SALUT TOUT LE MONDE !

Et voilà, elle est enfin là ! Vous l'attendiez (pas) tous, mais c'est aujourd'hui, à ce jour, à cet heure, que je vous annonce officiellement la publication de Un Ange en Enfer :3

Je remercie avant tout Elena Carreira (qui avait, je le rappel, écrit le chapitre 1 et 2, et n'ayant pas d'idée pour la suite, voulait l'abandonner) de m'avoir autorisé à écrire la suite ! ^^ (tu me remercieras plus tard ma lapine :3 ... comment-ça tu comptais pas le faire ?)

Enfin, bon, j'arrête mes bavardages et vous dis bonne (re)lecture ! ;) Et au chapitre deux ! (parce que je réapparaitrais pas en bas, pour le bonheur de certains)


CHAPITRE PREMIER

Il était tard. Les lueurs jaunâtres des phares des voitures se promenaient sur les murs. Personne ne bougeait.

Angel observait la ville en silence depuis sa fenêtre. Il faisait chaud, et le jeune homme n'avait absolument pas envie de dormir.

Sur son lit, des feuilles blanches couvertes de dessins. Mais aussi les paroles d'une chanson. Les paroles du fanmade sur Maître Panda. Ce fanmade énervait Angel. Malgré tous ses efforts pour faire quelque chose de comique et de léger, ou bien de mélancolique et beau, il n'arrivait qu'à un résultat glauque et déplaisant.

Il se remémora ce qu'il venait d'écrire :

Les barreaux brillants de cette cage

M'ont retenu longtemps prisonnier

De la folie j'ai fait l'apprentissage

Je t'assure que tu vas en baver

Il secoua la tête. Non, non et non ! C'était malsain, les rimes ne lui plaisaient pas, non ! Il n'avait même pas encore songé à un Vocaloid duquel faire la cover. Il jetait simplement les mots qui lui venaient sur le papier.

Il jeta un œil sur son ordinateur, où YouTube était en pause sur l'épisode 86 de SLG. Au moment de l'Instant Panda. On voyait l'ursidé au visage mutilé, l'air furieux. Dans la nuit, cette image fit frémir Angel, qui éteignit l'ordi. Il rangea toutes les feuilles volantes dans une pochette rouge avec une étiquette Brouillons et alla prendre une douche. Il sentait la sueur à plein nez ! Heureusement que personne n'était là.

Le jet frais de la douche lui fit du bien. Il en ressortit avec des perles d'eau encore accrochées dans les cheveux et l'air plus serein. La fatigue se fit enfin sentir, à sa plus grande joie. Il enfila son pyjama (qui se résumait en fait à un T-shirt blanc taché et trop court qu'il ne mettait plus et son caleçon), se brossa les dents et partit se coucher.

Des rêves tous plus étranges se succédèrent durant son sommeil. Pas effrayants, mais absurdes. Des rêves, quoi. Il ouvrit les yeux au bout d'un moment. Tout était encore noir. Il jeta un œil à son réveil. Quatre heures douze.

Assez courant. Il se réveillait souvent en pleine nuit. Il sortit du lit. Le carrelage glacé contre la plante de son pied le fit frémir.

Il alluma la lumière. Sa chambre lui apparut, colorée et chaleureuse, avec au-dessus du lit le tableau qu'il avait acheté la veille à une galerie d'art. Il y avait accompagné une amie, faisant juste cette excursion pour lui faire plaisir et pas tant par envie, mais cette toile lui avait tapé dans l'œil. Elle représentait un monde noir et désolé, où tout était en morceaux et abîmé. Il y avait un miroir. Dans ce miroir, un individu se reflétait. Tout était si sombre qu'on ne voyait de l'individu que son sourire rouge sanglant démesurément grand. Ce rouge était la seule couleur vive du tableau.

Comme dit plus tôt, Angel n'aimait pas vraiment les choses sombres. Et pourtant … il lui avait semblé que la toile l'appelait. Qu'elle lui hurlait de l'acheter, à vrai dire. Il lui avait même semblé un instant entendre ces mots : Je suis à toi mon ange sans ailes.

Il hoqueta de surprise. Le tableau avait changé ! Le cadre avait disparu et le noir du décor mangeait le mur. On aurait dit une porte ! Une odeur abominable de pourriture parvint aux narines du jeune homme. Le miroir n'était plus là, il y avait simplement les vestiges d'un chemin détruit.

Il ne voulait pas entrer là-dedans. Ce monde mort le répugnait. Toute son attirance pour le tableau s'était changée en dégoût. Mais la toile prenait de plus en plus d'espace, gagnait le sol, faisait tout disparaître. Il était happé par cet univers étrange et dérangeant, porte et fenêtres s'étaient envolées, il n'avait pas d'issue !

Toutes les coulées de noir qui dessinaient le monde du tableau se rejoignirent et Angel se retrouva définitivement pris au piège. Il courut, cherchant désespérément une sortie. Rien à faire.

Il aperçut une flaque d'eau. Il se reflétait dedans. Etrange : d'ordinaire il ne se voyait jamais dans des flaques. C'était toujours les paysages environnants qui s'y reflétaient, mais jamais lui. Il constata que ses vêtements avaient changé. Il portait à présent une combinaison blanche rayée de turquoise, très élégante, qui lui donnait des airs de combattant dans un film futuriste, avec une veste turquoise. Il fut étonné de ne pas avoir remarqué ce changement plus tôt.

Et, surprise entre toutes, il avait deux grandes ailes blanches, couvertes de plumes soyeuses, accrochées dans le dos.

Il se frotta les yeux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas. Des ailes ! Il avait des ailes ! Une joie incroyable s'empara de lui. Il pouvait voler ! Il était devenu un vrai ange !

Mais il redescendit vite sur Terre : il ne parvenait pas à bouger ses ailes. C'était perturbant : il ne parvenait qu'à agiter les épaules, les ailes elles-mêmes restaient immobiles. Il tendit la main, attrapa l'une d'elles. Il ne sentit rien. On aurait dit qu'on lui avait greffé des parties de son corps qui n'étaient pas reliées au reste. Même en arrachant une des plumes, il n'eut aucune sensation de douleur. Et, comme faites d'acier, les deux ailes d'ange blanches ne changeaient pas de position.

Il cessa vite d'essayer de décoller : c'était inutile et il valait mieux rechercher une issue.

Il dut marcher des heures. Il n'en savait rien : il n'avait pas de montre et le temps semblait s'éterniser. Ses ailes l'encombraient : à cause de leur immobilité et de la place qu'elles prenaient, il ne pouvait pas explorer certains passages, et une absurde conviction lui hurlait que c'était là que se trouvait la sortie.

Il perçut un halètement malade. Il y avait quelqu'un de vivant ici ? Il courut, se guidant au bruit.

Lorsqu'il découvrit qui était étendu et suffoquait, il étouffa un cri.

Mathieu Sommet ! Impossible ! Le Mathieu Sommet ! Mais que faisait-il dans ce monde bizarre ?

Le petit schizophrène avait le visage rouge, sur ses tempes ruisselaient des filets de transpiration, il balbutiait des paroles incompréhensibles. Sourcils froncés, il semblait au plus mal. Angel se pencha sur lui, tremblant. Il posa sa main sur le front brûlant du jeune homme, la retira aussitôt. A moins d'avoir une température corporelle excédant les soixante degrés, Mathieu ne pouvait pas être aussi chaud ! C'était donc la main d'Angel qui était glacée ?

Ce contact froid réveilla Mathieu, qui ouvrit les yeux. Le blanc était zébré de fils rouges, les pupilles dilatées à l'extrême.

Malade. Affreusement malade. Mathieu paraissait plus mort que vif.

« Quelqu'un ! murmura-t-il, aussitôt pris d'une violente quinte de toux. Enfin …

- Ne parle pas ! »

Il regarda autour de lui. Aucune issue, toujours. C'était trop bête ! Mathieu crevait, couché par terre en face de lui et il ne pouvait rien faire.

Il souleva du sol la tête du jeune homme, qui grimaça aussitôt.

« Non ! Me bougez pas ! Trop mal … pitié !

- Je suis désolé ! »

Angel pleurait.

« Je suis désolé ! répéta-t-il. Je n'ai pas le choix ! »

Il ôta sa veste turquoise et enveloppa Mathieu dedans. La veste était fraîche, ça lui ferait du bien. Puis il glissa ses mains sous ses genoux et ses aisselles et le souleva du sol. Il était lourd. Mais il était hors de question de le laisser là. La volonté donnait à l'ange des forces insoupçonnées.

Tête appuyée contre la poitrine d'Angel, Mathieu chuchota :

« Le Maître … est-ce que c'est lui qui vous envoie ?

- Non. Je vais te soigner. Tout ira mieux.

- Je veux pas y retourner !

- Tu n'y retourneras pas.

- S'il vous plaît … Je voudrais retrouver ma famille.

- Pour l'instant je n'y peux rien. »

Angel s'était mis à marcher au hasard, cherchant fébrilement quelque chose pour aider Mathieu. Il se sentait idiot et inutile. Il avait l'impression de transporter un petit garçon à l'agonie et d'avoir jeté les médicaments qui auraient pu le sauver le matin même. Il effleura d'un baiser la tête lisse du schizophrène, où les cheveux repoussaient timidement, releva aussitôt la tête. Mathieu n'était pas un petit garçon ! Et lui-même n'avait pas de temps à perdre avec ces fantaisies.

Quelque chose se glissa aux côtés d'Angel, qui frémit. Il serra un peu plus Mathieu contre lui. Cette chose voulait du mal au malade, l'ange le sentait. D'autres formes identiques apparaissaient. Elles ressemblaient à des fantômes. Elles avaient toutes les yeux baissés, dans une étrange expression d'humilité et de tristesse. On aurait dit qu'elles étaient forcées à accomplir quelque chose qu'elles ne voulaient pas.

L'une d'elle tendit quelque chose qui avait vaguement la forme d'une main vers Angel. Celui-ci recula, se heurta à une autre des formes. Etrange : il aurait pensé qu'elles étaient immatérielles.

« C'est toi, souffla un des fantômes, c'est toi l'ange duquel le Maître parle tout le temps ? Celui qu'il veut absolument ?

- Le hasard a fait que le prisonnier soit avec toi, dit un autre. Suivez-nous. Aucun mal ne vous sera fait. Le Maître veut seulement te parler. »

Angel secoua la tête. Si Mathieu avait dit qu'il ne voulait pas y retourner, c'était qu'il y avait une raison. La main de l'ombre se referma sur le poignet de l'ange, qui cria.

« Lâchez-moi ! »

A sa grande surprise, le fantôme obéit.

« Nous sommes les Démons. Ou du moins nous étions les Démons. Nous ne voulons pas vous contraindre à nous accompagner. Ne nous obligez pas à le faire. »

Angel remarqua une faille dans le cercle de Démons qui l'entourait. Il pouvait s'enfuir. Il chargea Mathieu sur son dos, l'accrochant aux ailes blanches, craignant qu'une des ombres ne comprenne son projet de fuite et ne réagisse. Ce ne fut pas le cas.

« Que me veut votre maître ? demanda-t-il.

- Je n'en sais rien. Nous n'en savons rien. Il est si … instable. On n'en sait jamais rien. »

A cet instant, Angel détala par la faille, vers il-ne-savait-trop-où. Les Démons hurlèrent et glissèrent dans l'air à ses côtés. Le jeune homme essayait désespérément de voler, mais les ailes ne voulaient pas lui obéir. Il trébucha plusieurs fois, le poids de Mathieu ne l'aidant pas. Le malade gémissait sans cesse. Angel s'en voulait atrocement de le faire autant souffrir.

Les Démons le rattrapaient. Angel n'oubliait pas leur expression triste. C'était si … différent des adversaires qu'il s'était attendu à avoir ! Il avait imaginé des sadiques au grand sourire fou, et ce n'étaient que des créatures certes, puissantes, mais désespérées. Epuisées.

Qu'est-ce que c'était que ce monde où même les méchants étaient désolés ? Où tout était tellement triste …

Angel arriva au bord d'une falaise. Il ne voyait pas le fond du précipice. Que faire ? Hors de question de se laisser attraper par ces Démons !

Il tâta ses ailes blanches. Elles étaient immobiles et fixes. Une idée lui vint. Et si … et si elles restaient immobiles pendant qu'il sautait ? Si elles faisaient effet parachute et le faisaient planer ? C'était très possible. C'était la seule solution.

Il inspira profondément.

« Mathieu, chuchota-t-il, on va s'en sortir. »

Puis il prit un peu d'élan et bondit dans le gouffre.