Premiers pas sur Terre

Le débarquement s'était fait une nouvelle fois à l'aide du téléporteur. Par groupe de deux ou trois, les vulcains avaient quitté le vaisseau.

« Spock, placez-vous entre nous deux et tenez-vous prêt. » lui dit Sarek.

Spock et ses parents étaient les derniers à partir. Etait-ce l'appréhension ou le froid qui l'avait poussé à se blottir contre sa mère au moment même où le technicien les avait invités à se placer sur les plots du téléporteur ?

Il devait se tenir prêt, mais à quoi ? se demanda Spock alors que le faisceau de lumière l'enveloppait. Il réapparut quelques secondes plus tard dans une immense salle peu éclairée et de toute évidence peu chauffée. Le manque de lumière le décevait quelque peu mais ce n'était rien en comparaison de l'inconfort qu'il ressentait à présent. Sa mère n'avait pas exagérée. Les températures étaient vraiment basses et encore, là, ils se trouvaient à l'intérieur du bâtiment ! La nuit était tombée sur la grande ville de New- York, d'où la lumière tamisée dans les couloirs qu'ils traversaient. La délégation entière marchait en silence, comme s'ils craignaient de réveiller quelques humains. Une horloge murale lui confirma l'heure : il était 23.00.

« Spock, restez près de moi, nous allons maintenant prendre un ascenseur un peu particulier.»

« Père, à quel étage sommes-nous ? » Spock essayait de ne pas claquer des dents, maintenant peu nombreuses. Ses oreilles étaient dissimulées sous un bonnet, lui-même recouvert par la capuche de son manteau. Quant à ses mains, elles étaient emmitouflées et rentrées dans ses poches. Malgré cela, Spock frissonnait, tout en se demandant ce que cet ascenseur pouvait avoir de si particulier.

« Nous sommes au 63ème étage… » Répondit calmement Sarek, tandis que les portes de l'ascenseur s'ouvraient devant lui.

La délégation vulcaine s'était divisée en deux groupes. Le premier groupe comptant huit personnes, dont Spock et ses parents, entra dans l'ascenseur. Mais tandis que derrière lui, les adultes le poussaient vers l'avant pour pouvoir entrer, lui n'avait qu'une seule peur : non celle d'être écrasé mais celle de tomber dans le vide ! Car l'ascenseur se trouvait accroché à la paroi externe du building et à l'exception du sol, toutes les parois de la cabine étaient constituées de vitres transparentes. Des diodes luminescentes, parcourant les parois horizontalement et verticalement, offraient un faible éclairage de même qu'un très faible sentiment de sécurité.

« Spock, la vitre est solide, mais si vous le souhaitez, tenez-vous à moi. »

« Sarek ! Spock a peut-être peur du vide, ne le mettez pas trop près de la vitre ! »

Spock ne pouvait contrôler les frissons qui parcouraient à présent tout son corps. Il avait instinctivement fermé les yeux et commencé à réciter intérieurement l'un des mantras que lui avait appris son père, mais sa méditation n'eut aucun effet. Sa respiration rapide et bruyante trahissait son état d'esprit. Percevant sa détresse, Sarek le retourna contre lui, le souleva du sol, et offrant son torse comme refuge, lui parla doucement à l'oreille.

« Spock, ouvrez les yeux, vous n'avez rien à craindre. Regardez la vue que cet ascenseur nous offre. D'ici vous pouvez voir une petite partie de la ville de New York.

A l'abri dans les bras de son père, Spock se calma et ouvrit les yeux. L'ascenseur descendait lentement. Spock suivait sa progression grâce à un cadran situé au-dessus de la porte. Il avait déjà parcouru 15 étages…

Spock bénéficiait à présent de la chaleur générée par le corps de son père. Il fut surpris et amusé de voir qu'il produisait un peu de vapeur, à chacune de ses expirations. Celle-ci se déposait sur la vitre et la buée ainsi formée lui cachait la vue. D'un revers de manche, Sarek l'effaça et se mit à lui citer les noms des rues et des bâtiments qui les entouraient, leurs caractéristiques comme leur hauteur ou leurs fonctions… Spock l'écoutait avec intérêt, maintenant qu'il avait acquis la certitude qu'il était en sécurité. Il était également soulagé que son père n'ait émis aucun jugement négatif à son égard. Bien au contraire, Sarek s'était montré compréhensif et lui avait même porté assistance. Le froid, la ville de New-York de nuit, ses lumières, ses hauts buildings… Cet environnement lui était si étranger, et pourtant, à cet instant dans les bras de son père, il ne ressentait aucune appréhension.

La nuit n'était pas la seule à être tombée sur New-York…La neige était également tombée en abondance. Spock ne pouvait pas encore la toucher, encore moins la voir comme en plein jour, mais il voyait les petits flocons se déposer sur la vitre, il trouvait ses petits cristaux de glace fascinants, si différents dans leurs tailles et leurs formes géométriques !

Spock avait hâte que le jour se lève pour voir ce manteau blanc dont sa mère lui avait si souvent parlé. Cette dernière les avait rejoint et s'était elle aussi blottie contre l'épaule de son époux. L'ascenseur se mit à ralentir. Il ne restait plus que deux étages à parcourir. A posteriori, Spock regretta d'avoir fermé les yeux au début de cette descente et aurait bien aimé que cet instant dure plus longtemps.

Les deux groupes s'étaient retrouvés dans le hall d'entrée de l'immeuble. Tous allaient maintenant rejoindre leur hôtel, situés à quelques rues de là, à l'exception de l'Ambassadeur, de Spock et d'Amanda qui s'apprêtaient à rejoindre leur famille habitant la banlieue de New-York. Un véhicule les attendait déjà. Leur chauffeur quant à lui se tenait au beau milieu du hall, offrant à Spock dès qu'il le vit un large sourire.

« Eric ! » s'écria Amanda tout en allant à la rencontre de son beau-frère. Ce dernier la serra brièvement dans ses bras avant de reculer pour saluer Sarek et Spock d'un geste maladroit de la main.

« Longue vie et prospérité Sarek, j'espère que vous avez fait bon voyage. Spock…Alors ça…Je suis très heureux de faire enfin ta connaissance, mon neveu. J'en connais un qui est tout excité à l'idée de te rencontrer. » Commença-t-il par dire, tout en posant un genou à terre pour se mettre à sa hauteur. D'ordinaire, Spock n'aimait pas être dévisagé ainsi mais là, cela ne le dérangeait pas. Cet humain semblait sincèrement ravi de le voir. « Timothy n'arrête pas de parler de toi et de ce que tous les deux allez pouvoir faire durant les vacances. Il comptait les jours jusqu'à ton arrivée. Il aurait bien aimé m'accompagner mais vu l'heure tardive sa mère n'a pas voulu. »

« Spock et Timothy vont très bien s'entendre, j'en suis sûre. » Répliqua Amanda. Spock fut surpris par la réaction de sa mère. Pourquoi ne l'avait-elle pas laissé le temps de lui répondre. Lui aussi avait très envie de découvrir son cousin. Encore plus maintenant qu'il savait sa venue désirée.

« J'ai moi aussi hâte de rencontrer mon cousin. »

« Très bien. Il se fait tard, nous devrions y aller. Je suis garé à une cinquantaine de mètres. Cependant, je dois vous prévenir, il a pas mal neigé ces derniers jours et les trottoirs n'ont été qu'en partie dégagés. Alors j'espère que vous avez mis vos bonnes chaussures ! » Annonça ensuite l'oncle de Spock dans un éclat de rire. Tous les Vulcains présents s'étaient retournés sur lui, fronçant les sourcils.

Vos bonnes chaussures ? Y'en aurait-il des mauvaises ? se demanda Spock.

« J'ai mis le chauffage à fond. Vous devriez être confortables. »

« Merci, Eric. Laissez-moi juste une minute. »

Après leur avoir laissé quelques directives pour les jours à venir, Sarek salua ses collègues et suivant son beau-frère et sa femme, il resserra les pans de son manteau, ainsi que l'écharpe qui dépassait en dessous.

« Spock, restez près de moi. »

Malgré le décalage horaire et le fait que son horloge interne lui indiquait qu'il était au beau milieu de l'après-midi, Spock ressentit pour la première fois de la fatigue. Etait-ce à cause des émotions qu'il avait tenté de contrôler lorsqu'il se trouvait dans l'ascenseur ? Ses yeux se seraient volontiers fermés mais l'ouverture automatique de la porte d'entrée le réveilla soudain. Un vent glacial vint en effet le frapper en plein visage. Ce vent était accompagné de centaines de ces petits cristaux de glace dont il avait tant apprécié la beauté. Spock sortit précipitamment ses mains gantées de ses poches pour se protéger le visage. Spock fit ainsi ses premiers pas dans la neige. Marcher dans la neige était d'autant plus difficile que par endroit il s'y enfonçait jusqu'aux genoux !

« Spock ! Ne marchez pas au bord de la route, restez au milieu du trottoir ! »

« Mais mère, je ne vois rien ! Je ne distingue même pas le …le trottoir. »

Tandis que des flocons de neige s'acharnaient sur son visage, entraînant une sensation désagréable, mélange de picotement et de brûlureune bien étrange réaction face à de la glace, se disait-il…Il ressentit le froid et l'humidité envahir ses pieds, bientôt suivi d'une sensation d'engourdissement.

« Mère, je crois que …que de l'eau rentre dans mes chaussures… »

« Qu'est-ce que je disais, mauvaises chaussures mon garçon ! » s'exclama son oncle. « Courage mon petit, la voiture n'est plus qu'à une trentaine de mètres !

Une trentaine de mètres …je n'ai donc parcouru que 20 mètres...alors que je suis sorti de l'immeuble depuis six minutes et trente-neuf secondes! Spock semblait se concentrer sur ses calculs comme pour penser à autre chose que ses membres engourdis.

« Spock, arrêtez-vous, je vais vous porter. »

Sarek l'ayant rejoint le souleva alors et le prit une nouvelle fois contre lui.

Pour la troisième fois en moins de 24 heures…Songea-t-il, surpris.

Spock, une fois à l'intérieur du véhicule, se détendit enfin. La chaleur qui montait du sol soulagea ses pieds engourdis. Ses chaussures, ses chaussettes et le bas de son pantalon étaient trempés. Rapidement, Spock se blottit contre sa mère…et s'endormit.