Au moment où mon partenaire est retourné se loger à l'intérieur de son orbe rouge et blanche, j'ai cru apercevoir l'esquisse d'un sourire sur le visage de mon adversaire avant que celui-ci ne disparaisse pour de bon dans l'épais blizzard, me lançant une longue corde pour que j'en fasse autant. Et moi je restais là, debout, les pieds dans la neige, sans me résoudre à partir à mon tour. J'avais encore un peu de mal à réaliser ce qu'il venait de se passer.

Je venais d'affronter une des légendes du monde d'aujourd'hui, sûrement l'une des personnes les plus impressionnantes. Je venais de gagner contre lui. Lui qui n'avait jamais perdu et qui était devenu une légende au fil du temps. Mais qu'allait-il faire maintenant qu'il avait perdu ? Et moi, qu'allais-je faire ? J'allais devoir rester ici afin de m'entraîner ou bien allais-je simplement rentrer chez moi et faire comme si de rien n'était ?

Laissant ces questions sans réponse, je me contentais de ramasser la corde, à présent recouverte d'une fine couche de neige blanche, la fixant comme si elle était devenue l'objet le plus précieux au monde.

En un rien de temps, je me trouvais au pied de l'imposante montagne enneigée, plus menaçante que jamais, un des endroits les plus dangereux pour la férocité et le niveau de ses bêtes sauvages. Mon équipe étant malgré ma victoire dans un sale état qui équivalait à de nombreux jours de repos, je me dirigeais vers le centre situé tout près de l'entrée en prenant soin d'éviter les quelques créatures que je voyais me fixer avec la féroce envie de me faire la peau.

D'ailleurs, j'avais du mal à comprendre ce que faisait ce bâtiment dans les parages, les personnes s'aventurant dans les environs étant d'un nombre très limité. Était-ce possible que cette bâtisse soit là uniquement à cause de la présence de mon adversaire ? Ainsi que pour soigner les quelques fous qui ont tentés de l'affronter et qui se sont royalement faits démolir ? Je ne voyais que ça, en réalité. Sinon, cela n'avait aucune raison d'être.

En me voyant entrer, les vêtements abîmés et avec un visage des plus neutres, l'infirmière a tenté de me rassurer en me disant qu'à force d'entraînement, j'allais finir par réussir. J'étais certain que ce n'était pas la première fois qu'elle disait cela à quelqu'un. La différence, c'est que moi j'avais gagné. Je ne pus m'empêcher de sourire comme j'en ai l'habitude en disant avec un air presque nonchalant qu'en réalité, j'avais gagné. J'ai eu la curieuse impression d'entendre mes mots résonner avant qu'un silence pesant ne s'installe. Je ne suis même pas sûr qu'elle m'ait cru, vu la tête qu'elle tirait.

Il faut dire que lorsque j'étais passé, quelques heures plus tôt, la mine joyeuse et prêt à en découdre, je ressemblais plus à quelqu'un qui venait de remporter un match qu'à présent. Mais quand j'étais passé, quelques heures plus tôt, je ne pensais qu'au match et à rien d'autre, je ne pensais absolument pas à l'après match et ce, quelque qu'aurait été son issue. Et maintenant que j'y suis, j'ai l'impression d'avoir pris un grand coup de maturité, bizarrement. Comme si mon aventure était à présent terminée et qu'il était temps pour moi de laisser la place à quelqu'un d'autre. Je ne ressens pas cette joie ultime d'être le meilleur ou quoi que soit du même genre, je crois que je commence même à comprendre les raisons de l'isolement de Red. Enfin, ce n'est qu'une impression bien sûr.