Cher lecteur, bonjour !

Comme d'habitude avant toute chose je tiens à remercier ceux qui m'ont laissé une review anonyme après avoir lu le troisième chapitre... merci à toi liseron et à toi Springfield, vous êtes mes muffins d'amour et je vous adore ! ^^

Quant à toi, lecteur, tu as attendu ce moment redouté avec une patience remarquable, et ainsi je te présente *tadaaaa*... le dernier chapitre de cette fic !

Enjoy. ;-)

...

John s'éveilla quelques heures plus tard et ouvrit un œil lourd comme plus tôt ce jour-même, une impression étrangement troublante de déjà-vu se déroulant comme un tentacule de pieuvre dans sa poitrine.

La nuit tombait, enveloppant la petite chambre à coucher d'une couverture moelleuse et fraîche de clair-obscur crépusculaire, et John tendit le bras derrière lui pour ramener les couvertures vers lui… seulement pour voir son mouvement arrêté par un poids inattendu.

Encore pataud et ralenti par le sommeil, John tordit péniblement son buste pour jeter un coup d'œil par-dessus son épaule, peu préparé à fournir l'effort supplémentaire que demanderaient ses draps s'ils étaient encore calés sous le matelas…

John ne s'attendait certainement pas, au lieu du las agacement provoqué par une literie récalcitrante, à sentir son cœur stopper dans sa poitrine avec un petit hoquet qui lui fit mal aux côtes, en voyant ce qui l'empêchait de profiter de son duvet…

Soit un Sherlock Holmes profondément endormi et totalement nu, étalé sur toute la moitié gauche du lit, ses traits tranchants détendus dans la plus paisible des expressions.

En une fraction de seconde, les images déferlèrent sur l'esprit affaibli de John, et sa tête tourna et tangua telle un bateau secoué par une tempête d'origine divine.

Sherlock, ses lèvres pleines et sèches contre celles de John, plus délicieuses qu'il n'aurait jamais osé l'imaginer, sa langue pressante et humide dans la bouche de John…

Sherlock, luisant de sueur et abandonné sous lui, ses doigts plantés dans les flancs de John, tandis qu'il roule des hanches et attire John contre lui de longues jambes enroulées autour de sa taille…

Sherlock, presque incohérent et incapable de finir ses phrases, autrement qu'en gémissant plus, oui, là, sa voix de baryton rendue méconnaissable par le désir…

Le malaise visqueux qui lui serrait les entrailles depuis avant son réveil prit soudain tout son sens ; John avait eu Sherlock, John ne l'aurait plus jamais, et s'il y avait raison au monde plus digne de mal-être, John ne savait pas ce que c'était.

Ses yeux caressèrent machinalement le visage assoupi de Sherlock, ses cils épais et sombres frémissants bordant ses paupières fines, son front lisse et délivré de pensée ou de souci… et comme chaque fois la vue d'une telle perfection rendit la respiration de John laborieuse.

Dire adieu à une telle merveille et retourner à sa vie d'avant serait probablement la chose la plus difficile qu'il aurait à accomplir dans son existence, mais il ne pouvait exiger de Sherlock l'effort colossal et sûrement inutile qu'il leur faudrait invoquer pour avoir même la moindre chance d'oublier ce qui venait de se passer et rester amis comme avant…

Il refusait d'infliger à son meilleur ami la gêne de vivre avec un soupirant repoussé, conscient que Sherlock finirait par en vouloir à John, comme il s'en voulait déjà, d'avoir gâché leur amitié pour des ébats tellement éphémères… non, mieux valait enfermer toutes ces émotions nuisibles dans la forteresse de sa poitrine et se taire à jamais.

John ne put que se féliciter d'avoir retenu ses serments et ses déclarations d'amour éternel, bien au chaud sous sa langue… il n'était pas sûr qu'il aurait pu rester aussi calme et composé devant un Sherlock dégoûté par tant de mièvrerie.

À présent in fallait assumer les conséquences de ses actes irréfléchis.

John ferma les yeux et se vit, à peine deux ans auparavant, entrer dans un appartement encombré à la suite d'un inconnu, encore tout intrigué par les talents splendides de cet homme si étrange, inconscient du fait qu'il venait de mettre le pied dans sa nouvelle vie…

Un.

John se rappela les courses effrénées à travers Londres, le bruit mouillé de semelles sur les pavés humides de pluie, les halètements pantelants et l'adrénaline de la poursuite… les sourires discrets de Sherlock, ses regards complices dans des tournoiements de manteau, ses mimiques quasi-invisibles et ses yeux levés au ciel, dans des grimaces qui faisaient glousser John derrière les officiers de police.

Deux.

John se souvint de la clarté complexe de la peau nue d'un corps dénudé sous lui, de la chaleur souple et délicate d'une bouche en offrande, de la confiance absolue et totale dans un regard vif-argent.

Trois.

John ouvrit les yeux.

L'air de la pièce sembla presque statique sur sa peau ; ses paupières lui firent mal et il crut même pouvoir sentir ses pupilles s'ajuster tandis que ses yeux se réhabituaient à l'obscurité.

John sortit du lit comme un automate, les membres alourdis par l'importance capitale du moment ; les draps glissèrent sur ses cuisses nues quand il se leva.

L'impression de malaise était de retour, tordant et mordant ses intestins comme les poings cruels d'un marmot en colère, et John crut qu'il allait vomir tant ses entrailles tanguèrent quand il se baissa simplement pour enfiler son pantalon.

Il s'habilla avec des doigts gourds, la vision floue et le cœur au bord des lèvres, et faillit trébucher plus d'une fois sur ses pieds dont l'équilibre semblait avoir disparu.

Il franchit les trois mètres qui le séparaient de la porte comme autant de kilomètres, lentement, péniblement, les jambes lourdes et comme aimantées au sol de la chambre…

Il quitta la pièce sans regarder derrière lui.


John passa cette nuit-là à errer dans les rues, l'écho de ses pas lent et trop fort dans le silence nocturne de la ville, tournant et retournant dans sa tête ses pensées chaotiques, cherchant sans rien trouver une seule bonne raison de ne pas quitter Baker Street.

Il ne croisa personne et Sherlock n'accourut jamais sur ses talons, essoufflé et rougi par la course et inquiet pour John.

Évidemment que non.

S'il avait dû expliquer sa nuit blanche imprévue dans les rues de Londres, John n'aurait su dire autre chose que j'avais besoin de penser.

Mais à la vérité, il savait que sa fuite n'avait qu'un seul but, qui était de retarder le plus possible son départ inévitable de l'appartement douillet du 221B, Baker Street…

(Il n'osa pas s'avouer son espoir insensé, impossible, que peut-être quelques heures pourraient tout changer et que quand il rentrerait à la maison Sherlock l'accueillerait avec une parole distraite de bienvenue, et que tout serait oublié.)

Il ne pleura pas.


Ce ne fut que le lendemain qu'il rentra enfin et, à quatorze heures précises, les pieds douloureux et le cerveau en gelée d'avoir tant réfléchi, John poussa la porte de l'appartement.

Le salon lui parut à la fois familier et étrangement inconnu, un peu comme si son cerveau avait cru bon de mettre un filtre flou sur ses souvenirs à Baker Street ; il marcha jusqu'à sa chambre comme dans un rêve, un instant suspendant sa veste et la seconde d'après les mains pleines de vêtements roulés en boule, son vieux duffle bag à ses pieds, incapable de se rappeler comment il était arrivé là.

John redescendit après quelques minutes (ou peut-être quelques heures, il n'aurait pas su dire combien de temps le papier peint de sa chambre l'avait regardé fixement de ses yeux vides), la poignée de son sac trop léger serrée dans une poigne engourdie, et en arrivant au bas des marches sentit son cœur s'emballer faiblement, trop las pour exprimer plus que quelques battements erratiques et inachevés.

Sherlock était dans le salon.

Il lui tournait le dos, et à présent que John le voyait il pouvait entendre les notes de musique que l'archet tirait des cordes du Stradivarius blotti contre l'épaule ronde du détective.

-Tu pars.

Ce n'était pas une question, et John n'insulta pas Sherlock en lui répondant. Il se contenta de hausser les épaules, les yeux fixés sur le creux d'un rideau, un peu au-dessus de l'épaule de Sherlock.

-Je te rendrai visite.

C'était un mensonge et ils le savaient tous les deux, mais Sherlock ne releva pas ; son dos se tordit quand il fit grincer une ribambelle agressive de notes aigües sur les cordes de son instrument.

John eut le sentiment qu'il aurait pu partir ainsi sans rien dire de plus et que Sherlock ne le retiendrait pas ; ils ne se reverraient jamais et John aurait la satisfaction d'avoir eu raison tout le long au sujet du mépris de Sherlock pour ses sentiments tellement niais.

Mais, pour une raison qu'il ne put s'expliquer, ou peut-être simplement parce que John ne voulait pas terminer ce qui avait été une amitié si formidable par un au-revoir aussi glaçant, il resta où il était.

-Je suis vraiment désolé, Sherlock.

Ce dernier ne répondit pas et John prit cela comme un encouragement.

-Je n'ai vraiment pas voulu cela, tu sais, fit-il d'une voix étranglée.

Il eut un petit rire.

-Je veux dire, évidemment que tu sais. Mais c'est important que je le dise aussi, que je… je ne t'en veux pas.

Les mots se bousculèrent dans sa gorge, s'étouffèrent sur sa langue, et John ne sut plus quoi dire. Qu'aurait-il pu déclarer à Sherlock que ce dernier ne savait pas déjà ?

Alors John, la tête vide et la poitrine lancinante, se tourna pour franchir la porte d'entrée—

-Quelle noblesse, dit soudain Sherlock.

John fit volte-face, pas certain d'avoir bien compris.

-Pardon ?

Sherlock se retourna lentement, ses traits froids et figés tels un masque d'acier.

-J'ai dit, quelle noblesse de ta part, John Watson, répéta-t-il, sa voix basse et doucereuse et infiniment cruelle. Partir avant même d'avoir essayé, bravo. C'est beau, la bravoure militaire dont on nous rebat les oreilles.

John sentit un flash sombre, noir, fuser dans tout son corps.

-Avant d'avoir essayé ?

Mais Sherlock ne l'écoutait pas.

-Et comme c'est généreux de ta part de ne pas m'en vouloir ! cracha-t-il d'un ton grinçant, amer. Mais je me passerai bien de ta pitié, John.

-Ma… pitié ?

John savait que Sherlock pouvait se montrer un peu excessif et parfois même illogique, mais tout de même ; n'était-il pas soulagé que John prenne de lui-même la décision de partir, au lieu de laisser leur amitié dépérir dans un dernier essai voué à l'échec ?

-Oh tais-toi, John, le coupa Sherlock. Tu me fatigues.

Et ils étaient là, ils étaient enfin là, les mots que John avait tant redoutés, ceux qui avaient habité ses cauchemars depuis le premier jour où il avait pour une raison étrange capté l'attention de l'homme le plus intelligent au monde.

John sentit son cœur se froisser comme une boule de papier.

-Je… commença-t-il d'une voix étranglée.

Il fut soudain frappé par le vide total de son cerveau, à un moment où il aurait souhaité dire tellement plus.

-Un jour tu verras que c'était pour le mieux, dit-il enfin, tout doucement.

Il se retourna et fit deux pas vers la porte…

Ça y était.

L'adieu.

La fin d'une ère.

Le début d'une fin, pour John.

Il prit une courte inspiration.

(Ses poumons lui parurent faibles et minuscules.)

Il posa la main sur la poignée…

-Ne pars pas.

Il fallut quelques secondes à John pour sortir de son état de transe et réaliser que le bras qui venait de l'arrêter était bien réel, et qu'il appartenait à Sherlock.

John cligna des yeux.

-Je ne peux pas.

Sa voix lui sembla celle d'un étranger.

-Ça n'aurait jamais marché.

Sherlock s'approcha de lui, assez pour que chaque cil individuel en bordure de ces incroyables yeux apparaisse à John dans toute sa sombre splendeur.

John fut frappé de voir les traits de Sherlock tordus, crispés ; son expression était presque effrayante d'émotion, et John eut envie de lui caresser la joue, de le rassurer d'un baiser—

Arrête.

-Mais ça a marché pendant tout ce temps, John, dit Sherlock d'un ton qui ressemblait beaucoup trop à une supplique.

Ses yeux brillaient et John eut soudain envie de pleurer.

-Tu sais bien que c'est différent maintenant, Sherlock… je ne pourrais pas… je ne pourrai pas oublier.

Sherlock laissa échapper un petit son étranglé.

-Moi non plus, souffla-t-il du bout des lèvres.

Sherlock ferma les yeux et leur couleur manqua immédiatement à John, qui en était réduit à compter les secondes qui lui restaient avec l'amour de sa vie.

-Je suppose que la nuit dernière, et ce matin, m'ont brouillé les idées… j'ai espéré des choses que je sav— que je sais, impossibles.

Il lâcha un rire forcé, sombre.

-Regarde ce que tu as fait de moi, John Watson. Un romantique. Incapable de voir la réalité et agrippé à un espoir alors même qu'il se déchire en lambeaux. Écœurant.

L'esprit de John était lent, trop lent, et il peinait à comprendre ce qui poussait Sherlock à un discours aussi insensé. Sûrement il savait que John faisait cela pour lui.

-Sherlock, commença John en cherchant le regard de son ami. Je—

-Ne t'excuse pas, John, s'exclama soudain Sherlock, une colère amère tordant les lignes de son visage.

John eut l'impression qu'on le douchait d'eau glaciale, et il cligna des yeux plusieurs fois ; Sherlock sembla se ressaisir.

-Ne t'excuse pas, répéta-t-il, plus calmement.

Il baissa les yeux, inspira, expira.

-Juste… sois heureux, tu m'entends ?

John hocha la tête, les larmes au fond des yeux.

-Et dis… ajouta Sherlock, ses yeux pâles fixés sur le col de la veste de John. Dis à la future Mrs Watson que si le grand Sherlock Holmes a pu tomber amoureux de son mari et le laisser partir, elle a grandement intérêt à être digne de toi.

Le cerveau de John sembla se compresser dans sa boîte crânienne, comme aspiré par trop de pression du côté de son cœur.

-Que… quoi.

Il avait mal entendu. Son esprit fiévreux cherchait à tout pris à atténuer la peine que John ressentirait en partant, et il en était réduit aux hallucinations auditives.

-Sherlock ? fut le seul son qui put passer les lèvres de John, un petit bruit faible, incertain, trop plein d'espoir.

Arrête.

Ne te fais pas plus de mal que nécessaire.

-Enfin, tu ne croyais tout de même pas que j'allais te souhaiter de mourir sous un bus en sortant d'ici ? s'indigna Sherlock, mais sa voix tremblait un peu. Je comprends ta décision, et même si j'ai peur qu'une petite vie rangée dans une banlieue tranquille ne finisse par t'ennuyer profondément, je te souhaite de mon cœur de trouver ce que tu veux.

Sherlock esquissa un sourire, large mais éteint.

-Et compte sur moi pour ne plus laisser Mycroft t'embêter, promit-il. Il voudra venir te faire la morale, te convaincre de revenir, mais je le distrairai…

John sentit son pouls frapper sa tempe.

Boum.

-Peut-être une escapade clandestine à Istanbul ?

Boum.

-Après tout je ne souhaiterais à personne de subir sa présence sans y être vraiment obligé…

Boum.

-Sherlock, s'étrangla John… tu dis que… tu es en train de dire que… tu m'aimes ?

Sherlock lui lança un regard blessé.

-Assez pour te libérer des petites griffes gloutonnes de Mycroft ? Certainement, John.

Mais John secoua la tête.

-Non, je veux dire… tu m'aimes ?

Sherlock fronça les sourcils, l'air confus.

-Je… n'est-ce pas la raison de ton départ ?

John pouvait sentir chacun de ses muscles, et l'afflux violent de sang tandis qu'il tentait de toutes ses forces de rester en place.

-Et tu ne dis pas ça juste pour m'empêcher de quitter Baker Street.

Sherlock lui jeta un coup d'œil agacé mais affectueux.

-John, même mon pouvoir de persuasion n'est pas assez puissant pour te convaincre de ne pas faire quelque chose si tu veux vraiment le faire…

La tête de John tournoyait sur ses épaules, branlante et confuse.

-Non, mais… j'ai gâché ta soirée avec ce stupide avocat ! Tu as dû me ramener en me portant sur ton dos !

Il se mordit la lèvre.

-Et puis tu n'as pas voulu m'embrasser…

Sherlock n'avait jamais eu l'air aussi perdu.

-Je n'ai pas… John, tu étais complètement… quel avocat ?

John fit un geste impatient de la main.

-Je ne sais même pas si c'était bien un avocat, d'ailleurs… cet homme, qui te faisait du gringue à la soirée d'hier ! Avec ses dents blanchies et ses trois livres de gel sur la tête ! Tu dois te souvenir, il avait l'air de te plaire…

Sherlock plissa les yeux.

-Il avait l'air de me— oh non.

La compréhension éclaira soudain son visage.

-Dis-moi, je t'en prie, dis-moi que tu n'es pas en train de parler de Colin Shepherd.

John sentit son estomac se changer en pierre.

-Pourquoi ? C'est ton petit ami ? provoqua-t-il, incertain de vouloir connaître la réponse à cette question.

Sherlock leva les bras, incrédule.

-C'était un informateur, John ! Un homme qui, après quelques verres, n'aurait été que trop heureux de se laisser convaincre de trahir son boss, un quelconque politicien que Mycroft soupçonne de… enfin peu importe, tu as effectivement gâché ma soirée, mais seulement parce que maintenant je dois encore une faveur à Mycroft et—

Il s'interrompit, l'air frappé par une idée soudaine.

-As-tu vraiment cru que je saisirais la première occasion pour draguer en soirée ? Un homme rencontré le soir du Nouvel An ?

John haussa les épaules, un peu embarrassé.

-Je sais que tu n'as pas vraiment le temps de le faire pendant tes enquêtes, marmonna-t-il.

Sherlock ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit.

-Là n'est pas la question, enfin !

John croisa les bras sur sa poitrine, un peu vexé.

-Tu avais l'air de bien t'amuser, c'est tout ce que je dis…

-Évidemment que j'avais l'air de bien m'amuser, s'emporta Sherlock, il fallait que j'aie l'air de bien m'amuser, comment le convaincre sinon ?

-Alors tu étais bien en train de le draguer.

-J'imagine en effet qu'on peut— attends un peu, s'arrêta soudain Sherlock, l'expression à la fois soupçonneuse et sceptique.

Son regard perçant parcourut John des pieds à la tête, en passant par sa posture défensive et jusqu'à son expression sans nul doute frustrée et amère…

-Est-ce que tu es jaloux ?

John s'assombrit, et Sherlock parut choqué.

-Tu l'es, tu es jaloux ! Je ne comprends pas, tu n'as jamais… enfin je veux dire, je n'ai jamais remarqué…

-Oui eh bien c'était avant que tu te mettes à draguer des gens pour obtenir des informations, sans m'en parler avant.

-Je n'ai pas eu le temps, John ! Il fallait faire au plus vite, et ce service à Mycroft n'était même pas quelque chose d'intéressant

Il soupira, porta la main à son visage pour se pincer l'arrête du nez.

-Que se passe-t-il ? Tu fuis la queue entre les jambes parce que tu ne peux pas gérer mes sentiments pour toi, et d'un seul coup tu d'attribues le droit d'être jaloux des hommes à qui je parle ?

-Avec qui tu flirtes.

-D'accord, des hommes avec qui je flirte ?

John réalisa ce que Sherlock venait de dire avec un temps de retard.

-Je… attends, qu— je ne peux pas gérer tes sentiments ? C'est toi qui ne pourras pas gérer mes sentiments !

Sherlock prit une grande inspiration, cligna des yeux lentement, une fois, deux fois, son sourcil plissé dans une expression qui disait clairement que rien de ce que disait John n'avait le moindre sens.

-De quoi parles-tu, John, articula-t-il.

John eut l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds, plus rien n'était clair, plus rien n'était vrai.

-Je… je quitte Baker Street parce que même si nous sommes apparemment sexuellement compatibles—

-Et comment, fit Sherlock avec un sourire satisfait.

-… je ne pourrai jamais juste rester ton meilleur ami alors que la seule chose que je veux faire quand nous sommes ensemble c'est t'embrasser à t'en faire manquer d'oxygène !

John n'avait plus d'air, et Sherlock le regardait comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête.

-Tu… je… quoi ?

Mais John en avait assez de cette discussion qui ne menait nulle part ; il était temps de mettre les pendules à l'heure.

-Sherlock. Écoute-moi bien. Tu m'écoutes ?

Sherlock leva les yeux au ciel, mais son appréhension apparut claire comme de l'eau de roche à John.

-Oui, John, je t'écoute bien.

-Si je récapitule, tu m'aimes et tu penses que je quitte notre appartement— que je te quitte toi, parce que je ne ressens pas la même chose et que je ne veux pas avoir à… disons, subir tes soupirantes affections ?

Sherlock rougit, fit une légère moue.

-De toute évidence.

John se retint de lui donner une tape sur l'oreille.

-… tandis que moi, John, je quitte Baker Street parce que je suis convaincu qu'après une telle nuit – et un tel matin, je suppose - tu n'arriverais plus jamais à me regarder dans les yeux, maintenant que mes sentiments, ceux dont je croyais que tu étais conscient, ont enfin eu raison de mon self-control.

Il pouvait voir les engrenages bien huilés du cerveau de Sherlock se mettre en route, après s'être reposés sur des croyances et des malentendus pitoyables pendant leur début de conversation.

John attendit patiemment.

-Tu, essaya d'abord Sherlock, environ cinq secondes plus tard. Tu…

John le laissa continuer sa déduction.

-Mais tu… tu es hétéro, protesta Sherlock.

John secoua la tête, mais Sherlock n'avait pas l'air convaincu.

-Tu étais complètement saoul quand tu as essayé de m'embrasser, John ! s'exclama-t-il. J'ai toujours su que tu avais un faible pour mon physique, mais tu n'avais de toute évidence aucune envie de creuser de ce côté-là, et tu as été très clair quand tu criais sur tous les toits que tu n'étais pas gay !

Sherlock déglutit, l'air encore ébranlé.

-Tu n'étais pas en pleine possession de tes moyens, et je n'ai pas voulu abuser de ta vulnérabilité, pas quand tu risquais de te réveiller pour penser que j'avais, que j'avais… trahi ta confiance !

John baissa les yeux, honteux.

-J'admets que ce n'était pas mon meilleur moment.

-Pas ton meilleur moment ? John, il a fallu que tu sois quasiment inconscient pour t'intéresser à moi. Même ce matin, tu étais encore sous l'emprise d'une gueule de bois assez monumentale.

Même Sherlock ne parvint pas tout à fait à masquer le fait que la notion l'avait blessé, et John fut choqué de réaliser à quel point son attitude avait eu un impact.

-Je n'ai… je ne me suis pas intéressé à toi parce que j'étais bourré, Sherlock… j'ai fait quelque chose parce que j'étais bourré.

Sherlock plissa les yeux.

-Tu veux dire…

-Que je suis fou de toi et que j'en suis tout à fait conscient, bourré ou pas, oui.

Sherlock scruta son visage, comme pour trouver un signe qu'il mentait ; John leva les yeux au ciel.

-Franchement, Sherlock, tu es probablement le seul à l'ignorer. Tout le monde sait que je suis dingue de toi… c'est un peu pour ça que je pensais n'avoir aucune chance, d'ailleurs. Je me disais que tu avais sûrement déduit tous mes sentiments rien qu'en me regardant nouer mes lacets ou un truc du genre, et que si tu étais intéressé, tu me le ferais savoir.

-Oui eh bien, excuse-moi de n'avoir rien voulu espérer, John, mais je ne tenais pas à te confronter à ce genre d'observations… tu as toujours été très ferme sur le fait que tu n'étais pas gay.

John lui sourit.

-Comme tu l'as été, dès notre rencontre, sur le fait que tu étais marié à ton travail.

Sherlock baissa un peu la tête.

-Je suppose que certaines choses ont changé, admit-il d'une petite voix.

John se rapprocha un peu de lui, cherchant son regard que Sherlock lui accorda aussitôt, brillant et doux et empli d'une lueur qui ressemblait à de l'espoir.

-C'est le moins qu'on puisse dire.

Leurs lèvres se trouvèrent comme si elles avaient été destinées à se rejoindre, et John sentit Sherlock fondre dans le baiser ; ses épaules se détendirent, tout son corps se pressa contre celui de John, et ce dernier ne fut que trop heureux de glisser une main autour de sa taille fine pour le presser amoureusement contre lui…

Mais Sherlock se dégagea après quelques secondes de pure extase, jetant un œil prudent au duffle bag abandonné au sol.

-Alors, souffla-t-il, et son haleine fraîche caressa les lèvres de John. Ça veut dire que tu restes ?

-Seulement si tu promets de ne plus jamais me laisser partir, répondit John sur le même ton.

Les coins des yeux de Sherlock se craquelèrent, et le cœur de John avec, avant que le détective ne se penche pour réclamer la bouche de son meilleur ami une fois de plus...

Et John, les yeux fermés et Sherlock pressé contre lui, n'aurait pas pu penser à une meilleure façon de commencer l'année.

- THE END -

Bouhouh, snif, déjà la fin... honnêtement j'ai ramé comme pas possible pour mettre au monde cet ultime chapitre, cher lecteur, alors tu n'imagines pas combien je suis heureuse d'avoir réussi à le terminer ! Après tous ces efforts, tous ces doutes et ces retours en arrière franchement éprouvants, John et Sherlock sont finalement ensemble et heureux... youpeee yihaaaa ! *lance son chapeau en l'air*

Mais trêve de plaisanteries, lecteur. XD

Que tu m'aies lue depuis le début ou que tu aies rejoint cette aventure en route, je tiens à te remercier de tout mon cœur pour ton soutien; sans toi ce projet n'aurait pas été moitié aussi génial, parce que tu es formidable et généreux et que savoir que tu me lis me colle des ailes à peine métaphoriques entre les omoplates.

Alors si tu as suivi cette histoire jusqu'au bout, si tu t'es demandé si nos deux tourtereaux finiraient un jour ensemble comme les deux idiots d'âmes soeurs qu'ils sont, ou même si tu as déniché des fautes et des bizarreries, je t'en prie, laisse une review ! C'est vraiment ma seule récompense, de savoir ce que toi, mon lecteur en sucre, tu as pensé de mon histoire... alors critique, corrige, discute ou commente, et je serai comblée de pouvoir lire tes mots !

Je t'enverrai également plein de bisous et des rubans multicolores et des sucres d'orge à la framboise et aussi des bébés licornes dorés comme dans Harry Potter (ils sont trop chou, sérieux) et et des barres Wonka et du sucre et des épices et des tas de bonnes choses... et j'ajouterai aussi ma reconnaissance éternelle, sur le dessus. ^^

Sur ce (et j'espère t'avoir convaincu) je te laisse à ta review, attentionné lecteur... alors gros bisous et à tout de suite j'espère ! ;-)