Et voilà la conclusion de cette histoire! On termine en beauté avec un chapitre bien plus long, pour faire durer le plaisir ;)
Je vous souhaite donc une bonne lecture et vous donne rendez-vous à la fin du chapite pour une info intéressante!

Traducteurs: Silivrenelya et Koro-chan


Chapitre 15


Sasuke et Naruto, au cœur d'un petit groupe de villageois et de camarades de classe en délire, n'avaient aucune idée de la supposée suite des événements. Sakura se matérialisa devant eux, toute anxiété ou nervosité disparue.

- Vous pouvez rester avec moi les gars, déclara-t-elle en toute hâte alors que Kiba la poussait et proposait la même chose.

Cependant, Kakashi s'avança et posa une main sur la nuque des deux garçons. Il les conduisit à l'écart de la masse d'honnêtes cris de victoire.

- Le Hokage souhaiterait vous voir dans son bureau, leur dit-il.

-oOo-

Ce fut comme un défilé. Leurs sympathisants les suivirent hors du bâtiment du Conseil, et tout le long jusqu'à l'édifice du Hokage, où ils furent stoppés. Une fois que Kakashi eut réussit à faire passer les jeunes, Shizune leur ouvrit la voie jusqu'au bureau de Tsunade. Mais Sasuke se stoppa en voyant les autres Kage. Ceux-ci se tenaient à l'extérieur de la pièce. Tous eurent la permission d'entrer, ce qui amena Naruto à se demander comment la Vieille avait pu les devancer.

Avant que quiconque n'ait pu parler, Sasuke se sépara des autres et marcha jusqu'au Raikage, qui le regarda de haut vu son imposante taille. Après un instant d'hésitation, le brun s'inclina bien bas.

- Je n'ai pas sauvé votre frère, commença-t-il dans cette position. J'aurais pu et je ne l'ai pas fait. Je...

Il s'humidifia les lèvres. S'il voulait commencer à bien se comporter, il fallait un début à tout. Il serra la mâchoire,

- Je vous présente mes excuses.

Autour de la pièce, des paires d'yeux abasourdis se croisèrent, alors que tout le monde se regardait. Seul le Raikage resta de marbre, ainsi que Sasuke, qui conserva sa position. Après de longues secondes, l'imposant Maître de la Foudre grogna. Sa tête s'inclina dans un signe de reconnaissance, que l'ébène sentit. Il se redressa.

- Tu n'es pas pardonné, puisque tu as contribué à sa mort, gronda-t-il. Mais ce qui est fait est fait. Je suis vieux, et j'ai d'autres responsabilités. Inutile de préciser que tu n'es pas le bienvenu dans mon village. Ou du moins pas tant que ce chien de Madara continuera de se planquer ici-bas.

Sasuke accepta ces paroles dans une autre courbette, puis se tourna vers Tsunade, qui lui offrit un petit signe d'approbation.

- Je vais aller droit au but, dit-elle vivement. L'équipe que tu as mentionnée. Tu as réfléchi à sa composition ?

- Oui, acquiesça le brun. Mon ancienne équipe, l'Equipe 7. Je connais leurs compétences, et Naruto est indispensable.

Si la femme fut surprise, elle le cacha bien.

- Entendu. Kakashi en sera le leader. D'ailleurs, deuxième ordre du jour : Kakashi t'escortera jusqu'à votre départ. Tu ne le verras peut-être pas, mais sache qu'il sera constamment au courant de tes déplacements. Compris ?

- Oui.

- L'examen des Jounins se déroule fin janvier. Ça vous laisse un peu plus d'un mois pour vous y entraîner. Je vous suggère de vous réhabituer à travailler en groupe pour préparer cette épreuve. Naruto, tu y seras également inscrit. J'attends de vous que vous réussissiez.

- Pigé, la Vieille.

- Quant à la capture de Madara, l'un des autres Kage ou moi-même devra confirmer son identité quand vous l'apporterez, avant que vous ne puissiez être complètement acquittés. Mort ou vif, une fois amené ici, ou dans n'importe quel autre pays dont vous êtes le plus proche au moment de sa saisie, il doit être identifié. Suis-je claire ?

- Oui, répéta Sasuke.

Tsunade prit une feuille de papier sur son bureau.

- Enfin, j'ai ceci. Une liste des personnes vous offrant l'hospitalité jusqu'à ce que vous trouviez vos propres maisons, ou jusqu'à ce que vous commenciez votre mission. Malheureusement, les logements restent rares, et la priorité va aux familles avec enfants en bas âge ainsi qu'aux personnes âgées.

Elle fit glisser le papier dans leur direction. Sasuke l'attrapa pendant que la Chef continuait :

- Comme vous n'avez nulle part où aller, je vous conseille de choisir quelqu'un dès maintenant.

Les deux jeunes furent congédiés. Kakashi disparut dans un nuage de fumée.

-oOo-

Naruto et Sasuke se trouvaient au rez-de-chaussée du bâtiment Fédéral, seuls, la nuit traversant les fenêtres, et les Chuunins de garde essayant de ne pas les scruter. Une sensation d'irréel les envahit.

Le blond regarda autour de lui, hésitant :

- Sasuke... On l'a vraiment fait, pour de vrai ?

L'ébène jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. La présence de Kakashi était faible, mais bien réelle. Il se tourna vers Naruto :

- On dirait bien, oui. Je n'arrive pas à croire qu'on ne dormira pas derrière les barreaux cette nuit. Ou que je suis revenu, tout simplement.

En réalité, il en était toujours pas mal ahuri. Il secoua la feuille de papier :

- On s'installe chez qui ?

Le fait de devoir rester chez quelqu'un, après avoir été seuls pendant des mois, laissa un goût amer dans la bouche du brun.

Le doré sautilla jusqu'à lui et scruta le papier.

- Mmmh... Kiba ? Il s'était déjà proposé à la salle.

L'albâtre se souvint de la réaction de l'homme-chien lorsqu'il avait senti leur odeur et grimaça :

- Non. Je crois qu'il peut sentir le fait qu'on couche ensemble.

- Et merde !

- Sakura ? suggéra Sasuke en regardant le nom tout en haut de la liste.

Cela lui donnerait en plus une occasion de mettre les choses au clair avec elle.

Mais Naruto se rappela de la réaction de la rosée face au Boys Love Jutsu de Konohamaru.

- Surtout pas. C'est une dingue de yaoi en vrai. Et Neji ?

- Il peut voir à travers les murs. 'Pourrait nous mater à poil. Shino ?

- Trop chelou. Gros-Sourcils ?

- Taré. C'est qui ce Sai ?

- Taré et chelou, lui répondit le doré en regardant le dernier nom. Choji...

De la nourriture, pas de comportements tordus ou de perversions, amical. De la nourriture.

Les deux amants se regardèrent :

- Parfait, dirent-ils en chœur.


Ils sortirent du bâtiment Fédéral dans une nuit neigeuse et se sentirent... Libérés. Ils avaient toujours l'examen devant eux, et la mission, mais là tout de suite, avec ce ciel étoilé les enveloppant, et cette neige immaculée environnante, ils se sentirent renaître.

- FÉLICITATIONS !

Ce cri, provenant de tous leurs amis qui les avaient attendus, les fit penser que ça commençait mal. Naruto regarda autour de lui et les vit, tout le long de la rue. Ils s'avancèrent rapidement et se retrouvèrent à leur hauteur. Le blond eut la même impression qu'à la salle d'audience mais fois dix. Il fut jeté et poussé, alors que des dizaines de villageois d'un coup se matérialisaient de nulle part.

Sasuke fut expédié sur le côté. Il écouta les louanges envers Naruto, sur comment le héros avait fait tourner la guerre en leur faveur, et sur la réussite de sa longue quête pour ramener son coéquipier. En réalité, beaucoup de ces villageois regardaient Sasuke avec des sourires accueillants, offrant muettement leur amitié. Certains même l'approchèrent. Ce fut de cette manière qu'il apprit comment les détails des actions du Conseil contre son clan avaient fuité pendant le procès. Des signes de soutien, ou des courbettes hésitantes lui furent adressés. Le brun pensait n'avoir jamais grandi pour être aussi aimé que Naruto, mais ceci allait bien au-delà de ses attentes. Il rendit les courbettes, à sa propre façon, réservé.

- Bon avec qui vous restez alors ? demanda Kiba aux deux garçons.

Ses yeux félins firent des allers-retours entre Sasuke et Naruto, d'une manière si complice que cela confirma les dires du brun. Maintenant c'était sûr, Kiba savait ce qui se tramait entre les deux amants, et son sourire féroce n'était pas là pour les contredire.

- Si ce n'est pas trop dérangeant, commença le blond en regardant Choji, nous avons décidé d'accepter ton offre.

Il leva la feuille de papier. Choji fit un grand sourire et s'avança jusqu'à se positionner derrière ses nouveaux invités. Il leur donna une tape dans le dos, assez forte pour les faire chanceler.

- Excellent ! Tonna-t-il. Maman sera aux anges, elle adore cuisiner en plus.

Puis il se frotta le ventre avec contentement.

Le groupe de jeunes hommes et femmes n'était, cependant, pas prêt à abandonner son héros de sitôt. Il sembla alors qu'une grande procession se forma et serpenta jusqu'au bout de la rue, Naruto et Sasuke en son centre. Ils arrivèrent devant le nouveau et amélioré Ichiraku Ramen. Le doré en resta bouche bée :

- Qu'est-ce que... C'est énorme ! glapit-il en fixant le spacieux restaurant.

Iruka se trouva être juste à côté du héros et lui répondit :

- Oh, et bien... Le propriétaire était l'une des quelques personnes qui pouvaient nous faire à manger après la destruction de Pain. On a tous donné un coup de main pour l'aider à reconstruire sa maison comme l'un des premiers restaurants. Il s'est fait un tas d'argent du coup. Ils vendent bien plus que des ramen maintenant, même si ça reste leur meilleure vente. Allez, c'est moi qui offre.

Inutile de dire que, ce soir-là, le restaurant fit un tabac. Toutes les tables furent prises, et quelques clients étaient même assis par terre.

-oOo-

Quelques heures plus tard, après que tout le monde soit parti au compte-goutte pour retrouver leur propre maison et lit, Choji conduisit Sasuke et Naruto à travers le village jusqu'à sa demeure. Ils marchèrent lentement, trop pleins pour couper par les toits.

- Chaque clan a eu plus ou moins carte blanche pour reconstruire sa propriété, expliqua l'imposant ninja sur le chemin. On a fini la nôtre quelques mois après la fin de la guerre. Mes parents m'ont laissé tout le sous-sol, il y a une salle de bain et tout. J'ai un énorme lit King Size, mais je suppose que vous allez vouloir dormir séparément, non ? Pas de problème, l'un de vous peut rester dans la chambre d'ami.

Naruto lança un regard à Sasuke, qui se racla la gorge et dit :

- On ne veut pas prendre plus d'espace que nécessaire. On a l'habitude de partager la même couverture. On y était obligé quand on vivait dans la nature. Le sous-sol et le lit simple nous ira.

Chouji les examina :

- On dirait bien que vous êtes devenus amis.

- Meilleurs amis, ajouta rapidement le blond.

- Oh, bon ben dans ce cas, bien sûr, sourit l'Akimichi. Je ne voulais juste pas qu'il y ait de gêne ou quoi sur le fait de partager la même chambre, mais si vous êtes d'accords avec ça... Bon alors comment c'était de vivre dehors comme ça ? Qu'est-ce que vous avez mangé ?

Naruto lui raconta la chasse, les famines, parfois, pendant quelques jours, les semaines de viande de lapin quand Sasuke était trop malade pour que Naruto le laisse.

- Je crois que ce soir j'ai mangé mon premier gâteau de l'année, finit-il. Un don du ciel, j'te le dis. Ça et toutes les différentes sortes de ramen que le vieillard n'a pas arrêté de m'offrir.

- C'est cool ça, des ramen gratuits pour le restant de ta vie, gloussa Choji. 'Spèce d'ordure chanceuse. J'aimerais tellement que le Grill m'offre des brochettes de porc pour le restant de ma vie. Ca y est, on est arrivé. Ah, voilà ma mère.

Ils s'arrêtèrent devant une jolie enceinte murée, aux modestes dimensions, et recouverte de peinture rouge. La pièce maîtresse de l'assortiment d'édifices, à l'intérieur des murs, semblait être une maison à trois étages. Une femme corpulente aux cheveux courts descendit les marches du porche en se dandinant, avant de courir vers eux.

- Chéri, tu es si en retard ! Pleurnicha-t-elle en arrivant à leur hauteur, serrant son fils contre elle. Ton père est rentré du procès il y a des heures.

- Je devais bien fêter ça avec Naruto et Sasuke, non ? protesta Choji. Ils ont accepté notre hospitalité.

- Oh ! s'exclama-t-elle en s'écartant pour regarder ses deux compagnons. Quel honneur !

Elle se précipita vers eux et les enveloppa de ses grands bras forts.

Sasuke se sentit étouffé, mais était trop contrarié par cette manière possessive d'être traité pour n'émettre plus qu'un grognement. Il parvint à voir Naruto, rendant l'étreinte avec une tête de bienheureux. Idiot.

-oOo-

Le sous-sol s'avéra être assez spacieux. Les murs étaient en lambris, et il y avait un gros tapis touffu rouge, allant d'un mur à l'autre sur le sol. Un paravent séparait le coin de la pièce où se tenait le lit du reste. Il y avait également un poste télé, un mini-frigo, et un long et large sofa. Le plafond était un peu bas, et les cheveux crépus de Choji le frôlaient alors qu'il s'activait à rassembler ses affaires.

- J'ai déjà déplacé la plupart de mes affaires, au cas où vous accepteriez, déclara-t-il sur un ton d'excuse. Laissez-moi juste prendre le reste de ce bazar et je vous laisserai tranquilles.

Il se tenait droit, et les regarda les bras pleins :

- J'suis vraiment content que vous soyez revenus les gars, ajouta-t-il à demi-voix.

Puis il se tourna et monta les escaliers.

Naruto et Sasuke écoutèrent la porte du sous-sol se fermer, en haut des marches, puis se fixèrent.

Le brun attrapa Naruto alors que celui-ci fondit dans ses bras. Ils s'embrassèrent, fébriles et aveuglés par leurs cheveux et les hauts qu'ils essayaient d'enlever, alors qu'ils se laissaient tomber sur le large lit bas. Le blond entraîna rapidement l'ébène sur le dos, mais la position fut bien vite inversée, Sasuke se retrouvant au-dessus, son genou pressé avec insistance entre les cuisses du doré. Les mains du héros furent retenues près de sa tête, alors que le brun plongea dans son cou. Naruto grinça des dents, luttant pour se libérer, tordant, tournant, et finalement arrivant à défaire l'une de ses mains pour baisser le devant du pantalon de Sasuke-

La porte grinçante du sous-sol s'ouvrit :

- Vous avez besoin de quelque chose avant que j'aille me coucher ? leur cria Choji d'en haut.

- Merde, chuchota Naruto.

Sasuke s'enleva de lui, avant que le blond crie sa réponse :

- Nan c'est bon ! Merci mon pote !

Il entendit la porte se fermer. Aussitôt que les pas de Choji se turent, il se remit sur le brun.

- On devrait peut-être pas, déclara le déserteur. Y a pas de serrure sur cette porte, et je ne sais pas si je me sens assez à l'aise pour faire ça aussi près d'autres personnes.

Il finit de parler alors même qu'il détourna son visage du doré qui lui lécha le cou.

- Quoi... Alors on va s'en priver, même maintenant qu'on est hors de prison ? gémit le blond. Bordel, Sasuke, la mission va vite arriver. On ne va pas pouvoir baiser non plus avec Kakashi ou Sakura dans les parages. C'est notre seule chance là.

L'ébène se redressa d'un coup à la mention de Kakashi :

- Merde, je l'avais oublié lui. Il me surveille, tu te souviens ? Et il est sûrement en train de nous regarder pendant qu'on parle.

Naruto scruta les alentours dubitativement :

- Mais d'où ?

- Je ne sais pas, mais je peux le sentir.

Ils s'affaissèrent de déception, leurs corps hurlant le besoin de liberté, d'être avec l'autre. Ils avaient cruellement besoin de réconfort après le stress du procès. Même quelques câlins seraient mieux que rien, mais le blond devait admettre que Sasuke avait raison. Ils ne pouvaient tout simplement pas le faire avec autant d'yeux autour. Après un moment, ils se placèrent le plus confortablement possible et essayèrent de dormir.

Quelques minutes plus tard, Naruto murmura :

- Dis, Sasuke ?

- Hn.

- C'est assez ? Ce que La Vieille a fait au Conseil. C'est terminé pour toi ?

Le brun se tut pendant un long moment. Ce que Tsunade avait fait était en réalité pire que la mort. La honte du Conseil perdurera, pour toujours, de génération en génération alors qu'ils paieront pour leur culpabilité.

-Oui. C'est assez. C'est terminé.

Puis le sommeil les emporta, ils furent alors en paix.


Le lendemain, ils furent réveillés d'un profond sommeil par Choji, martelant la porte du sous-sol :

- Ma mère ne vous a pas réveillés pour le petit-déjeuner vu qu'elle se doutait que vous étiez fatigués, cria-t-il du haut des escaliers. Elle voudrait savoir si vous mangez avec nous. Vous êtes levés les gars ?

- Comme si quelqu'un pouvait dormir avec ça, grogna Sasuke.

Il roula au ralenti vers Naruto, qui, apparemment, pouvait dormir avec le boucan que faisait Choji, et lui donna un coup de pied qui le réveilla pleinement.

- On sera prêt dans une minute, appela-t-il vers le plafond.

Pour Sasuke, cette mission serait la bienvenue. Il détestait être entouré de tous ces gens et de leur bonne intention qui envahissait leur intimité.

-oOo-

Ce fut un Naruto sonné qui les rejoignit à table, une heure plus tard, où il semblait qu'un repas en dix plats était à moitié prêt. Cela faisait un bail que Sasuke n'avait pas mangé à sa faim. Il écoutait à présent Kakashi qui exposait l'emploi du temps qu'il avait préparé pour l'Equipe 7 :

- Et vous allez devoir vous trouver autre chose à mettre à part vos habits de prisonniers, finit-il en scrutant leurs vêtements froissés.

Choji, qui était toujours en train de manger avec Naruto, leva la tête et accrocha le regard du blond :

- Avant que j'oublie. La Société a envoyé une représentante ce matin pendant que vous dormiez. Elle a dit qu'elle voulait déposer quelques affaires pour toi et Sasuke, et voulait savoir quand ça vous arrangerait. Je lui ai dit que je te demanderai. Je crois qu'elle a parlé de vêtements.

Le héros cligna des yeux :

- La Société ? C'est quoi c'truc ?

Toute la pièce se tut. Choji, ses parents, et Kakashi se tournèrent pour fixer Naruto, qui regardait Sasuke pour voir qu'il n'avait lui non plus aucune idée de ce qu'était La Société.

- Bien sûr, commença Kakashi avec gêne après quelques secondes. Vous n'avez pas eu le temps d'avoir vent de leur existence. Oh mais c'est qu'il est tard, je dois... M'occuper d'un truc.

Il s'évapora un instant plus tard.

Chouza déclara qu'il avait du travail ailleurs, et la mère de Choji s'occupa de faire la vaisselle. Naruto immobilisa son camarade d'un regard azur alors que l'imposant adolescent tentait de se lever.

- C'est quoi La Société ?

Choji se rassit lourdement.

- Écoute, c'est pas mes affaires. Personne ne semblait pouvoir les arrêter quand elles ont formé ce truc, et elles ont le soutien d'un paquet de monde. Des gens qui font peur, comme Sakura et... Ça nous paraissait mieux de les laisser faire, vu que c'était assez inoffensif. Au départ.

Sasuke le détailla, notant ses gigotements.

- Alors c'est quoi ? lui demanda-t-il.

- La Société, marmonna le ninja, est une abréviation de "La Société Uniquement Composée de Filles pour l'Election d'Uzumaki Naruto le Splendide, le Merveilleux, le Brave, le Sexy, le Prude et le Grandiose Au Siège du Sixième Hokage, et pour l'Amélioration de Sa Vie Dans N'importe Quel Sens Par Les Filles Qui Aiment, Adorent, Vénèrent, et Chérissent Sa Parfaite Personne." Elles ont dû raccourcir par La Société quand elles ont vu que le nom pouvait pas rentrer sur leur porte, je pense.

Un sourire confus et incrédule se fraya un chemin sur les lèvres du blond. Il apparut puis repartit, puis réapparut, seulement pour faiblir une nouvelle fois alors que ses sourcils se froncèrent. La confusion l'emporta :

- La... Quoi ? Il y a vraiment des filles qui pensent que... Je suis sexy ?

- Pas "des filles", rétorqua Choji (il semblait plus détendu maintenant qu'il était sûr que Naruto n'allait pas faire une attaque). Aux dernières nouvelles, pratiquement toutes les filles du village, Genin ou plus jeunes, sont dans ce club. On parle de centaines de membres. Elles s'habillent toutes comme toi, alors elles sont faciles à repérer. Ça s'est formé après la guerre, quand tout le monde a su comment tu avais tourné le truc en notre faveur et tout. T'es vraiment pas fâché ?

Sasuke se rappela avoir vu un tas de filles portant du orange quand ils sont entrés dans le village.

- Pourquoi tout le monde paraît si gêné d'en parler ? demanda le brun.

- Ne le prend pas mal, on aime tous Naruto, ok ? Commença l'Akimichi en gigotant sur sa chaise. Mais ces filles sont flippantes. Elles harcèlent les gens pour leur demander une contribution à leur cause, ou elles recrutent auprès des villageois, ou inventent des trucs qui... Enfin. Elles nous taxent régulièrement de la nourriture. Personne peut rien dire, sinon... C'est la merde. En plus, le Hokage a dit qu'elle les laisserait sous les ordres de Naruto, nous on suit juste les ordres, en quelque sorte. Sinon on essaie de les ignorer et de ne pas être en travers de leur chemin. Mais, maintenant que tu es revenu, elles vont sûrement être un million de fois pire.

- Ça a l'air cool ! Mon propre petit fanclub, hein Sasuke ? Qui aurait cru ?

Qui, en effet, Sasuke pensa au pire. Comme si Sakura et Hinata ne suffisaient pas, il fallait qu'il y ait toute une épidémie de cruches convoitant ce qui était à lui.

-oOo-

Plus tard, ils rejoignirent Kakashi et Sakura quelque part au Nord du village, sur un emplacement fraîchement aménagé pour leur entraînement. La rosée trottina, cape en l'air, et étreignit Naruto.

- Ola, doucement, gloussa le blond. Tu m'as vu hier soir.

La ninja lui donna une tape amicale, avant de redresser les épaules et de s'avancer vers Sasuke. Elle lui tendit la main, se mordant nerveusement la lèvre, les joues rougissantes :

- Tsunade m'a dit que tu avais choisi ton ancienne équipe pour la mission. J'arrive pas à croire qu'on va enfin être à nouveau tous ensemble ! Je suppose que tu m'as donc pardonnée pour avoir voulu te tuer ? sourit-elle gentiment à travers ses rougissements.

Naruto les fixa l'un après l'autre, plusieurs fois, et sentit quelque chose de désagréablement familier s'installer dans ses entrailles.

En réalité, le brun avait oublié cette tentative. Sakura était tellement inférieure à son propre niveau de combat qu'elle représentait à peine une menace. Tout ce dont il se rappelait de ce temps-là, c'était le fait que quelqu'un était en travers de son chemin, et qu'il l'outrepasserait coûte que coûte. Au lieu d'aborder la question, ou de prendre la main qu'elle lui offrait, il la regarda droit dans les yeux :

- J'ai choisi l'ancienne équipe parce qu'on a besoin d'un traqueur et d'un medic-nin. Kakashi et toi répondez à ces critères.

Puis il s'éloigna d'elle et du gris, faisant fi du regard blessé sur le visage rougi.

Naruto poussa un soupir de soulagement.

Vu que les compétences de Sakura étaient médicinales, Kakashi les informa qu'elle ne participerait que très peu. Seulement assez pour qu'elle soit prête à passer l'examen Jounin, pour lequel elle pensait déjà être préparée de toute façon. Aujourd'hui, elle participait juste pour se familiariser avec tout nouveau Jutsu que les garçons auraient mis en place.

-oOo-

Ce fut de longues et exténuantes heures, durant lesquelles Sasuke dut admettre, malgré lui, son respect pour son ancien Sensei, dû à la véritable force du professeur que le brun n'avait jamais vue auparavant. Kakashi était bougrement malicieux, à toujours avoir une longueur d'avance, et un sadisme impensable dans ses attaques. L'ébène était également compétent dans ce domaine, mais il devait admettre qu'il n'avait pas été aussi faible mentalement depuis des lustres.

Naruto était infatigable, tout simplement. Se retrouver en équipe semblait avoir donné à ses inépuisables stocks d'énergie un bon remontant. Et maintenant qu'il s'était reposé et nourri, il était prêt à continuer, bien après que Kakashi ait cessé l'entraînement cette nuit-là. Le professeur leur dit de se retrouver chaque matin à neuf heures, sauf indication contraire donnée la veille.

Ils restèrent quelques minutes tous les trois, les bras ballants, essoufflés par les dernières séries de mouvements qu'il leur avait faites faire. Des nuages vaporeux sortaient de leur bouche, par cette nuit d'hiver. Sasuke se frotta entre les yeux pour faire disparaître la légère douleur : il avait dû activer son Sharingan de nombreuses fois. Naruto fixa le t-shirt trempé de sueur du brun, et Sakura les regarda tous les deux alternativement.

- Hey, t'as entendu parler de cette histoire de Société, avec un tas de filles et tout ? demanda soudain le blond.

- La Société ! s'exclama Sakura en s'illuminant. Bien sûr que j'en ai entendu parler. Qui ne connait pas ? T'y as déjà été ?

- Pas encore, répondit le doré. Alors tu approuves ce qu'elles font ?

- Bien sûr que j'approuve. C'est juste une question de temps avant d'avoir la reconnaissance que tu mérites, continua-t-elle en commençant à marcher et leur faisant signe de la suivre. Venez, je vous y emmène avant de retrouver Tsunade-sama.

- Naruto ala reconnaissance et la gratitude de tout le village, se sentit obligé d'ajouter Sasuke. Il n'a pas besoin de l'obsession d'une bande de filles... ou de quiconque.

- Elles sont inoffensives, rétorqua la rosée. Vous allez les adorer quand vous les verrez, attendez juste un peu.

Le brun, suivant Sakura et Naruto de près alors qu'elle les emmenait progressivement vers le Sud, serra les dents :

- Il est tard. Elles ne sont pas censées être chez elles à cette heure-là ?

L'ébène se passerait bien de repousser un tas de filles hystériques de son amant.

- Le QG de La Société est leur "chez elles", répondit Sakura.


Elle finit par les amener à l'extrême Sud des murs de Konoha, où un emplacement de terre crasseux accueillait des bennes à ordures, quelques rats, pas mal de chats errants... Et une très large tente délabrée, qui semblait prête à s'écrouler au moindre coup de vent. Gribouillées à la peinture orange sur la porte battante, de nombreuses tentatives pour faire entrer le nom complet du club s'étalaient, toutes barrées. Tout en bas de ce ramassis de mots, on pouvait simplement lire : La Société.

De la lumière filtrait à travers le tissu de la tente. Sakura toqua sans tarder.

- Qui ? demande une voix aigüe.

- Sakura. Et devine qui j'amène ? répondit-elle en se tournant vers les garçons et leur faisant un clin d'œil. Elles vont être dingues en vous voyant.

Une petite tête, rappelant vaguement quelque chose à Naruto, scruta les alentours de la porte puis disparut dans un cri perçant. Il y eut des chuchotements agités, un tourbillon d'activité soudaine dans la tente, et enfin le battant fut arraché pour laisser une chaude lumière envahir Sasuke, Naruto, et Sakura.

Le blond reconnut la fille, se tenant à la tête d'une petite armée de silhouettes vêtues d'orange, comme étant Moegi, et réalisa que c'était elle qui les avait aperçus un instant plus tôt.

- Hey ! Salua-t-il.

Tandis que Moegi lui lançait une réponse enthousiaste, Sakura se tourna vers Sasuke et annonça son départ. Elle les laissa se faire conduire à l'intérieur par un groupe de filles silencieuses et abasourdies.

-oOo-

Les deux amants firent une pause, détaillant pour la première fois les membres de La Société. Les filles n'étaient vêtues que d'orange... Elles portaient des variantes du fameux survêtement de Naruto. Certaines portaient des pantalons, mais la plupart avait des jupes orange. Pas mal avaient leurs cheveux coiffés comme ceux de Naruto, soit naturellement hirsutes, soit tenus par du gel. De grosses lunettes de plongée se tenaient sur chaque tête. Et, en se penchant pour mieux voir, Naruto put apercevoir des petites moustaches, dessinées à l'encre sur beaucoup de joues. Seulement Moegi était habillée normalement.

- Donc, euh... commença le blond en jetant un coup d'œil circulaire à tous les yeux braqués sur lui, le rendant nerveux par leur imperturbabilité. C'est quoi... Non, euh... Qui. C'est qui le chef ici ?

- On peut dire que c'est moi, répondit Moegi en levant la main. Je suis aussi la fondatrice et coordinatrice des événements, même si on a des volontaires qui ne sont pas membres. Ils nous donnent un coup de main.

Deux chaises pliantes un peu bancales se matérialisèrent derrière les deux ninjas, sur lesquelles ils furent doucement mais fermement assis. Leurs mains furent bientôt pleines alors qu'une des filles fit deux cookies. Le blond prit les deux, mais Sasuke déclina les siens.

- Merci. Et qu'est-ce que vous faîtes ici ? demanda le héros.

- Oh, un tas de trucs ! répondit Moegi en prenant un écritoire à pince dans un recoin de la tente, sur un bureau que le blond n'avait pas remarqué.

Il était difficile de voir quelque chose entre les montagnes de palettes, les lits superposés de fortune, et les hamacs accrochés aux murs. Elle revint et montra l'écritoire à Naruto :

- Notre nom résume à peu près tout, mais, tu vois ? Cette semaine, on négocie pour que le jour de ton retour au village avec Sasuke soit déclaré comme jour férié national. On a envoyé des pétitions au Hokage, mais on n'a pas encore eu de réponse.

Le doré parcourut la liste :

- Mais là ça dit que vous négociez déjà pour que mon anniversaire soit un jour férié national.

- Non, on fait tout pour que ce jour-là soit un jour férié mondial, corrigea-t-elle. D'ailleurs, joyeux dix-sept ans en retard ! S'exclama-t-elle en tapant des mains avec le reste des filles, les rendant presque sourds avec ces applaudissements improvisés.

Fronçant les sourcils devant quelques autres requêtes sur la liste, Naruto leva les yeux pour les remercier. Il vit à temps une petite fille avec les marques des Inuzuka s'agiter, et amener un panier pour animaux :

- On a récupéré votre fils, à toi et Sasuke, dit-elle en toute hâte, lâchant le panier sur les genoux du blond.

Le brun vit Wapiti à l'intérieur, mais fixa intensément la fille qui l'avait amené.

- Notre quoi ? demanda-t-il.

- Votre fils ! répéta-t-elle joyeusement. Je l'ai eu par Tatie Hana, qui travaille à l'hôpital des animaux. Elle a dit qu'elle était trop occupée pour l'amener elle-même. Je lui ai dit que je le ferai.

Son large sourire montra que ses deux dents de devant manquaient à l'appel.

Naruto attendit la moindre explication pour l'éclairer, mais rien ne vint.

- Wapiti ici présent-

- Wapiti, répétèrent les filles en chœur comme pour le garder bien en mémoire.

- -n'est pas notre fils, finit le blond après un arrêt. C'est notre animal de compagnie.

Moegi, en tant que gourou ou n'importe quoi d'autre, le prit pour elle et corrigea gentiment le héros,

- Oh non. Nous comprenons que c'est un secret, et que ça doit le rester, mais l'amour étincelant et interdit que Sasuke et toi partagez est connu de nous toutes. Tout comme nous savons que Wapiti ici présent est le fruit symbolique de cet amour, le fils que vous ne pouvez pas avoir de vos propres corps.

Puis elle pointa du doigt un endroit de la tente se trouvant directement au-dessus de la tête de Naruto.

Le blond était trop médusé et horrifié pour regarder, mais Sasuke se retourna et manqua de s'étouffer. Il se mit debout, le visage écarlate, et fixa le mur derrière eux, juste au-dessus de la porte battante.

Accrochée dans un cadre en bois, s'étalait une peinture de lui et son amant, nus, et en pleine étreinte torride. Les yeux le brûlant, à quelques secondes de faire un meurtre, Sasuke tenta de voir ce qui était le pire : le fait que le sexe de Naruto soit immortalisé comme un hommage à la virilité qu'aucun homme ne puisse posséder, ou que lui, Sasuke, semble y prendre un plaisir fou. Peut-être que le pire était Wapiti, entouré d'un halo de lumière, et juché sur leurs corps enlacés. Ou peut-être était-ce le fait que lui et le blond semblaient porter des couronnes de roses, leurs visages sublimés de cils ridiculement longs, de joues roses et de lèvres bien rouges.

Il s'arracha à sa contemplation et scruta les filles.

- C'est quoi ce putain de bordel ! explosa-t-il violemment. Qui vous a dit pour nous ?! Et puis même, qui peut le savoir tout court ?

Bon dieu, certaines de ces filles ne semblaient même pas avoir plus de cinq ans, et elles avaient une telle peinture accrochée juste là, à la vue de toutes ! « Mais c'est complètement hors-sujet ça, » ragea le brun intérieurement.

La fille Inuzuka intervint fièrement :

- Je l'ai su de Tatie Hana, qui l'a appris de son frère Kiba. Bien sûr c'est pas ma vraie tante, juste ma troisième cousine, mais Tonton Kiba lui a dit qu'il pouvait sentir que Naruto et toi, vous avez été en rut comme des bêtes là-bas dans la forêt ou peu importe où vous étiez. Il a dit que la puanteur du territoire marqué était partout sur vous. Et puis quand on est allé chez Choji aujourd'hui, pour voir si on pouvait laisser des affaires pour vous, y compris votre fils, il nous a dit que vous viviez au sous-sol. Ensemble.

Naruto se demanda si la petite savait ce que voulait dire "en rut comme des bêtes". Il ferma les yeux, ses joues le brûlant. Peut-être était-il en train de rêver.

Le déserteur pensa que s'il ne sortait pas d'ici tout de suite, il finirait par toutes les tuer. Les filles le regardèrent partir avec fracas, le panier de Wapiti se balançant dans son poing, puis haussèrent les épaules en chœur. Elles se tournèrent vers Naruto, qui se redressa lentement.

Le blond se tourna et vit la peinture. Il manqua de vomir, tellement il était mortifié.

- Qui d'autre a pu voir ça ? demanda-t-il d'une voix enrouée.

- Personne à part Sasuke et toi je pense, répondit Moegi pensive. C'est Maya l'artiste parmi nous. Elle l'a fini tout juste hier, après que Kimi ici présente nous ait ramené Wapiti de chez sa tante et nous ait raconté. Personne n'est passé nous voir depuis.

Naruto aperçut Maya. Elle était l'une des plus âgées. Elle devait avoir l'âge du blond, avec un charme sensuel qui parlait pour elle. Acquiesçant, il monta sur la chaise bancale et décrocha le dessin.

- Je suis désolé, mais vous avez raison sur nous deux, c'est un secret et ça doit le rester. On ne peut pas se permettre d'avoir quelque chose comme ça qui traîne dans les parages. En plus... C'est, euh... Vraiment très inapproprié de regarder ça pour certaines d'entre vous.

D'un seul mouvement, les visages des filles s'affaissèrent.

Le ninja creusa dans son esprit à la recherche d'un mot positif à dire avant de se barrer d'ici. Il comprenait maintenant pourquoi tout le monde restait à l'écart de La Société. Il détailla l'intérieur de la tente, pensif.

- Ecoutez les filles, commença-t-il lentement. Ça me touche vraiment que La Société existe, déjà, mais maintenant... euh, je pense que vous devriez me laisser diriger. Si ça vous va..? Je sais que vous n'acceptez pas les gars pour je-ne-sais quelle raison-

- Bien sûr que tu peux nous diriger ! s'exclama Moegi.

Elle sautait et applaudissait en même temps que ses coéquipières, et le blond eut peur que la pauvre tente s'effondre.

- On espérait que tu reprennes les rênes pour nous ! continua-t-elle.

- Ah oui ? Super, sourit le blond de soulagement avant de prendre l'écritoire. Parce que pour être honnête, ces idées là...

Il faillit leur dire ce qu'il pensait vraiment, mais les regards plein d'espoir sur leurs visages fut assez pour le faire changer d'avis :

- On va juste dire que le village n'est pas prêt pour ce niveau de "grandioserie". On va devoir commencer doucement. Vous savez, des petites choses, puis gravir les échelons progressivement.

Les filles rayonnèrent de fierté à la pensée qu'il trouvait leurs idées géniales, et acquiescèrent à la connaissance supérieure du héros.

- On fait quoi alors ? demanda Moegi, avide de savoir.

- Voyons voir. Tu peux être mon bras droit, si tu veux. Je vais devoir pas mal m'appuyer sur toi, en fait.

- Tu peux compter sur moi, sourit-elle.

Naruto y passa encore une heure, les questionnant longuement sur les activités de La Société. Au moment de partir, les chemins étaient déserts. En cherchant la maison de Choji, il se perdit dans ce labyrinthe de nouvelles rues, et ne put retrouver sa route qu'en demandant à une patrouille de Chuunins.


Choji le laissa entrer. Quand le blond descendit au sous-sol, il trouva Sasuke debout et faisant les cent pas. Ses mouvements étaient raides, tendus, traduisant une indicible rage. Le doré s'approcha d'un air las, et leva la peinture que Moegi lui avait gentiment laissé enrouler dans un vieux papier :

- Brûle-le, s'il te plaît.

Le brun le fit en une fraction de seconde, jetant l'œuvre dans la cabine de douche et la réduisant en cendres. Lorsqu'il revint dans la pièce principale, il regarda Naruto poser une grande boîte au pied du lit.

- Alors ? aboya furieusement Sasuke.

- Alors quoi ?

-Te fous pas de moi bordel ! cria-t-il. Tu vas faire quoi à propos de ce putain d'endroit et de ces filles ?

Le blond s'assit lentement sur le lit et s'appuya sur ses mains.

- Probablement essayer de leur faire comprendre que, mettre un copyright à mon nom sur la couleur orange, et faire de la couleur de mes yeux la couleur nationale du Pays du Feu, ça sert à rien et c'est absurde, répondit-il en saisissant l'écritoire sur la boîte. Elles veulent carrément raser l'édifice du Hokage et le remplacer par juste ma tête. Tu te rends compte ? Et là elles veulent que le naruto soit nommé nourriture favorite dans le Pays du Feu, et-

- J'en ai rien à foutre de ce qu'elles veulent, cracha Sasuke. Je veux savoir quand est-ce que tu vas faire dissoudre ce club et éparpiller ces conasses aux quatre coins du globe, ou à n'importe quel putain d'endroit d'où elles viennent.

- Ok premièrement, les traiter de conasses c'est un peu dur, tu ne penses pas ? Deuxièmement, elles n'ont nulle part où aller. Elles sont orphelines. Certaines l'étaient avant la guerre, comme Moegi, mais certaines ont perdu leurs parents pendant la guerre. Une guerre à moitié menée à cause de moi, j'ai pas besoin de te rafraîchir la mémoire. La plupart n'est même pas de Konoha. Et il y en a même qui ont fait tout ce chemin depuis Suna. La Société leur donne une raison et un sens pour s'unir, et Moegi fait du très bon travail. Elles ont simplement besoin de faire quelque chose qui en valle la peine, c'est tout.

Le blond baissa les yeux sur l'écritoire, triturant l'un des bords. Puis continua :

- Je sais pas... Là y a une liste des volontaires, je peux peut-être les contacter pour des conseils. Sakura, Hinata et Ino sont en haut de la liste-

Sasuke serrait les dents tellement fort que sa mâchoire devint douloureuse. Il s'avança, prit l'écritoire et le projeta contre le mur voisin, l'éclatant en deux.

- J'en ai assez, crissa-t-il sous la surprise de Naruto. Toi et moi, on va régler certaines choses, ici et maintenant.

Le blond essaya de se lever, mais l'ébène le repoussa sur le lit.

- Bordel, Sasuke-

- Pour commencer, on va avoir une petite discussion avec Hinata et Sakura. Toi tu prends Hinata. Et tu lui dis bien en face qu'elle doit oublier ses sentiments pour toi. Bon sang, j'arrive juste à l'imaginer en train d'entraîner ces filles dans leur obsession pour toi. Je m'occuperai de Sakura. Ensuite, tu vas songer à un moyen rapide et efficace de gérer cette Société, ou je le ferai moi-même. Il est hors de question que j'accepte de les voir s'incruster dans nos vies, brandissant des posters de nous, ou faisant je-ne-sais quelle merde autour de nous. Et à aucun moment, tu ne penseras à participer à leur délire, d'aucune manière, tu m'entends ? Cet endroit est un putain de lieu de culte. Fais en sorte que ses portes soient fermées à la même heure la semaine prochaine. Je me fous de là où elles finissent.

Sasuke attendit un quelconque accord du blond.

- Ouais... Je vais pas faire ça, se surprit Naruto à répondre. Ça part d'une bonne intention, les filles ont juste besoin d'un peu d'aide, comme je l'ai dit. Je vais pas leur bousiller le moral et leur dire d'aller se faire foutre juste parce que quoi ? T'es jaloux ? Arrête, elles savent pour nous, tu peux pas penser qu'une d'entre elles me voudrait ou... Ou autre. Je les gèrerai, mais pas comme tu l'as dit. Oh, et je ne vais rien dire à Hinata, ni maintenant, ni jamais. Ne relance même pas le sujet. Et au cas où tu n'aurais pas remarqué, Sakura est toujours à fond sur toi. T'es aveugle ou quoi ?

Puis, notant la manière dont Sasuke semblait s'étrangler avec sa langue, il ajouta :

- Et puis qu'est-ce qui t'arrives là ? On dirait que tu veux te battre. Regarde ce qu'elles nous ont donné.

Le déserteur observa les affaires que Naruto sortait une par une de la boîte, essayant de le distraire. La plupart était des vêtements. Le doré lui tendit une lourde tunique blanche, avec dans le dos le symbole de son clan, parfaitement brodé entre les deux omoplates. Il oublia effectivement un peu de sa colère lorsqu'il toucha le tissu de qualité. Il devait admettre que l'habit était très bien fini. Il y avait un nouveau survêtement orange pour Naruto, davantage de t-shirts et de pantalons pour Sasuke, et des chaussures pour eux deux. Les deux amants nageaient constamment dans les larges vêtements de Choji. Ces affaires étaient donc une alternative chaudement bienvenue.

Sasuke aurait tellement aimé mettre le doigt sur la source de sa mauvaise humeur. Il devrait être fou de joie que le procès soit fini et qu'il ait plus ou moins gagné sa liberté, mais tout ce qui semblait lui traverser l'esprit était le nombre de gens qui réclamaient sans cesse le temps de Naruto. Partout où ils allaient, ils étaient arrêtés par des villageois voulant souhaiter un bon retour au héros, et même jusqu'à l'entraînement, Sakura avait bavardé avec le blond tout le long de leurs exercices, et maintenant cette Société... Non. Juste non.

Quant à Hinata... Il l'avait vue aujourd'hui. Toujours en retrait, épiant Naruto de loin, c'était comme s'il n'avait jamais quitté le village. Elle était là, rêvassant après le blond comme un quelconque chiot abandonné, qui aurait bien besoin d'un bon coup de pied. Il détestait être revenu et savait qu'il détesterait, mais son amant semblait parfaitement être à sa place ici.

En plus, il avait sérieusement besoin de s'envoyer en l'air. Il n'avait jamais été autant en manque de toute sa vie.


Les jours passèrent assez vite. Naruto prit contact avec La Vieille le lendemain de sa découverte sur La Société. Il lui demanda s'il pouvait avoir un peu de lest pour prendre en charge les opérations. Tsunade lui exprima une telle sincère gratitude pour lui ôter cette nuisance de ses affaires qu'elle l'embrassa presque. Le ninja lui tendit un nouvel écritoire, qui exposait ses propres plans pour La Société. La Hokage y jeta un rapide coup d'œil, puis lit plus attentivement avant de lever son regard, examinant le blond.

- Ce sont de bonnes idées, déclara-t-elle. Je suis impressionnée. Tu as ma permission pour tout. J'attendrai tes rapports sur leur déroulement, bien sûr.

- Bien sûr.

-oOo-

Les entraînements continuèrent comme d'habitude, Sakura se pointant quand elle pouvait s'éclipser de l'hôpital. Parfois il y avait d'autres personnes sur le terrain. Naruto découvrit que, à l'exception de Neji, tous ses camarades de classe passaient l'examen. Une fois qu'il le sut, cela devint simplement une question de coordination, histoire de s'entraîner en même temps que tout le monde une bonne partie de l'après-midi, une fois la session avec Sasuke et Kakashi terminée.

Beaucoup étaient avides de défier le déserteur, qui, buté comme il l'était, se faisait un plaisir de leur donner ce qu'ils voulaient. Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'était divertissant. Parfois les gens faisaient des paris pour voir combien de temps ils tenaient face à Sasuke. Jusqu'à présent, seuls Naruto et Kakashi tenaient le coup, et pour le professeur, c'était uniquement à force de se montrer plus rusé que le brun.

Quelques fois, le doré se surprenait à éviter Hinata. Il se sentait gêné autour d'elle, mais essayait de ne pas le montrer. Elle le combattait avec sérieux, cherchant honnêtement à devenir plus forte, mais ne montrait jamais (en tous cas à Naruto) qu'elle se souvenait de sa déclaration. Elle était toujours aussi timide, mais elle restait Hinata.

Une fois Neji se montra. Il déclara vouloir défier Sasuke. Aussitôt dit, tout le monde stoppa ses activités pour former un large cercle autour des deux ninjas d'élite. Le noble regarda en face de lui, où le déserteur se tenait les bras croisés, et étira un fin rictus froid. Sasuke le lui rendit de son air hautain. Notant l'animosité inattendue entre les deux ninjas, les autres augmentèrent précipitamment leurs paris.

Quelque chose dans l'attitude de Neji donna la chair de poule au corbeau. Il l'avait senti à chaque fois que le Hyuuga était sur le point de fermer son Tenketsu, et maintenant là, pendant que le noble le fixait sans ciller.

Trente minutes plus tard, les paris s'étaient furieusement équilibrés, tant le dénouement du combat semblait incertain. Sasuke n'aurait pas cru que l'affrontement durerait autant. Peu réussissaient à tenir contre les innombrables jutsu qu'il avait sous sa manche, mais Neji se battait avec une telle fureur qu'il les neutralisait tous. Il était du genre corps-à-corps, alors, naturellement, le corbeau contre-attaquait avec des techniques à distance. C'était le seul moyen de rester à l'écart de ses mains mortelles... Mais le combat s'éternisait. Neji semblait capable de tenir encore et encore. Il harcelait Sasuke, le traquant presque, comme si le combat était personnel. Les deux bruns étaient maintenant engagés dans une prise indestructible. « Putain mais c'est quoi son problème ? »pensa rageusement Sasuke.

Juste avant de se libérer de l'emprise de Neji, il eut sa réponse. Le noble s'approcha et siffla à son oreille :

- Si jamais tu refais souffrir Naruto en partant, ou par n'importe quel moyen, je te le ferai payer. Souviens t'en, Uchiha.

Il fut tellement stupéfait par cette menace, que Neji put dégager sa main du dos de Sasuke et le projeter haut dans les airs, d'où il retomba telle une charge dénuée d'os, incapable de respirer.

Une seconde passa, où les regards se firent choqués. Puis ceux ayant parié sur Neji devinrent fous en voyant leur victoire. Sakura et Naruto se précipitèrent vers Sasuke et l'aidèrent à s'asseoir, mais le brun ignora leur inquiétude. Il fixait l'endroit où le Hyuuga se tenait, au milieu du cercle de ses supporters, lui rendant son regard. Le corbeau ne sut dire si cet avertissement provenait de la propre amitié de Neji envers Naruto, de sa préoccupation pour le béguin de sa cousine, ou si le noble voulait lui-même Naruto. Qu'importe la raison, c'en fut trop. Sasuke s'élança vers le Hyuuga qui l'avait vu venir, écartant rapidement ses supporters.


Tsunade traversa le couloir de l'hôpital et ouvrit tellement violemment la porte de la salle d'observation, que le mur en fut frappé. Neji et Sasuke étaient assis sur deux lits séparés, en sang et mutinés. Elle les scruta.

- Qu'est-ce que c'est qu'ce bordel ? demanda-t-elle sèchement. Entraînement ou tentative de meurtre ? Et bien ?

Ils baissèrent la tête.

Tsunade se passa la langue sur les dents. Elle ne fut pas douce en les examinant. Neji tressaillit.

- Clavicule cassée, commotion cérébrale et deux côtes fracturées, déclara-t-elle.

Elle se dirigea vers Sasuke, qui devait se soutenir sur ses mains pour rester bien droit.

- Et toi, bien sûr, tu t'es battu avec la majorité de ton Tenketsu scellé, s'indigna-t-elle. Pas une once de bon sens, ni l'un ni l'autre. Vous resterez ici toute la nuit. Je vous conseille de résoudre votre petit désaccord avant mon retour demain matin.

Elle finit de les bander et partit. Neji fixait un mur, pendant que Sasuke fixait l'autre. Aucun ne tenta la moindre parole.

Naruto vint les voir ce soir-là. Il essaya de parler à son amant, mais fut ignoré. Se doutant qu'il ne voulait pas parler en face de Neji, le blond le laissa finalement tranquille. Il commença à bavarder avec Neji, qui semblait ravi de le voir. Mais le regard haineux et trahi dans les yeux du corbeau le fit chanceler. Puis Hinata et les autres se montrèrent, et Sasuke leur tourna rageusement le dos pour faire face au mur.

Naruto fronça les sourcils au dos de son amant, se demandant pourquoi le brun semblait tout le temps en colère ces temps-ci. « Je ne le reconnais plus. »


Un matin, pendant les vacances de Noël, les amis de Naruto lui firent la surprise d'arriver en masse chez Choji, déclarant avoir un cadeau pour le blond. Riant et débordant de vivacité, ils le tirèrent de son petit-déjeuner. L'Akimichi regarda derrière lui alors qu'il était en train de les suivre hors de la maison, à la vue de Sasuke, toujours assis à la table, picorant sa nourriture.

- Tu viens pas ? demanda Choji.

Le corbeau s'excusa et disparut au sous-sol.

-oOo-

Naruto fut traîné sur la moitié du village, dans la neige, les yeux bandés par la main d'Ino. Il essaya sans grande résolution de se dégager plusieurs fois, manquant de les faire tomber tous les deux dans le tapis neigeux, gloussant bêtement à chaque tentative. Ils étaient tous fébriles : ils avaient eu une semaine de repos pour les vacances, et se sentaient rajeunis et en pleine forme. Le héros adorait le fait d'être revenu et d'avoir ses amis auprès de lui. Tout cela lui avait tellement manqué dans la forêt.

La surprise s'avéra être une superbe petite maison sans étage, dans un tout nouveau quartier de demeures similaires.

- C'était l'une des requêtes de La Société envers Tsunade-sama. Elles ont réussi à avoir son accord, frétilla Sakura en montrant le panneau de la rue à la fin des lotissements. Rue Uzumaki. T'es au numéro 1, c'est pas trop classe ça ? finit-elle en l'étreignant.

Naruto fut à la fois choqué et touché. Il parcourut une nouvelle fois la maison des yeux, la bouche ouverte.

- Elle est à moi ? souffla-t-il. Sérieusement ?

- Cette rangée de maisons et celle d'au-dessus ont été finies il y a tout juste deux jours, déclara Kiba. On a réussi à s'en faire donner une par le Hokage. On l'a peinte, et on a mis quelques trucs dedans et tout, mais yep ! Toute à toi. J'parie que tu vas avoir un colloc' avec toi là-dedans, hein ? Un certain Uchiha ? lui intima-t-il en lui faisant un clin d'œil, puis lui donnant un coup de coude dans les côtes.

Naruto s'avança, inspectant le petit porche, avant d'entrer et de voir le salon, accueillant et confortable. Il y avait une petite salle à manger/véranda à l'opposé, le hall d'entrée entre les deux. Il continua d'arpenter ce couloir, notant le parquet poli et l'odeur de peinture fraîche, jusqu'à arriver devant une salle de bains, une cuisine claire et spacieuse, et une chambre située vers l'arrière. Il y vit un large lit, mais il n'y avait sinon aucun autre meuble, à part un canapé dans le salon. Derrière la cuisine, s'étalait un petit jardin entouré d'un mur, un arbre se tenant dans le coin. Celui-ci était actuellement dénué de feuilles, mais il pouvait dire que, une fois épanoui au printemps, il pourrait faire de l'ombre à toute la maison. Il se retourna et vit ses amis attendant à la porte de la cuisine, curieux de sa réaction.

- Je sais pas quoi dire, bafouilla-t-il. Mon ancienne maison aurait pu tenir juste dans le salon. C'est... C'est trop.

- J'espère que tu n'es pas en train de la refuser, déclara Shino. Ce serait impoli, surtout après tout le mal qu'on s'est donné.

Naruto hoqueta nerveusement de rire :

- Bien sûr que je l'accepte... Je sais juste pas comment vous remercier.

- Oh, nous on en a une petite idée, traîna Kiba en se tournant pour leur faire face. Soirée chez Naruto quoi ! Ce soir ! Ramenez de la bouffe !

Le blond, débordant d'amour pour ses proches, cria alors de joie avec eux.


- Une maison ? s'enquit Sasuke quand Naruto lui raconta en revenant. Pour toi ? Grande comment ?

- T'y vivras aussi, répondit le doré en emballant les affaires que La Société n'arrêtait pas de leur envoyer.

Wapiti avait maintenant une grande lapinière, comme sa propre petite tanière, et chacun d'eux avait trois tenues différentes, ainsi qu'un superbe fourreau en cuir pour Sasuke quand il récupèrerait son épée.

- C'est pas parce que c'est ma maison que tu n'y es pas le bienvenu. Je croyais qu'on s'était mis d'accord pour vivre ensemble une fois revenus, non ?

- Rien ne semble aller comme je le croyais, maintenant qu'on est revenu, lâcha le brun en se laissant tomber dans le grand fauteuil Papasan à l'opposé du lit.

Naruto posa leur boîte d'affaires et déclara :

- Alors on va finalement pouvoir parler de ce qui te ronge ?

Le blond s'assit également, au pied du lit face à Sasuke.

- Je suis surpris que tu aies remarqué. Je ne te vois presque plus ces temps-ci.

C'était vrai, le doré avait vraiment été occupé. Mais comme tout le monde, même le brun. Le village avait besoin de chaque paire de mains libre, et, en plus, ils continuaient de s'entraîner tous les jours.

- Ben, je suis là maintenant. Parle-moi.

Quelques secondes passèrent, pendant lesquelles Sasuke se demanda s'il devait lui répondre. Les deux amants étaient devenus des experts, en un rien de temps, pour ignorer la distance grandissante qui les séparait. Seulement, Naruto lui manquait terriblement, et il se sentait tellement malheureux. Peut-être qu'il était vraiment temps de parler.

- Je n'aime pas être ici, répondit l'ébène. Je ne sais pas si je pourrais rester une fois la mission terminée.

Cela, Naruto le savait. Ce qu'il ne savait pas était la partie "ne pas rester".

- Je vois. Est-ce que ça veut dire que tu veux t'éloigner de moi, ou- ?

- Non. J'ignore ce que ça veut dire, coupa le brun en agitant une main en l'air. J'ignore ce que tout veut dire. Pour la première de ma vie, je ne sais vraiment rien.

Le doré soupira de soulagement et tenta de trouver quelque chose à dire. Il avait espéré que Sasuke passe simplement au-dessus de tout ça, qu'importe ce qui allait mal, ou au moins tout lui avouer, mais les choses semblaient juste empirer. Son amant ne cessait de se renfermer et d'être lunatique au fil des jours, jusqu'à ce que le blond se rende compte qu'il était redevenu exactement comme avant sa désertion. Et ce n'était pas bon. Surtout depuis que lui-même était heureux d'être revenu. Il avait vécu quelque chose de merveilleux dans la forêt, mais il avait aussi été en manque de la compagnie d'autres personnes. Être de retour était génial... Et cela le fit se sentir encore plus coupable de son bonheur. Il avait commencé à laisser Sasuke tout seul, comme tout le monde l'avait fait une fois qu'ils eurent vu combien il était susceptible, et il s'en était senti encore plus mal. Ils avaient commencé à s'éloigner.

Pendant les neuf mois où ils avaient été livrés à eux-mêmes, ils avaient eu quelques différends, mais avaient toujours réussi à trouver un arrangement. Ils avaient été incroyablement proches, et pourtant, ils étaient tellement loin, maintenant, de cette intimité, que Naruto avait d'ailleurs du mal à croire qu'ils en étaient arrivés à se dire certaines choses. Le sexe était vite devenu un lointain souvenir. Il ne pouvait se rappeler la chaleur de Sasuke, ou le goût du brun, et ceci l'effrayait terriblement. Il était arrivé au village en sachant qu'il deviendrait fou si jamais il était séparé de son amant, pourtant, il trouvait maintenant qu'être à ses côtés semblait douloureux et gênant. Et l'ébène n'arrangeait rien, au contraire : il le repoussait.

Le doré craignait intimement de perdre Sasuke. Il avait été capable d'enterrer cette peur pendant le travail et les entraînements, mais la nuit, le lit était si froid, même s'ils y étaient tous les deux, et les silences grandissants entre eux étaient encore plus glacials.

- Dis-moi ce qu'il y a, le supplia-t-il à présent. S'il te plaît. Je n'arrive plus à supporter notre situation.

L'albâtre tourna lentement la tête de droite à gauche, fixant ses genoux.

Pendant un moment, ce fut comme si Naruto avait laissé tomber le sujet. Ils continueraient à ignorer le problème comme ils l'avaient fait jusqu'à présent. Mais en voyant l'air si abattu du brun, le doré sentit d'un coup cet amour désespéré qu'il avait ressenti pour Sasuke dans la forêt. Il avait été étouffé, contenu par son retour au village, et tout le submergea à ce moment-là, trop mis de côté par le comportement si différent de son amant. Cet amour s'éveilla vivement en lui, serrant sa gorge, le faisant se glisser hors du lit. Il s'avança vers le brun et, doucement, il frôla ses cheveux ébène, ses épaules, avant de monter sur le grand fauteuil à ses côtés, et de se mettre à cheval sur ses genoux. Ses mains tannées restèrent sur ses cuisses un moment : il était pleinement conscient du fait que Sasuke ne le touchait pas, ils ne s'étaient pas effleurer depuis des semaines, en essayant de cacher leur relation. Mais il plaça ensuite ses mains dans le cou de son amant, et posa délicatement ses pouces sur le visage du corbeau pour l'orienter vers ses yeux, et que le contact se fasse.

- Dis-moi ce qu'il t'arrive, répéta-t-il.

Aussi loin qu'il puisse s'en souvenir, il ne croyait pas avoir déjà vu Sasuke pleurer, vraiment pleurer, quand il n'y avait aucune raison valable. Il avait pleuré lorsqu'Itachi était là, et peut-être une fois la nuit où le blond lui avait demandé d'y aller plus brutalement. Mais ça ? Cette affluence de larmes, alors que le brun déviait son regard vers la gauche de Naruto, seulement pour les voir lentement rouler sur ses joues ? Le doré émit un hoquet de stupeur, à présent terrifié. Il se jeta au cou de son amant et le serra fort, l'étouffant.

- Mais dis-moi ce qu'il y a ! Je m'en fous de combien c'est grave, on arrangera tout ! dit-il précipitamment, les lèvres engourdies.

Tout son corps était froid.

Sasuke sentit le tanné frissonner contre lui. Avoir ces bras forts autour de lui, et sentir la force affolée du corps de Naruto contre lui empira la situation. Cela lui rappela tout ce qui devrait être et n'était juste pas, et le fit pousser gentiment le blond de ses genoux. Pour une quelconque raison, il ne pouvait pas supporter, tout simplement, de toucher son amant alors que les choses étaient si différentes. Le doré s'agenouilla à ses pieds et leva son regard vers lui, avec de grands yeux apeurés, lui demandant une nouvelle fois ce qu'il y avait.

- Je ne sais pas, répondit le brun avec honnêteté. Rien. Tout. J'arrive pas à mettre le doigt dessus.

Et c'était la vérité. Le Conseil avait payé, même si ce n'était pas par la mort brutale qu'il aurait préférée. Il était de retour au village, comme le voulait son frère, et libre. Mais il était si malheureux. Il était assis là, ignorant ses larmes comme si elles n'existaient pas, et Naruto, comme si son esprit rassemblait méticuleusement chaque morceau de son désespoir en un semblant d'image, une qu'il pouvait maintenant nommer :

- Quand j'étais encore au village, commença-t-il lentement en continuant de regarder au loin, bien avant de déserter... Tu étais seul. Tu n'avais... rien. Aucun respect, aucun ami... Tu n'avais même pas de talent. Tu étais tout seul, tout le temps.

La voix de Sasuke, éraillée par les larmes, et le fait que ces mêmes larmes continuaient de s'échapper sans avoir l'attention du brun, subjuguèrent Naruto bien plus que ne le faisaient les mots, mais il écouta.

- Moi aussi, j'étais seul, continua l'ébène dans cette voix lente. Solitaire, mais j'étais bien comme ça. Puis, dans la forêt, on s'est retrouvé tout seul, tout le temps... Encore. Enfin toujours. On était toujours tout seul, mais on pouvait...

La main du brun tiqua sur son genou, se balançant irrégulièrement jusqu'à ce qu'il trouve le mot qu'il cherchait. Il continua :

- On pouvait se compléter l'un l'autre. Non, pas "compléter". Combler. On pouvait combler les besoins de chacun. Comme si on était né pour faire ça, comme si c'était la raison absolue de notre existence. Dans la forêt, à chaque fois qu'on se touchait, j'avais l'impression que l'unique raison pour laquelle on avait été si seul aussi longtemps, c'était pour qu'on se retrouve ensemble au final. Et je pensais qu'une fois de retour, ce serait encore mieux. On serait toujours tout seul, mais ensemble. Je n'aurais pas eu la vengeance que je voulais, et... ça m'irait. Je pourrais enfin tout avoir. Un foyer, toi... Ma vie. ... À la place, on est revenu ici et c'est comme si tout tournait juste autour de toi. Tout le monde n'arrête pas de parler de toi, constamment. La Société...

Sasuke cligna des yeux plusieurs fois, soit car il perdait le fil de ses pensées, soit car il était tout simplement incapable de continuer sur cette voie. Il resta silencieux un long moment, ses larmes taries à présent. Il continuait de fixer un point à la gauche de Naruto, et celui-ci restait assis là, souffrant intimement et attendant la suite. Lorsque celle-ci vint, la pièce était tellement calme qu'il était sûr de pouvoir entendre les propres battements de son cœur.

- J'ai tourné le dos à tout, déclara le brun.

Il laissa flotter cette phrase dans l'air une minute, à la recherche d'autres mots, avant de continuer.

- J'ai laissé tomber ma vendetta contre Le Conseil, et j'ai abandonné ma vengeance pour Itachi. C'est peut-être pas grand-chose pour certains, mais c'était tout ce que j'avais. Tout. J'ai laissé tomber parce que c'était la toute dernière volonté de mon frère. Et je te voulais. Je savais qu'il fallait que j'abandonne si je voulais être avec toi. Les deux ne pouvaient pas coexister, alors je... J'ai laissé partir ma vengeance. Je me suis laissé ramener ici, où le fait d'avoir complètement changé d'avis n'a pas l'air d'émouvoir grand monde. Sauver ta vie, me laisser traîner en justice, accepter de rapporter Madara... Tout ça pour rien. Que dalle. Je ne suis rien, juste le traître que Naruto a ramené, que personne ne semble apprécier, et qui n'apprécie personne à part le seul être que tout le monde semble aimer et vénérer comme s'il était le Grand Sage incarné. Je suis en train de te perdre, de me perdre, je... Je perds tout. J'ai l'impression qu'il n'y a plus rien à quoi je peux me raccrocher, et que je suis juste... Trimballé au gré du vent. Juste un rien errant.

Sasuke déglutit plusieurs fois à la fin de son discours.

Naruto comprit l'essentiel de ce que son amant avait dit. Cependant, il ignorait comment s'occuper d'un si lourd problème. Complètement. Il ne savait même pas par où commencer, comment l'aborder ou le simplifier pour qu'il puisse essayer de relativiser, en quelques sortes, pour eux deux. Le pire, c'était que la majorité de ce qu'avait dit le brun était vraie.

- Je ne sais pas quoi dire, marmonna le blond. 'Fin, toute cette obsession pour moi m'a aussi surpris, ne pense pas le contraire. Et même si c'est cool la plupart du temps, ça me fait quand même pas mal peur. Je ne m'en réjouis pas autant que tu ne sembles le penser. J'essaie juste de faire avec et d'avancer. J'aime avoir la reconnaissance des villageois et tout, mais ça a pris bien plus d'ampleur que je ne le pensais. Je n'ai aucun contrôle sur eux, Sasuke. Je ne peux pas leur faire voir tout ce que tu as abandonné, ou t'aimer, ou... Ou quoi.

Le doré se rapprocha instantanément et s'éleva sur ses genoux pour être en vue de Sasuke, alors qu'il continua :

- Mais voilà ce que je peux faire. Je peux t'assurer que tu n'es pas en train de me perdre. Tu ne me perdras jamais. Je suis là et je le resterai toujours. Ok ? Tu me combles vraiment, avec tous les autres trucs que tu as dits. Tu m'as, et maintenant on a un foyer. On peut toujours avoir tout ce dont tu as rêvé. Alors viens avec moi ce soir. S'il te plaît. D'accord ?

L'ébène le regarda jusqu'à ce que Naruto se lève et finisse de rassembler leurs affaires. Mais lorsque Choji arriva et aida le blond à tout emporter jusqu'à sa nouvelle maison, Sasuke demeurait toujours sur le fauteuil Papasan. Fixant le bout de papier sur lequel son amant avait griffonné les indications pour se rendre chez lui.


Choji essaya d'ignorer le fait que le visage de Naruto semblait être très rouge ou encore le fait, suspect, qu'il reniflait de temps en temps. Il tenait en équilibre dans la paume d'une main ses affaires et celles de Sasuke tandis que Naruto portait Wapiti dans son panier et tenait sa cage de l'autre main.

- Est-ce que Sasuke emménage avec toi ? Demanda-t-il après un moment. Je demande ça seulement parce que tu as ses affaires ici avec les tiennes.

- Je sais pas.

- Oh ? Donc... Il reste toujours avec moi alors ? Ce n'est pas un problème, évidemment, il est plus que bienvenu...

- Je ne sais pas ce que Sasuke prévoit de faire.

Naruto essaya de montrer que le sujet était clos en marchant un peu plus vite. Choji garda la même allure.

- Vous vous êtes disputés ?

Naruto soupira. Parfois, la forêt lui manquait autant qu'elle semblait manquer à Sasuke.


- Doooonc...

Sasuke sursauta violemment, très surpris par la soudaine apparition de Kakashi près de son coude. Il lui lança un regard noir, respirant difficilement alors que son cœur reprenait son rythme normal.

Kakashi baissa vers lui son unique œil, qui ne semblait pas du tout ennuyé à ce moment-là. Du fait de cette proximité, Sasuke voyait l'intelligence et le pragmatisme rigoureux qui se cachait derrière cette paupière affaissée. Il se demanda si Kakashi n'avait jamais été réellement ennuyé ou décontracté comme il semblait le montrer. Il y avait quelque chose de clairement menaçant dans la manière dont il le fixait, comme s'il en savait plus que Sasuke lui-même et qu'il lui serait toujours supérieur, ce qui, pour Kakashi, le rendait éternellement insignifiant.

« Je le déteste, » réalisa Sasuke.

S'il avait été capable de comprendre que Kakashi le mettait mal à l'aise simplement parce qu'il ne l'avait jamais traité comme quelqu'un de spécial – il l'avait toujours traité comme une personne ordinaire, en fait, Sasuke ne l'aurait pas cru. Aussi conscient qu'il était habituellement de son propre tempérament il n'avait jamais vraiment saisi à quel point il était vaniteux.

Kakashi, lui, le savait pourtant. La vanité avait toujours tellement fait partie intégrante de Sasuke qu'elle se manifestait rarement, voire jamais, elle-même. Quand elle le faisait, c'était sous la forme qu'il voyait maintenant : une fierté blessée de n'être plus considéré comme quelqu'un de spécial, d'être rabaissé au niveau d'une personne ordinaire avec des problèmes ordinaires. Avant, lorsqu'il avait vécu au village, Sasuke avait été leprodige, le héros tragique du clan Uchiha et le garçon que toutes les filles voulaient. Une fois parti, il avait été la principale cible des chasseurs de prime, l'obsession de Naruto, Orochimaru l'avait convoité et glorifié et Madara l'avait finalement prisé. On ne pourrait absolument pas considérer ces derniers faits comme quelque chose d'avantageux ou de glamour, pas en ce qui concerne les périodes avec Orochimaru et Madara, mais elles alimentaient tout de même cette vanité secrète qui se cachait en Sasuke.

Il n'avait juste aucune idée de ce qu'il s'était exactement passé puisque Sasuke n'était plus avec Naruto, mais quoi que ce fût, ce devait être quelque chose de capital. Sasuke avait subi une transformation complète. Presque complète. C'est vrai, la transformation était uniquement visible lorsque l'ébène était près de Naruto et puis uniquement pour quelqu'un qui regardait, ce qui était évidemment le cas de Kakashi. Près du jinchuriki, Sasuke était humble, là où, avant, il avait été orgueilleux. Il était affectueux, là où il avait été froid. Il était tendre, ouvert et communicatif, là où il avait été apathique et renfermé. Le Jounin ne pouvait qu'imaginer ce à quoi ressemblaient les deux jeunes hommes lorsqu'il n'y avait aucun obstacle à leur vie sexuelle. Ils avaient probablement mis plusieurs fois le feu à la forêt ; le sensei pouvait honnêtement dire qu'il n'avait jamais vu une passion aussi profonde entre deux personnes, ou entre deux âmes aussi évidemment amoureuses l'une de l'autre.

Mais c'était en train de changer et il n'aimait pas voir ses élèves souffrir. Il pouvait jouer le conseiller, décida-t-il. Ce n'était pas comme s'il avait quelque chose d'autre à faire. De plus, il avait Sasuke à sa charge. Il était responsable du garçon, en particulier maintenant, et il avait clairement besoin d'un peu d'aide.

- Tu sembles perdu, dit Kakashi d'une voix traînante.

Sasuke jeta un coup d'œil dans la pièce et grogna.

- Perdu en ce qui concerne ta vie, clarifia le Jounin. Elle n'a plus de sens.

- J'savais que tu serais quelque part en train d'observer, marmonna Sasuke.

- En fait, je ne t'observe pas constamment, comme tu sembles le penser. Je suis au courant de ta présence tout le temps mais je ne te fixe pas ou je n'écoute pas tout ce que tu dis... Au cas où cette pensée t'aurait empêché de faire certaines activités.

« Ce qui signifie que tu as entendu ce que j'ai dit quand Naruto et moi voulions coucher ensemble lors de notre première nuit dans cette chambre... Ce qui signifie que, oui, tu observes et écoutes. »

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Moi ? Oh, rien. C'est toi, tu sais.

Sasuke commença à tourner sa tête pour le regarder puis il décida que non. Il ne voulait pas encourager cette visite.

- Quoi ?

- Ton échec à trouver ta place ici. Le problème n'est pas les villageois ou Naruto. C'est toi.

- Merci. Tu peux partir maintenant.

Kakashi envisagea de s'attaquer à ça. Plus tard. Il aurait la chance d'apprendre à Sasuke toutes sortes de leçons de bonnes manières et de respect une fois qu'ils seraient en mission. Pour le moment, il s'appuya contre le mur et mit ses mains dans ses poches. Il repoussa également sa tête contre le mur, fixant maintenant le plafond bas.

- Par exemple, tu devrais considérer le fait que les choses ne sont absolument pas les mêmes que lorsque tu as quitté le village. Il est peu probable que les amis de Naruto te prennent dans leurs bras comme ils l'ont fait avec lui puisqu'ils ne te connaissent pas. Ils ne t'ont jamais vraiment connu. Tu y as veillé en gardant tout pour toi pendant que tu vivais ici. Et pourtant, ils ont tout laissé tomber pour essayer de te ramener lorsque tu étais chez Orochimaru. Ils ont essayé et sont presque morts dans la tentative. Certains s'en souviennent très bien. Je sais que Neji tient particulièrement Naruto en haute estime, c'est pourquoi il l'a suivi. C'est celui qui a été le plus gravement blessé, tu sais. Il a presque failli mourir.

Ils ne savent de toi que ce qu'ils ont entendu... ou ce que Naruto leur a montré. Ils l'ont tous vu saigner et se battre pendant des années pour tenter de te ramener. Il a sauvé le village dans le processus, l'a protégé, a gagné la haute estime du Hokage et pourtant, il n'a jamais perdu son objectif de vue : t'atteindre. Personne ne doutait qu'il le ferait. Et maintenant qu'il l'a fait, qu'est-ce qu'il ramène avec lui ? Pas quelqu'un qu'ils voient comme digne des efforts que Naruto a fourni, je te le dis. Ils voient le même garçon lunatique qui n'aurait rien voulu avoir à faire avec eux, comme c'était le cas avant que tu ne partes.

Sasuke cligna des yeux. C'était comme ça qu'ils le voyaient ?

- Ils savent que tu as fait des choses mauvaises mais, maintenant, ils savent aussi pourquoi tu les as faites. Quelques-uns d'entre eux t'ont tendu la main en espérant que tu sortirais enfin de ta coquille. Le jour de ton verdict, je pensais que j'avais finalement été témoin de l'homme que tu étais devenu lorsque je t'ai vu prendre l'initiative et t'excuser auprès du Raikage. Je n'étais pas le seul. Le Hokage, et tout le monde dans son bureau ce soir-là en fait, était profondément impressionné. Je pensais que tu l'avais vraiment fait à ce moment-là. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Ses excuses au Raikage le blessaient aujourd'hui. Il avait pensé que ça pouvait marcher, se rappela Sasuke. Il n'avait même pas tenu le coup deux semaines.

- Ce sont les paroles que tu as dites à Naruto ce soir ? Parce que si c'est le cas, alors tu dois commencer à envisager le fait que personne ne te doit rien. Tu n'as le droit à rien et tu es en réalité chanceux d'être en vie et en liberté. Si tu veux du respect et de la reconnaissance, alors sors d'ici et gagne-les. Arrête de regarder ce que Naruto a gagné et ce à quoi il a droit et arrête de penser que le moyen de supporter quelque chose que tu n'aimes pas est de le faire disparaître au fond de toi. Ce n'est plus une option, pas maintenant que Naruto et toi êtes si proches. Ça le blesse quand tu le fais, je peux te le promettre. Etant donné la manière dont les villageois l'estiment, blesser Naruto pourrait être une mauvaise idée. Pour l'instant, seul Neji a fait savoir qu'il avait vu que tu blessais Naruto. Mais une fois que tous sauront à quel point tu as de l'influence sur lui, ils n'attendront pas plus longtemps pour lui montrer leur soutien. Je ne suis pas en train de te dire de les laisser dicter tes actions mais arrête de penser à toi tout le temps. Il y a d'autres personnes dans le monde. Le jour où tu commenceras à les prendre en considération, ils te traiteront probablement bien mieux et tu seras beaucoup plus heureux.

L'Uchiha pensa qu'il se tairait et partirait enfin, mais non. Kakashi continua à parler après une minute ou deux de silence et c'est ce qu'il dit à ce moment-là qui attira vraiment son attention.

- Les liens, tu sais... ils peuvent être étranges, expliqua-t-il en réfléchissant. Un instant, tu penses que rien ne peut vous séparer, le suivant, c'est comme si quelque chose s'était passé et que vous vous retrouviez dans des camps opposés sur un champ de bataille. Je ne suis pas un expert mais si ce que tu as avec Naruto est assez fort pour surmonter son incroyable crainte en matière d'amour, alors je dirais que c'est assez fort pour que tu endures le fait d'être ici dans le village. Tu as juste besoin de trouver la manière dont fonctionnent ces nouvelles dynamiques. Adapte. Ajuste. Tu ne dois pas juste abandonner et laisser les choses telles qu'elles sont. Juste parce que l'environnement a changé, ça ne veut pas dire que ton amour a changé aussi. Ne le laisse pas se perdre dans tout ce qui, à la surface, te paraît insensé. Peu importe ce qu'il s'est passé entre vous deux, là-bas dans la forêt, peu importe quel moment de tangence vous a permis d'ouvrir les yeux... c'est quelque chose auquel tu dois t'accrocher à tout prix, Sasuke. Peu de personnes arrivent à obtenir ce que vous avez.

Voilà. Il était parti. Sasuke regarda l'endroit où il s'était tenu. « Bon débarras. »


Neji fut le premier à arriver. Il attendait sous le porche avec deux sacs de course lorsque Naruto et Chôji s'approchèrent. Ils entrèrent ensemble dans la maison, Naruto tenait maladroitement ses clés alors qu'il les utilisait pour la première fois. Dans la cuisine, Chôji ouvrit les placards, montrant ainsi la vaisselle que Naruto n'avait pas vue avant. Il commença à ranger les chips et les boissons que Neji avait apportées tandis que ce dernier installait la cage du lapin dans le salon et que le doré ouvrait la porte pour les prochains arrivants.

Il s'avéra que ce fut le reste du groupe qui arriva ensemble. Ils entrèrent à l'intérieur en babillant bruyamment et en laissant entrer le vent froid. Ils portaient des cadeaux de pendaison de crémaillère et, dans le cas de Kiba, une caisse entière de saké.

Naruto garda la porte ouverte après que tout le monde fut à l'intérieur, fixant les deux côtés de la rue. Il essaya de se souvenir s'il avait écrit correctement l'adresse, puis se demanda si Sasuke s'était perdu. Finalement, quand la neige recommença à tomber, tourbillonnant sur le pas de la porte, à ses pieds, il rentra lentement et ferma la porte dans un douxcliquetis.


Kakashi se tint debout, à l'extérieur de la maison de Chôji, pendant bien vingt minutes. Quand son élève n'eut toujours pas bougé de sa chaise, il secoua faiblement la tête. « Bon, j'ai essayé. »


Tout le monde, excepté Naruto, se tenait debout dans le salon depuis plusieurs longues minutes, mal à l'aise. Ils échangeaient des regards embarrassés de temps en temps, jusqu'à ce que Kiba brise finalement le silence avec colère.

- Voler ce saké était une perte d'énergie. Cette fête est morte.

- Qu'est-ce qu'on va faire ? Demanda doucement Hinata.

- N'imagine pas qu'on puisse faire quelque chose, dit Sakura en grimaçant. Il m'a dit de le laisser seul.

- Mais il est en train de pleurer là, dans le hall, Sakura-san.

Lee était presque au bord des larmes lui-même, complètement désespéré.

- Ne pense-t-il pas qu'on peut l'entendre, même s'il essaie de le faire en silence ? Continua-t-il.

- Je ne sais pas mais je parierai n'importe quoi que c'est à cause de Sasuke, répondit sombrement Chôji.

Les autres se tournèrent vers lui immédiatement.

- Crache le morceau, ordonna Neji.

Chôji obéit rapidement.

- Il n'y a pas grand-chose à dire. Je les entends parfois se disputer. Ce soir, je pense que Sasuke était censé venir ici avec Naruto et habiter avec lui. J'ai entendu quelque chose à ce propos mais Sasuke n'est pas venu, donc...

Les yeux de Tenten s'étrécirent.

- Pourquoi cela ferait-il pleurer Naruto que Sasuke ne vive pas ici ?

L'homme-chien ne pouvait pas cacher plus longtemps ce qu'il savait. Il appela tout le monde pour qu'ils se réunissent avant de murmurer :

- Parce que lui et Sasuke sont intimes maintenant, voilà pourquoi.

- Intimes comment ? Voulut savoir Shikamaru.

- Intimes au point de coucher ensemble, répondit-il.

Des regards douteux apparurent sur tous les visages autour de l'Inuzuka.

- Tu mens, répliqua catégoriquement le porteur du Byakugan. Il peut avoir tellement mieux que Sasuke. Cet Uchiha est un putain d'ingrat.

- Et je l'aurais su si quelque chose de ce genre s'était passé dans mon lit, ajouta Chôji, la mine inquiète.

- Ils ne semblaient certainement pas être aussi proches quand on s'entraînait, murmura Sakura. Je veux dire, vraiment pas aussi proche, Kiba.

Mais elle aussi fronçait les sourcils maintenant.

- Les gars, je vous le dis, Sasuke et Naruto sont genre... amoureux. Je peux vous le dire. Au début, j'ai juste senti l'odeur du sexe sur eux et tout mais, après, quand je me suis approché, j'ai pu remarquer d'autres choses. Ils sont... Je ne sais absolument pas comment expliquer comment mon clan fait. C'est comme s'ils étaient en phase d'une certaine manière, comme nous le sommes avec nos chiens ninjas. Peu importe ce qu'il y a entre eux, c'est sérieux. Je le pense. Et ils baisent définitivement ensemble.

Kiba prononça cette tirade avec des accents dramatiques inhabituels mais seulement quelques-uns d'entre eux semblaient convaincus. Ils écoutaient les sons torturés et la respiration bruyante qu'émettaient les pleurs de Naruto et sentirent leurs cœurs se briser un peu face à sa situation. Peu importe que leur ami soit amoureux ou non, il souffrait en ce moment même.

- Allons lui parler, suggéra Ino.

- Moi je dis qu'il faut qu'on trouve Sasuke, riposta Neji.

- Peut-être qu'on devrait partir ? Sakura regarda le petit comité autour d'elle. Il n'a jamais été du genre à laisser les gens le voir quand il est comme ça, d'où le fait qu'il se cache maintenant dans le hall.

- Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Lee. Est-ce que Sasuke-kun...

- Chut. Vous avez entendu ça les gars ?

Tenten leva une main pour les faire taire. Le son se fit entendre une nouvelle fois. Celui de quelqu'un qui toquait à la porte d'entrée. Le petit comité se sépara en entendant Naruto renifler tandis qu'il ouvrait la porte. Après cela, ils n'entendirent rien. Ils s'approchèrent d'un même mouvement vers le hall comme une foule silencieuse et curieuse.

-oOo-

Sasuke se tenait sur le seuil, attendant que Naruto le laisse entrer mais le blond le regardait juste fixement. Il pouvait voir qu'il avait pleuré.

- Est-ce que je peux entrer ?

Naruto se mit sur le côté et ferma la porte une fois que Sasuke fut entré. Il ne se retourna pas tout de suite.

Le brun fixait son dos en se demandant qui l'avait fait pleurer. Il pouvait sentir la présence d'autres personnes dans la maison et quand il jeta un coup d'œil derrière lui, il vit que tous se penchaient à l'embrasure de la porte du salon pour regarder. Donc quelqu'un devait avoir dit quelque chose.

- Naruto ? Ça va ?

Il posa une main sur l'épaule du blond et se maudit pour n'être pas venu avec lui dès le début.

Sans prévenir et apparemment peu soucieux du fait qu'ils avaient un public, l'Uzumaki se tourna et se jeta sur Sasuke en agrippant sa tête et en l'embrassant violemment.

Le brun réagit immédiatement. Cela faisait trop longtemps qu'ils n'avaient pas fait ce simple geste. Ses bras vinrent enlacer Naruto, le portèrent et le pressèrent contre son corps ferme. Le doré poussa un faible gémissement qui resta bloqué dans sa gorge. Ses mains se resserrèrent autour des cheveux de son amant qui s'avança vers la porte pour y adosser leur poids.

Naruto s'écarta lorsque son dos heurta violemment le bois de la porte. Il appuya son front contre celui de son partenaire, haletant, tandis qu'il resserrait sa prise dans les cheveux noirs.

- Je pensais que c'était fini, que tu ne viendrais pas. Que c'était terminé entre nous et que tu me quittais…

- J'ai dit que je ne te quitterai jamais...

- Dis-le moi encore...

- Jamais je ne te quitterai, jamais.

- Dis-moi que tu m'aimes, Sasuke.

- Je t'aime. Je déteste être ici, mais ça, ça n'a pas changé. J'ai dû ouvrir les yeux là-dessus, je suppose.

Puis, comme Naruto était silencieux, il ajouta :

- Je t'aime. Je suis désolé.

- Moi aussi. Sasuke, je...

Le blond releva la tête pour voir le visage de l'Uchiha et un mouvement plus loin dans le hall attira son attention. Il vit ses amis les fixer tous les deux, les yeux écarquillés d'étonnement et la bouche ouverte.

- Euh...

Sasuke le remit sur ses pieds et se retourna. Plus besoin de se cacher maintenant. Il prit la main de Naruto et se dirigea vers le salon là où les observateurs avaient été obligés de reculer. Il continua de marcher jusqu'au centre de la pièce, la main de son amant toujours dans la sienne.

Au début, le blond ne put les regarder dans les yeux. Mais seulement au début. La main de l'ébène serrait la sienne et cela l'aida beaucoup. Après une minute, il fut capable de relever le menton et de prononcer d'une voix raisonnablement ferme :

- Je suis, euh... Sasuke et moi, on est ensemble.

Sakura fut la première à réagir. En voyant Sasuke embrasser Naruto, en l'entendant dire d'une voix émue à quel point il l'aimait, son engouement puéril pour lui était mort, d'une petite mort rapide et indolore. Et ça allait bien, réalisa-t-elle. Elle allait bien. Ça n'avait pas été de l'amour, après tout, ce n'était absolument rien de comparable avec ce dont elle venait d'être témoin. Elle avança lentement, avec hésitation et d'une main, elle serra son crétin préféré contre elle.

- Ben, bien sûr, que vous êtes ensemble. Tu as caché ça tout ce temps ? C'est bon, baka. Quelques personnes sont gays ici, tu sais.

Elle lui jeta le cadeau qu'elle avait tenu dans son autre main.

- Je t'ai apporté une trousse de premiers secours. Toutes les maisons devraient en avoir une.

Ils tenaient toujours leurs cadeaux, remarqua leur hôte. Ils s'approchèrent un par un et le donnèrent mais cela ne dissipa pas leurs comportements gauches. Ils se tenaient là et leurs yeux faisaient des allers-retours entre les deux coéquipiers. Le baiser dont ils avaient été témoin était clairement présent dans leurs esprits.

- Je dis : que la fête commence ! Hurla brusquement Kiba.

Il se tourna vers la bouteille de saké. Sasuke s'éclaircit la gorge et déclara :

- Avant que tu ne le fasses, je veux dire quelque chose.

Ils furent surpris qu'il s'adresse à eux, c'était le moins que l'on puisse dire. Sasuke était surtout du genre à tout garder pour lui. Ils avaient appris à accepter que tout ce que Naruto voyait en Sasuke n'était vu que par lui. Ils lui jetaient maintenant des regards mitigés et curieux.

- Je sais que beaucoup d'entre vous sont allés à ma poursuite quand j'ai quitté le village. Je ne vous l'avais pas demandé, ne voulais pas être ramené et je ne l'aurais pas apprécié si vous aviez réussi. Mais vous avez risqué vos vies parce que vous pensiez que j'étais en danger et parce que vous croyez en Naruto. Ce que j'apprécie, vraiment. J'apprécie tout soutien qu'il reçoit, tout ce qui l'a empêché de douter de moi. Il m'a sauvé. Ce n'est... pas facile pour moi, d'être ici ou... bon, rien ne l'est. Je n'ai jamais été sociable comme Naruto.

Il dut s'arrêter là. Il ne savait pas quoi dire d'autre et ne voulait pas dire de mauvaises choses comme le fait qu'il haïssait les fonctions sociales comme celle-ci. Il était debout, mal à l'aise, jusqu'à ce que le maître-chien marche d'un pas nonchalant vers lui et lui tende une bouteille de saké.

- Tout est ok, mec, ricana-t-il. On le gère comme on le gère, chacun à notre façon, ne ? J'peux pas dire que j'aurais été différent si j'avais traversé la même merde que toi. Allez bois !

Le porteur du sharingan examina la bouteille dans sa main.

- Je suis mineur.

- Première nouvelle, génie, on l'est tous, répondit Kiba en crachant.

Il était déjà à la moitié de sa première bouteille.

- D'où la base du "sake appeal", ajouta-t-il.

- Je n'ai jamais bu avant, dit Naruto en fronçant les sourcils. On pourrait s'attirer une tonne de problèmes en faisant ça.

- Aucun doute là-dessus, s'éclaffa l'Inuzuka. C'est pour ça que j'ai attendu que ma mère soit hors de la ville pour le voler. Ça ne posera pas de problème si j'ai la gueule de bois pendant quelques jours : elle n'est pas là pour me flairer. Oh, et j'ai jamais bu avant non plus, et alors ? Vis un peu, mec, on l'a mérité !

Cela sembla mettre le problème de côté. Ils haussèrent les épaules et échangèrent des coups d'oeil nerveux puis ils avalèrent une grande rasade de leur bouteille respective comme Kiba l'avait fait.


Ayant 18 ans, Neji était le plus âgé ici. Il n'était pas plus expérimenté que les autres en ce qui concernait l'alcool mais il but avec les autres sans une once d'hésitation. Il était interdit que Lee boive de l'alcool mais cela ne l'arrêta pas. Ils étaient tous mineurs, se sentaient privilégiés d'avoir été témoin de ce moment intime entre les deux jeunes hommes. Et ils étaient véritablement rayonnant de l'avoir été de l'effort chétif qu'avait fait le brun pour s'excuser.

-oOo-

Une heure plus tard...

Il y avait une cacophonie générale de cris, de rires d'adolescents et de musique qui beuglait via le transistor de Tenten. De la nourriture et des boissons non alcoolisées renversées encombraient le salon.

Kiba tituba vers Sasuke qui avait le visage rouge et les yeux troubles et lança un bras autour de son cou juste au moment où Lee se vanta qu'il allait se battre sérieusement contre Neji. Le fou en combinaison verte avait besoin qu'on le retienne, ce que fit Naruto assez facilement. Il était immobilisé sous les fesses du blond maintenant, tandis que ce dernier et Sakura faisaient un bras de fer déchaîné. L'Uchiha s'effondrait sur un côté de son amant, en tentant héroïquement de nier les effets de l'alcool pour essayer de paraître alerte.

- C'est comme ça, marmonna l'homme-chien. On veut tous savoir qui est au-dessus.

Les autres occupants de la pièce démolie les regardèrent avec intérêt. Le son de la radio fut prestement baissé.

- Au-dessus ?

Sasuke essayait de se concentrer sur les trois têtes dansantes que Kiba semblait avoir.

- Yep... C'est Naruto, pas vrai ? Il est au-dessus tout le temps ?

- Ah. C'est drôle. Naruto n'est... n'est pas au-dessus, finit par répondre l'ébène.

- Puuuutain, fils Uchiha ! Hoqueta Kiba. Être au-dessus du Kyuubi ! Respect, mec, respect !

Naruto avait tout entendu.

- J'ai été une fois au-dessus. Sasuke a adoré.

Des sifflements se firent entendre dans toute la pièce jusqu'à ce que Sasuke se relève. Il fixait Naruto, un oeil avait le Sharingan, l'autre était normal.

- Une fois. Et j'ai dit que tu ne le referais pas à moins que j'en dépende. Le Demande.

- Je te ferai me supplier pour ça, promit-il. Tu verras.

Neji regarda Naruto avec spéculation, passablement ivre et complètement fatigué.

- Non seulement tu choisis la personne qui te mérite le moins mais en plus, tu le laisses être au-dessus ?

L'Uzumaki n'était pas si bourré que ça à cause du saké, alors que tout l'amusement et les fous rires qui avaient suivi lui étaient dus, ainsi, il était raisonnablement lucide. Il battit Sakura pour la troisième fois en une manche avant de péter sur le dos de Lee. Ce dernier brailla d'indignation et jura qu'il se vengerait.

- Et selon toi, qui est-ce qui me mérite ? Gloussa-t-il

Il laissa se prolonger un autre pet. Le cousin d'Hinata devait admettre que regarder Lee en train de remuer les jambes futilement sous Naruto était plutôt drôle.

- Beaucoup de gens, dit-il.

- Toi ?

Il relâcha finalement Lee qui sembla s'être soudainement endormi. Il vint vers Neji et s'assit à côté de lui sur la causeuse. Son ami le regarda durant un long moment.

- Ah. Ah. Juste quelqu'un qui t'aime.

- Sasuke m'aime.

- Il te blesse aussi.

Le doré regarda de l'autre côté de la pièce, là où Sasuke avait accepté le défi de Tenten pour voir qui pourrait lancer un kunaï avec le plus de précision dans leur état d'ivresse. Il pensa à la manière dont il continuait d'attendre qu'il lui avoue ses sentiments et secoua la tête.

- Je suis celui qui ne mérite pas Sasuke. Laisse-lui du temps, il a traversé beaucoup de choses.

- Tout comme toi.

- Il est celui que je veux, Neji.

- Peut-être penses-tu qu'il était le seul disponible ?

- Non... Je l'ai toujours voulu.

- Et quelqu'un, quelque part, t'a toujours voulu.

Puis il se leva mais le jinchuriki avait vu le coup d'œil qu'il avait lancé de l'autre côté de la pièce, là où Hinata tétait toujours avec précaution sa première bouteille de saké.


- Incroyable.

Aussi coupés du monde qu'ils l'étaient, le son de la voix de l'Hokage n'était néanmoins pas quelque chose qu'ils étaient habitués à entendre ; le groupe d'adolescents avec la gueule de bois se réveilla instantanément, la nervosité cliquetait, en alerte, pour voir Tsunade, Shizune et Kakashi qui les surplombaient. La blonde avait les bras croisés. Elle n'avait pas l'air content.

- J'ai entendu dire qu'aucun de vous ne s'est signalé ce matin, les parents étaient inquiets et dans tous leurs états et où est-ce que je vous trouve ? Evanouis à cause de l'alcool. La consommation d'alcool par les mineurs, les informa-t-elle d'un ton terrible, est un délit répréhensible.

-oOo-

Concernant leur nuit de festivités, la sentence prononcée fut trois semaines de travail forcé avec l'équipe de construction de Konoha. L'utilisation du chakra était interdite. Le travail était si pénible et éreintant que tous, Sasuke inclus, se rapprochèrent grâce à leur haine mutuelle de ce qu'ils voyaient comme une punition injuste. Trois semaines pour une seule nuit de beuverie ?

Et comme si ça ne suffisait pas, Tsunade confisqua les clés de la maison de Naruto.

- Tu n'es manifestement pas prêt pour avoir la responsabilité d'une maison, lui avait-elle dit. Tu n'y as été qu'une seule nuit et le salon est déjà détruit. Je pense que Sasuke et toi devriez rester avec La Société.

Ça avait marché. Cela avait scellé une amitié durable et forte entre Sasuke et le reste de ses coéquipiers ; ils s'élevèrent tous ensemble contre cette offense, frappés d'horreur par tant de cruauté, mais la chef était ferme.

Naruto avait appelé Yamato-sensei dès qu'il avait reçu la permission de la vieille et lui avait fait bâtir un large immeuble de quatre étages pour remplacer la tente dans laquelle avaient vécu les filles de La Société. Il y avait cinq chambres par étage, deux lits superposés par chambre, ce qui donnait à l'endroit la capacité d'accueillir une centaine de filles à n'importe quel moment. De plus, il fit rédiger à la vieille une liste de tous les marchands du village qui avaient besoin d'aide, puis il envoyait les filles qui selon lui s'avéreraient leur être utile. Les employés prirent beaucoup d'entre elles de manière permanente comme apprenties et les logèrent. Par conséquent, rester avec La Société n'était pas aussi pénible que cela l'aurait été avant les changements qu'avait faits le doré mais c'était toujours un sort qu'il pensait ridiculeusement injuste.

- Pourquoi on ne pourrait pas rester encore chez Chôji ? Avait-il demandé.

- Parce que vous avez besoin d'apprendre à être un peu responsable.

Et on laissa de côté ce problème.

Au moins, la partie qui concernait la construction serait finie dans trois semaines. Leur hébergemement dans les quartiers de La Société durerait probablement jusqu'à ce qu'ils partent pour leur mission.

- Je n'avais même pas bu tant que ça, avait râlé le disciple de Jiraya alors qu'il quittait son bureau.


L'examen Jounin les avait tous pris par surprise durant leur misère. D'ici là, il ne leur restait que quelques jours pour faire les constructions et Naruto avait convaincu Moegi d'ouvrir une branche de La Société aux garçons. Konohamaru et Udon dirigeaient cela avec beaucoup de succès ; il y avait encore plus d'orphelins que d'orphelines.

- Bah, je sais que je suis prêt, affirma Lee en soufflant tandis qu'il portait un tronc d'arbre sur son dos. La pratique devrait être la partie la plus dure. J'ai étudié la partie écrite jusqu'à en loucher.

Sasuke et Naruto s'arrêtèrent brusquement.

- Il y a une partie écrite ? Demanda l'Uchiha.

- Bien sûr, répondit Sakura.

Elle fit une pause pour balancer plusieurs fois son marteau sur un bloc de roche, créant ainsi du gravier. Elle aurait pu faire cela en un seul coup de poing mais elle n'avait pas le droit d'utiliser son chakra.

- Vous avez besoin de lire environ sept livres. Quoi, personne ne vous l'a dit ?

Naruto parut paniqué.

- Non ! Et la vieille nous a précisément dit qu'elle voulait qu'on passe l'examen, donc comment ça se fait qu'elle ne l'ait pas mentionné ? Ou Kakashi-sensei ?

Neji, qui était en train de fouetter ensemble de jeunes arbres pour construire un échafaudage, grogna.

- Tu es censé comprendre par toi-même en quoi consiste l'examen Jounin, autrement, comment serais-tu qualifié pour le rang ? Tu n'es plus un Genin qui a besoin qu'on lui dise ce qu'on attend de lui à l'examen Chunnin. Tu dois aussi trouver par toi-même où se déroule l'examen.

- Merde, dit Sasuke. L'examen est dans quatre jours, on n'a même pas les livres.

- Vous pouvez avoir les miens, offrit le Huuyga. J'en ai trois, je pense. Hinata m'a emprunté Les 100 Jutsu utiles.

- Et j'ai le reste, dit Sakura. Je les ai pratiquement tous mémorisés. On peut les apporter ce soir à La Société. Vous avez besoin d'aide pour étudier ?

Le blond s'approcha d'elle et la serra dans ses bras dans un profond geste de gratitude.

- Ce serait génial. Tu es ma sauveuse, Sakura.

- Je peux me libérer quelques heures aussi, si tu veux, offrit Neji. Pas besoin de me faire un câlin.


Les derniers ressentiments persistants de Sasuke envers le comportement de Neji et la bizarrerie entre lui et le reste du groupe furent enterrés une bonne fois pour toute durant les quatre nuits blanches qu'ils passèrent tous à étudier, jusqu'à en être malade, dans l'énorme salle de jeux de La Société.

Ce fut pour Naruto un moment très difficile car il n'avait jamais lu plus d'une seule page dans sa vie. Au milieu des exclamations dégoûtées de Sakura, qui s'étonnait qu'il ait pu atteindre un âge si avancé et être si arriéré, et des séances en tête à tête entre Neji et Sasuke, qui progressait rapidement, Hinata était la seule capable d'expliquer des choses au blond de manière à ce qu'il puisse les comprendre. L'Uchiha survola les sept gros livres et revint dessus pour consolider les informations tandis que Neji et la médic-nin le poussèrent toujours à aller plus loin. Sasuke s'épanouissait dans ce genre de méthodes, cela lui allait très bien.

En comparaison, Naruto paraissait stupide, étant bloqué au second livre tel qu'il était, ne pouvant aller plus vite au vu de ses capacités. La Huuyga était patiente, plus patiente que n'importe qui d'autre avec lui. Lee était un bon moyen de pratiquer le taijutsu et Kiba, Tenten, Chôji et Shino étaient des excellents partenaires d'entraînement, mais c'était Hinata qui s'asseyait et lui lisait de longs passages les uns après les autres, prenait le temps de résumer ou de développer les points que l'Uzumaki ne comprenait pas, de s'attarder sur les points dont l'Uzumaki avait besoin, ou encore, revenait en arrière et relisait un passage qu'il avait oublié.

-oOo-

Finalement, arriva le moment de l'examen, qui se passerait dans trois heures. Sasuke disparut pour prendre autant de repos qu'il le pouvait et remercia tout le monde pour leur aide. Un par un, ils s'en allèrent aussi. La salle de jeux se vida jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Hinata et Naruto. La jeune fille tendit le bras pour attraper le troisième livre et l'ouvrit.

Le blond la regarda étouffer un bâillement tandis qu'elle commençait à lui lire les premières pages des Fondamentaux en stratégie et laissa échapper ces mots :

- Je suis désolé.

- Pardon ?

Elle le regarda, une expression polie peinte sur le visage. Elle était si gentille, si indulgente face à son incapacité à reconnaitre sa confession, pensa-t-il. Et cette nuit-là, à la fête, il avait pensé longuement aux mots de Neji.

- Tu es la meilleure personne que je connaisse, la meilleure que j'aie jamais connue, dit-il avec générosité.

Elle rougit jusqu'à la racine de ses cheveux.

- Oh... Naruto-kun... Je ne le suis pas.

- Si tu l'es. Cela rend encore plus horrible ce que j'ai fait mais... Hinata, tu sais que tu es importante pour moi, n'est-ce pas ?

Elle savait ce qui était en train d'arriver. Elle serra plus étroitement le livre, les yeux baissés, le corps tendu dans une position de défense.

- Tu auras toujours une place spéciale dans mon cœur. Tu étais la deuxième personne à me reconnaître et la seule personne à penser que je valais quelque chose, bien avant que je ne le montre. J'ai des sentiments pour toi... juste pas comme cela. Mais c'est plus que de l'amitié. Enfin, plus que ce que je ressens envers mes autres amis. Tu étais prête à mourir pour moi, et peu importe, je suis là pour toi. Toujours. Donc, merci.

« Pourquoi devait-il dire ça ? » Pensa Hinata alors qu'elle refermait doucement le livre. Pourquoi n'avait-il pas pu continuer à l'ignorer et lui permettre ainsi de sauver la face ? Le village entier avait été témoin de la honte de sa confession. Bien qu'il ne lui eût pas retourné sa déclaration, il s'était transformé en Kyuubi et elle avait pu se consoler dans l'illusion que ce geste était en soi sa réponse, la preuve de ses sentiments. Elle s'était sentie mourir à petit feu en le voyant embrasser Sasuke et contrairement à Sakura, la mort n'avait pas été rapide ou indolore. Mais tout allait toujours bien. Tant que rien n'était dit, elle pouvait garder la tête haute. Elle savait qu'elle ne l'aurait jamais ; tout ce qu'elle souhaitait, c'était pouvoir s'accrocher à ses petits rêves et illusions, les garder saufs dans son cœur blessé où ils ne faisaient de mal à personne et, souvent, ils étaient la seule chose qui lui permettait de continuer à faire face à l'animosité délibérée et menaçante de Sasuke envers elle.

Mais maintenant, l'homme qu'elle aimait faisait ressortir sa honte au grand jour et la tenait face à la dure lumière de la réalité. Il lui ôtait son rêve secret dans lequel il était possible qu'il l'aime et elle se sentait très mal.

- Je pense que tu es aussi prêt que tu peux l'être, tout compte fait, dit-elle doucement.

Elle posa le livre à côté et se leva calmement.

Naruto la regarda partir et savait qu'il aurait dû s'abstenir. Pourquoi ne l'avait-il pas fait ? Il détestait la blesser encore plus que ce qu'il n'avait déjà fait. Pourquoi n'avait-il pas pu garder sa grande bouche fermée ?

Il tendit le bras pour attraper le troisième livre et l'ouvrit avec colère.


L'examen Jounin se déroula sur trois jours. Personne n'échoua parmi les neuf recrues bien que Naruto couinât après l'épreuve écrite, l'ayant échappé belle. Après cela, Sasuke et Naruto titubèrent pour rentrer à La Société et s'écroulèrent sur la surface horizontale la plus proche, profondément exténués. Il n'y eut pas de fête.


Après les avoir félicités pour leur nouveau grade de Jounin, dans son bureau, une semaine plus tard, Tsunade demanda cependant à Naruto, Sakura et Sasuke de rester. Le reste de leurs amis leur dirent qu'ils se retrouveraient plus tard.

- Cela concerne la mission, commença la Hokage.

Kakashi apparut dans un "pop" sonore derrière son bureau, comme s'il avait attendu ces mots, et elle continua.

- Vous commencerez demain matin et vous partirez à l'aube. Sasuke, j'ai cru comprendre que tu avais esquissé un itinéraire des lieux où tu avais l'intention de commencer à chercher ?

- Oui.

- Y a-t-il quelque chose dont tu as besoin ?

L'ébène réfléchit pendant un moment.

- Mon épée.

- Tu l'auras demain matin. Très bien. C'est le 1er février demain. Je veux Madara mort ou vif le 1er février prochain, ou bien tu le payeras de ta vie. Je détesterais devoir mettre cela en application mais ce sont les termes du contrat que tu as acceptés.

- Compris, répondit-il.

Tsunade estima l'assurance dans ses yeux noirs et fit un petit hochement de tête.

- Oui, bon. Je vous souhaite le succès et pas seulement pour épargner ta vie. Rompez. Dormez bien cette nuit. Oh, Naruto...

Elle tendit le bras vers un tiroir de son bureau et en sortit un trousseau de clef.

- Les clés de chez moi, dit le blondinet en les attrapant. On peut y retourner ?

- Je pense qu'il est seulement juste que tu dormes sous ton propre toit avant que tu y ailles.

-oOo-

Kakashi était avec eux, à l'extérieur du bâtiment de l'Hokage. Les garçons et lui regardèrent Sakura s'enfuir, elle disait qu'elle avait une tonne de choses à préparer avant demain matin. Puis, il se tourna vers ses deux élèves et leur jeta un regard ennuyé.

- C'est un grand jour demain, déclara-t-il. Ça me donne envie de me reposer autant que possible ce soir. Je pense que je dormirai à poings fermés.

Il lança vers Sasuke un regard appuyé avant de disparaître.

- Il sera probablement quand même en retard, gloussa Naruto.

L'Uchiha fut silencieux sur le chemin de la maison, plongé dans ses pensées. Ça ne dérangea pas le blond. Sasuke et lui n'étaient toujours pas aussi proches qu'ils l'avaient été dans la forêt mais cela allait bien mieux qu'avant. Maintenant, c'était vraiment comme s'ils étaient meilleurs amis. Des amis qui couchent ensemble, rectifia l'Uzumaki avec un sourire. Parfois, ils parvenaient à se retrouver seuls et ils s'embrassaient. C'était toujours à la hâte, un peu plus qu'un bécot mais c'était toujours ça.

Ce n'était plus comme avant.


Moegi et quelques filles eurent la gentillesse d'apporter les affaires des garçons dans la maison de Naruto. Après avoir dit à Moegi qu'elle serait responsable de La Société quand il serait parti, le doré les remercia et ferma la porte avec un soupir de soulagement. Sasuke leva le bras et la verrouilla pour faire bonne mesure. Ils se tenaient debout dans le hall en se regardant.

- Nous sommes devenus Chunnin, dit l'Uzumaki, des traces de choc dans la voix.

- Oui.

- Nous sommes devenus Jounin.

- Oui.

- La mission commence demain.

Sasuke refusa de faire un commentaire cette fois-ci. Apparemment, son coéquipier était d'humeur à déclarer des faits évidents ce soir.

- Et nous avons vraiment notre espace personnel pour la première fois depuis notre retour au village, il y a presque deux mois. Mon Dieu, Sasuke, est-ce que tout ça est réel ? Pince-moi pour que je sache que c'est réel.

- En fait, dit le brun alors qu'il s'avançait vers Naruto qui s'appuyait contre la porte d'entrée. J'avais quelque chose d'autre en tête.

Le regard rêveur de Naruto se fit plus perçant. Son sourire faiblit un peu.

- Oh ?

- Ouais.

- Hum.

En voyant la manière dont l'Uzumaki baissa les yeux en les dirigeant sur le côté, Sasuke pensa que son cœur se briserait en deux, vu le mal qu'il lui avait fait ces dernières semaines.

- Je suppose que tu ne t'attendais pas à ça, hn ?

Naruto haussa une épaule.

- Je suppose que tu pensais que nous l'avions perdu, continua l'Uchiha.

Il garda les yeux posés sur la tête baissée du blond.

- Que l'intimité que nous avions dans la forêt avait disparu pour de bon.

Les yeux bleus rencontrèrent brièvement les siens puis se détournèrent. Prudents. Si prudents désormais, alors qu'auparavant ils avaient été des puits ouverts, remplis d'amour et de bonheur.

Le porteur du sharingan eut la nausée en voyant tous les dégâts qu'il avait causés mais fit tout de même un pas en avant pour se rapprocher de Naruto.

- Écoute, c'est ma faute. Je le sais. Je suis arrivé ici et le simple fait d'être de retour m'a fait péter les plombs. J'ai laissé les choses s'envenimer entre nous, je... je t'ai repoussé.

- Ouais... Ben... Tu sais, je ne vais pas forcer les choses. Je veux dire, si c'est comme ça que tu le sens...

Puis, un souvenir de leur première nuit dans cette ferme revint au brun. Naruto lui avait dit qu'il le quitterait le premier plutôt que de le voir s'éloigner. Il lui avait dit à quel point il était terrifié d'être abandonné et blessé. Et lui, Sasuke, était venu ici et avait fait exactement ce qu'il avait dit qu'il ne ferait pas. Après avoir dit au blond qu'il l'aimait et jurait qu'il n'allait nulle part, il avait laissé le premier test de leur relation se heurter à des difficultés jusqu'à ce qu'ils parviennent presque à se déchirer.

Il dut plisser ses lèvres pour garder la bouche fermée et déglutit à plusieurs reprises.

- Naruto. Naruto, s'il te plaît ?

Le Jinchûriki le regarda.

- Je suis désolé, ok ?

La voix de Sasuke devint faible au moment où son contrôle commença à lui échapper

- Kakashi m'a dit certaines choses qui m'ont ouvert les yeux. En gros, que nos vies sont ce que nous faisons d'elles. Que s'il arrive un truc merdique qu'on n'aime pas, alors c'est qu'on lui a permis d'arriver. J'ai permis qu'il nous arrive plein de merdes, je pense, parce que je les avais prévues.

Il avait pensé que, le soir de la fête, ils avaient fait les choses correctement, lorsque Naruto l'avait supplié de lui dire qu'il l'aimait. Cela lui avait pris beaucoup, beaucoup de temps pour réaliser qu'il était arrivé quelque chose à son ami cette nuit-là. Qu'il avait complètement rejeté la personne extrêmement passionnée qu'il avait été dans la forêt et qu'il était devenu cette personne trop amicale, toujours souriante et extravertie qui l'avait embrassé, et qui avait ri avec lui et qui avait résisté aux blagues gays bizarres de leurs amis, avec lui... Qu'il était en train de jouer le Naruto Idiot. Le brun ne savait pas si quelque chose s'était brisé en Naruto cette nuit-là ou si ses sentiments avaient vraiment réellement changé. Il savait seulement que le blond était en train de jouer l'idiot avec lui et qu'il ne le faisait que lorsque quelque chose le blessait.

Il ne savait pas du tout comment réparer cela.

- Je ne suis pas parfait, reprit-il d'une voix étouffée. Je le sais. Je sais à quel point j'ai merdé. Si tu me dis que c'est fini entre nous, je... « vais en mourir putain. » Je le respecterai. Si tout ce que tu veux, c'est qu'on reste amis, je suppose que je ne peux pas t'en vouloir mais je... putain, je ne peux pas te laisser partir.

C'était maintenant le Naruto sérieux qui le regardait, réalisa d'un coup Sasuke, choqué. Les mains dans les poches, les pieds croisés, la tête penchée sur le côté, ces yeux bleus le fixaient avec sérieux, et, effectivement, ils étaient un océan de douleur.

- Il me semble que tu dis ça maintenant, alors qu'on est seuls. Mais on ne sera pas toujours seuls, Sasuke. Notre vie se passera dans le village maintenant. Ou, une fois qu'on sera revenu.

- Je sais.

- Ce n'est pas drôle d'être exclu.

- Ouais... et je suis dé-

- C'est bizarre, le coupa son vis-à-vis qui regardait maintenant, non vers lui, mais vers la salle de séjour qui était toujours complètement détruite. Je pensais que je préfèrerais mourir plutôt que les gens apprennent pour toi et moi. Il s'avère que ce n'était pas si terrible. Les gens doivent s'inquiéter de choses beaucoup plus importantes que se demander qui couche avec qui.

Aussi intéressant que c'était, cela ne répondait pas à la question de Sasuke.

- Si tu n'es pas à l'aise avec le fait qu'on soit amants maintenant ou si j'ai tout fichu en l'air, dis-le moi. Ce n'est pas ce que je voudrais mais je le ferai si c'est ce que tu souhaites.

Il attendit et rencontra le regard de son coéquipier. Il attendit et attendit jusqu'à ce qu'il réalise que Naruto ne lui répondrait pas.

Sasuke baissa la tête puis bougea pour le contourner.

- Embrasse-moi.

Surpris, le brun recula pour voir son visage et le regarda pour s'assurer qu'il était sérieux. Les yeux bleus étaient trop sérieux. Précautionneusement, Sasuke se pencha vers lui et embrassa légèrement ces lèvres qui étaient closes et douces.

- Mmmh... embrasse-moi encore.

Un sourire fit son apparition sur le visage de l'Uchiha.


Malgré cela, ils étaient tous les deux conscients que beaucoup de choses entre eux avaient été perdues. S'il était possible ou non de les retrouver, cela restait à voir. Sasuke pencha puis recula sa tête plusieurs fois, pressant rapidement, cherchant, donnant de légers baisers à la bouche de Naruto. Son visage était relevé, les yeux à demi clos. Il leva sa main pour effleurer du bout des doigts le bras de Sasuke, une fois puis deux.

Le blond attrapa lentement Sasuke pour le rapprocher tandis que celui-ci faisait un pas vers lui, et cette fois-ci, leurs lèvres restèrent liées. Leurs bouches s'ouvrirent lentement tandis qu'elles se redécouvraient prudemment. Un soupir échappa à Naruto, disparaissant dans la bouche de son amant alors qu'il aspirait ce souffle. Puis les angles durs de leurs corps semblèrent s'adoucir et se fondre les uns dans les autres. Leurs bras commencèrent à s'emmêler tandis qu'ils erraient sur le corps de l'autre et que leurs mains partaient à la découverte, au-dessus des vêtements.

Noir. A la recherche... à la recherche de cette peau dont on se souvient, de cette chaleur perdue. Le baiser s'approfondit progressivement. Les mains s'installèrent sur les torses, s'y arrêtèrent, avant de remonter lentement et de prendre avec elles les tuniques et les vestes. Elles tirèrent les vêtements vers le haut jusqu'à ce qu'ils passent au-dessus leurs têtes. Elles redescendirent en frôlant les bras tandis que leurs bouches se cherchaient une nouvelle fois. Il ne se passa rien d'autre tout d'abord, seules les bouches se touchaient, les têtes tranquillement penchées. Puis, comme de furtifs voleurs dans la nuit, les mains se levèrent une nouvelle fois en se posant brièvement aux endroits sur lesquels elles tombaient.

L'Uchiha plia ses genoux et saisit lentement les fesses de Naruto qu'il souleva. Le blond releva ses jambes et les enroula autour de la taille de son amant, supportant ainsi son propre poids. Pendant ce temps, ils n'arrêtèrent pas de s'embrasser, la pression et l'urgence augmentaient régulièrement. Ils se déplacèrent ; Sasuke marcha, les bras du blond enroulés autour de ses cheveux en bataille. L'Uchiha sentit l'excitation croissante de Naruto contre son estomac tandis qu'il atteignait la chambre. Il s'arrêta là car il ne voulait pas déposer son fardeau.

Leur respiration s'intensifia. Le baiser changea. Ils réalisèrent qu'ils n'avaient pas besoin d'air, que ça devenait douloureux et ce fut soudainement la chose la plus importante au monde. Les mains de Naruto étaient étroitement serrées dans les boucles brunes, s'y accrochant, tandis que les bras de Sasuke enlaçaient brutalement sa taille.

-oOo-

Ils ne souvenaient pas d'être tombés sur le lit. Ils ne le réalisèrent que lorsque Sasuke se trouva installé entre les cuisses de Naruto tout en bloquant ses mains près sa tête, sur l'oreiller. Le doré tira pour se défaire de l'étau, se tordit pour se dégager, et ils s'embrassaient toujours. Parfois, leurs bouches se séparaient tandis que le brun mordillait sa gorge, ses joues, embrassait ses yeux, embrassant tout ce que ses lèvres pouvaient atteindre sur ce visage.

Respiration difficile, haletante. Sanglots.

- Lâche-moi !

L'Uchiha relâcha ses mains et Naruto inversa leur position.

Là, sur le lit, une redécouverte dure et frénétique se déroulait au milieu des baisers. Ils se libérèrent de leurs vêtements jusqu'à ce que le brun serre son amant dans ses bras. Celui-ci était nu, transpirait et il s'accrocha à lui en retour.

- Chuut. Chut.

Naruto se calma lentement, tremblant violemment. Il enfouit son visage contre le cou de Sasuke, l'y cacha.

Les mains calleuses du porteur de sharingan caressaient de haut en bas son dos. Elles l'apaisèrent. Calmèrent ses tremblements. Naruto releva son visage.

Le baiser était mieux cette fois ; le blond le désirait. Sasuke le lui rendit en s'excusant encore et encore, autant de fois qu'il le fallait, jusqu'à ce que son partenaire roule finalement sur le dos, l'emportant avec lui. Abandon. Indulgence. Il accueillit Sasuke dans ses bras avec légèreté et la lueur dans ses yeux s'était adoucie. Le brun laissa un petit baiser reconnaissant dans le creux de sa gorge forte et hâlée. Encore un.

-oOo-

Naruto se laissa pousser sur le ventre et s'abandonna pour sentir cette bouche chaude tracer une ligne paradisiaque le long de sa colonne vertébrale. Parfois, ses dents aiguisées le mordaient et il tressautait, se cambrant un peu dans un gloussement sourd. Cette bouche continuait seulement à descendre de plus en plus bas, jusqu'à ce qu'il sente les mains moites de Sasuke de chaque côté de ses fesses. Il sentit soudainement une respiration chaude sur son anus. Ses yeux s'ouvrirent, en alerte. Il se redressa sur un avant-bras en se contorsionnant pour regarder derrière lui.

- Qu'est-ce que tu fais ? Murmura-t-il.

Sasuke ne l'avait jamais embrassé ici. Il s'arrêta et le regarda.

- Il semble que tu devais me payer avant qu'on parte demain, répondit-il d'une voix toute aussi basse.

- Quo... ?

- Pour être au-dessus.

Il leva un sourcil.

- Est-ce que tu as oublié ?

Ouais, en fait, il avait oublié. Il déglutit.

- Donc l'anulingus veut juste dire que tu embrasses mon cul ?

Il pensait que ça serait complètement différent.

- Détends-toi juste. Tu verras.

Ce sourire était trop sexy pour qu'il y résiste. Naruto se tourna et posa sa tête sur ses avant-bras en remuant son cul avec insolence. Sasuke avait peut-être embrassé ses fesses une fois ou deux auparavant, ou l'avait mordu là. La première fois qu'ils avaient couché ensemble, au fond de la cabane, il se rappelait que son amant lui avait léché une fesse. Il se demandait ce que ça ferait d'être embrassé sur l'anus, et il en rit presque. Il n'y avait que Sasuke pour penser à embrasser un endroit pareil, sérieux.

Un peu plus tard, Naruto explosa dans ses mains en hurlant son plaisir soudain et intense.

- Sasuke ! Tu... Oh, putaiiiiiiiiiin...

Il retomba sur l'oreiller en grognant ce dernier mot. Ses mains s'agrippèrent à la couverture, la tordant entre ses poings.

L'Uchiha fut obligé de sourire largement. C'était ça qu'il avait voulu, le réduire entièrement à une masse frémissante et criante de plaisir intense. Il s'arrêta de lécher et ferma sa bouche au-dessus de ce pli de chair qui pulsait. Il suça durement, repoussant vers le lit le dos de Naruto lorsqu'il s'était relevé en jurant. Il vit Naruto mettre la couverture dans sa bouche et la mordre en grognant. Il continua de sucer. Parfois, il secouait la tête doucement d'avant en arrière titillant la peau qu'il mangeait, et le blond donnait de faibles coups de pieds. Puis, il tendait le bras vers l'arrière et enfonçait sa main dans les cheveux de Sasuke, tirant sa tête vers lui dans une supplique épuisée qui signifiait "encore".

Naruto frappa le lit avec son poing et mordit la couverture, jusqu'à ce qu'elle se déchire, lorsqu'il sentit cette langue entrer en lui. Sasuke était réellement en train de le baiser comme ça, pensa-t-il, incrédule. « Oh putain de bordel de merde, il est en train de me tuer... ». Le plaisir s'enroula abruptement, brûlant et lourd, autour de ses testicules, nouant son ventre et le faisant se tendre. Il pressa son visage contre l'oreiller et lui donnait des coups, les dents serrées. « Pas encore, oh pas encore ».

- Sasuke, je vais...

Le brun s'écarta et le retourna à temps pour enfoncer la queue de Naruto au fond de sa gorge au moment où celui-ci venait en criant bruyamment. Il avala goulûment en suçant brutalement jusqu'à ce que le blond le repousse avec une plainte de douleur. Sasuke roula rapidement pour se reculer, et cette fois-ci, il recouvrit son corps du sien et entra en lui avec violence et rapidité.

-oOo-

Ils s'arrêtèrent. S'arrêtèrent de bouger, de respirer. Ils restèrent juste comme cela un moment, perdus dans la sensation de l'autre. Les souvenirs de la forêt les submergeaient et ils se rendirent compte qu'ils l'avaient retrouvée, cette chose qu'ils avaient perdue quand ils étaient revenus au village. Ils commencèrent à bouger doucement en soupirant de soulagement et de joie, avec la passion montante, grimpante et affamée qu'ils avaient pensée partie pour toujours. Elle n'était jamais partie. Elle avait juste attendu qu'ils reviennent l'un vers l'autre.

Ils s'aimèrent un long moment dans le noir.

Dans la chaleur du moment, lorsque les mouvements, les sentiments, les cœurs et les esprits atteignirent les plus chauds et hauts sommets, Naruto saisit le visage de Sasuke, qui était près du sien, et dit clairement :

- Je t'aime. Je t'aime. Je t'ai...

Le corps entier du brun s'alluma comme une explosion. Il pensa que son cœur allait juste s'arrêter, il convulsait si fort… Il écrasa sa bouche contre celle de son amant, s'imprégnant de ces mots dont il avait tellement besoin, et pourtant, Naruto continuait à les répéter, comme s'il ne pouvait s'arrêter.

- Je sais, murmura Sasuke. Je sais.


Le lendemain matin, Sasuke se tenait debout là, avec Wapiti dans le dos. Alors que Tsunade lui tendait solennellement son épée aux portes du village et lui demandait s'il pensait vraiment qu'il pourrait ramener Madara, Sasuke regarda derrière lui, là où se trouvait le reste de son équipe. Il ne vit que Naruto. Naruto qui lui donna à ce moment-là l'un de ses sourires éclatants et insouciants. Naruto qui l'aimait.

« Je peux faire n'importe quoi, pensa-t-il. Aussi longtemps que je l'ai lui. »


FIN

Encore merci à Silivrenelya, Koro-chan et aux bêtas pour ce chapitre final!
MERCI aussi à vous, chers lecteurs de nous avoir été encore une fois fidèles. C'est toujours aussi gratifiant de voir notre travail apprécié, alors merci!

En ce qui concerne la suite, je reviens le premier mercredi de Mai pour commencer la publication de notre fic Naruto suivante, Irresistible. A bientot ;)