Disclaimers: Supernatural, son univers et ses personnages ne m'appartiennent pas et je ne tire aucun profit de cette fanfiction.

ATTENTION, ce chapitre contient une tentative de description d'une crise d'angoisse. Rien de particulièrement explicite mais on ne sait jamais. Pour cette raison, je monte le rating de l'histoire à K+ pour ce chapitre.

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Episode 6

Lisa, part 1

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Après l'Apocalypse, Castiel disparait pendant quatre mois.

C'est le début de l'été. Le monde s'explique les catastrophes sans précédent des derniers mois tant bien que mal. Dean range l'Impala au fond du garage des Braeden, remplace ses fusils de chasse par un vieux barbecue et un tuyau d'arrosage.

Le soleil dessèche les patères de fleurs devant la maison, alors il se fait un devoir de les garder bien arrosés jusqu'à l'arrivée de l'automne et du gel.

Lisa l'accueille chez lui avec un doux sourire et une bière bien fraiche. Elle lui propose sa chambre d'ami « pour le moment » et l'observe s'installer en attendant le bon moment pour l'interroger. Dean sent ses œillades le matin, lorsqu'il se traine jusqu'à la cafetière, ébouriffe les cheveux de Ben et se tartine un pancake. Il sent ses œillades lui vriller la nuque lorsqu'il grille des steaks sur le vieux barbecue pendant les fêtes de quartier. Entre les verres de limonade, elle le surveille en silence.

Parfois, elle teste les eaux. J'ai lu qu'il y avait de mystérieuses disparitions à Seattle, est-ce que tu penses aller voir? Ça fait un moment que tu n'as pas sorti l'Impala du garage… La première semaine, elle demande pour Sammy, mais à sa réaction elle comprend que ce n'est pas un sujet sur lequel elle peut s'aventurer.

Dean ne lui répond qu'à demi-mots. Au-début, il change de sujet avec quelques plaisanteries. Puis, avec les jours qui s'enchainent et les semaines qui leur filent entre les doigts, il la fait taire de ses mains et de ses lèvres. Il dissimule son visage sous sa peau.

Dean n'est pas amoureux de Lisa, et qu'elle le veuille ou non, il sait aussi que Lisa n'est pas amoureux de lui. Ils ne se laissent à nouveau entrainer dans les bras l'un de l'autre que dans un désir mutuel d'affection et de chaleur. Dean aime la douceur et la fermeté de Lisa. Il aime comment elle lui caresse les cheveux après l'amour, la façon dont elle lui tient tête et ne se laisse jamais marcher sur les pieds. Il aime sa patience et sa gentillesse et sans doute en abuse-t-il, mais pour le moment c'est ce dont il a besoin. Il aime l'amour qu'elle donne à Ben, les tasses de café qu'elle lui sert au milieu de la nuit sans mot.

Cependant, il n'est pas amoureux d'elle.

Dean croit avoir déjà été amoureux. Il croit savoir à quoi cela ressemble, et il est certain que l'affection qu'il a pour Lisa n'a rien à voir. Mais il n'est pas à la recherche de l'histoire d'amour parfaite, des battements de cœur affolés et des papillons dans l'estomac. Il veut juste quelqu'un qui veuille bien de lui, et c'est le cas de Lisa.

Il ne pleure pas une seule fois après ce premier jour où il s'effondre devant elle. Ce n'est de toutes les façons pas comme s'il a besoin de ravaler ses larmes. Il a tellement enterré son chagrin au fond de lui qu'il est désormais anesthésié. Le masque souriant et tranquille qu'il s'est posé sur le visage ne fait maintenant plus qu'un avec ses chairs.

Il ne pense pas à Sammy, pas aux pentacles dessinés sous les tapis et derrière les rideaux des fenêtres. Il n'appelle pas Bobby. Et, surtout… surtout, il ne prononce jamais le nom de Castiel, pas même en pensée. Il a peur que le mot sur ses lèvres ressemble à une prière. Que l'ange apparaisse au milieu du salon des Braeden, ou pire : n'apparaisse pas.

Dean n'est pas stupide. Il sait pertinemment qu'il ne sera pas oublié. Qu'un jour, il ira faire des courses avec Ben, et qu'entre les conserves de petits pois et les boites de pâtes instantanées quelqu'un le regardera, et ses yeux seront entièrement noirs.

Mais une partie de lui, et cette partie de lui, parfois, a la voix de Sammy, espère et se persuade que cette vie simple, comme tout-le-monde, n'est pas qu'une illusion. Et parce qu'il l'a promis, Dean s'y accroche désespérément.

Un jour, il est en train de tondre la pelouse dans la chaleur de Juillet. Lisa est sur la véranda, chapeau à bords larges posé sur la tête et magazine étalée sur les jambes. Le soleil donne à sa belle peau bronzée une incandescence surnaturelle. Ses longs cheveux bruns ondulent sur ses épaules, parés de reflets auburn.

À chaque tour de jardin, Dean contemple ce visage paisible et ces longues jambes dorées.

Ils peuvent entendre les enfants crier du terrain de basketball. Ben s'y est rendu pour l'après-midi et de temps en temps, Lisa jette un coup d'œil vers les aiguilles de sa montre. Il est facile de se laisser dérouter par les journées d'été; elles semblent infinies et s'achèvent toujours avec une brutalité inattendue.

Dean pense aux packs de bière qui l'attendent dans le frigo et essuie la sueur qui dégringole sur son visage avec un soupire.

Dans les moments comme celui-ci, il est heureux.

Malheureusement, ou bien heureusement peut-être, une vie n'est pas uniquement constituée de ce genre d'instants volés.

« Ça ne peut plus continuer comme ça Dean. » murmure parfois Lisa dans le silence de sa chambre.

Sa chambre parce que peu importe le temps que Dean y passe, il n'arrive pas à la considérer comme la sienne ; comme la leur.

Il est allongé à ses côtés dans le grand lit aux draps fleuris. La fenêtre est ouverte car la chaleur est suffocante, et il peut entendre un chien aboyer et des voitures passer lentement dans la rue en contrebas. Les couvertures ont été rejetées au bas du lit et ils sont nus, couverts de sueur. Dean fixe le plafond obscur et les cheveux de Lisa sont une rivière sombre sur son épaule.

« Dean. » appelle-t-elle et cette fois-ci, le ton de sa voix est dur.

Dean sait que c'est le ton qui signifie « si tu ne me regardes pas tout de suite, tu dors sur le trottoir », alors il tourne la tête et tombe dans les prunelles sombres à travers la pénombre. Il y a des rides entre les sourcils de Lisa, mais son expression est plus lasse qu'ennuyée.

Dean ne sait même pas comment cette dispute a commencé. Il n'a aucune idée de ce qu'il a bien pu dire, mais probablement est-ce quelque chose qu'il n'a pas dit.

« Ça va faire deux mois, dit Lisa en secouant doucement la tête. Deux mois et je ne sais toujours pas ce qui t'est arrivé. Je ne sais toujours pas si tu vas rester.

- Je vais rester Lisa, murmure Dean mais il réalise en le disant, qu'il n'en est même pas sûr.

- Tu ne te crois même pas toi-même. Je ne peux pas mettre ma vie en attente pour toi. Je t'ai donné deux mois mais maintenant j'ai besoin de réponses. J'ai besoin d'être sure, Dean. »

Dean soupire, se frotte l'arrête du nez. Sa main sent encore le sexe de Lisa.

« Sure de quoi?

- Que tu ne t'en iras pas, que tu es là pour construire quelque chose de sérieux. Que l'on peut commencer à se bâtir des projets d'avenir.

- Je ne serais pas revenu si ce n'était pas sérieux. Je ne t'aurais pas fait ça. »

Elle soupire, secoue la tête, serre les dents. Dean ne comprend pas ce qui l'énerve. Il a envie de fuir cette conversation. De monter dans l'Impala et de partir. N'importe où. Mais il sait que des fantômes l'attendent à l'extérieur. Et il a aussi promis. Alors il reste à sa place, regarde le visage de Lisa et s'intéresse aux accusations qui s'échappent de ses lèvres.

« Tu ne veux toujours pas me dire ce qui t'est arrivé, murmure-t-elle et il y a une tendresse désespérée derrière ses mots.

- C'est parce que ce n'est pas important, ment Dean.

- Quoi? Sam n'est pas important?

- Lisa.

- Dean, je ne peux même pas prononcer son nom. Tu ne veux même plus regarder l'Impala. Évidemment que c'est important! Tu as besoin d'en parler à quelqu'un. »

L'absence de Sam est une brulure infernale dans la poitrine de Dean. Une douleur qui se répand en lui comme s'il était à nouveau broyé par Alastair. L'image de son cadet lui revient, son visage et son dos juste avant le saut final. Et brusquement il ne peut plus respirer, l'air est coincé dans ses poumons et il halète péniblement.

« Dean. »

Lisa se redresse, pose une main sur son épaule, mais il la repousse et se lève. La salle de bain est au bout du couloir. Son esprit bourdonne. Il ramasse ses sous-vêtements, parcoure le chemin à tâtons. Il entend vaguement Lisa l'appeler, mais dès qu'il ferme la porte de la salle de bain derrière lui, il est seul à nouveau.

Silence.

Il se contemple dans le miroir. Ne reconnait pas son visage. Il a des cernes sous des yeux qui semblent avoir oublié comment sourire.

Il sait qu'il sourit pourtant. Chaque jour. Lorsqu'il joue au football avec Ben, aide Lisa à la cuisine, la complimente sur ses vêtements, aide Ben à faire ses devoirs lorsque le gamin le lui demande – va savoir pourquoi. Il sait que dans ces moments-là, son sourire est sincère.

Il ne ment pas, se persuade-t-il en passant de l'eau glacée sur sa peau brulante.

Il ne ment pas.

Plus tard, il constate que Lisa s'est enfermée. Il se traine jusqu'à la chambre d'amis avec un pack de bière.

La chaleur est comme un vêtement sale qui refuserait de le quitter.

Il s'assoit par terre, adossé au lit et face à la fenêtre ouverte. La nuit est calme, le ciel vide de tous nuages. S'il se concentre, il peut voir quelques étoiles ; celles qui brillent le plus fort à travers le voile de la pollution. Il boit sa bière en se concentrant sur sa respiration et sur les bruits en provenance de l'extérieur.

Petit à petit, il reprend son souffle.

Il ne dort pas.

« Il y a cette fille… » commence Ben au milieu du mois d'Août.

Il se laisse tomber sur le perron de la maison, à quelques centimètres de lui. Dean est en train des nettoyer le tuyau d'arrosage maculé de terre. Les patères de fleurs sont bien hydratées et semblent briller dans les durs rayons du soleil.

« Hmm, cette fille, répète Dean avec une pointe de suggestivité.

- Arrête, ce n'est pas comme ça! »

Dean se force à ne pas rire lorsque Ben lui enfonce son coude dans l'estomac.

« Comment c'est alors?

- Elle est sympa… contrairement aux autres filles, elle n'est pas stupide, marmonne-t-il.

- Toutes les filles ne sont pas stupides Ben. C'est juste que tu ne les comprends pas encore.

- Pff, est-ce que tu les comprends toi? »

Dean pense aux regards que lui envoie Lisa dans l'obscurité et grimace. À ses côtés, il sent Ben sourire.

« C'est bien ce que je pensais monsieur le Donneur de leçons.

- Attend deux secondes, ce n'est pas des leçons que tu es venu chercher? »

Ben perd de sa superbe. Le ton de sa voix baisse, il grommèle :

« Juste ton avis… je veux juste ton avis sur le sujet. »

Dean rit. Il peut voir le visage de Ben se contracter, ses sourcils se froncer au-dessus de ses yeux sombres. Étrangement, c'est surtout lorsqu'il arbore ce visage boudeur qu'il ressemble le plus à sa mère.

Cette pensée rappelle à Dean la fois où il pensait que le gamin était le sien. Il roule des yeux à son passé et se reconcentre sur le tuyau d'arrosage.

« C'est bon, tu as fini de rire? râle Ben. Je commence à regretter d'être venu te parler.

- Désolé, je ne rirais plus. Tu peux tout me dire. »

Le gamin plisse suspicieusement des yeux mais ne semble rien voir de mauvais dans le sourire innocent que Dean lui tend. À moins qu'il soit tout simplement trop désespéré pour s'embarrasser des moqueries.

« Il y a cette fille, reprend-t-il.

- Oui, il y a cette fille, répète Dean en hochant la tête, gagnant un regard noir.

- Elle s'est installée au coin de la rue au-début de l'été. Elle vient souvent jouer au basket avec mes amis et… et elle est plutôt douée. Elle n'essaye pas de faire comme… comme un garçon, comme la plupart des filles qui sont douées au basket quoi. Elle est juste elle-même et c'est plutôt cool.

- Est-ce qu'elle a un nom cette fille?

- Oh oui! Julia. »

Julia. Dean se répète le nom mentalement et se demande s'il a déjà couché avec une Julia. Si c'est le cas il ne s'en souvient pas.

C'est un joli nom.

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise au sujet de Julia? demande-t-il en levant les yeux vers la rue déserte.

- Je n'ai jamais essayé de parler à une fille pas stupide…

- Ben.

- Oui bon, à une fille comme elle. Je ne sais pas comment l'approcher sans ressembler à un gros connard. »

Dean hausse les sourcils. Est-ce que Ben a pris cette injure de lui? Il espère que non. S'il y a une chose qu'il a appris à craindre plus que Lucifer lui-même, c'est les colères à motivation maternelle de Lisa Braeden.

« Tu peux juste l'approcher comme tu approcherais n'importe qui.

- Comment ça?

- Si Julia était un gars, comment est-ce que tu lui parlerais?

- Je l'appellerais « mon pote »… je ne suis pas sure qu'elle apprécierait ça... quoique si elle est un garçon... non attend, ça devient trop compliqué. »

Dean sourit malgré lui.

« Parle-lui comme tu parlerais à un nouvel ami garçon, mais oublie les « mon pote » et « gars » et autres blagues sexuelles. Ça devrait aller. »

Ben plisse des yeux.

« Ça parait un peu trop simple. »

Un enfant passe devant eux sur une bicyclette verte. Il est le fils de la famille vivant trois pâtés de maisons plus haut. Dean le salue d'un mouvement de main et regarde les roues neuves filer sur l'asphalte.

Aujourd'hui, la chaleur est écrasante. Il semble parfois que le bitume ondule dans le soleil.

« Souvent dans la vie, les choix sont très simples, dit-il d'un ton vague. Le plus difficile c'est de les faire. »

Ils ne disent rien pendant quelques secondes. Le vent lui-même est chaud et la pelouse des voisins commence à jaunir des suites de la sècheresse. Celle des Stevens ne ressemble déjà plus à rien, mais ils ont l'excuse d'être parti en vacances au Brésil au-début du mois.

« Dean?

- Hmm.

- Est-ce que ça va? »

Dean reporte son attention sur Ben. Il a les yeux baissés et joue avec une fourmi qui se balade courageusement entre les carreaux du perron.

« Ouais, bien sur, pourquoi est-ce que tu me demandes ça?

- Ehm… Tu es en train de nettoyer un tuyau d'arrosage. »

Dean regarde le tuyau maintenant propre posé sur ses cuisses. Ben regarde le tuyau avec lui. Quelques secondes s'écoulent puis, inexplicablement, l'hilarité les prend.

Dean entend Lisa dans la cuisine. Elle les observe sans doute de derrière les rideaux, intriguée par leur fou rire. Pour une fois, cette surveillance constante ne l'embête pas.

« Tu devrais ressortir l'Impala, dit Ben, tranquillement. Ça te fera du bien. »

- Oui, peut-être. » acquiesce-t-il.

Il lui faut attendre jusqu'à la mi-septembre pour finalement agir sur cette décision. Les jours s'enchainent trop vite après sa discussion avec Ben. Il emmène le gamin au camping pendant une semaine, puis la rentrée approche à grands pas et il doit aider Lisa dans l'achat du matériel scolaire et autres préparations. Quand Ben recommence à passer toutes ses journées loin de la maison et que Lisa ne rentre plus que le soir très tard, Dean doit lui aussi trouver de quoi s'occuper.

Il se met à ratisser les petites annonces sans véritable envie, à la recherche d'un emploi sans intérêt mais nécessaire. Pour se distraire entre deux entretiens d'embauche ratés, il se remet aux fourneaux et cuisine des mets de prince pour les Braeden.

Lisa cesse de le surveiller. Ses journées l'épuisent et le soir elle n'a plus même la force de lui faire des reproches. Elle s'endort dos à lui pendant qu'il fixe le plafond obscur.

Dean a plus de temps pour penser. Il continue de s'occuper du jardin mais ce n'est pas assez.

Trop vite l'été s'étiole.

Un jour, la tarte qu'il a fait pour le diné refroidit sur la table de la cuisine. Il n'y a rien à regarder à la télé, les fleurs sont arrosées et la pelouse coupée au ciseau. Il a astiqué la maison de fond en combles et fait la lessive des deux dernières semaines.

Il réalise qu'il est temps.

L'Impala se trouve au fond du garage. Lisa l'a recouverte d'une grande bâche marron afin de la protéger de la poussière. Elle attend dans l'ombre et le silence depuis déjà quatre mois. Dean se tient debout à côté d'elle et l'observe révérencieusement. Il sent grandir en lui un sentiment qu'il a passé des semaines à étouffer; le manque.

« Hello baby. » murmure-t-il en révélant la belle carrosserie noire.

La voiture est comme au premier jour; parfaite. Dean ouvre la portière et une odeur familière, mélange de cuir et de parfum, lui envahit les narines. Sam pourrait très bien être installé côté passager. Son odeur flotte comme s'il était encore une présence physique aux côtés de Dean.

C'est brutal.

Dean sent sa gorge se nouer et l'instant d'après il est en train de sangloter devant la voiture ouverte. Les larmes se bousculent dans sa gorge et il doit s'accrocher très fort à la portière pour ne pas s'effondrer.

Le visage de Sam lui revient.

« Tu dois me promettre quelque chose Dean… tu dois me promettre de ne pas essayer de me ramener. »

Mais l'esprit de Dean est faible, et bien malgré lui il se recrée Sam. À la moindre occasion, il le ressuscite à partir de morceaux de souvenirs, de fragments du passé. Il croit deviner Sam entre ses larmes. Debout à côté de la voiture, sourcils froncés et moue boudeuse. Il a au moins cinq ans de moins et Dean va l'arracher à sa vie paisible. Dean va le jeter dans la cage du diable.

Il se souvient de son visage paisible mais cruel, habité par Lucifer. Puis…

« Ça va aller Dean, ça va aller… »

Ses jointures sont blanches, serrées autour de la portière. Il se sent trembler des pieds à la tête et il peut sentir enfler en lui une inexplicable nausée.

Dean respire mais l'air ne descend pas jusqu'à ses poumons. Il s'étrangle quelque par au milieu et il tousse, suffoque. Il ne voit plus très clair, il n'arrive pas à respirer.

Il glisse sur le sol en terre battue. Il a oublié où il est.

Le parfum de Sam l'envahit, entêtant. Il n'arrive plus à respirer, mais cette fichue odeur est partout.

L'espace d'un instant, Dean pense qu'il va mourir. Une partie de lui se débat furieusement contre le ras de marré qu'est le chagrin; même s'il meurt, il ne retrouvera pas Sam de l'autre côté. Mais une autre partie de lui est soumise, assise sur le sol des Braeden, et se demande si ça ne serait pas mieux.

Il n'est pas assez pour Lisa. Il ne peut pas lui donner ce qu'elle veut. Il n'est pas assez, il ne sera jamais assez. Il n'a pas su protéger Sammy, et c'était la seule chose qu'il était supposé faire. Il n'a même pas pu faire ça.

Sammy n'est plus là maintenant. Il a échoué. Il n'a plus aucune raison d'exister.

À la surface, en-dehors de l'océan d'angoisse et de désespoir dans lequel il est en train de se noyer, il croit entendre un bruissement d'ailes.

« Dean, murmure une voix familière qu'il a plusieurs fois cru ne plus jamais pouvoir entendre. Dean, respire. »

Dean essaye mais il lui semble que c'est la chose la plus difficile qu'il ait jamais fait. L'air ne descend pas correctement. Il doit se concentrer, inspirer péniblement. Une ombre bouge à ses côtés et il sent deux mains chaudes sur ses joues. Une odeur d'extérieure et de pluie dissipe celle de Sam, balaie les fantômes.

« Dean, tout va bien, tout va bien. Regarde-moi. »

Dean cligne des yeux, respire, serre les poings et respire à nouveau. Petit à petit, l'acte devient plus facile et le monde autour de lui reprend forme. L'Impala est de nouveau derrière lui, il peut sentir sa froide carrosserie à travers son t-shirt. Forme familière et immobile, solide et concrète.

Deux yeux bleus le scrutent. Dean ne connait qu'une personne capable de le regarder avec autant d'attention.

« Cas… »

C'est du soulagement qu'il y a dans sa voix. Il réalise qu'il ne ressent aucune surprise. Il sait que Castiel a toujours été là, ne l'a jamais vraiment abandonné. Des nuits qu'il se disait passer seul dans la cuisine des Braeden aux après-midis solitaires à arroser les fleurs du perron. Castiel était là, caché dans les ombres et dans le silence.

Et maintenant il est là, accroupi face à lui, sourcils éternellement froncés, mains posées de part et d'autre de son visage. En tendant la main, Dean lui touche la mâchoire. La barbe de trois jours lui pique la paume de la main.

« Hey…, lâche Dean en souriant malgré lui. Tu t'es fait attendre. »

Castiel l'observe curieusement, éloigne la chaleur rassurante de ses mains mais reste près. Si Dean bouge la tête de quelques centimètres, ils se heurtent le front.

« J'ai toujours été là, dit Castiel doucement.

- Je sais. »


Note: "mon enfant tu te répètes" me dis-je en écrivant une nouvelle fois Castiel sauvant Dean d'une "crise d'angoisse". Promis, c'est la deuxième et dernière scène comme ça que je prévois d'écrire. Concernant le chapitre en lui-même, j'ai perdu le contrôle. Je prévoyais une quinzaine de pages mais j'ai atteint les vingt-cinq hier soir et je n'ai toujours pas fini. Je voulais poster quelque chose cette semaine quand même, parce que je m'étais promise de poster quelque chose aha, donc petit découpage s'impose. Je pense que deux autres parties vont suivre, ou peut-être une seule assez longue. On verra.

Un très, très grand merci à toutes les personnes qui ont pris la peine de déposer une petit mot sur le dernier chapitre! Je ne pense pas pouvoir exprimer mon amour pour vous avec des mots. So, feel my looove.

M.