Disclaimers : La série Supernatural ne m'appartient pas, je ne fais que prendre ses personnages pour les malmener un peu dans des univers que je construis.

Pairing : Destiel, SamJess

Avertissements : Présence de thèmes difficiles dans les dialogues.

Notes de l'auteur : Voici un petit UA qui se différencie complètement de The Shortest Straw. Ici, les chapitres seront courts, n'atteignant que les 2000-3000 mots, grand maximum. L'histoire est un peu perdue dans l'espace et dans le temps. Je voulais juste écrire cette idée. L'hôpital Broughton n'existe pas. La relation entre Dean et Castiel sera au cœur de l'intrigue, contrairement à ce que j'ai pu faire autrement. J'écris également les chapitres au fur et à mesure. Même si j'ai l'histoire en tête, je ne sais pas combien de chapitre tout cela fera. Une chose est sûre : ça ne sera pas très long !

De plus, je ne suis pas médecin, je n'ai fait aucune étude dans ce secteur et le seul membre de ma famille qui touche au domaine de la santé s'occupe des femmes enceintes. Et je doute mettre un polichinelle dans le tiroir de Dean ou de Cas. Tout cela pour dire qu'il y aura peut-être des erreurs et si c'est le cas, je m'en excuse. Ce récit se base seulement de mes quelques recherches réalisées au cours de son écriture.

Welcome Home (Sanitarium) est une chanson de Metallica que j'apprécie beaucoup (à croire que tous mes fictions destiel porteront un titre de ce groupe en guise de nom). Elle est tirée de l'album « Master of Puppets ». Ses paroles correspondent un peu à l'univers que j'ai installé ici, excepté pour le dernier couplet. Je n'irai pas jusqu'à là, pas de panique !

J'espère que cet univers vous plaira ! Il s'agit vraiment d'un UA, malgré les références à l'univers de la série. Bonne lecture !

Remerciements : Merci à la merveilleuse Dupond et Dupont pour sa relecture et ses corrections.


Saturdays

Tous les samedis, Castiel Novak suivait la même routine. Son alarme le réveillait à l'aurore tandis que ses pieds le glissaient en dehors de la couette, le portant jusqu'à l'armoire de sa chambre. D'un mouvement précis, il saisissait sa tenue de sport avant de l'enfiler avec des gestes instinctifs. Castiel ne sortait jamais longtemps, juste le temps de faire le tour du quartier en quelques foulées, croisant de temps à autre ses voisins les plus matinaux qui lui adressaient des gestes de la main, sourire scotché à leurs lèvres. Ici, les maisons se ressemblaient toutes. Le paysage n'était qu'une succession de bâtisses dont les propriétaires s'étaient endettés pour des années afin d'en être les fiers acquéreurs, à la barrière si blanche et à la pelouse verdoyante, coupée à la brindille près. Castiel n'y faisait même plus attention, les yeux rivés droit devant-lui, sur la route. Ses pieds foulaient le macadam parfaitement coulé qui longeait ces habitations, sans aucune écorche ni entaille. Le vent fouettait son visage. Des gouttes de sueurs perlaient le long de sa nuque, ses cheveux bouclant légèrement. Son rythme était régulier. Son souffle était stable. Et tout était calme et paisible.

Quand sa porte d'entrée claquait derrière-lui, l'enfermant à son tour dans l'une de ces fameuses maisons sans âme, Castiel se dirigeait machinalement jusqu'à la salle de bain. Ses pieds grimpaient une à une les marches de l'escalier sans qu'il ne porte attention aux photographies qui étaient accrochées aux murs. Des sourires et des regards pétillants le suivaient le long de son ascension, véritables fantômes de jours heureux de la famille Novak-Milton. Une fois les vêtements soigneusement glissés dans le panier à linge, l'eau s'abattait finalement dans un jet brûlant et régulier sur Castiel avant qu'il ne ferme les yeux, la tête plongée en arrière.

Le ronflement de la machine à café berçait sa lecture minutieuse du journal du jour, déposé un peu plus tôt sur le pas de la porte. Serviette autour de la taille, Castiel buvait ensuite sa tasse, laissant son regard s'abandonner derrière la fenêtre, scrutant un point fixe perdu dans le vide. Puis, comme tous les samedis, il se rendait dans sa chambre et se vêtait de sa chemise blanche, de son pantalon et de sa veste noirs et de sa cravate bleue. Puisque c'était ainsi qu'elle désirait le voir. Enfin, trench-coat finalement sur le dos, Castiel sortait de chez lui et se rendait à pied dans le centre-ville – il n'appréciait pas être dans sa voiture, bien trop compacte à son goût.

Si l'on faisait suffisamment attention, on pouvait facilement discerner l'hôpital Broughton dans l'horizon. Ses deux tours de béton anthracite naissaient dans le paysage à mesure où on s'en approchait, dévoilant ensuite le reste du bâtiment qui se dessinait dans des nuances de beige et de gris. « Les hôpitaux ne devraient être des endroits aussi triste que ça », avait un jour soufflé un jeune autiste. Avec un sourire, Castiel avait hoché la tête puisque, après tout, il n'avait pas tort. Il y avait déjà tant de misère au sein de ses murs, il n'était pas nécessaire d'en rajouter une couche en les peignant dans les teintes du désespoir. Néanmoins, dans la chambre du jeune homme, une multitude de fleurs rouges, oranges, bleues et jaunes se bataillaient toujours l'espace. Des dessins d'enfants jonchaient les murs et cela faisait bien longtemps que l'on n'avait pas une seule note de gris dans cette chambre aux couleurs de vies et de bonheur. Castiel prenait le soin d'y passer, de temps en temps, après lui avoir rendu visite. C'était l'un de ses endroits préférés, dans cet hôpital sinistre.

L'hôpital Broughton n'était pas comme tous les autres, comme ceux que l'on peut voir dans les séries qui polluent les écrans de télévisions. Les docteurs n'avaient rien de glamour, il ne se passait strictement rien dans les ascenseurs et les patients n'en ressortaient que trop rarement guéri. Ici, on ne s'occupait pas des urgences sanglantes et spectaculaires, ni même des maladies incurables dont les fictions trouvaient toujours des solutions miracles. Ici, les patients avaient toutes autres sortes de maladies. Celles dont les stigmates ne sont pas visibles à première vue. Celles qui brisent l'esprit et piétinent la conscience. Celles que l'on ne comprend pas.

Sur son chemin, Castiel s'arrêtait toujours à la boutique de Joshua où il lui achetait toujours une nouvelle orchidée. Ces fleurs avaient le don de toujours surprendre Castiel. Elles n'étaient jamais les mêmes, tant par leur forme que par leur taille, et révélaient sans cesse de nouvelles couleurs. « C'est l'une des familles les plus diversifiées », lui avait expliqué le fleuriste, « les orchidées comportent plus de vingt-cinq milles espèces ». Une fois la fleur soigneusement enveloppée par Joshua, Castiel reprenait sa route, de nouvelles nuances de couleurs brillant dans ses yeux.

Les baies vitrées de l'hôpital s'ouvraient toujours de la même manière devant Castiel, dans un chuintement léger mais désagréable. A peine entré dans le bâtiment, un souffle chaud et irrespirable l'enveloppait, dans cette odeur si caractéristique des hôpitaux – une espèce de mélange de produits d'entretien et de mélancolie. Sans réfléchir, Castiel se dirigeait mécaniquement jusqu'à sa chambre, son pas lourd résonnant dans les escaliers et dans les couloirs. Les infirmiers et les infirmières le reconnaissaient à présent et lui adressaient quelques sourires en coin, parfois ponctués de « bonjour » et de « comment allez-vous, aujourd'hui ? ». Castiel répondait toujours que tout allait bien, sans pour autant chercher à aller plus loin, à leur dire que s'il le pouvait il ne serait pas là dans ces couloirs puants, et que s'il le pouvait elle ne serait pas là non plus, à l'attendre dans une chambre macabre qu'il ne supportait plus. Castiel savait très bien que tout cela n'était que de la politesse et de la courtoisie. Ils étaient déjà suffisamment bien occupés avec leurs patients qui avaient, eux, de véritables problèmes.

La porte de sa chambre était toujours la même, le nombre 41 cloué sur le bois teinté d'un jaune défraichis. La chambre longeait une autre pièce qui, du moins aussi loin que Cas s'en souvienne, avait toujours été vide. A travers les murs, il pouvait entendre le son du poste de télévision. Celui-ci était constamment allumé, inondant la pièce de voix et de murmures. Cela la rassurait, lui avait-elle confié un jour, puisqu'elle savait qu'elles étaient réelles, pas comme celles qui raclaient sans arrêt sa conscience.

Puis, comme tous les samedis, Castiel frappait à la porte avant d'entrer dans sa chambre.

Anna était toujours dans la même position, assise en tailleurs sur son lit aux draps blanc, dans sa tenue encore plus blanche. Les yeux rivés sur l'écran de télévision, ses lèvres remuaient imperceptiblement. Lorsque Castiel refermait la porte derrière-lui et déposait l'orchidée dans le vase de sa table de nuit, il lui arrivait de se rendre compte de sa présence. Parfois, ils avaient quelques conversations, comme autrefois. Ils n'étaient peut-être que cousins, Castiel considérait tout de même Anna comme sa propre sœur. Elle s'était toujours occupée de lui quand il était plus jeune. Lors de ses moments de lucidité, Anna lui demandait si tout allait bien, s'il se plaisait toujours au travail, si Naomi n'était pas trop rude envers lui et même comment se portaient ses abeilles. Castiel lui répondait, la berçant de sa voix grave jusqu'à ce que son regard ne se perde à nouveau. Parfois, ce n'était pas aussi simple que cela. Anna paniquait, pleurait, criait, suppliait que tout s'arrête. Elle s'arrachait ses cheveux roux par touffe compact, se griffait la peau jusqu'au sang. Les infirmiers arrivaient toujours en trombe dans la chambre, aidant Castiel à maîtriser la jeune femme. Et, parfois, Anna ne réalisait même pas qu'il était là.

Puis il déposait un baiser sur son front et s'en allait, refermant doucement la porte derrière-lui. De temps en temps, Castiel jetait un coup d'œil aux autres chambres où de légers chuchotis s'échappaient. Il en connaissait quelques uns, à présent. Dans la chambre 39, celle qui faisait face à celle d'Anna, il y avait un homme, Balthazar, qui s'évertuait à dire que l'œuvre de Céline Dion n'était qu'une création de Satan et que le Titanic n'aurait jamais dû couler. Il avait un jour expliqué à Castiel qu'il avait élaboré un plan pour en sauver toutes les victimes – une histoire de voyage dans le temps, quelque chose de ce genre. La chambre 37, elle, abritait Garth, un ancien dentiste qui ne parlait que par l'intermédiaire de Mr. Fizzles, une vieille poupée dont le corps n'était rien d'autre qu'une chaussette usée. Parfois, Castiel leur parlait et partageait quelques instants avec eux. D'autre fois, il se contentait seulement de rentrer chez lui, tête baissée.

Toutes les semaines, Castiel Novak suivait cette même routine régulière et cadencée. Les choses étaient plus simples, ainsi. Il ne se posait plus de questions, il ne cherchait plus à changer les choses. A quoi bon ? Maintenant, il était là pour Anna. Et c'était ce qui importait.

Quand, lors d'un samedi comme tous les autres, tout bascula. La journée avait pourtant été habituelle, débutant sur le tintement régulier de son réveille-matin. Il était parti courir, faisant le tour du pâté de maison en une vingtaine de minutes avant de prendre sa douche et de boire son café, les yeux rivés vers l'extérieur. Il s'était rendu dans la boutique de Joshua et lui avait prit une nouvelle orchidée – jaune et orange, tachetée de notes violettes – avant de s'engouffrer au sein de l'hôpital Broughton. Anna avait été calme et lui avait même parlé, ignorant complètement la télévision dès son arrivée. Mais cette fois-ci, lorsque Castiel quitta Anna, il aperçut brièvement des ombres qui s'agitaient sur le linoléum et des voix qui s'échappaient de l'embrasure de la porte à sa gauche. Après s'être rapproché un peu plus, le pas discret, il n'y eut plus aucun doute possible. Castiel en était sûr.

La chambre d'à côté n'était plus vide.

Malgré-lui, Castiel ne pouvait s'empêcher d'être intrigué et il ne pouvait s'empêcher de se demander si tout cela relevait seulement de la curiosité malsaine ou si cet intérêt soudain n'était que le fruit de la perturbation de son schéma hebdomadaire si régulier et ordonné. Après tout, il n'y avait jamais beaucoup de changement à l'hôpital Broughton. Les nouveaux patients étaient pour la plupart envoyés dans l'hôpital de la ville d'à côté, bien plus réputé que celui-ci. Seulement, lorsque la porte de la chambre était ouverte, Castiel laissait échapper son regard et l'observait, se contentant parfois seulement d'un bout de visage ou d'un bout de bras.

Le jeune homme était vêtu comme tous les patients de l'hôpital, tout de pantalon laiteux et de t-shirt délavé. Comme Anna, son regard était perdu dans la pièce. Ses yeux verts fixaient un point dans le vide, comme s'il cherchait à comprendre quelque chose, ses lèvres remuant sans bruit. La plupart du temps, il restait immobile. Cependant, il n'était jamais au même endroit. Tantôt il était allongé sur son lit, tantôt il était accroupi contre le mur. C'était imprévisible. Il n'y avait aucune logique, aucune cohérence. Parfois, lorsque Castiel passait devant sa chambre, il l'entendait même parler. Sa voix était rauque mais teinté d'un désespoir qu'il n'avait jamais entendu auparavant. Les mots « purgatoire » et « Benny » venaient et revenaient dans sa bouche, encore et encore. Il les répétait, comme une lente prière, comme une cruelle litanie. Castiel l'écoutait parler de démons, de vampires, de Léviathans et d'autres choses innommables. Parfois, il l'entendait même s'énerver, crier qu'il devait trouver une solution, qu'il devait partir d'ici, qu'il devait rentrer auprès d'un certain Sammy. Puis le silence reprenait ses droits et Castiel pouvait le voir, dans l'entrebâillement de la porte, le regard de nouveau perdu dans le vide. Ce genre de discours complètement furieux et décousu, Castiel en avait déjà entendu – trop entendu, même. Il s'était juré de ne plus côtoyer ce genre de personne, au passé brisé et à l'avenir nébuleux. Et pourtant. Quand la chambre du jeune homme était vide, il restait là, planté devant sa porte, épris d'une honteuse fascination.

Quelques semaines après l'arrivée du nouveau patient, la chambre d'à côté fut soudainement animée comme jamais auparavant. Dès qu'il venait rendre visite à sa cousine, Castiel pouvait constater qu'il y avait presque toujours du monde. Un homme de grande taille aux cheveux longs et châtains était désormais là tous les samedis, sans exception, souvent accompagné par une jeune femme blonde, presque aussi grande que lui. Ils semblaient être un couple – Castiel les avait aperçu devant l'hôpital dans les bras l'un de l'autre. Un vieil homme barbu et un peu bourru était également là assez régulièrement, tout comme cette femme aux cheveux bruns qui ne faisait que réprimander la jeune femme – Joanna – qui était avec elle. La chambre d'à côté n'avait pas vu autant de visages depuis de nombreux mois, de nombreuses années.

Pourtant, malgré les rires, malgré les sourires sur les visages, malgré la vitalité qu'insufflaient ces nombreux invités dans la chambre de l'inconnu, Castiel ne pouvait s'empêcher de dire qu'il manquait quelque chose. Il y avait peut-être de l'agitation et de l'animation. Il y avait peut-être de la chaleur et des mots. Il y avait peut-être une famille. Mais, lorsque celle-ci s'en allait, il n'y avait plus rien. Il n'y avait plus de vie. Lorsque Castiel s'en allait, passant devant sa chambre, il y avait juste le silence. Juste des murs blancs et un homme au regard vert perdu dans le vide.

Puis l'horizon engloutissait hôpital Broughton jusqu'à ce qu'il ne soit qu'une ombre dans le paysage. Castiel repassait devant la boutique de Joshua qui fermait ses rideaux de tôle avant de retourner dans son quartier où les maisons étaient toutes les mêmes et où les voisins avaient toujours de beaux sourires au coin de leur lèvres. Il passait de nouveau sous la douche, frottant son corps énergiquement, se débarrassant de cette odeur nauséabonde qui s'était infiltrée à travers ses pores. Le son de la télévision retentissait ensuite faiblement dans le salon tandis que sa mâchoire mastiquait péniblement les restes de la veille. Castiel s'abrutissait comme il le pouvait, tentant d'oublier la journée qu'il venait de vivre et le fait que, dans sept jours à peine, tout allait recommencer exactement de la même manière.

Puisqu'il ne savait pas encore que tout allait changer.

Tout se déroula à peine quelques jours plus tard. Castiel ne sut pas vraiment quand il prit cette décision, quand il se décida à changer d'un iota ses habitudes. Peut-être était-ce pendant l'un de ces dîners en tête à tête avec le poste de télévision, ou bien lors de l'un de ses footings. Peut-être même ne l'avait-il pas vraiment décidé le faire avant de mettre un pas dans la boutique de Joshua. Peut-être avait-il prit cette décision lorsque le fleuriste lui demanda s'il souhaitait une nouvelle orchidée, comme d'habitude. Toujours était-il que, cette fois-ci, il n'hocha pas la tête, il ne répondit pas oui. Puisque, cette fois-ci, Castiel ouvrit lentement sa bouche et demanda :

« Serait-il possible d'en avoir deux, désormais ? »


À suivre


Notes de l'auteur : C'est tout pour le premier chapitre ! J'espère que ce petit moment de lecture vous a plu. On se retrouve bientôt pour la suite. Sans doute plus tôt pour ceux qui lisent The Shortest Straw, puisque cette histoire reste tout de même ma priorité.

Merci de m'avoir lu et, si vous avez apprécié, n'hésitez pas à me laisser une review !

Ellen.