Catherine était une jeune femme extrêmement belle , comme sortie d'une légende celte. Sa silhouette était élancée, longue. Sa chevelure était lisse, brillante et d'un roux cuivré. Ses yeux en amande étaient de couleur noisette et avaient des reflets mordorés. Son teint était lumineux et laiteux , des tâches de rousseur constellaient gracieusement son visage et son joli décolleté. Ses lèvres étaient charnues, avaient un aspect satiné et une couleur rose tendre. Une beauté inouïe, qui toutefois cachait un caractère bien trempé

Elle travaillait comme domestique depuis quelques années chez les Jarjayes. Elle donnait entière satisfaction à ses employeurs. Elle était rapide, méticuleuse et honnête. Ils ne pouvaient lui reprocher qu'une seule chose, son caractère impertinent. On ne savait que peu de choses de son passé , elle en parlait peu. Pourtant elle était de ces gens dont on dit qu'ils n'ont pas leur langue dans leur poche.

L'attelage des Jarjayes l'emmenait jusqu'à Paris. Ce jour là, elle avait été désignée pour porter à André son paquetage de linge propre à la caserne, et récupérer son sale équivalent.

Comme je déteste traîner dans ce quartier... Que de mauvais souvenirs... Il a fallu que je perde à la courte paille contre cette pintade d'Agnès, je suis sûre qu'elle a triché. Maugréa-t-elle. J'espère que je ne vais pas devoir attendre ce nigaud d'André aussi longtemps que la dernière fois

De loin , elle aperçu André justement, dans la cour de la caserne, à l'heure convenue. Il n'était pas seul. Alain était à ses côtés, il attendait sa sœur. Catherine descendit de l'attelage en soupirant.

Bon... Il est avec un de ces rustauds de la garde française, qu'il ne s'attende pas à ce que je lui fasse la conversation. Pensa-t-elle.

Catherine s'approcha des deux compères avec une mine renfrognée, en regardant ses pieds.

Lorsqu'elle arriva à leur niveau elle releva insolemment les yeux vers Alain avec la ferme intention de le snober.

Lorsque ses yeux croisèrent ceux du jeune homme, elle eu un léger mouvement de recul , son souffle devint soudainement plus court, son rythme cardiaque s'accéléra, inconsciemment, sa bouche s'était légèrement entrouverte. Elle sentit le rouge lui monter aux joues. Cet instant bien que bref, lui sembla durer de longues minutes.

Reprenant ses esprits elle déclara à l'attention d'André d'un ton sec.

-Tu peux dire à ton camarade d'avoir la décence de fermer sa chemise, surtout en présence d'une dame ? C'est dégoûtant !

André n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit. Alain rétorqua de but en blanc.

-Où ça une dame ? Je ne vois qu'une rouquine jouvencelle moi!

-André, dis-lui que la rouquine ne l'a pas autorisé à lui adresser la parole !

-Écoute, ma poupée , premièrement j'ai entendu ce que tu as dit , deuxièmement tu pourrais être Marie-Antoinette en personne que je te parlerais si ça me chante. Il prenait de toute évidence un malin plaisir à la narguer.

-De toutes façons je doute qu'il ait quelque chose d'intéressant à raconter ! Ironisa-t-elle. En fuyant le regard soutenu d'Alain.

-Tu serais surprise ...

-André , comment quelqu'un comme toi peut il fraterniser avec quelqu'un comme ça ? Demanda Catherine avec exaspération.

Alain s'apprêtait à riposter quand l'arrivée d'une jeune femme mit fin à la joute verbale. Il s'agissait de Diane. Elle apportait le linge de son frère. Ils échangèrent quelques habituelles amabilités, lorsque Catherine les interrompit.

-Votre fiancé à de drôles de manières, vous savez. Je suis sûre que vous méritez mieux que ce balourd. Il m'a même appelée sa poupée !

Tous, André compris , s'esclaffèrent devant une Catherine sidérée, qui pour une fois ne sut que répondre.

-Ma jolie rousse, Diane est ma sœur. Ça te va?

-Qu'est ce que j'en ai à faire? Répondit-elle, d'une voix pleine de mauvaise foi.

Catherine tourna les talons, fulminant.

-Catherine … Commença doucement André

-QUOI ? Quoi ENCORE André? S'écria-t-elle , déchargeant toute sa colère envers Alain sur le pauvre André.

-Tu oublies mon linge... Lui répondit-il en se penchant doucement sur elle.

-Oh...Je..excuse moi...

La maladresse de Catherine déclencha à nouveau l'hilarité générale.

Afin d'éviter d'avantage d'humiliation, elle se hâta d'échanger de ballot de linge avec André avant de prendre le chemin du retour non sans jeter un regard troublé en direction d'Alain.

Lorsqu'elle fut assez loin , il lui lança un

-A dans une semaine ma mignonne ! Même heure même endroit !

Catherine ne se retourna pas , mais avait bien entendu...

Alain se tourna vers André et lui dit :

-Et elle est comme ça tout le temps?

-Non...Pas à ce point en tous cas.

-Alors j'imagine que je dois me sentir privilégié...C'est vraiment une maison de fous là-bas !

-Comment ça ?

-Chez les Jarjayes ! Vous êtes tous toqués ! Oscar , toi , cette donzelle… C'est quoi son nom déjà ?

-Catherine …

J'adore ce prénom... Puis , pour ne pas que Diane entende, chuchota à l'oreille d'André : Elle est sublime ! Comment tu faisais pour fermer l'œil avec fille aussi affriolante dormant sous le même toi que toi ? Il marqua une pause . Ah , oui , question stupide...