Chapitre 22

Trois mois.

Trois mois depuis le dîner diplomatique et le monde de Tony avait été complètement programmé pour changer. Cette nuit-là il avait été préparé à être arraché à son rôle de super-héros, à séparer sa vie au milieu et à mélanger le passé et le présent en quelque chose de nouveau. Bordel, après toutes les promesses qu'ils avaient faites, après tout ce que Loki avait fait pour lui revenir, il n'y aurait pas pu avoir d'autre issue. Du moins pensait-il.

Trois mois et rien n'avait changé. Pas vraiment.

« -J'ai une ligne visuelle directe sur—ok, est-ce que quelqu'un d'autre pense qu'il ressemble à mon Mark II en train de porter des rideaux verts ?

-Tape pas sur le chic des rideaux, dit Natasha sur le communicateur. C'est en train de revenir à la mode. Je l'aime déjà.

-Le chemin vers ton cœur se fait à travers les tissus doux ? Et dire que je pensais te soudoyer avec de l'alcool et des sets de manucure.

-T'arrivais quelque part avec ça, Tony. N'arrête pas maintenant.

-Où il arrive ? demanda Clint, intéressé. »

Steve soupira lourdement dans son micro, juste pour que tout le monde soit particulièrement conscient du fait qu'il désapprouvait l'utilisation inappropriée du système de communication.

« -Peut-on juste se concentrer sur la mission s'il vous plaît ? demanda-t-il, mais son cœur n'y était pas. »

L'appeler une mission était juste un peu exagéré. C'était une corvée de surveillance, purement et simplement. Du travail de soldat, si ce n'était pour l'importance de leur cible.

Ils volaient en cercles paresseux dans le jet dissimulé, avec Tony couvrant leurs angles morts dans son armure depuis les deux dernières heures. Thor était en bas à titre officiel, ce qui impliquait majoritairement de s'appuyer sur le mur et de manger le subway aux boulettes de viande d'un mètre de long que Tony lui avait généreusement livré avant le meeting.

Et quel meeting.

En termes d'affaires, Victor Von Fatalis était un requin. Mais il était également le souverain absolu d'une petite nation nommée la Latvérie, et bien que cela signifiait qu'on lui devait un peu de présentiel avec Loki, cela voulait également dire qu'il était tout en bas de la liste des gens importants. Quelque chose à propos de l'armure décorée et des gesticulations flashy du type disait à Tony que cela ne serait pas toujours le cas.

Donc ils se tenaient là dans la cour cloîtrée d'une ambassade asgardienne temporaire, avec Fatalis flirtant ouvertement avec Loki. Tony aimerait être en train d'exagérer. Les bonnes relations commerciales et les manœuvres politiques venaient avec une certaine quantité de flatterie et de compliment, mais ça allait un peu trop loin. Il y avait eu un toucher de bras. Même Clint avait sifflé à l'audace de celui-là.

Pire, Loki ne faisait rien. Bordel, il lui souriait. A un moment il avait même ri, le genre de rire que Tony avait catégorisé dans 'je n'avais pas l'intention de faire ça mais ta verve intelligente m'a surpris' et après ça ça avait été terminé. Tony détestait Victor Von Fatalis et rien ne le ferait changer d'avis.

Se sentir jaloux n'était pas vraiment quelque chose que Tony gérait bien. Cela lui rappelait sa crise réprimée lorsque Loki et Natasha s'étaient rapprochés à Winterheart. Dieu, il avait l'impression que c'était il y avait des décennies. Des vies entières. La plus grosse chose dont il avait eu à s'inquiéter alors était la distance vers la salle de bain la plus proche, et si Loki allait jamais descendre de l'aile ouest pour le fusiller du regard. Des jours simples. Pourquoi la politique s'était emparée de tellement de ce qui était supposé être leur petit ils vécurent heureux pour toujours écœurant ? Tony avait été complètement préparé à se moquer de leur ridicule quantité de bonheur parfait. A la place c'était réunions, briefings, aéroports, distance.

La vie.

Huit cent mètres plus bas, Loki acquiesça en signe de reconnaissance quand Fatalis fit une révérence superficielle par-dessus un bras. Tournant sur un talon de métal poli, le maître de Latvérie avait décidé qu'il était temps de partir. Pas trop tôt.

Réduisant sa vue magnifiée afin de pouvoir voir l'intégralité de la cour, Tony flotta au-dessus de la scène en mode invisible et réfléchit si oui ou non il serait de service cette nuit. Si l'emploi du temps de Loki continuait dans la même lignée que celle des trois derniers mois, il mangerait probablement seul de toute façon. Leurs emplois du temps étaient souvent à l'opposé l'un de l'autre, étant donné à quel point ils étaient occupés, mais cela faisait sens de se porter volontaire pour n'importe quelle mission de disponible cette fois. L'autre option était de s'installer à la tour à bricoler avec le nouveau corps de JARVIS, qui était honnêtement déjà tout bricolé.

Tony était tellement perdu dans sa spirale grogneuse de pensées qu'il manqua presque l'instant où Fatalis fit volte-face sur son chemin de sortie de la cour, tirant un barrage de lumière jaune directement dans le dos en armure de Loki.

« -Merde—

-Hostile— »

Avant que quiconque ne puisse réagir, avant que Thor ne puisse même cligner des yeux, Loki avait évité le rayon et balancé sur Fatalis tellement de glace qu'il cracherait des glaçons durant toute la semaine prochaine. Mais il ne changea pas sa peau en bleu, comme il le faisait parfois quand il était pris par surprise et était forcé d'utiliser la glace. Tony descendit si fort que les pavés se fissurèrent sous ses bottes quand il atterrit, laissant les boucliers reflétant la lumière se dissoudre pour révéler son armure. Au diable l'immunité diplomatique—tirer dans le dos d'un homme était juste lâche.

Mais Loki souriait à peine à son assaillant et Fatalis riait comme un vieil ami, enlevant la glace de ses bras et de ses jambes avec l'aisance de quelqu'un qui avait plus de force dans sa manche que précédemment estimé. Loki tapota obligeamment sa lance contre un amas particulièrement tenace de glace sur son genou, le brisant avec aisance.

« -Comme prévu de la part d'un tel guerrier, songea Fatalis, sa voix ayant un faible écho derrière son casque. Parole douce et grand bâton. J'approuve, roi de l'hiver. Vous n'êtes pas un imbécile. Fatalis peut respecter ce genre de force. »

Faisant légèrement claquer sa cape pour en décoincer la glace, il se tourna légèrement à l'approche de Tony. Il n'y avait pas moyen qu'il puisse manquer la lueur chargée à bloc de l'alimentation sur son torse.

« -Iron Man. Impressionnant camouflage. Mes capteurs n'ont pas remarqué votre présence à proximité.

-J'suis du genre anguille. »

Il se tourna vers Loki, qui arborait toujours le sourire impassible de quelqu'un qui encaissait les attaques sorties de nulle part sans sourciller. Ce ne fut que lorsqu'il rendit le regard interrogateur de Tony avec des yeux d'acier que ce dernier se rendit compte que tous les rires et la flatterie avaient été leur type de champ de bataille. Loki avait de toute évidence gagné, mais cela ne changeait pas le fait qu'il ait eu à recourir aux représailles physiques.

« -Peux-tu au moins faire semblant d'être en danger, que j'ai l'occasion de tirer sur quelqu'un ?

-Je le prendrai en considération, répondit sèchement Loki. Cependant, je crois que Victor et moi en avons fini pour la journée. »

Son ton contenait suffisamment d'acier poli pour qu'il soit évident que l'opinion de Victor ne comptait pas.

« -Si jamais je me retrouve en Latvérie, j'espère que votre accueil là-bas sera significativement plus chaleureux.

-Bien sûr, Ambassadeur. Une petite nation nous pouvons être, mais une qui prend soin de ses alliés. Considérez donc mon offre. »

Fatalis évalua l'armure de Tony une nouvelle fois, puis écarta sa cape en se dirigeant vers la porte.

« -Une bonne journée à vous aussi, Mr. Stark, lança-t-il par-dessus son épaule en partant.

-Un bon retour chez toi, murmura Loki quand les portes se fermèrent. Espèce de boîte de désespoir fanfaronne et comploteuse. »

A l'exclamation dédaigneuse retentissante de Tony, ses yeux se fondirent en quelque chose approchant l'amusement.

« -Tu ris maintenant, mais celui-ci nous amènera des ennuis un jour.

-Est-ce qu'il t'a fait des avances ? demanda Tony, allant droit à l'essentiel. »

Il enleva son casque à temps pour voir Loki arquer un sourcil.

« -D'une certaine manière. Il a cru que Thor était présent en tant qu'héritier d'Asgard pour me surveiller moi et mes affaires. Posant les questions habituelles, il a présumé que j'étais… »

Loki sembla chercher le mot juste.

« -Ambitieux. »

Avec une ouïe fine pour ce que Loki ne disait pas, Thor aboya un rire bref en s'approchant.

« -Si je pouvais me désister pour toi, cela serait sûrement déjà arrivé. »

Il eut un large haussement d'épaules.

« -Qu'est-ce qu'un imbécile recouvert de plaques de métal pourrait t'offrir de plus ? »

Amusé, Tony plaça une main sur son cœur en armure, essayant de son mieux d'avoir l'air blessé.

« -En tant que camarade imbécile recouvert de plaques de métal, je peux dire avec honnêteté que je suis le choix évident par rapport à Fatalis. J'ai une fonction éclairage trop cool et tout. »

Lorsque la bouche de Loki s'adoucit, Tony ajouta :

« -En plus, mes répulseurs sont 60% plus séduisants que cette boîte de thon alimentée au nucléaire. »

Passant de l'un à l'autre, Loki secoua la tête et fit disparaître sa lance. Plaçant une main sur la nuque de Thor et l'autre sur la hanche de métal de Tony, il les attira tous deux contre lui dans une moitié d'étreinte douloureuse. Enfin, ça l'aurait été. Cela avait certainement l'air douloureux pour Thor.

« -Entre mon frère apathique et mon amant absent, déclara Loki. Sûrement que je ne souhaite rien.

-Alors attends une minute là, protesta Tony. Je suis l'absent dans cette relation ?

-Apathie ! s'exclama Thor, engloutissant tout ce que Tony aurait pu dire d'autre. C'est l'espace que tu as demandé et le contrôle sur toutes les choses, Loki. Je n'ai fait que m'y conforter. »

Les yeux de Loki luirent, d'un vert intense et malicieux dans la lumière de l'après-midi. Lentement, Thor commença à se renfrogner.

« -Un roi toi-même et un ambassadeur des mondes, et pourtant j'aimerais toujours t'arracher les cheveux parfois, dit-il lourdement, croisant les bras. »

Il avait l'air un peu contrarié dans les faits.

« -Ne me taquine pas. Je peux à peine dire quand tu le fais maintenant. »

La courbe de la bouche de Loki était si authentiquement affectueuse que Tony oublia presque d'être alarmé par sa propre accusation, qui était des mensonges complets de toute façon. Loki de bonne humeur était un champ de mine de joute verbale parfois, titillant et donnant des petits coups toujours à des points faibles bizarres que Tony ne savait pas qu'il avait. Peut-être que c'était juste la façon de Loki d'inviter à une conversation sur comment, ouais, ils arrivaient rarement à se voir. Si seulement il y avait du temps pour au moins cette discussion.

Ponctuant ses pensées, le casque de Tony se mit brusquement à chanter la chanson d'ennuis en approche. La ligne de communication se rouvrit pour que la voix minuscule de Steve ne relaie un signal de détresse sur la rivière. Quelque chose avec des tentacules de métal attaquant un véhicule domestique. Jamais rien de bon ne venait de tentacules.

« -J'm'envole de suite, dit Tony dans la base de son casque, le soulevant pour le remettre sur sa tête. »

Thor passa du quinjet visible à Loki, qui l'envoya d'un signe de main vers ce qui allait probablement être un combat bizarre. Souriant avec un plaisir surpris, Thor agita Mjölnir et décolla si vite qu'une rafale de vent envoya des feuilles contre l'armure de Tony. Il se tourna vers Loki.

« -Ça fait combien de temps que t'as pas détaché sa laisse ?

-Il a encore à se rendre compte qu'il n'y a pas de laisse, répondit Loki en secouant la tête. Ne vas-tu pas les rejoindre ?

-Dépend. A quel point ton après-midi est libre ?

-Suffisamment libre.

-Alors viens avec moi. Détends un peu tes jambes. Combats un monstre marin de métal avec les Avengers. »

Tony remonta sa visière et sourit.

« -Puis on pourra commander trois genres de nourriture à emporter et nous enfermer pour la nuit. »

Il tendit les bras.

« -Je vais nous transporter.

-Tu m'as presque eu, répondit Loki. Mais je m'assiérais pour un autre meeting avec Von Fatalis plutôt que de voler sans grâce attaché à ton armure avant. Va : occupe-toi de tes batailles. Je serai à la tour ce soir, très probablement. Fais attention à toi.

-Ne le fais-je pas toujours ? »

Loki le gratifia d'un regard plat qui en dit long.

Tony enclencha sagement ses bottes pour s'élever de quelques centimètres productifs—vraiment, laisser Loki pour un combat n'était pas excessivement tentant—et était sur le point de rabattre sa visière et s'envoler quand Loki le tira vers le bas et l'embrassa fort, déconnectant efficacement ses centres langagiers et tout le reste. C'était presque criminellement embarrassant combien cette bouche brutalement affamée avait manqué à Tony au juste. Loki n'était pas démonstratif publiquement même aux meilleurs moments, mais en public était là où ils se voyaient le plus dernièrement. Un baiser là, un contact entre leurs peaux ici, cela alimentait un feu qui devenait franchement un peu hors de contrôle. Mais, la vie était la vie. Engagements. Responsabilité.

Étant donné l'extension de longévité de Tony, il y aurait du temps plus tard. Cela rendait le futur trouble plus clair, même si cela rendait le présent frustrant.

« -Hurle si tu as besoin de moi, dit Loki, rabattant sa visière. »

A travers la lueur digitale de la visière son visage avait l'air un peu crispé. Il fouillait le bleu artificiel comme à la recherche de quelque chose de familier, mais il ne dit rien de plus.

« -Accorde-moi un peu de crédit. Obadiah m'a eu par surprise. Je suis plus aussi confiant. »

Loki détourna le regard, lâchant un petit souffle.

« -Oui. Bonne chance. »

Tony s'envola dans le ciel, attendant d'être à plus de trois kilomètres avant de se demander pourquoi Loki avait eu l'air si inquiet. Il était un Avenger, et les Avengers étaient imbattables.

Enfin, la plupart du temps.


« -Pour ma défense, aucun de nous ne savait qu'il avait un neuvième tentacule. Les gens sont supposés respecter l'équilibre de la biologie. Putain, je hais les savants fous. »

Natasha fronça les sourcils en le considérant. C'était dans les faits davantage une jolie moue, vraiment ; l'angle de vue de Tony en-dessous d'elle signifiait que la gravité donnait à ses lèvres la forme d'un bouton de rose rouge de désapprobation et d'inquiétude. Tony parvint à enfoncer son index dans le coussin moelleux de sa lèvre inférieure avant qu'elle n'attrape sa main et ne la serre. Le baiser qu'elle pressa sur l'articulation de ses doigts était une excuse pour ne pas s'en être rendue compte à temps. Psht. Tony connaissait le score mieux que la plupart. Et alors si cela faisait un moment qu'il avait essuyé une blessure décente ?

« -Quels sont les dégâts ? »

Les yeux de Steve étaient d'un bleu foncé avec, vraisemblablement, beaucoup de culpabilité.

« -Désolé, Tony. Je ne pensais pas que sa force globale pouvait froisser la poitrine de l'armure comme ça.

-Si qui que ce soit aurait dû le remarquer, c'est moi, dit Tony, clignant des yeux en considérant le plafond de sa chambre. Je suis celui avec tous les capteurs. Et puis, c'est seulement quelques côtes fêlées, d'après JARVIS. Un jeu d'enfant. J'ai eu pire.

-Loki va congeler nos miches dans le mur, dit platement Natasha, posant la main de Tony sur les draps de coton égyptien. De qui c'était la faute n'a pas d'importance. »

Regardant son regard sombre se baisser sur les draps blancs frais sous sa main, Tony se demanda si elle avait évité Loki durant tout ce temps à cause de lui. Sa presque mort, son impression de manque de renfort. Leur relation avait été à l'instar de celle de jumeaux et magnétiquement repoussante en même temps, laissant Natasha et Loki en train de se fixer de chaque côté d'une sorte d'étrange gouffre d'antipathie partagée et de connexion brutale. Avait-elle évité Loki parce qu'elle pensait qu'il la blâmerait d'une certaine manière pour l'attaque d'Obadiah ?

Pour Tony, ça semblait des conneries. Cela ne rendait pas la chose inexacte, par contre. Problèmes sur problèmes. Tout ce qu'il savait était qu'elle avait été délibérément absente la nuit où Loki était revenu, et bien qu'il sache que Natasha avait beaucoup de respect et d'empathie pour Loki, ils n'allaient jamais être le genre d'amis qui recherchaient l'autre. Pas après la misère de la dernière fois.

« -Où est Loki, de toute façon ? demanda Steve, regardant autour de la pièce comme s'il pouvait être caché derrière la commode. N'as-tu pas dit qu'il serait revenu ici ?

-Affaires à l'ambassade, probablement, dit Tony, grognant lorsqu'une vague de douleur dans sa poitrine immobilisa le moindre de ses mouvements. Est-ce que les restes de l'octobot ont été mis dans l'atelier ? Je veux le décortiquer demain.

-C'est en bas, mais je ne pense pas que tu devrais beaucoup bouger avec cette blessure. »

Tony congédia Steve d'un geste de la main.

« -Je serai guéri en l'espace de deux jours, dit-il, appuyant ses paumes sur le lit pour se redresser contre les oreillers. »

Ça faisait un mal de chien, mais être allongé à plat sur le dos n'était juste pas une bonne position de supériorité pour essayer d'argumenter avec Steve.

« -Et Loki va pas congeler qui que ce soit juste parce que je me suis pris un coup. Vous savez, vous vous êtes jamais fait autant de souci pour mon bien-être avant que Loki ne revienne vous deux. Pensez pas que je vois pas c'qu'il en est. »

Steve fronça les sourcils, passant une main dans ses cheveux.

« -Hey, ça m'a toujours préoccupé, dit-il, avec une sincérité venant du fond du cœur. C'est Natasha qui pense que Loki va tous nous assassiner.

-Oh bien sûr, rejette tout sur moi, marmonna Natasha, lançant à Steve un regard inamical. Mais ce n'est pas exagéré de penser que Loki ne va pas prendre ta première vraie blessure depuis son retour très bien. »

Elle le gratifia d'un regard appuyé.

« -Après tout, c'est lui qui a manqué de se tuer trois fois pour te sauver.

-Wow, dit Steve, impressionné. Donc Tony a toujours été enclin aux accidents ?

-La ferme, dit Tony. Et laissez-moi me vautrer dans mon horrible blessure. Je peux avoir un café ici ? »

Comme les lâches traîtres qu'ils étaient, ils prirent tous deux la requête comme leur poudre d'escampette. Comme si Loki était une sorte de croque-mitaine incapable de pensée rationnelle—il savait mieux que la plupart que lorsque Tony voulait prendre un risque stupide, il n'y avait juste pas moyen de l'arrêter. Comme voler tête la première vers le processeur principal d'un monstre tentaculaire robotique avant de compter correctement combien de bras il avait. Probablement pas une de ses plus brillantes idées.

Cela le fit penser aux mots de Natasha par contre. Si Tony était l'imprudent, Loki était juste aussi mauvais. Qui risquait sa vie trois fois pour quelqu'un, encore moins un prisonnier qui s'avérait être juste l'amour de sa vie ? Exagération ? Peut-être. Dernièrement, peut-être. Ils refusaient encore de discuter toute l'idée des fiançailles, et aucun d'eux n'avait placé d'anneau dessus. La vertu de Tony était véritablement en loques. Ça c'était une pensée amusante.

Une demi-tasse de café plus tard, Tony réfléchissait à ce qui pourrait être aux infos lorsque la porte de la chambre s'ouvrit, laissant entrer une lumière dorée provenant du couloir. Tony siffla à la silhouette peu familière quand Loki ferma la porte.

« -J'adore le look incognito. Très méchant à la Bond. »

Entre le costume noir sur mesure, la queue de cheval à la base de sa nuque et la chemise bleu foncé, Loki ressemblait à un homme d'affaire sinistre jusqu'au bout des ongles. Ou à un assassin professionnel.

« -Tout ce qu'il te faut est un énorme tatouage dépassant de sous cette chemise. T'as eu du mal à entrer ? »

Loki émit un son dédaigneux, faisant disparaître sa veste de costume et déboutonnant ses boutons de manchette, retroussant ses manches pour exposer les cicatrices de ses avant-bras. L'élastique dans ses cheveux s'en alla ensuite, laissant l'épais désordre noir reposer lourdement sur ses épaules et dans son dos. Pas exactement une tenue décontractée version géant du givre, mais pas mal proche pour le monde quasi-civilisé de Manhattan.

« -Du mal à sortir, plutôt. Étant donné l'opportunité, je crois en effet que le SHIELD tenterait de m'enfermer dans cette ambassade jusqu'à ce que chaque chef d'Etat ait eu sa dose de moi. »

Loki désigna la poitrine de Tony.

« -Laisse-moi voir.

-Tellement direct, commenta Tony, relevant son t-shirt. »

Le côté violet de sa cage thoracique n'avait pas été recouvert de quoi que ce soit, ce qui laissait les blessures en train de gonfler avoir l'air bien pires que ce qu'elles étaient.

« -Juste me fais pas rire ou éternuer pour les deux prochains jours. »

S'asseyant sur le bord du lit, Loki passa un doigt léger autour du bord le plus éloigné de la blessure. Il y avait un étrange mélange de frustration peinée dans son expression, mais il ne prit pas la peine de rappeler à Tony pourquoi il avait pris un risque stupide. En fait, il avait l'impression que sa blessure n'était pas la cause de cette expression.

« -Quelle utilité ont les talents d'un sorcier qui ne peut même pas guérir une simple blessure ? »

La bouche de Loki se tordit.

« -Libre depuis deux ans et j'ai seulement appris comment redonner sa main à Barton. Dissimuler pour obscurcir la vue d'aucun, des rayons de magie pour percer même la plus solide des armures, suffisamment de glace pour recouvrir une ville et je ne peux même pas effacer un bleu. Ni ai-je de temps à passer ici pendant que tu te rétablis, avec dix autres réunions toutes rivalisant d'importance. »

Il expira doucement, ses doigts venant piéger la lumière du réacteur Ark.

« -C'était…plus facile, avant. J'étais toujours là. A présent il n'y a pas de circuits nocturnes dans le château pour s'assurer que tous sont là où ils devraient être. Ce monde est trop imprévisible, trop vaste pour que je puisse le contrôler. »

Tony leva la main, ramenant le poids des cheveux de Loki par-dessus son épaule.

« -Tout ça est un peu lourd pour quelques bleus. »

Il recouvrit la main sur son réacteur Ark, étouffant le reste de la lumière bleu pâle.

« -Essaies-tu de me dire qu'en fait Winterheart te manque ? »

L'expression de Loki, si ouverte et mélancolique un instant plus tôt, se ferma complètement.

« -Ne sois pas stupide. »

Ouch. Loki tourna son attention vers l'autre côté de la pièce, les yeux fixés étrangement quelque part dans le vague.

« -Hescamar. Viens.

-Pas ce connard, grogna Tony alors que l'air se déchirait, s'ouvrant pour révéler un trou béant dans une sorte d'abysse brûlant. »

Hescamar le traversa dans une bourrasque de vent sentant la fumée, battant des ailes pour atterrir sur l'avant-bras de Loki. La poigne de ces serres devait être douloureuse, mais il ne fit pas un son.

« -Où étais-tu ? En train de corrompre davantage de classiques ?

-Occupé et important, répondit le corbeau. Hescamar est partout et nulle part. Tuant le temps et tuant l'ennui. Beaucoup comme notre prince ici. La liberté est cendres et—

-Guéris sa blessure, rapace, dit Loki d'une voix râpeuse, évitant délibérément le regard de Tony. Sois utile pour une fois. Tu auras le temps d'être une épine dans mon flanc plus tard.

-Pas de honte à cela, croassa Hescamar. Tu ne peux pas tout être, petit prince. Fierté d'Odin, ambassadeur, sorcier, roi hiémal, prince, frère, fils, amant, prisonnier. Toujours prisonnier, porte trop de couronnes, trop de visages. »

Le corbeau ouvrit son bec en grand, puis le referma dans un claquement.

« -Plus facile avant. »

Le sang quitta le visage de Loki si vite que Tony put dans les faits voir ses lèvres perdre toute couleur, ne laissant rien derrière que des ombres et la lueur verte fiévreuse de ses yeux. Hescamar ne se préoccupait pas de la brutalité de tout ce qu'il venait juste d'admettre au nom de Loki, sautillant pour picorer droit dans le flanc blessé de Tony.

« -Doucement, putain. »

Les yeux s'humidifiant sous la sensation de chaleur montant en spirale et l'électricité statique se déversant du bec planté entre ses côtes, Tony serra les dents et attendit que cela soit fini. Cela ne faisait pas mal, mais l'idée de juste attendre que ses blessures guérissent la prochaine fois semblait plus tentante.

« -Je me sens violé.

-Laisse-le travailler. »

Loki ne le regardait toujours pas, mais sa main maintenait Tony à plat sur le matelas avec le genre de force d'acier qu'il avait rarement l'occasion de libérer. Pas depuis qu'il était devenu le genre de politicien surchargé de travail qui détestait son boulot—ou peu importe ce dont avait parlé Hescamar. Trop de visages, trop de couronnes. Combien de pression Loki avait placé sur lui-même pour faire tout en même temps ? Être tout le monde en même temps ?

Lorsque le bourdonnement dans son flanc s'estompa au bout de quelques longues secondes, Tony repoussa l'oiseau et rabattit son t-shirt, s'asseyant si vite que le mouvement le fit cligner des yeux. Définitivement guéri, mais avec une montée à la tête surprenante à laquelle il ne s'était pas attendu.

« -Ingrat, croassa Hescamar, ébouriffant ses plumes en volant vers le coffre à tiroirs de l'autre côté de la pièce. »

Tony l'ignora juste, tendant la main à la place pour faire tourner les épaules de Loki afin qu'il puisse voir correctement son visage.

Loki refusait de le regarder dans les yeux.

« -Que suis-je, commença lentement Loki. Pour désirer un tel endroit ? Le site de mon propre enfer personnel, ma prison ? »

Il secoua la tête, un muscle tressaillant légèrement dans sa mâchoire.

« -Hescamar oublie sa place. Tu n'aurais pas dû avoir à—

-Ça me manque aussi, interrompit Tony, faisant glisser ses jambes par-dessus le bord du lit jusqu'à être assis contre le flanc de Loki. »

Il y avait de légères griffures rouges sur son bras à cause des griffes du corbeau.

« -Putain, ça me manque. Les jours simples, calmes, hors du feu des projecteurs.

-Te voir, dit Loki, son regard noir au-delà des portes du balcon. Je pouvais toujours te trouver. T'écouter. Te regarder travailler à la forge. Tu n'étais jamais loin de moi, même quand je ne voulais rien que de ne jamais revoir ton visage. Toujours à me traquer à la recherche de secrets, d'explications, de conversation, d'interaction de quelque façon que tu pouvais trouver.

-J'ai l'air vraiment chiant là.

-Tu l'étais, dit Loki, mais les coins de ses lèvres se haussèrent légèrement. Et je me suis gorgé de toi avec une soif insatiable. Même quand je voulais échapper au vif intérêt dans tes yeux, je restais. »

Une main pâle se glissa autour de la taille de Tony, l'attirant plus près du flanc de Loki.

« -Oui, Winterheart me manque. Toi—toi à Winterheart me manque. Le monde était plus calme alors. »

C'était une pensée triste, mais Tony ne pouvait nier qu'elle était vraie. Ils étaient tous deux tellement demandés et avaient tellement peu de temps libre pour faire les choses dont ils avaient envie. Les Avengers, le SHIELD, les devoirs de Loki en tant qu'ambassadeur, les médias, le monde…il était facile de regretter Winterheart, mais ces jours n'étaient plus. Depuis plus de deux ans. Faisait aucun sens de vivre dans le passé.

De l'autre côté de la pièce, Hescamar caqueta de son long rire brisé.

« -Imbéciles orgueilleux. Pensez que le monde repose sur vos épaules. Des grains de sable se prenant pour des montagnes. »

Déployant complètement ses ailes sur les tiroirs, le bord des plumes d'Hescamar commença à briller en doré.

« -Laissez le foudroyeur prendre le poids de la responsabilité. Laissez les forces d'Asgard défendre un temps. Hescamar est à votre service. »

Cela ne prit pas longtemps à l'intellect génial de Tony pour se rendre compte de ce que leur proposait Hescamar. Mais cela faisait déjà trop de révélé en un trop court laps de temps, et les épaules de Loki étaient si profondément voûtées que Tony pouvait presque voir la peau de loup autour de ses oreilles, l'ombre des cornes sur le mur. L'oiseau pouvait avoir raison et la proposition était alléchante, mais avant même que Tony ne se lève du lit il savait exactement comment les choses allaient se passer.

« -Tu ne peux pas rentrer, cita Tony, marchant vers la commode et en chassant le corbeau. »

Éteignant la lumière dorée, Hescamar s'envola, ses griffes laissant de profondes rainures dans le bois là où il s'était perché. Connard fini.

« -Pas ce soir, du moins.

-Attends. »

Hescamar battit des ailes fort, surpris dans son échappée par portail habituelle. A la place, il heurta les portes de verre du balcon et rebondit dessus, jurant une pléthore d'insultes dans au moins trois langues différentes n'étant pas originaires de la Terre. Il se dandina sur le sol comme un poulet étourdi jusqu'à être assez proche pour picorer Loki dans le tibia.

Loki ignora la petite blessure causée par le corbeau, tournant légèrement la tête pour regarder Tony avec des yeux plongés dans l'ombre de la lampe.

« -Cela te manque ? »

Y réfléchissant, Tony frotta son pouce sur les sillons dans le bois et soupira.

« -La bonne compagnie et un endroit pour échapper au monde me manquent. C'était ça Winterheart pour moi. »

Laissant sa main glisser de la commode, il s'approcha de Loki, qui le regardait calmement, calculateur.

« -En plus j'ai rencontré le type le plus fascinant là-bas. Il était grand et sombre, et il m'a fait flipper à mort la première fois qu'on s'est rencontrés. »

Loki le reçut avec des mains prudentes quand Tony s'agenouilla de part et d'autre de ses hanches, les genoux se pressant dans le matelas. Un court tiraillement le fit se retrouver dans le giron d'un prince sorcier dénué d'expression—un qui observait l'inclinaison de sa clavicule là où elle disparaissait sous son t-shirt. Ça c'était ce qu'aimait voir Tony.

« -Tu cachais bien cette peur, dit Loki doucement, lui lançant un regard rapide. Je me souviens que même alors j'ai senti que tu avais été à la merci d'autres avant. »

Ses lèvres chaudes touchèrent le côté du cou de Tony, l'effleurant comme les ailes d'une phalène.

« -Ce fut la défiance qui m'a fait céder. Toute cette peur…et tu m'as regardé droit dans les yeux et m'a mis au défi de garder. »

Au premier frisson sous lui, Tony pensa que Loki ne faisait que se débarrasser des vieux souvenirs—essayant peut-être d'oublier ces vieux jours pleins de colère. Mais le front posé sur son épaule s'éloigna légèrement quand quelque chose se faufila entre eux. D'épaisses cornes recourbées d'ivoire apparurent, revenant en arrière dans les cheveux noirs. La peau sous les mains de Tony devint d'un froid de glace. Le soupir de Loki fut bizarrement chaud comme toujours, mais lorsqu'il leva la tête Tony ne put lui en vouloir pour la chair de poule qu'il causa.

« -J'suis plutôt content que tu l'aies fait, dit Tony, pressant sa paume contre la courbe bleue de la mâchoire de Loki. »

Des lignes en relief suivirent comme des sentiers sur une carte, disparaissant sous sa chemise vers un territoire qui avait manqué à Tony durant les dernières semaines.

« -Me garder, je veux dire.

-Ne fais pas d'erreur, Tony Stark, dit Loki, la voix aussi brisée et rauque qu'elle l'avait été dans l'écho des couloirs de Winterheart. C'est toi qui m'as gardé. Sain d'esprit, vivant, intéressé, stupéfait, plein d'espoir et de courage. Tu m'as gardé, lorsque je ne souhaitais rien de plus qu'être en mesure de me jeter au loin et d'oublier.

-Eh bien, maintenant c'est comme si j'étais une sorte de héros. »

Se penchant en avant, Tony embrassa ses lèvres froides, le poussant pour s'allonger sur le matelas. Il maintint sa bouche à à peine un centimètre des dents acérées révélées par le sourire de Loki lorsqu'il murmura :

« -Continue. »

Loki s'exécuta gracieusement, mais pas avec des mots. Sa bouche demeura occupée par d'autres choses, contre lesquelles, en toute honnêteté, Tony ne pouvait pas être en colère. En particulier lorsque des doigts griffus tirèrent sur sa taille et qu'il vit sa ceinture voler à moitié à travers la pièce. Il remarqua à peine le grommellement et l'éclair de lumière quand Hescamar s'éclipsa avec réticence.

« -JARVIS, verrouille la porte, parvint à dire Tony quand un souffle chaud toucha sa gorge. Pas d'interruptions à moins que cela n'implique— »

Il sentit des griffes égratigner légèrement ses hanches.

« —ok, pas d'interruptions du tout. S'il te plaît allume l'air conditionné et réduis les lumières à 20%. »

JARVIS exécuta ses requêtes un instant plus tard, laissant Loki froncer curieusement les sourcils dans la semi-obscurité, à mi-chemin entre inverser leurs positions sur le lit et lever les yeux sur les bouches d'aération leur soufflant de l'air frais dessus.

« -Ce ne sont pas les courants d'air du château, dit Loki, s'agenouillant au-dessus de lui pendant que sa chemise brûlait dans une lumière vert et or. Mais j'apprécie la tentative de recréer la scène. Quel dommage que nous n'ayons pas de cheminée. Dois-je invoquer une tempête de neige ?

-Et laisser savoir à tout le monde ce qu'on est en train de faire ? »

La voix de Tony fut étouffée quand Loki fit passer son t-shirt par-dessus sa tête.

« -Absolument.

-La prochaine fois, promit Loki, tirant les mains de Tony vers l'avant et les plaçant sur la taille de son pantalon—honnêtement, parfaitement coupé. Lorsque j'aurai plus de patience. »

Aussi loin que les arguments contre allaient, c'en était un très bon. Tony l'eut en train de porter rien d'autre que beaucoup de peau bleue fraîche en l'espace de dix secondes, et beaucoup, beaucoup de centimètres carré de celle-ci se pressèrent contre lui en l'espace de quinze. Loki s'affaissa contre lui aisément, ne faisant plus trop attention à son poids à présent que Tony était suffisamment fort pour le supporter. Soulevant un peu ses hanches, il entendit le cliquetis des griffes contre le bouton de son jean, puis à l'instar d'une sorte de tour de magicien ce dernier vola à la suite de sa ceinture un instant plus tard. L'expression dans les yeux rouges sombres de Loki était également affamée et curieuse.

« -Tu me préfères comme ça. Froid, bleu, faisant attention à mes griffes et mes cornes pendant que je te déshabille. »

Étalant ses doigts, Loki passa sa main en une ligne large, lente, depuis le côté du cou de Tony, sur son torse et autour des bords du réacteur, titillant son téton qui tomba sous la trace froide à l'instar d'une carte qu'il dessinait sur la peau de Tony.

La respiration coincée au fond de sa gorge, Tony regarda Loki pencher la tête, sa bouche chaude de façon choquante sur sa peau après l'empreinte du froid. La physiologie des géants du givre était quelque chose d'autre, ça c'était sûr. Loki suivit le chemin que sa main avait pris jusqu'à ce qu'il soit forcé de descendre sur le lit, son menton reposant sur l'étendue de peau chaude juste en-dessous du nombril de Tony. Naturellement, ce fut là que Loki décida de faire une pause, laissant une partie de son anatomie des plus insistantes tendue contre la colonne lisse de son cou. Se débarrassant du brouillard lubrique qui s'était levé, Tony se rendit compte qu'il attendait une réponse. Comme si dans les faits cela avait été une question.

« -Je sais que ça rend la chose un peu plus dure pour toi, admit Tony, passant un doigt le long du bord d'une corne, encerclant la base où l'ivoire devenait bleu. »

Les yeux de Loki se fermèrent pendant qu'il écoutait.

« -Mais je sais également que tu ne deviens véritablement vivant devant moi que lorsque t'as balancé ton visage magique. Si tu l'as pas remarqué, je tire beaucoup de fierté de mon travail. »

Passant un doigt léger le long du sourcil de Loki, il dit :

« -Tu sais, mes cicatrices et la lumière incrustée dans mon sternum semblent pas te déranger, mais je te surprends à regarder mes yeux parfois. »

Les yeux de Loki s'ouvrirent, ses sourcils se fronçant légèrement. Le rouge profond de son regard était un tel changement par rapport au vert que Tony avait vu durant les dernières semaines, mais cela lui rappela une sécurité blessée et un vieux pouvoir. Et la neige. La neige et la pierre et le feu de cheminée. Ces yeux rouges étaient chez lui.

Peut-être que les siens ne l'étaient plus.

« -Je suis habitué depuis longtemps à ce que mes mots laissent des marques, pas mes actions. »

Se redressant sur ses avant-bras, Loki embrassa le poignet de Tony et remonta sur son corps jusqu'à ce que ses coudes soient pressés dans le matelas au niveau des épaules de Tony. Les lèvres qui effleurèrent ses paupières furent d'une tendresse à fendre le cœur, en quelque sorte plus significatives à présent que Tony possédait ses toutes nouvelles durabilité et force.

« -Parfois je me demande si tu me mépriseras un jour, pour t'avoir donné cette longévité. Si tu regarderas tes yeux transformés dans le miroir et souhaiteras que je n'eusse rien fait. Est-ce étrange pour toi ? »

Tony leva les yeux sur Loki, regardant le jeu d'émotions qui traversaient son visage. Elles étaient petites, cachées, mais il les chercha de ses yeux dorés, ceux qui faisaient se demander à Loki s'il regrettait de les avoir reçus. Comment était-il supposé regretter qu'on lui ait sauvé la vie ?

Se redressant, Tony l'embrassa profondément, inhalant longuement par le nez quand Loki ouvrit la bouche pour lui permettre d'entrer, une main aux longs doigts se plantant dans l'oreiller à côté de la tête de Tony en guise de support. Loki sentait le savon et la neige et le cuir, bien qu'il n'en ait pas porté durant la dernière heure. C'était accroché à ses cheveux et à ses épaules, l'hiver et l'huile de cuir. En-dessous c'était peau froide et bouche chaude, une que Tony rechercha avec le genre d'abandon auquel il ne s'était même pas laissé penser durant les deux dernières semaines.

« -Il y aura du temps pour les regrets plus tard, dit Tony, n'essayant pas de déguiser la rocaille dans sa voix. »

Les hanches de Loki ondulaient contre les siennes, sinueuses et lentes.

« -Mais si tu penses que je vais te détester pour m'avoir sauvé la vie, tu vas attendre putain d'longtemps.

-Nous avons le temps, dit Loki contre sa bouche, et ses mots étaient une promesse. Pour le moment, Tony Stark, j'aimerais beaucoup que tu fasses bon usage de tes mains. »

Sa bouche s'étira légèrement.

« -Mes griffes rendent en effet les choses difficiles.

-Excuses, excuses. »

Cela ne manquait jamais de donner l'impression d'être la première fois avec Loki. Bien sûr, Tony avait placé ses mains et sa bouche partout sur lui, embrassant les lignes en relief pâles et passant des doigts calleux sur la peau bleue lisse, sentant le froid qui en émanait lui donner la chair de poule sur ses bras et son torse. Bien sûr, il savait quel goût avait cette peau, depuis la courbe de son cou jusqu'à l'articulation du genou. Mais chaque fois qu'il regardait les yeux de Loki se fermer en un plaisir surpris, chaque fois que son estomac bondissait à l'effleurement de ses doigts, c'était comme nouveau. Il était facile de céder à l'impulsion d'explorer, de sentir Loki réagir comme si sa peau ne s'était pas encore habituée à lui. Cette peau de géant du givre n'avait pas été touchée aussi souvent qu'elle aurait dû l'être, mais Tony avait des années et des années pour rattraper cela.

Non pas que Loki lui ait simplement permis de prendre les rênes, docile et volontaire contre lui. Ces jours avaient pris fin à l'intérieur de murs ensorcelés et l'illusion d'une prison. Non, il y avait des traces rouges suite à l'usage léger des griffes traçant leurs propres lignes sur la peau de Tony, et de légers bleus marquant les endroits favoris de Loki, s'attardant et ajoutant leur saveur. La force dans ses mains fut utilisée à la perfection, soulevant ses hanches et plaquant ses bras à plat sur le matelas, attirant Tony pour s'asseoir à califourchon sur lui quand l'urgence se fit pressante et que du givre s'étendit sur les draps, ignoré et instinctif alors qu'ils bougeaient ensemble, se touchant et se séparant en un rythme rapide pendant que les mains de Loki tressaillaient vers Tony pour mieux s'éloigner, les hanches bougeant en une tentative de toucher au but désespérée quand le besoin s'avéra être de trop.

Cela donna en effet l'impression d'être la première fois quand la tête de Loki se renversa en arrière contre les oreillers, ses mains agrippant la taille de Tony et le maintenant en place alors que le givre dessinait des toiles de dentelles le long de ses flancs ; de minuscules choses fragiles qui fondirent un instant après que sa chaleur se soit déversée en elles. C'était une concession de son pouvoir, un dérapage de contrôle confiant qu'ils reconnurent tous deux à peine d'un échange de regards. A la place, Loki éjecta l'humidité de ses griffes quand Tony plaça son visage brûlant contre la colonne de son cou, lâchant un soupir qui sembla provenir à des kilomètres de profondeur en lui.

Durant un moment ils existèrent juste là dans le silence, respirant l'un contre l'autre avec des doigts paresseux emmêlés dans des cheveux longs et pressés contre de la peau chaude. C'était plus près de la paix absolue que ce que Tony avait trouvé depuis des mois.

Lorsque le matin arriverait, Loki allait continuer sa procession actuelle de réunions et de voyages autour du monde, ses vols de dernière minute et absences prolongées. C'était important d'essayer de faire compter chaque instant, bien sûr, mais…

« -Appelle ça l'effet post-orgasme, ou deux semaines de frustration sexuelle accumulée dépensée en une demi-heure, murmura Tony au pouls froid battant contre le coin de sa bouche. Mais c'était si bon que je pense pas aimer l'idée de te laisser sortir de cette chambre pour les cinq prochains jours.

-Quel dommage, dit Loki, son visage incliné vers les lumières tamisées au-dessus. »

L'air conditionné agitait ses cheveux, chatouillant le nez de Tony et menaçant de le faire éternuer.

« -J'espérais voyager.

-Non. Où ?

-Rentrer. »

Les yeux de Tony s'ouvrirent en grand.

« -Rentrer-rentrer ?

-Hescamar a pu avoir suggéré un moyen de faire d'une pierre deux coups, si on peut dire. »

S'éloignant de Tony afin de pouvoir le regarder dans les yeux, Loki sourit faiblement.

« -Cela ne servirait-il pas aux Avengers d'avoir une base d'opérations d'urgence ? Peut-être une n'admettant que ceux dignes de sa barrière ? »

Tony le fixa juste suffisamment longtemps pour que Loki s'éclaircisse la gorge modestement et continue, ses yeux scintillant de rire.

« -Peut-être un donjon de glace et de neige, patrouillé par des loups si sauvages qu'ils peuvent mordre à travers le fer et l'acier. Après tout, tout territoire touché par le pouvoir du Coffret m'appartient en effet, de droit. Odin n'en a certainement aucune utilité. »

Une main aux longs doigts se fit paresseuse, traçant des lignes le long du dos de Tony.

« -Bien sûr, nous aurions besoin de le préparer—une entreprise qui pourrait prendre des semaines même si les plans se passent très bien. Thor s'occuperait de mes affaires diplomatiques avec le SHIELD, mais… »

Il glissa un regard prudent à Tony.

« -Cela retarderait quelque peu nos plans. Trois mondes retiennent leur souffle, attendant l'indication de notre intention d'une façon ou d'une autre. »

C'est vrai. Le mariage. Mariages, pluriel, puisque pour une raison inconnue les traités et les lois qu'ils développaient entre Asgard, la Terre et Jotunheim devaient encore inclure la règle consacrée de 'ce que je dis, se fait', en laquelle Tony trouvait beaucoup de valeur personnelle. Trois mois auparavant cela aurait été une opportunité médiatique enthousiasmante. Ces jours-ci, Tony découvrait qu'il ne voulait juste plus partager. Le reste du monde voyait plus Loki que lui.

« -Rappelle-moi pourquoi on doit en faire un grand spectacle ?

-Nous ne sommes pas obligés, dit Loki avec franchise. Mais c'est toi qui as fait la demande pour commencer.

-Je m'attendais à ce que tu m'ignores, contra Tony. N'importe qui d'autre l'aurait fait. »

Et c'était probablement un peu trop auto-dépréciateur, à la limite de l'apitoiement sur soi d'après le silence brusque de Loki. Définitivement un peu trop honnête. Tony réfléchissait toujours à une manœuvre de rafistolage express pour continuer la conversation lorsqu'une profonde inspiration gonfla la poitrine de Loki.

« -Laisse-moi être clair : avec ou sans papier, ou cérémonie, ou les cerceaux au travers desquels ces déluges d'imbéciles politiques souhaitent que nous sautions, tu m'as. Tu as Winterheart. Tu as même Asgard, en vertu de l'effet de la pomme sur toi. »

Se mettant sur le flanc, Loki poussa Tony afin que leurs yeux puissent se croiser.

« -Mais avoir la chance de marcher au milieu de mon peuple, Jotun et Asgardien confondus, et leur dire qu'aucun d'eux ne peut te toucher ? J'attendrais une éternité pour cela. Je me fiche de comment, ou de quand. Je te veux, Tony Stark. Laisse-moi te garder.

-Je pensais que c'était moi qui te gardais, dit Tony, s'éclaircissant la gorge face à une soudaine constriction. Si on…si on va discuter des détails ici. Mais, de toute évidence, ouais. Demain, ou dans vingt ans à partir de maintenant, ça n'a pas d'importance pour moi. Les légalités ne vont rien changer. Tu m'as. »

Loki sourit, permettant à une once de canine de se montrer.

« -Bien, dit-il simplement, s'asseyant d'un mouvement fluide. »

Malheureusement, une de ses cornes avait percé l'oreiller qu'il utilisait et l'entraîna avec lui, pendouillant d'une des pointes d'ivoire comme un drapeau dodu de reddition.

« -Raah. Enlève-moi ça. »

Tony riait trop fort pour s'exécuter. Cela lui valut une bonne correction avec l'oreiller une fois que Loki fut en mesure de le détacher lui-même, mais la bouchée de rembourrage de latex valut la coloration irritée de bleu foncé sur les joues de celui-ci. C'était étonnamment génial de savoir qu'il pouvait toujours perdre toute sa dignité en moins de trente de secondes.

« -Ok, ok, finit par dire Tony, jetant prudemment un œil de derrière son propre bouclier d'oreiller. Je suis désolé d'avoir ri de ton instant porte-manteau. Tu es un roi géant du givre redoutable et je tremble devant toi.

-Non, les tremblements c'était il y a quinze minutes, rétorqua Loki, aplatissant ses paumes sur le torse de Tony. Mais oui, je suis redoutable en effet. Maintenant habille-toi avant que je ne te suspende à mes cornes. Nous avons un voyage à préparer. »

L'éclair de magie qui surgit des mains de Loki laissa un picotement à Tony, de même qu'il fut lavé de toute sueur et de sexe de la tête aux pieds. Douche magique, c'est fait. Quelqu'un était pressé.

« -On y va de suite ?

-De suite.

-Clint et Natasha vont nous assassiner. »

Cela fit faire une pause à Loki, mais il finit par secouer la tête et continua d'attraper ses vêtements.

« -Le Capitaine Rogers ne se passerait jamais de trois Avengers le temps que tous nos plans soient cimentés. Laisse-les pester contre lui à la place. »

Ramenant ses cheveux derrière ses épaules, Loki haussa les épaules.

« -Je préférerais t'avoir pour moi un moment. »

Il était dur de protester contre ce genre de discours, et il marquait un point en effet, décida Tony en attrapant son jean et en l'enfilant, sautillant. Il était un peu serré au niveau des fesses, mais d'après le regard intéressé de Loki c'était clairement un point à ajouter dans la colonne des plus. Natasha comprendrait absolument, mais Clint allait piquer une crise et tous les arcs customisés du monde n'allaient pas lui remonter le moral. Cela laissa Tony avec une petite pointe de culpabilité alors qu'il finissait de s'habiller, jetant des coups d'œil autour de la pièce en réalisant que cette fois il avait dans les faits l'opportunité de préparer un sac.

« -Va parler à Steve, suggéra Tony. Obtiens mon autorisation de sortir d'ici pour un moment et je te prépare quelques petites choses à fourrer dans ton compartiment à bagage magique.

-Souviens-toi que tes appareils ne marcheront pas là-bas, l'avertit Loki, mais il se tourna vers la porte en quelques pas allongés. Nous aurons besoin de l'expertise de ma mère pour changer ces barrières, et je ne prévois pas de la faire voyager en-dehors des frontières juste pour que tu puisses texter le Colonel Rhodes. »

Il sortit pendant que Tony réfléchissait toujours à des moyens de contourner l'interférence magique. Leur jeu de *Words with Friends commençait tout juste à s'échauffer.

« -Monsieur, dois-je informer Pepper de votre congé imminent ? Elle sera sans doute intéressée par votre retour à Winterheart. L'entendre via téléphone arabe vous gagnera son courroux, je suis sûr.

-T'ai-je déjà dit à quel point je trouve bizarre ta relation avec elle ?

-Plusieurs fois, monsieur.

-Ouais. Ok, fais-le. »

Tony y réfléchit.

« -En fait, pourquoi tu t'amènes pas toi-même devant sa porte ? Ton corps est prêt depuis des semaines. Utilise-le. »

JARVIS fut silencieux si longtemps que Tony pensa qu'il avait mal fonctionné. Ce qui était impossible.

« -Merci, monsieur. Je crois que Pepper approuvera.

-Moi je désapprouve toujours, dit-il, ressentant le besoin de grommeler pour le bien des apparences. Diable de beau gosse. »

La demi-heure suivante fut passée à fourrer affaires de toilette et vêtements dans un sac de sport à la suggestion de JARVIS. Des chaussures adaptées et des chaussettes furent inclues, plus quelques sweaters épais qu'il n'était pas sûr d'avoir jamais portés. Brosse et peigne étaient obligatoires, de même que des ciseaux à ongles. Des choses minuscules qu'il avait souhaitées à l'intérieur de cette énorme chambre il y avait deux ans.

Tony était juste en train de fermer la fermeture éclair du sac lorsqu'il disparut sous ses mains. Il leva les yeux pour voir Loki appuyé contre l'embrasure de la porte. Steve regardait par-dessus son épaule, son expression résignée et un peu déconcertée.

« -Demain matin, dit sèchement Loki. Nous partons. Ton capitaine est dur en affaires.

-J'ai juste besoin de temps pour préparer, protesta Steve, contournant Loki pour entrer dans la pièce. Tony et ses armures sont indispensables à l'équipe. Sans compter que vous voulez que Thor commence à séparer son temps entre les Avengers et faire votre boulot. Je peux faire en sorte que ça se fasse, mais j'ai besoin de plus que cinq minutes de préavis. »

Il jeta un coup d'œil à Tony et haussa les épaules.

« -Désolé, Tony. Ça me fait jongler avec beaucoup de choses à la fois.

-Me semble honnête. »

Tony y réfléchit un instant.

« -Pour le tableau de service, appelle Pepper maintenant et puis pour combler le fossé que je vais laisser je partirai par support aérien. Son armure est faite pour l'évacuation et la défense, et elle l'admettra pas mais elle mourait d'envie de la sortir. JARVIS veillera sur elle. »

Steve eut l'air surpris.

« -Ce…n'est pas une mauvaise idée dans les faits.

-Ouais, génie ici, tu t'souviens ? »

Tony fut légèrement récompensé par le sourire réticent que cela lui valut. Abandonnant complètement, Steve poussa un long soupir de défaite et l'attira juste dans une forte étreinte.

« -Sois pas absent trop longtemps, ou je te pique Rhodey. »

Par-dessus l'épaule de Steve, Tony vit Loki froncer les sourcils de jalousie, ce qui était hilarant.

« -Prends soin de toi.

-Toi-même, Sergent Sécurité.

-Capitaine, corrigea Steve avec un soupir, le repoussant. Ça va pas me manquer ça. »

Avec un dernier regard de chien battu, Steve les laissa tous deux à leurs plans, disparaissant probablement pour pleurer à chaudes larmes. Tony était suffisamment égoïste pour l'espérer. En particulier s'il était sérieux à propos de cette blague de piquer Rhodey.

Loki ferma la porte avec un clic et s'étira, grand et mince et bleu. Son soupir n'était que pure satisfaction quand il s'approcha de Tony.

« -A l'aube, alors. »

A l'aube, répéta silencieusement Tony, tendant les bras pour attirer Loki.

Un retour à Winterheart. En revenant au point de départ comme ça, cela allait être intéressant de voir ce que le temps avait changé. Comment ils avaient changé. Peut-être qu'ils pouvaient même reconstruire l'énorme trou dans la chambre de Loki dans l'aile ouest—

« -Obadiah, dit soudainement Tony, sa tête se redressant. L'armure d'Obadiah. Est-ce qu'elle y est encore ? »

Loki hésita contre lui.

« -L'armure, oui, j'imagine qu'elle est toujours là, dit-il prudemment. Pour ce qui est de ses restes, ils sont allés aux loups. Etant donné leur rage en raison de leur proche qu'il a assassiné, je doute que nous trouverons ne serait-ce qu'un bout de tissu.

-Bien. »

Tony bâilla.

« -Je pense que je peux utiliser le réacteur Ark et les câbles de l'armure pour créer une grille d'alimentation localisée dans le château. »

Il était toujours en train de planifier longtemps après qu'ils se soient retirés au lit, passant en revue des idées de façons de moderniser le château sans en changer une seule partie de manière visible. L'idée d'installer une série de moniteurs et d'équipements de projection 3D dans la salle de séjour semblait un blasphème. Il y avait d'autres façons d'améliorer le château. Des centaines et des centaines de façons.

Tony s'endormit en y réfléchissant toujours.

Des projets.

Winterheart ne manquait jamais de lui en donner un.


A travers le portail qu'Hescamar avait fait sur le toit, le vent soufflait des flocons de neige et l'odeur de l'hiver. A l'intérieur, Tony pouvait voir l'arche de fer noir du portail du château, toujours brisé et tordu vers l'intérieur suite à son dernier assaut.

A son côté, Loki était tendu et silencieux, ses mains disparaissant derrière les plis de son manteau. Vieilles habitudes, différents vêtements. Il n'était plus en haillons, mais l'étendue de vert suspendue par-dessus son cuir noir était un spectacle familier.

« -Après toi, dit Tony alors que le moment s'éternisait. »

Loki cligna des yeux, ses cornes s'inclinant légèrement quand il acquiesça.

« -Ou je peux y aller.

-Je vais bien. »

Les mots étaient presque secs. Loki n'allait pas bien.

« -La dernière fois que je me suis tenu dans l'ombre de ce portail je l'ai vu comme mon geôlier. »

Ses yeux se plissèrent, pensifs.

« -Il a l'air fragile, maintenant. Allons-y, veux-tu ? »

Tony s'empara juste de la main de Loki et traversa le portail de l'oiseau avant que Loki ne puisse penser à une longue histoire qui l'aiderait à traîner davantage. Un tiraillement ferme les fit traverser tous deux pour se retrouver dans les vents hivernaux tournoyants. Les doigts de Loki se serrèrent autour des siens si étroitement que ce fut un miracle que rien ne casse. Les pouvoirs de la pomme. Incroyable.

Ce ne fut pas avant que la respiration de Loki ne se coince dans sa gorge que Tony réalisa que la poigne n'était pas à cause de l'entrée abrupte, mais à cause de ce qu'il avait vu lors de leur traversée des mondes. Ses yeux rouges brillaient dans le paysage blanchi, leur couleur illuminée par l'unique et faible rayon de soleil qui traversait les nuages.

« -Regarde-moi ça, souffla Tony, les yeux levés sur le château à travers le portail tordu. Putain de merde. »

Devant, en bas du long pont de bois et de pierre, chaque fenêtre du château brillait de la lumière des lanternes et des flammes des chandelles. Cela transformait le paysage sombre et morne en quelque chose de réconfortant, quelque chose comme un refuge et un foyer. La neige ne les menaçait pas. Les yeux de loup scintillant dans les bois n'étaient pas affamés. Les branches griffues n'accrochèrent pas leurs vêtements ou leurs cheveux quand ils s'approchèrent. Même le vent ne les assaillit pas, soufflant un doux murmure de la tempête de neige approchante comme un avertissement tendre, les pressant vers les portes ouvertes du château.

« -C'est… »

Loki baissa la tête et se détourna, visiblement ému et essayant désespérément de le cacher.

« -De qui est-ce le fait ? »

Dans leur dos, Hescamar croassa un rire et battit des ailes, fermant le portail et s'envolant vers le château en un long glissement sur les courants d'air. Tony regardait toujours la silhouette sombre des plumes de sa queue lorsqu'une gorge s'éclaircit sans discrétion quelques pas devant. La tête de Loki fit volte-face sous le choc.

« -Vous ne pensiez pas, dit Natasha, sortant de l'ombre d'un arbre, vêtue d'une robe bleue familière. Que vous pouviez me rouler, n'est-ce pas ? »

Ses longs cheveux roux étaient détachés, volant dans la brise autour d'elle. Ses yeux verts brillèrent comme du jade quand elle sourit, rusée et contente d'elle et tellement, tellement heureuse d'être de retour. Tony connaissait le sentiment.

« -Traîtrise, feula doucement Loki, mais le sourire de Natasha ne fit que s'agrandir. Tu es la raison pour laquelle Rogers nous a retardés.

-Nous, dit une autre voix, ricanant déjà à sa propre ingéniosité. »

Clint Barton sauta d'un arbre, son arc passé par-dessus sur son épaule alors qu'il atterrissait dans un bruit sourd.

« -Hescamar a jacassé plus vite qu'une balance stressée. Deux semaines de vacances, courtoisie de Fury. »

Au regard de consternation de Loki, Clint haussa les épaules et demanda :

« -Vous pensez vraiment qu'on vous laisserait rentrer sans nous ?

-Rentrer, répéta Loki, sonnant comme s'il atteignait une sorte de point de rupture. Rentrer ? »

Natasha souleva légèrement sa jupe en traversant la neige vers eux, montrant des bottes de cuir noir à lacets montants sous le bord trempé de sa robe. Ses yeux n'étaient que pour Loki, et pour la première fois depuis qu'ils avaient tous été réunis elle le regarda avec une véritable chaleur. Peut-être que c'était le froid qui l'avait fait sortir d'elle.

« -Regarde les choses en face, Loki. Tu as fait de nous une famille. »

Elle tendit légèrement les bras.

« -Ce n'était pas moi, dit Loki, jetant un regard à Tony. »

Mais il tendit les bras et attira Natasha contre lui, ses longs bras entourant sa silhouette plus petite et serrant fort.

« -Espèce de petite roublarde dénuée de conscience. Ça doit être de famille. »

Natasha eut juste un rire sifflant dans son armure, le frappant gentiment du poing dans le dos. Tony dut détourner les yeux avant de se laisser atteindre. Famille ? Ouais, peut-être. Unis par une poignée de sorts, une tempête de neige et une chance de faire un changement dans des vies qui étaient destinées à davantage que du gain égoïste à la petite semaine. Winterheart les avait tous secoués.

Tony ne sursauta pas quand un bras se glissa autour de sa taille, une tête s'inclinant pour se poser sur son épaule. Clint fit un grand geste vers le spectacle du paysage autour du château brillant.

« -Fait du bien d'être de retour, mec. »

Tony sourit.

« -Ouais, c'est vrai.

-Tu vas quand même bouffer à mort pour avoir essayé de partir sans moi. »

Tony fut sauvé d'essayer de trouver une défense qui n'impliquerait pas trop Loki lorsque Natasha s'écarta de leur étreinte douloureuse et attrapa sa main, l'entraînant le long de la rive neigeuse vers le portail. Tendant la main pour garder son équilibre autant que le reste, Tony attrapa la main de Loki et ils descendirent la pente en glissant légèrement.

« -Venez. On a passé la nuit à allumer toutes ces chandelles. Oh, et… »

Natasha farfouilla dans une poche profonde de sa jupe.

« -J'ai trouvé ça dans la salle de bal. »

Elle révéla une clé de fer ayant l'air ancienne.

Tony la prit avec des mains prudentes.

« -Ma clé de l'armurerie, dit-il, ébahi. Merde, je pensais que cette chose avait disparu pour de bon. »

Il la glissa dans sa poche avant que Loki ne puisse la lui prendre, ce qui lui valut un regard noir sans conviction.

« -C'est à toi, lui rappela Loki, utilisant le dos d'une griffe pour enlever un flocon de la joue de Tony. Comme beaucoup de ce qui m'appartient, à présent.

-T'as toujours dit que j'étais cupide, dit Tony, attrapant la main contre sa joue. Mais si t'as pas remarqué, je t'ai donné quelque chose m'appartenant y'a un moment. C'était un peu cabossé à l'époque, a pas très bien fait son boulot, mais ça a marché. »

Il sourit.

« -Peut-être pas un échange équitable, mais c'était tout ce que j'avais.

-L'échange était…plus qu'honnête, répondit Loki, et son corps ondula de lumière. »

Tony eut un unique instant de confusion quand l'armure noire et les segments d'or et d'argent disparurent du corps de Loki, révélant un torse bleu nu seulement recouvert d'une lourde peau de loup grise balancée autour de ses épaules, maintenue par un bout de cuir denté. Le manteau avait disparu, de même que toute sa parure. A la place il portait un pantalon de cuir terne, descendant bas sur des muscles tendus marqués de lignes que Tony pouvait dessiner les yeux fermés. C'était Loki—Loki de Winterheart, sauvage et furieux en stature, juste comme il l'avait été le tout premier jour.

« -N'oublie jamais que c'est ce que tu as d'abord connu, dit doucement Loki, sa voix rauque de souvenirs. Car jamais je n'oublierai. »

Clint émit un sifflement admiratif quelque part près du portail, mais il s'interrompit avec une grimace quand un impact retentit. Natasha.

Tony tendit les bras et passa ses mains le long des avant-bras nus de Loki, laissant le bout de ses doigts effleurer de vieilles cicatrices—des choses pâles, causées par des griffes s'enfonçant dans des protège-bras qui ne voulaient pas s'enlever. Mais ils étaient enlevés maintenant, et la vie continuait.

Winterheart n'était plus la prison de personne.

« -On rentre, alors ? demanda Tony, inclinant son menton vers le portail menant dans l'embrasse du château. »

Loki soupira doucement, mais le regard rouge clair qui se tourna vers les aiguilles de pierre et les portes de bois sombre était riche de possibilité, pas de souvenir solitaire.

« -Allez, j'me gèle les couilles là dehors, appela Clint, sautillant d'un pied à l'autre et ruinant complètement l'instant. »

Natasha attrapa sa cuisse et son bras, passant en-dessous pour le soulever comme un pompier avec une victime. La colonne vertébrale droite et un archer hurlant sur les épaules, Natasha commença à se diriger à grands pas vers le portail pour le traverser sans le moindre souci du monde. Loki les regarda partir et—comme si c'était la chose la plus naturelle du monde, il rit.

« -Oui, dit-il finalement. Nous rentrons. De nouveau. »

Suivant l'espionne et son archer, ils traversèrent le portail tordu en direction des lumières accueillantes du château. Au-dessus d'eux, les nuages s'écartèrent juste suffisamment longtemps pour qu'un rayon de lumière pure frappe le pont, marquant leur chemin.

Le chemin était vraiment long jusqu'aux portes.

« -Sinon, dit nonchalamment Tony. Est-ce que tu vas me porter ? »

Loki le gratifia d'un regard bizarre.

« -Non.

-Techniquement c'est un seuil, tu sais. Je pourrais appeler Natasha— »

Et ça, décida Tony alors qu'il était soulevé dans une fourrure de loup avec le visage plein de cheveux noirs, était toute la preuve de changement dont quiconque avait besoin.

Trois mariages les attendaient à l'extérieur. Trois mondes. Médias, rendez-vous, réunions, ennemis, le gouvernement, des armures à entretenir et des tableaux de service à remplir. Le monde attendait.

« -Un prince et un roi, marmonna Loki pour lui-même, déconcerté. Manipulé. Impudemment. »

Tony savait que cela pouvait attendre encore un peu.

Ils avaient un futur à construire, et cela allait être incroyable.


-Fin-


Minute Culturelle :

*Words with Friends : Il s'agit d'un jeu de lettres en réseau de type scrabble, à deux joueurs, conçu par la société de développement Zynga With Friends. Le jeu est disponible sur plusieurs plateformes mobiles, dont les plateformes Android, Windows Phone et iOS. Il a également été porté en tant qu'application pour le site de réseautage social Facebook.

Donc voilà les gens, la fin de cette seconde reprise de traduction ! J'espère que vous avez apprécié l'aventure, en attendant, moi je vous retrouve de toute façon sur Dead Memories (pour ceux qui suivent) et bientôt pour une nouvelle traduction ^^ Je ne vous en dis pas plus, juste que ce ne sera peut-être pas sur Avengers, donc à voir !