère-les. Je sais que tu aimes les chats. Ton cœur n'est pas entièrement fait de pierre alors je suis persuadé que tu feras le mieux pour eux.

Ce qu'il se passa ensuite dépassa tout simplement l'entendement. Elle pressa ses lèvres sur les miennes une dernière fois. C'était le dernier baiser, le dernier adieu. Celui-là était uniquement empreint de cette émotion. Il avait le goût de la folie et du désespoir. Quelques secondes plus tard, le carreau de l'arbalète vint se ficher dans mon cœur. Tout en moi commença à se dessécher. Bientôt je tomberai en poussière. Mais avant, je sentis le feu en moi et je souris. Je n'étais plus un être glacé, bloqué dans un monde qui n'était plus le sien.

Oui, c'était fini pour moi. J'avais fait mon dernier tour de piste. Je retrouverai l'amour de ma vie de l'autre côté... A moins que je ne sombre dans les ténèbres, dans les enfers.

Il fallu bien peu de temps pour que mon corps ne soit plus que poussière.

Je suis né de la poussière et c'est à la poussière que je suis retourné.

Qui se souviendra de moi ? Qui se souviendra de Vlad III, fils du Dragon ? Qui se souviendra de celui que j'ai été ? Qui se souviendra de l'homme en quête de rédemption que j'étais ? Ces interrogations n'avaient plus cours là où j'allais.

Yseult contempla le tas de cendre à ses pieds. Voilà tout ce qu'il restait de Gabriel Mason plus connu sous le nom de Dracula. Nous étions bien peu de chose. Elle s'agenouilla et de grosses larmes roulèrent sur ses joues. Il avait toujours eu raison sur son compte : elle s'était comportée comme une garce sans cœur, elle lui avait menti -notamment sur les abus sexuels- mais nom de Dieu, elle l'aimait. Elle l'aimait mal, certes, mais elle l'aimait.

Pourquoi avait-elle décidé de le tuer vous demanderez-vous... C'était assez simple. Sa famille s'était donné pour mission de tuer ce vampire. Par conséquent, elle avait écopé de cette saleté de mission et la mission et l'honneur de sa famille avaient été plus forts que son « amour » pour Dracula. Peut-être était-ce le mauvais choix... Peut-être auriez-vous fait autrement...

Peut-être...

Toujours est-il que Dracula retrouva bel et bien Ileana de l'autre côté. On dit qu'ils vécurent ce qu'ils auraient dû vivre de leur vivant.

De son côté, Yseult dû vivre avec la culpabilité d'avoir tué cet homme qui, au fond, n'était pas pire qu'un autre... Il était peut-être meilleur que beaucoup d'hommes. Quelques minutes après avoir tué le vampire, elle s'empara d'une boîte et y recueilli les restes du vampire. Elle les dispersa dans un puissant vent d'ouest. Ainsi, il continuerait de voyager comme il l'avait fait au cours de sa longue vie. Yseult fut incapable de quitter la maison de Dracula et y demeura jusqu'à la fin de ses jours.


Voilà, j'espère que cela vous aura plu. Ce dernier chapitre aura été très difficile à écrire (et j'ai bien peur de l'avoir bâclé).

En espérant ne pas vous avoir trop démoralisé. Peut-être à bientôt pour une nouvelle fiction.

-Neolysia-