Parfois, un Capitaine de vaisseau se sent seul….abandonné…

Solitude

Journal de bord du Docteur McCoy, date stellaire 3042.2

Je dois recevoir dans quelques heures le Capitaine James pour une nouvelle séance de psychanalyse, suite à la catastrophe à laquelle nous avons échappé lors de notre précédente mission. Pour rappel, alors que nous répondions à un appel de détresse lancé par les habitants de la planète Milkos V, l'Enterprise s'est retrouvée sous le feu d'une armada d'oiseaux de proie Klingons et de leur plus gros vaisseau-mère jamais rencontré. Ce dernier était si lourdement armé qu'il pouvait et allait, selon toute vraisemblance, faire sauter la planète toute entière. A situation désespérée, solution désespérée ! Le capitaine Kirk a choisi de projeter l'Enterprise contre la coque du navire ennemi, sacrifiant son vaisseau et sa vie pour sauver les milliards d'habitants de Milkos V. Aussi, pour la première fois de sa carrière, le Capitaine Kirk a ordonné l'évacuation de l'Enterprise…autrement dit l'abandon du navire …et de lui-même. Comme on pouvait s'y attendre, l'équipage de la passerelle eut bien du mal à lui obéir ! Spock, le premier, a refusé d'abandonner son poste et son Capitaine, voulant le suivre jusqu'au bout dans cette action suicidaire ! De ce que j'ai compris, Jim a dû lui rappeler où était son devoir et envers qui ! Spock, en tant qu'officier en second, devait se consacrer à l'évacuation de l'équipage. Il devait prendre les commandes d'une des navettes de sauvetage, tout comme les Lieutenants Sulu et Uhura, l'ingénieur en chef Scott et l'enseigne Chekov puis mettre rapidement de la distance entre la flottille ainsi constituée et le vaisseau, attendre l'explosion de l'Enterprise et la destruction du vaisseau-mère. Bien entendu, beaucoup de navettes seraient probablement détruites dès leur sortie du hangar…Par la suite, Spock devrait conduire les survivants sur Milkos V et y attendre les secours…En toute logique, Spock devait obéir…

Jim s'était donc retrouvé seul sur la passerelle. La gorge et le cœur serré, il avait observé sur l'écran principal le départ des premières navettes…sans même se rendre compte de l'arrivée de cinq autres vaisseaux de classe Constitution sur son écran radar ! Ces cinq vaisseaux appartenaient à la Fédération. D'où venaient-ils ? Avaient-ils répondu au même appel de détresse ? Cela n'avait aucune importance. Dès leur entrée sur l'échiquier de la bataille, les oiseaux de proie Klingon avaient fui, de même que leur vaisseau-mère. Les navettes purent revenir à bord, toutes sans une éraflure ! La joie pouvait se lire sur tous les visages, comme sur celui de Spock, même s'il ne l'avouerait jamais ! Je pourrais pourtant en témoigner, vu que je me trouvais avec lui, à bord du Galileo.

oOOOo

« Entrez, Jim. Asseyez-vous… Alors, comment s'est passé cette journée ? » Dit Léonard, tout en prenant son bloc-notes et son stylo.

Les deux hommes étaient confortablement assis l'un en face de l'autre.

« Je me sens très bien. Honnêtement, je ne vois pas pourquoi je dois me rendre à ces séances, ce n'est pas moi qui est un problème avec ce qui s'est passé ! » Annonça Jim, la mine renfrognée et boudeuse.

« Donc…Vous ne ressentez aucune angoisse, aucune peine à avoir été …abandonné ? » L'interrogea Léonard.

« Bones ! Pour la centième fois, ils n'ont fait que suivre mes ordres ! Et bien sûr, j'étais conscient que j'allais mourir, seul, sur la passerelle. »

« Bien …cependant je vous sens mal à l'aise…Quel est le problème ? »

«Bones… Je …Je crois que l'équipage n'a plus confiance en moi…Ils pensent déjà à la prochaine fois que j'aurai à donner l'ordre d'évacuer le navire ! Ils y pensent et ils s'y préparent tous !»

« Allons Jim…Nous savons bien que cette situation était exceptionnelle et qu'on n'est pas prêt d'évacuer de sitôt ! Mais si ça vous rassure, on pourrait demander à Spock de calculer la probabilité qu'une telle situation se reproduise ! »

« … »

« Bon. Expliquez-moi. Qu'est-ce qui vous fait croire qu'ils …qu'ils se préparent à une autre évacuation ? »

« Eh bien pour commencer, quand je suis arrivé ce matin sur la passerelle, chacun était à son poste. Spock à la console scientifique. Uhura à celle des communications. Sulu et Chekov au poste de pilotage…et Gertrude, dans son pot, posée dessus ! »

« Euh …Gertrude ? La plante verte de Sulu ? »

« Carnivore, Bones…C'est une plante carnivore ! » Le corrigea Jim.

« Euh…D'accord…Et que faisait-elle là ? » Demanda Léonard tandis qu'il gribouillait quelques notes.

« Sulu l'a prise avec lui ce matin. Il m'a expliqué qu'ainsi, en cas d'évacuation, il n'aurait pas à faire un détour par le jardin botanique pour la récupérer ! » Dit Jim, qui avait soudain le moral à zéro.

« Okaaaay…Un instant Jim… » Annonça Léonard tout en appuyant sur le bouton de l'interphone de son bureau. « Euh…Infirmière Chapel, veuillez contacter Mr Sulu et convenir d'un rendez-vous avec lui …C'est assez urgent ! »

« Oui, Docteur ! » Répondit l'infirmière en chef.

« Bien…Alors où en étions-nous, Jim ? »

« On en était que Sulu a apporté sa stupide plante, Gertrude, sur la passerelle ! Rien de particulier n'est ensuite arrivé jusqu'à ma pause déjeuner et mon retour sur la passerelle… » Soupira Jim qui s'était renfoncé dans son fauteuil.

« Et ? » Demanda Léonard, griffonnant de plus en plus de notes.

« C'est Spock…Il avait sa lyre vulcaine à côté de lui… il m'a dit que …comme le Lieutenant Sulu, il a préféré la prendre …au cas où il aurait à évacuer le navire ! »

« Oh…Je vois. »

« Mais ce n'est pas tout ! Scotty lui-même avait une bouteille de Scotch posée à ses pieds ! Cinquante ans d'âge, qu'il m'a dit ! Il ne pouvait pas quitter le vaisseau en laissant une telle bouteille derrière lui ! Vous vous rendez compte, Bones ! Il ne POUVAIT PAS quitter le vaisseau en laissant une telle BOUTEILLE derrière lui ! Il ne pouvait se résoudre à ABANDONNER une FOUTUE BOUTEILLE DE SCOTCH …Mais ABANDONNER son CAPITAINE, OUI ! » Criait Jim, maintenant au bord des larmes.

« Je vois… allons faire un tour sur la passerelle. Venez Jim…ça va aller ! » Dit le Dr McCoy, tout en essayant de calmer son capitaine et ami, lequel pleurait maintenant à chaudes larmes sur son épaule.

oOOOo

Quelques minutes plus tard, Jim et McCoy sortirent de l'ascenseur. McCoy observa en silence Spock caresser sa lyre, Scotty embrasser sa chère bouteille de Scotch, Sulu arroser Gertrude qui se tortillait de plaisir dans son pot…Et les cinq volumineuses valises posées aux côtés de la console des communications, désertée !

« Mais où est le Lieutenant Uhura ! Qu'est-ce que ça veut dire ? » Se mit à hurler le Capitaine. « Et ne me dites pas qu'elle compte évacuer le navire avec tous ses vêtements ! »

« Oh non, Capitaine…Vous vous trompez. Ce ne sont pas ses vêtements … » Annonça très calmement Scotty. « …uniquement ses paires de chaussures ! »

« Toutes…Toutes ces valises…uniquement pour ses paires de chaussures ? » Demanda Jim, abasourdi et déjà au bord de la déprime !

« Oui, Capitaine. » Répondit l'Officier Vulcain. « Il semblerait que le Lieutenant Uhura ne parvienne pas à choisir entre ses escarpins rouges, ses cuissardes, ses talons hauts noirs, roses, vermillon, bleus, bleus indigo … » Continua le Vulcain, détaillant le contenu des cinq valises…

oOOOo

« Alors, Docteur ? Quel est votre diagnostic ? » Demanda Spock. Le docteur McCoy et lui se tenaient aux côtés de leur capitaine, drogué par les calmants, sur un lit de l'infirmerie.

« Il souffre de dépression…l'angoisse d'être abandonné doit y être pour quelque chose… » Dit McCoy, tandis que le Vulcain opinait du chef.

« Et votre liste, est-ce qu'elle avance ? » Demanda le Vulcain tout en désignant le bloc-notes du médecin.

« Eh bien, j'hésite encore…Devrai-je emporter mes encyclopédies médicales ou bien ma collection d'instruments chirurgicaux anciens ? »

« Je ne saurai vous répondre, docteur… »

« Cela n'a pas d'importance, vu que nous n'aurons pas à évacuer de sitôt, n'est-ce pas ? …Cependant, de toute cette histoire, il y a tout de même une chose que je ne comprends pas… »

« Laquelle, docteur ? »

« Et bien … Pourquoi aucun de vous n'a rappelé à Jim qu'il pouvait mettre l'Enterprise en pilotage automatique et partir avec nous ? »

FIN.