Un étau. Un étau qui se resserre autour de mon crâne. Bon, pas un vrai cette fois, je ne devrais pas me plaindre. Mais putain, ce que j'ai mal au crâne. Des larmes coulent sur mes joues, j'ai envie de les essuyer mais je ne peux pas : mes mains sont attachées à mon dos à cause de cette camisole pourrie. J'enfonce ma tête dans le matelas dur où je suis allongée (impossible de s'étouffer avec, j'ai déjà essayé), hurlant toutes les insultes du monde, en anglais, en français, en espagnol et même deux trois trucs suédois. Mais l'étau se resserre encore plus fort, c'est encore plus insupportable que les électrochocs qui, au moins, avaient l'avantage d'avoir une fin. Ce mal de crâne risquait de me hanter un bon moment. Je tourne la tête, espérant trouver un quelconque réconfort sur le mur blanc immaculé. Et je les vois. Ces deux tronches de cake.

Il y en a une, je crois qu'elle me crie dessus. En tous cas, elle a l'air énervée. Elle porte des vêtements trop stylés, un short en jean avec des collants beiges, des baskets à talons, et une chemise blanche qu'elle a déchiré au niveau du ventre. Son brushing n'a rien à envier à... aux filles qui ont des brushing dans les magasines des salons de coiffure. Sans oublier ses ongles hyper bien manucurés, cette peau parfaite... Je la déteste rien qu'en la regardant, et en même temps je ne pas la haïr. Parce que c'est quand même cool de voir quelqu'un d'aussi stylé porter son visage.

La deuxième aussi porte mon visage. Mais elle, elle n'est pas maquillée, elle a des cheveux... on dirait Mérida dans Rebelle. Elle porte un t-shirt trois fois trop grand pour elle, et le leggings qui va avec. On dirait qu'elle est petite... bon, elle l'est, petite, mais avec ces fringues c'est encore pire. Et elle me regarde avec des yeux tristes.

Pour moi, voir ces deux demoiselles, ce n'est pas ce qui me semble le plus bizarre. Non, ce qui me semble le plus bizarre, c'est de ne pas entendre leurs voix. Et les voir disparaître devant mes yeux. Les voir devenir transparentes et disparaître. C'est insupportable. Et je ne peux rien y faire. Ce n'est pas faute d'avoir essayé (contrairement à ce qu'a l'air de penser la miss stylée), une fois j'ai même fait semblant d'être morte, mais ces idiots sont bien plus intelligents qu'ils n'en ont l'air...

Je les hais.

Je les hais tous.

Cette grognasse qui me tend des pilules que je n'ai aucune envie d'avaler.

Ce mec aux allures de gardien de prison qui rentre alors dans la salle pour m'obliger à mettre ces pilules dans ma bouche.

Ce vieux croulant à lunettes qui, juste après, me félicite de ma coopération.

Surtout ce vieux croulant. Lui, je ne veux plus qu'il existe. Je ne sais pas comment il a fait pour m'enlever ma maison, sans que je m'en aperçoive. M'enlever mes amies, sans que je m'en aperçoive. M'enlever ma santé d'esprit. Morceau par morceau.

Cela va faire des mois que je suis dans cet asile. Je sais ce qu'ils voulaient faire. Ils voulaient les détruire. ELLES. A jamais. Je ne sais même pas pourquoi. Les premiers mois, rien ne se produisaient. Elles restaient près de moi, faisant tout pour m'aider à m'échapper (je me souviens du jour où celle avec un short a donné un coup de poing à a grognasse, c'était mortel). Mais à chaque fois elles se faisaient capturer. Et torturer. Je crois. Je ne veux pas me rappeler de ça.

Et puis, petit à petit, les pilules qu'ils me donnaient changeaient. Au départ elles étaient rouges. Puis vertes. Et même bleues. Et enfin blanches. Les blanches furent les pires. Car elles marchaient.

J'ai commencé à avoir des maux de têtes fulgurants et ELLES, elles ont commencé à disparaître. Non ! Je ne voulais pas !

Je recommence à pleurer. Pas à cause du mal de crâne. Mais parce que je sais ce qu'il signifie : les pilules fonctionnent, et bientôt j'arrêterais de LES voir. Je suis triste. Je suis dévastée.

Et quand la grognasse entre dans ma chambre, je n'ai même plus la force de lui cracher au visage.

"Docteur ? Il semblerait que nos tests sur notre cobaye aient enfin porté leurs fruits."

Le cobaye, il t'entend et il t'emmerde.

"Parfait, nous allons pouvoir enfin procéder à la guérison du Patient 001.

- Que faisons-nous de... Patient 000 ?

- Nous ne pouvons décemment pas la tuer n'est-ce pas ? Nous allons la garder ici, elle pourrait toujours nous servir."

J'ai envie de hurler, mais je ne peux pas. J'avais bien compris depuis longtemps que je n'étais qu'un rat de laboratoire, un jouet pour ces esprits dérangés pour...

Hé. Attends une seconde.

Je relève ma tête, mes larmes cessent de couler. Mon cerveau tourne à 100 à l'heure et en oublie sa migraine.

Un rat de laboratoire, oui, mais je ne savais pas qu'ils cherchaient un remède pour QUELQU'UN D'AUTRE. Ca veut dire que... ça veut dire que... Qu'il existe quelqu'un comme moi ! Quelqu'un qui pourrait comprendre ce que je vis ! Quelqu'un qui aurait aussi des personnalités multiples qui sont sortis de sa tête !

Pour la première fois depuis que je suis dans cet asile, je me mets à sourire.