Parfois, il faut à un Capitaine un bon facteur chance.

« Je n'arrive pas à croire que Jim se trouve encore en prison. » Soupira le Docteur McCoy. « Et pour les beaux yeux d'une femme, bien sûr ! »

« S'il n'y avait que ça, Docteur… » Répondit Spock, sans masquer sa lassitude.

Les deux hommes marchaient lentement à travers les longs corridors menant à la cellule de leur Capitaine.

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Cinq heures plus tôt, l'Enterprise avait atteint l'orbite de Xull V, petite planète située aux confins du secteur Omega. Bien que capables de voyages interstellaires, ses habitants n'avaient jamais demandé à rejoindre la Fédération. Cette dernière, voyant peu d'intérêts à commercer avec eux, n'avait pas insisté.

En réalité, la Fédération ne connaissait pas grand-chose à leur sujet, sinon que le régime en place était une monarchie comme il en existait au Moyen-âge, et que sa population, bien qu'asservie, semblait très heureuse.

La seule richesse de cette planète (qui aurait pu intéresser la Fédération) était ses cristaux de Dilithium. Cependant, aux dires des experts, ils étaient de piètre qualité.

Peu importait ce détail pour le chef ingénieur de l'Enterprise, dont les moteurs avaient gravement souffert dans la traversée d'un orage ionique. Le vaisseau avait quasiment perdu toute son énergie et avait, par chance, dérivé en direction de la seule planète du secteur à posséder ces précieux cristaux de Dilithium.

« Capitaine, un seul petit cristal suffira ! » S'écria l'Ingénieur au Capitaine Kirk. Celui-ci s'apprêtait à monter à bord du Galileo.

« Quel dommage qu'on ne puisse pas utiliser le téléporteur. En cas de problème, il me sera impossible de vous remonter ! » Lança l'ingénieur à l'attention de Mr Spock et du Dr McCoy, lesquels s'apprêtaient à suivre leur Capitaine dans sa mission.

« Il serait illogique de gaspiller le peu d'énergie qui nous reste, Mr Scott. » Lui répondit Spock.

« Et puis comme vous le dites, il ne s'agit que de ramener un tout petit cristal de Dilithium, Scotty, que pourrait-il arriver ? » Répondit McCoy, enthousiaste à l'idée d'arriver sur cette planète en navette, lui qui avait une sainte horreur du téléporteur.

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Accueillis par le Roi lui-même, notre trio reçut sans même négocier la quantité de Dilithium nécessaire à la poursuite de leur voyage.

Heureux de recevoir un aussi prestigieux Officier de Starfleet (la réputation du Capitaine Kirk avait manifestement atteint cette planète), le Roi les invita à un somptueux repas, suivi d'une ballade dans les jardins du Château, jusqu'à ce que Jim soit conduit dans les oubliettes…

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Jim faisait les cent pas dans sa cellule lorsqu'il entendit les voix familières de ses amis.

« Spock, Bones ! Je suis heureux de vous voir ! »

« Derrière ces barreaux ? Pas nous, JIM ! Mais bon sang, qu'est-ce qui vous a pris ? De toutes les femmes de cette planète, pourquoi avoir choisi de séduire la Reine ! » S'énerva McCoy.

« Mais Bones, c'est elle qui m'a séduite ! Lorsqu'elle m'a proposé d'aller voir les douves entourant le château, j'ignorais qu'il s'agissait de la Reine…Bones, je vous promets que je l'ignorais ! Et puis elle était absente lors du banquet alors comment aurai-je pu le savoir ? Le Roi est au moins deux fois plus âgé qu'elle ! Alors d'accord, quand elle m'a dit qu'elle était sa fille… »

« JIM ! Embrassez la femme ou la fille de son hôte, deux heures seulement après sa rencontre NE SE FAIT PAS ! »

« J'imagine que cette réputation-là n'était pas encore parvenue aux oreilles du Roi… » Soupira Spock, le dos raide et les mains jointes devant lui. « Capitaine, que pouvez-vous nous dire sur l'incident suivant … » L'interrogea le Vulcain.

« C'est simple. Nous étions devant les douves lorsque cette chose monstrueuse a fendu l'air et …» Commença Jim.

« Et…vous avez dégainé votre arme et lui avez tiré dessus ! » Le coupa McCoy.

« Bones, cette chauve-souris géante à deux têtes fonçait sur nous ! » Reprit Jim.

« Capitaine…Cette chauve-souris à deux têtes est l'animal fétiche du Roi, protecteur du Royaume et de la Reine. » Expliqua Spock. « C'est aussi l'animal emblématique de cette planète. »

« Mais comment aurais-je pu le savoir ? » Se défendit Jim.

« Eh bien, je ne sais pas ? » Lança le médecin avec sarcasme. « Peut-être auriez-vous pu le deviner en voyant sa silhouette affichée PARTOUT dans la salle du Trône ! JIM, c'est l'emblème du Royaume ! Ce motif est sur tous les drapeaux et tapisseries…on le trouve jusque sur les vitraux et les serviettes brodées qu'on avait au déjeuner ! »

« De toute manière, mon phaseur était réglé sur anesthésie ! Je l'ai seulement rendu inconscient ! »

Le Vulcain qui avait jusqu'ici réussi à maintenir un visage stoïque poussa un long soupir, ses doigts venant pincer l'arête de son nez. Il ferma les yeux, tentant de retrouver son apparente quiétude.

« Jim…tirer sur une cible volant à quinze mètres du sol, même avec un phaseur réglé sur anesthésie, revient à lui faire faire une chute libre de quinze mètres… » Expliqua Spock, d'une voix monocorde.

« Oh…Il est mort alors, c'est ça ? » Demanda Jim.

« Non, Jim, il n'est pas mort ! Mais le vétérinaire du Roi pense que la pauvre bête ne revolera plus jamais ! » Soupira McCoy.

« Okay…J'ai merdé. Bon, et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait ? » Demanda Jim.

« Qu'est-ce qu'ON fait ? » Hurla McCoy.

S'ensuivit un long discours moralisateur (=une bonne engueulade) de la part des deux officiers, sans aucun égard pour le haut rang de leur ami…

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« Spock, cette fois c'est sans espoir. Il faudrait un miracle pour que Jim sans sorte ! » Soupira le médecin en se resservant un verre de Bourbon.

Deux heures avaient passées. Revenus à bord de l'Enterprise, Spock et Bones passaient en revue leurs différentes options pour sauver leur Capitaine.

Jim aurait-il droit à un procès, écoperait-il d'une lourde sanction ? Des excuses publiques suffiraient-elles ? Un dédommagement financier peut-être ? Ou bien … Allaient-ils devoir rejouer La grande Evasion ?

« En dépit de statistiques défavorables, Jim s'est sorti de situations plus délicates que celle-ci par le passé. Nous devons compter sur son facteur chance. »

« Son facteur CHANCE ? Vous plaisantez ? » Demanda McCoy. « Qu'est-ce qui l'a mis dans ce merdier en premier ? »

« Je suis vulcain, Docteur, je ne plaisante jamais. »

« Mais vous êtes un Vulcain qui croit en la chance ? »

« Celle du Capitaine, oui ! »

Un signal annonça soudain l'arrivée d'un visiteur dans les quartiers du Vulcain. Il s'agissait de l'ingénieur en chef. Ce dernier arborait un large sourire.

« Messieurs, je suis porteur de grandes nouvelles ! » Commença Scotty. « Tout d'abord, les moteurs de l'Enterprise sont réparés et fonctionnent à pleine puissance, grâce aux cristaux que vous avez rapportés de cette planète. Ensuite, le Roi est mort, vive la Reine ! » S'écria l'écossais.

« Scotty ! Ne me dîtes pas que Jim s'est évadé et qu'il a tué le Roi ! » Hurla McCoy, paniqué, pensant déjà aux désastreuses conséquences diplomatiques entre la planète et la Fédération, une de plus !

« Pas du tout ! Mais il s'avère que la bête blessée par Jim était en réalité la bête noire des habitants. Elle et ses congénères attaquaient les villageois et dévoraient les cultures, aggravant la famine sévissant depuis plusieurs années. Seul le Roi aimait ce monstre et en avait fait un animal protégé. A l'annonce qu'elle ne revolerait plus, les habitants ont sauté de joie et ont enfin trouvé le courage de se débarrasser de ce despote ! Toute la planète est en liesse. A ce que l'on dit, les célébrations vont au moins durer un mois !»

« Et la Reine ? » Demanda Léonard McCoy.

« Oh, elle avait été forcée de l'épouser. Elle aimerait beaucoup revoir Jim et le remercier. D'ailleurs, il faudrait aller le chercher. Depuis sa cellule, personne n'a encore eu le temps de lui annoncer la bonne nouvelle ! Jim est devenu leur Héro ! » Finit Scotty.

Spock et McCoy échangèrent un long regard. Et après le départ de Scotty, ils eurent une longue discussion. Combien de temps encore Jim pourra-t-il compter sur sa chance ? Quelle leçon retiendra-t-il de cette mission si même dans les pires situations, tout tourne toujours à son avantage ? Aussi, ne faudrait-il pas… ?

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Et une heure plus tard, devant la cellule de Jim.

« Alors, qu'est-ce qui va m'arriver ? » Demanda Jim, anxieux.

« Capitaine, les nouvelles ne sont pas bonnes. » Commença Spock.

« Jim, nous sommes désolés mais vous avez écopé d'un mois de prison. Remarquez, cela aurait pu être plus grave… » Continua McCoy.

« Un mois entier dans cette cellule ? » Soupira Jim.

« Et oui, Capitaine…Pas de chance ! » Finit Spock en levant un sourcil.

Après quelques minutes, Léonard et Spock le laissèrent dans sa cellule, lui promettant de lui rendre visite tous les jours pour lui apporter vêtements et nourriture.

FIN