La prophétie

Du Nouvel an

Il faisait froid cet après midi là. Elysabeth et ses amis profitaient de leurs vacances dans le Colorado avec enthousiasme. Louer un chalet à Aspen avait représenté pour eux, un sacré investissement. Pas moins de six mois d'économie pour s'offrir des vacances rêves à l'occasion du réveillon du Nouvel An.

Rien n'avait été simple, mais tous s'accordait à penser, que l'idée avait été géniale. Bosser pour approcher, un temps soit peu le rêve Américain…cela en avait la peine.

Avant dernier jour de vacances…c'était le trente et un Décembre. Le réveillon, ils l'avaient pensé dans les moindres détails. Un repas au chalet, suivit d'une soirée dans la boîte de la station.

Bref, tout ce qu'ils aimaient.

John et Matt, trop heureux d'échapper aux corvées de cuisines et autres préparatifs pour la soirée, proposèrent à Elly de les suivre pour une promenade en raquette dans les environs. La jeune femme, jolie rousse aux yeux verts n'était pas très bonne cuisinière, aussi laissa-t-elle le soin à ses amies de s'activer derrière les fourneaux.

Afin de ne pas être en reste, elle avait pris soin de s'occuper de la déco, avait dressé la table et aidé les garçons à faire un peu de ménage. Une dizaine de personnes dans un endroit confiné…cela virait assez vite borderline !

Jamie, le petit ami d'Elly, était en temps ordinaire, d'une jalousie maladive. Curieusement, ces derniers temps, il avait tendance à traîner de plus en plus souvent avec ses potes. Tous les prétextes étaient bons pour s'éloigner d'elle.

Sentant venir la fin de leur histoire, la jeune femme avait décidé au début de la nouvelle année, de mettre fin à une idylle ayant déjà pris l'eau.

C'est avec joie qu'elle accepta de s'extraire, pour quelques heures de cet endroit où Jamie lui semblait un peu trop présent.

L'air vif, lui piqua les yeux et il fallut un temps avant de s'habituer à cette température polaire :

- John, tu ne penses pas qu'il fait trop froid ?

- Penses-tu, lui répondit le grand blond un sourire aux lèvres, le temps va se radoucir. Ils ont annoncé, à la météo des chutes de neige.

- Est-ce prudent de sortir dans ces conditions ? s'inquiéta Elly.

- T'as envie de rester dans les jambes de Jamie ?

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Allez arrête, on a remarqué qu'ça collait plus entre vous deux. Tu ferais mieux de le larguer ce mec.

- Tu sais quelque chose que j'ignore ?

John et Matt s'observèrent un moment avant de fixer avec une farouche détermination leurs raquettes :

- Il me trompe, c'est ça ?

La voix d'Elly commençait à trembler. Matt, un petit brun aux yeux noisette l'attrapa par les épaules. Son regard en disait long, cependant, il préféra que les choses soient claires :

- Ecoute Elly, j't'aime beaucoup, mais c'est pas à moi à te faire ce genre de révélation. Même si je pense qu'c'est un sacré vicelard, c'est à Jamie de te parler.

- Je vois, la fameuse solidarité entre mecs !

D'un geste rageur, elle tapota ses raquettes en lorgnant du côté du chalet :

- De toute façon, dès le réveillon terminé, je le plaque ce con !

- T'as raison Elly, et si tu peux au passage lui empoigner les burnes et les lui broyer, ce sera une sacrée bonne résolution pour la nouvelle année !

Le blond sourit de toutes ses dents en lui ébouriffant les cheveux :

- Arrête John, tu sais que je déteste quand tu fais ça !

- Raison d'plus !

- T'es trop con !

Elle ne pu s'empêcher de rire et tous les trois se mirent en route. Au début, l'air glacial leur fouettait le visage. Ils furent obligés de s'emmitoufler dans leurs grosses écharpes de laine.

Marcher restait encore la meilleure activité pour se vider l'esprit, pensait Elly en soupirant.

Trop occupés à fixer leurs pieds pour éviter les trous, ils commencèrent à sentir un vent se lever. Un air glacial amenant avec lui, une horde de nuages bas, sombres et menaçants. Elly tapa sur l'épaule de Matt :

- Regarde, lui dit-elle en désignant les nuages, on ferait mieux de rentrer !

- Encore un peu. De toute façon ça ne tombera pas avant ce soir.

- Tu en es sûr ?

- Mais oui, t'inquiètes !

Sauf que…Le vent se renforça, devint blizzard et avec lui, la neige s'invita à leur promenade. Tombant à une vitesse folle, les flocons les aveuglaient :

- On rentre !Hurla John en fixant ses amis.

- Ca fait des plombes qu'on aurait dû le faire !

- Allez t'inquiètes Elly, c'est pas quelques flocons qui vont m'effrayer !

Trop occupée à ne pas tomber, elle suivit les deux garçons.

Une véritable tempête s'était levée à présent commençant à rendre leur marche difficile. A un moment, le pied d'Elly accrocha une racine. Elle trébucha et se mit à rouler comme un caillou jeté en haut d'une pente. Aucun son ne sortit de sa gorge. Seul le fait de rester en vie accaparait toute son attention.

Cependant, malgré s'être protégée le visage de ses bras, sa tête heurta le tronc d'un arbre et elle sombra dans l'inconscience. Ces quelques secondes suffirent aux deux garçons pour perdre la trace de la jeune femme.

Matt affolé, hurla en direction de John :

- J'vois plus Elly !

- Comment ça ?

- Elle marchait derrière moi, et…

- Bordel ! Comment on va faire pour la retrouver dans c'merdier ?

- Comme toujours t'écoute personne ! J't'avais prévenu, mais non, faut toujours qu'tu chie mes recommandations !

- Ferme-là ! Au lieu de dire des conneries, on va faire demi-tour et tenter de la…

- Faire demi-tour ? T'es taré mec ou quoi ? J'arrive même pas à voir le bout de mes pieds !

- T'arriverais même pas à te voir dans un miroir, imbécile !

- Mais t'es plus que con ! C'est moi que tu traites d'imbécile ? Qu'est ce qu'on fait maintenant Einstein ?

- Commence pas Matt. On va rejoindre la route et chercher du secours.

- C'est ça ! Va la trouver la route !

- Regarde, là bas !

A quelques mètres devant eux, une voiture de police précédé d'un chasse neige était arrêté sur ce qui devait être une route. Les deux jeunes hommes se mirent à courir, du moins aussi rapidement que leurs souffles déjà bien usés le leur permettait.

Elly, ouvrit enfin les yeux. Il lui semblait qu'on lui parlait. Devant elle, une femme…non, c'était un homme au vu de ce que son cerveau tentait de lui faire comprendre. Un homme aux traits d'une délicatesse surprenante. Toute à son admiration, elle ne prêtait pas attention à ses paroles :

- Vous n'avez rien Gente Dame ?

Elle eut envie de rire. Qui pouvait, en plein milieu d'une tempête, s'exprimer d'une telle façon ? Etait-elle en train de rêver ? La douleur dans son crâne la fit réintégrer le monde réel :

- Non, je n'ai rien ! Mais…qui êtes-vous ?

- Je me présenterais selon mes usages lorsque nous nous trouverons à l'abri.

- Vous présentez selon…vous vous moquez de moi ?

Surpris, l'homme aux traits délicats, la fixa d'un air sévère :

- Est-ce l'impression que je vous offre ?

Décontenancé, elle lui répondit d'un signe de tête.

- Pouvez-vous marcher ?

- J'ai mal à la tête, sinon je pense pouvoir…

A peine tentait-elle de se redresser, qu'une violente douleur à la cheville l'en dissuada :

- Merde ! J'ai dû me fouler une cheville ! C'est bien ma veine !

Apparemment, l'homme n'était pas un habitué à de tels écarts de langage. Sans lui laisser le temps de comprendre quoi que ce soit, il la souleva de terre comme un rien et se mit à marcher en direction d'une habitation, du moins l'espérait-elle.

En fait, seul un pan de toit était visible. Le reste disparaissait sous les flocons tourbillonnants.

Sa tête, la lançait. Elle la posa contre l'épaule de son sauveur. Elle sentit une délicate odeur de cèdre et d'agrumes lui chatouiller les narines. Ce n'était pas une odeur commune pour un homme. Peu habituée à un aussi subtil mélange, elle ferma les yeux appréciant le choix de cet homme concernant son parfum.

Lorsqu'elle les rouvrit, se dressait devant elle la masse sombre d'un chalet de bois a moitié enfoui sous la neige. D'un coup de pied, l'homme ouvrit la porte.

A l'intérieur, il faisait bon. Un feu d'enfer brûlait dans la cheminée. Il avait du mettre un tronc d'arbre entier pour faire une telle flambée ! Avec d'infimes précautions, il la déposa sur un divan moelleux, attrapa au vol, un plaid et lui couvrit les jambes :

- Réchauffez-vous quelques temps. Vous ôterez votre vêtement lorsque vous aurez repris un semblant de couleurs !

Ôtant son bonnet de laine, elle inspecta l'intérieur du chalet pas trop rassurée. Son portable était encore dans la poche de sa parka. Elle s'en empara mais comprit qu'il ne lui serait d'aucun secours. Il n'y avait pas de réseau. C'était assez prévisible. Néanmoins elle avait espéré…

En soupirant, elle le remit dans sa poche lorsqu'elle sentit la présence de son sauveur.

Levant la tête, elle ne s'attendait absolument pas à ce qui s'offrit à son regard. Devant elle, un individu de sexe masculin, au vu de la pomme d'Adam se trouvant dans son cou, la détaillait, lui aussi avec un grand intérêt.

Le visage de cet homme était d'une telle finesse…il arborait une longue chevelure soyeuse, blonde comme un scandinave. Par endroit l'on apercevait même des mèches aussi blanches que la neige au dehors. Il possédait deux grands yeux d'un bleu aussi limpide qu'un lac de haute montagne, paraissait très grand et…portait une paire d'oreilles, effilées.

Ce fut plus fort qu'elle. Elly porta la main à sa bouche pour tenter de contenir son rire, mais trop tard, l'individu l'avait remarqué :

- Peut-on savoir ce qui a provoqué cet excès de moquerie ?

- Cet excès de …mais qui êtes-vous ? Pourquoi portez-vous des oreilles pointues ? Vous allez dans une soirée déguisée pour le réveillon ?

L'homme haussa un sourcil d'une façon si distingué, qu'elle ne pu s'empêcher de tomber sous le charme :

- Excusez-moi, je ne voulais pas me moquer de vous. Après tout, si vous avez choisi de vous déguiser pour la nouvelle année…

- Mais enfin, que dites-vous ? Je ne comprends pas le moindre mot de votre discours fort décousu je dois bien l'admettre.

- C'est…enfin…votre façon de vous exprimer, vos oreilles…

- Qu'ont-elles mes oreilles ?

- A priori, vous les avez bien choisies ! On dirait des vraies !

- Mais elles sont vraies ! Elles font parties de mes caractéristiques elfiques !

Le sourire d'Elly s'effaça tout net. Etait-elle tombée sur un dingue ? La peur commença à s'emparer d'elle. Comment allait-elle se sortir de ce guêpier ? Ne pas s'affoler, pensait-elle, rester sur ses gardes et surtout, repérer dans cette foutue baraque de quoi se défendre au cas où…

Suivant son regard, l'homme s'approcha d'elle. Instinctivement, elle recula sur le dossier du divan. Il remarqua sa peur :

- Vous n'avez pas à me craindre. Je ne suis pas votre ennemi.

- Mon…ennemi ? S'il vous plaît…ne me faites pas de mal. Je ne sais pas qui vous êtes, mais…

- Je ne me suis pas présenté, il est vrai. Je me nomme Thranduil, roi des elfes sylvestres de la forêt de Mirkwood.

- Pardon ?

- Qui a-t-il de si curieux à cela ?

- Vous parlez du Roi Thranduil …comme celui du film de Peter Jackson ?

- Qui est cet individu ?

- Je ne comprends rien …veuillez cesser cette plaisanterie, ce n'est plus drôle maintenant !

- Allez-vous cesser de m'invectiver de la sorte ? Je viens de vous dire …et puis après tout, pensez ce que vous voulez !

Faisant fi de la crainte inspirée à la jeune femme, il s'agenouilla afin de jeter un œil sur la blessure d'Elly. Il ôta délicatement le boot de son pied ce qui occasionna une grimace sur son visage rougit par le froid :

- Doucement ! Vous m'avez fait mal !

- Ce n'était pas mon intention.

- Encore heureux !

Haussant à nouveau un sourcil, il observa attentivement la cheville d'Elly. Enflée, elle ne semblait pas toutefois cassée :

- Vous êtes si fragile vous autres…humains.

- Comment ça nous autres ?

- A notre décharge, ce genre de blessures ne nous arrive que très rarement. Nous paraissons fragiles à vos yeux, mais notre constitution dépasse la votre.

A son tour, elle haussa les sourcils. Profitant de ce que l'homme était tête baissée, elle concentra son attention sur ses oreilles et ni tenant plus, posa ses doigts sur l'une d'elles, resserra sa prise et tira fortement.

Il poussa un cri :

- Pourquoi avoir fait cela ?

- ….

- Je vous somme de me répondre !

Elly n'en croyait pas ses yeux, les oreilles de cet homme n'était pas des prothèses, mais bien ses véritables appendices. Elle se couvrit la bouche afin d'étouffer un cri qui n'en était pas un en fait.

Rien ni personne n'aurait pu expliquer un tel mystère. Des tremblements l'agitèrent. Elle ressentit une peur panique. Qui était cet étrange énergumène ?

Pourquoi ses oreilles ressemblaient autant à celles d'un elfe ? En était-il un ?

- Alors vous êtes véritablement un elfe ?

- Je viens de vous le dire. Vous ne vous êtes toujours pas présenté Gente Dame.

- Je…m'appelle Elly, enfin, Elysabeth Duncan.

Pendant un temps, Elly se posa la question de savoir si elle n'était pas devenu folle. Comment une telle chose pouvait-elle se produire ? Son mal de tête revint avec force et tout en gémissement, elle porta la main sur son front :

- Souffrez-vous ?

- Oui. Auriez-vous de l'aspirine ?

- Pardon ?

- De l'aspirine ?

- Qu'est-ce donc ?

- Comment ça qu'est-ce donc ? Vous êtes chez vous oui ou non ?

Soudain, un doute l'assaillit. Et si…était-il vraiment le propriétaire de ce chalet ? Quelle était sa véritable identité ?

- Cessez d'avoir peur ! Je vous ai déjà dit que je ne vous ferais pas le moindre mal. Je vous donne ma parole !

- Comprenez-moi, je pars en promenade avec des amis, une tempête de neige nous tombe dessus alors qu'elle ne devait arriver que dans la soirée, je me blesse en dévalant une pente, et pour finir en beauté, le roi des elfes vole à mon secours ! Avouez que cela fait beaucoup d'événements en peu de temps non ?

- Pourquoi être sortis si le temps menaçait ?

- Pourquoi étiez-vous dehors ?

- Vous répondez toujours aux questions que l'on vous pose par d'autres questions ?

- Je suis d'un naturel assez méfiant…excusez-moi Monsieur Le roi !

- Vous moqueriez-vous de moi ?

- Je n'arrive pas à vous croire…un roi…pourquoi me raconter pareille sornette. Je sais que ce soir c'est réveillon, mais tout de même !

- Après tout, pensez ce que vous voulez !

D'un geste de dépit, l'homme se leva et partit dans une autre pièce. Elle n'eut que le temps d'apercevoir, dans la cuisine, les couteaux, posés sur leur barre aimantée, que déjà, l'individu revenait vers elle portant une boîte sous le bras :

- J'ai trouvé ceci. Cela pourrait-il vous être d'un quelconque secours ?

Elly prit la boîte entre ses mains. Il s'agissait d'une trousse de premier secours. Elle l'ouvrit. Par chance, un tube d'aspirine s'y trouvait. Elle en prit deux en demandant à son curieux hôte un verre d'eau.

Sans rechigner, il s'exécuta. Après avoir avalé ses comprimés, elle détailla ce curieux personnage.

Il commençait à faire très chaud. Elly déboutonna sa parka :

- Merci pour les comprimés. J'avais très mal au crâne.

- Vous sentez-vous mieux ?

- Oui, un peu mieux merci.

- Ôtez vos vêtements Gente Dame. Vous allez mourir de chaleur !

- Vous n'allez rien tenter de ...répréhensible ?

L'homme fit mine de réfléchir avant de s'approcher au plus près de son visage :

- Si je me trouvais sur mes Terres, je vous ferais emprisonner sur le champ pour votre manque d'éducation.

- Mais…vous avez vraiment l'air sérieux en plus.

- Bien sûr que je le suis !

- Je vous demande s'il vous plait d'être sincère avec moi et de ne pas me faire de mal.

- C'est une habitude humaine chez vous de répéter sans cesse la même chose ? Alors soit, je ne vous ferez aucun mal, je suis véritablement un elfe et de surcroît un roi. A présent, pensez ce qu'il vous plaira de croire !

- Excusez-moi, puis-je vous demander quelque chose ?

- Quelle est-elle ?

- Je pourrais, à nouveau, toucher vos oreilles ?

- C'est très inconvenant en êtes-vous consciente ?

- S'il vous plaît ! Je dois savoir si mon imagination me joue, oui ou non, des tours.

Après un temps d'hésitation, il s'approcha d'elle et lui offrit son profil. Devant ses yeux, apparaissait le plus parfait visage de la création. Doucement, elle effleura son oreille. Elle remarqua qu'il frissonnait. Cette sensibilité avait un petit quelque chose de troublant.

Avec stupeur, elle dut en conclure qu'il était bien ce qu'il affirmait.

Sa main retomba inerte sur ses jambes. Elle baissa la tête. C'était à n'y plus rien comprendre…

Son visage se tourna dans sa direction. Le bleu de ses yeux l'éblouit quelques secondes. Elle aurait pu rester une éternité devant ce regard hypnotisant. Enfin, il fallut bien rompre le charme :

- Je vous crois ! Vous êtes bien un elfe ! Je pense rêver, ou peut être suis-je dans le coma à l'hôpital ? Peu importe. Je suis fatiguée. J'ai faim. Quelle heure est-il ? Bientôt ce sera le réveillon et je serais seule enfermée dans un chalet avec un roi elfe. Ca pourrait être pire !

- Ma situation n'est guère enviable Gente Dame.

- Que vous est-il arrivé ?

- J'étais sur mon cheval, je chassais avec mon fils le Prince Légolas, lorsque ma monture m'a désarçonné ? Mes souvenirs sont confus…il m'a semblé entendre une voix qui me guidait vers cet endroit de la forêt où, en temps ordinaire, je ne me rends jamais. Pourquoi ai-je suivi cet appel ?

- Et bien sans doute était-ce l'appel de la sirène…comme dans Ulysse !

- Qui est Ulysse ?

- Un personnage de légende. Et ensuite, après avoir entendu cette voix ?

- Je me suis éveillé ici même.

- Ah bon ? Vous êtes sûr de ne pas avoir eu un accident…d'avoir reçu un coup sur la tête…bref, ce genre de choses qui vous fait perdre la mémoire ?

- Pensez-vous avoir affaire à un être dérangé ?

- Un être dérangé ? Mettez-vous une seule seconde à ma place !

- Je n'en ressens pas le moindre besoin ni l'envie.

- Je m'en doutais un peu.

- Ah oui ?

- Et bien, j'ai lu le bouquin « Le Hobbit » et vous y êtes décrit comme un souverain …comment dire…pas très commode.

- Et vous y avez cru ?

- Excusez-moi, je n'ai pas l'honneur de connaitre le véritable elfe des bois. Tout le monde n'a pas la chance de Peter Jackson !

- Qui est…

- Le réalisateur du film.

- Qu'est-ce…

- Des images qui se suivent à la file…neige t-il toujours dehors ?

Pour toute réponse, il se leva et ouvrit la porte. Une bourrasque de vent déposa un amas de gros flocons nuageux trempant le tapis de l'entrée :

- Cela répond t-il à votre question ?

- Grandement Sire !

- Je remarque, non sans une certaine satisfaction, que vous faites des progrès en matière de langage.

- C'est trop d'honneur Majesté.

Un charmant sourire s'invita sur les traits du roi. Ses yeux malicieux étaient plus splendides que jamais. Elly tomba sous le charme. En soupirant elle enleva sa parka, son écharpe et l'autre boot qu'elle gardait encore au pied, puis elle entreprit se fouiller dans la trousse de secours. Elle y trouva une bande et de la pommade. Tant bien que mal, elle se fit un pansement, sous l'œil intéressé du roi qui l'observait avec curiosité :

- Voilà, ça fera l'affaire. Aviez-vous prévu de dîner ce soir ?

- Je n'y avais pas pensé…

- Vous êtes bien un hom…comment nomme t-on un elfe au masculin ?

- Un ellon, Gente Dame.

- Ah ! Et bien Majesté, j'ai le regret de vous annoncer que même chez les elfes, les ellons ne semblent pas bien vaillant dès qu'il s'agit de se mettre à la cuisine !

- Je peux apprendre. Montrez-moi. !

- C'est vrai ?

Un sourire illumina son visage. Ce fut le premier que l'ellon vit et il le trouva …touchant :

- Très bien, je vous prends au mot. Je sens que je vais aimer ce joli rêve !

Elle voulu se lever, mais sa cheville se rappela à son bon souvenir. Aussitôt, le roi la prit dans ses bras et se dirigea vers la cuisine ouverte. Là, il resta debout, Elly entre ses bras. Envoûtée par cette odeur de cèdre et d'agrumes, la jeune femme avait fermé les yeux. Il dû attendre patiemment qu'elle se décide enfin à les rouvrir. Comme cela n'arrivait pas assez vite, il se permit de toussoter. Instantanément, elle les rouvrit. Cette situation l'amusa :

- Si vous n'aviez pas toussé, vous seriez resté debout à me tenir indéfiniment dans vos bras ?

- Je ne puis vous déposer à terre sans votre accord Gente Dame.

- Ca fait rêver ! Votre éducation est à tomber, c'est le cas de le dire ! Bon et bien vous pouvez me poser à terre Majesté.

- Soit !

Il s'exécuta et à nouveau attendit qu'elle reprenne la parole :

- Bien, allons voir ce qui se trouve dans ce frigo, même si je me doute bien que tout ceci n'est pas réel ! Continuons ce joli rêve…

Persuadée, de se trouver à l'hôpital, certainement reliée à une machine, perfusée de toute part, la jeune femme se détendit et prit la décision de se diriger vers le frigo qu'elle ouvrit brusquement.

Son cri de surprise alerta le roi. Il s'approcha et aperçut lui aussi, tout un assortiment de victuailles de premier choix : saumon fumé, caviar, foie gras, terrines de viandes et de poissons, des fruits, des pâtisseries…

Il y avait là de quoi tenir un siège.

- Eh bien une chose est sûre, nous ne mourrons pas de faim. Mais dites-moi, vous ne l'aviez pas ouvert ?

- Non, je ne savais même pas que cette…chose contenait de la nourriture.

- Depuis quand êtes-vous là ?

- Je ne me rappelle pas, mais lorsque je suis sortit, j'avais encore mon manteau sur moi. Le vent m'a obligé à porter une coiffe sur ma tête.

- Une quoi ?

Elle contenait difficilement son rire :

- Une coiffe !

- Chez nous, on appelle cela un bonnet !

A nouveau, il haussa un sourcil à la perfection :

- Bien, mettons-nous à l'œuvre si nous voulons réveillonner cette nuit !

- Révei…

- Cette nuit, nous changeons d'année, à minuit très exactement. Et inutile de hausser le sourcil !

Sur le buffet de bois trônait un vieux gramophone. Une pile de soixante dix-huit tours datant des années folles, étaient rangés en pile à côté de cet objet de collection. L'un d'eux attira son attention. Il s'agissait d'un vieux morceau américain ayant servit de musique de générique de fin du célèbre film « Shinning ».

Amusé par cette coïncidence, elle posa le disque sur l'engin, tourna la manivelle et la musique grésillante à souhait s'éleva dans la pièce. Etonné, Thranduil resta un bon moment à contempler cette machine émettant cette mélodie envoûtante.

Elly se mit à rire et le laissa à sa contemplation.

Tout en s'évertuant à composer un repas digne d'un réveillon, elle se mit à fredonner l'air et ses pensées s'envolèrent vers ses amis certainement occupés à la veiller sur son lit d'hôpital.

Qu'elle ne fut pas sa surprise d'apercevoir l'elfe, les bras croisés sur son torse occupé à l'observer. Un sourire discret se dessinait sur ses lèvres :

- Vous n'avez pas cela sur vos terres n'est-ce-pas ? Savez-vous danser ?

- Bien entendu !

- Pas celle que je vais vous montrer.

Elle s'approcha en claudiquant puis se tint un moment devant ce grand ellon majestueux. Le sommet de sa tête lui arrivait tout juste à hauteur de ses épaules :

- Que vous êtes grand ! Je ne l'avais pas remarqué.

Et pendant un moment, alors que le rôti enfourné, commençait à laisser échapper au travers de la porte du four de délicieuses effluves, elle lui montra, comme elle pu, les pas d'un charleston lent. Cette danse effectué à deux, consistait à suivre le tempo de la basse en se balançant tantôt à droite, tantôt à gauche.

Sa cheville l'handicapait, mais cet exercice disgracieux, eut le mérite de lui faire penser à un lointain passé où les convenances étaient au cœur de toute bonne éducation.

Pendant quelques minutes, elle se sentit hors du temps.

Cette curieuse parenthèse l'enchanta à tel point qu'elle la fit rire. Une telle situation aurait dû l'effrayer au possible, sauf que…

Elle aimait la tournure que prenait cette soirée, réelle, irréelle ?

A ce stade de la nuit, elle n'aurait su le dire…

Qu'il était gauche ce monarque, mais pourtant si touchant.

L'odeur de son parfum l'invitait à poser sa tête contre son torse, mais elle n'osa pas. Elle voulait entretenir ce rêve…si cela en était un.

Le repas fut prêt très rapidement. Avec le traditionnel saumon, foie gras et autres vins d'accompagnement dont les crus étaient un enchantement, elle servit le rôti avec des petites pommes de terre sautées.

Elle trouva sous une cloche d'argent, un gâteau au chocolat d'une finesse extrême. Jamais repas ne fut plus enchanteur. On eut dit que ce repas les attendait…

Repus, ils s'installèrent sur le divan et le roi parla un long moment. De son peuple, de son règne, des elfes, de la guerre…

Elly l'écoutait avec attention et respect. Pas une seule fois elle ne l'interrompit.

Son timbre de voix était si profond, si chaud…

Un bruit les fit sursauter. Cela provenait de l'extérieur…

Sans plus attendre, Elly se dressa sur son pied valide et s'approcha de la porte à cloche pied. Elle ouvrit grand le battant et une coulée de neige tomba sur elle.

Elly se retrouva à terre assise sur son fessier.

Vexée, elle tenta de se remettre debout, avant d'abandonner et de se mettre à rire. Lorsqu'elle se tourna vers Thranduil, elle le vit le corps secoué de spasmes. Il riait de bon cœur, avant d'accourir la remettre sur pied.

Il poussa la neige avec ses bottes, referma la porte et la souleva de terre la tenant fermement dans ses bras.

Elle avait gardé son beau sourire sur ses lèvres et de petits flocons s'accrochaient encore à ses cheveux.

Il s'assit sur le sofa tout près du feu et voulut la poser à ses côtés lorsque la pendule se mit à sonner les douze coups de minuit. Elle refusa de se libérer de ses bras :

- Ca y est, nous avons basculé dans la nouvelle année. Il est de tradition de s'embrasser sous du gui, mais il n'y en a pas. Je peux au moins vous embrasser sur la joue ?

- Bien sûr, si tel est votre souhait.

Avec une extrême application elle déposa ses lèvres chaudes sur la joue du roi. Comme c'était doux. Aucune barbe naissante, piquante…seule sa peau de bébé avait un goût de revenez-y.

Le visage tout près de celui de Thranduil, Elly plongea son regard dans ces deux aigues marines. Le monarque bougea légèrement et ses lèvres se trouvèrent faces à celles d'Elly :

- Croyez-vous aux signes du destin Majesté ?

- Devrais-je y croire ?

- A votre avis ?

- Si l'un de nous ne cesse pas ses questions, nous n'y apposerons jamais de réponses convenables…

- Une reine vous attend t-elle dans votre royaume ?

- Et vous ?

- Mon Prince me trompe. Du moins d'après mes amis. J'avais des soupçons mais cette après-midi, on m'a clairement fait comprendre que ce n'en était plus !

- Comment peut-on faire souffrir une femme d'une si vile façon ?

- Les elfes ne trompent jamais leurs compagnes ?

- C'est un crime.

- Et bien ! Beaucoup devrait s'inspirer de vos belles manières Majesté.

- Ce ne sont point là de belles manières Elly, juste le plus profond respect envers un être qui nous est cher.

La jeune femme baissa les yeux. A ce moment précis toute la tristesse et la honte de s'être sentie trahie revint la frapper tel un boomerang. Elle laissa échapper une larme que Thranduil se hâta de cueillir :

- Ce n'est pas votre faute Elly. Ne pleurez point Gente Dame.

- Elle est belle la Gente Dame ! Une imbécile qui doit bien faire rire son copain et sa pouf !

Alors qu'elle ne s'y attendait pas, le roi frotta le bout de son nez sur celui d'Elly. Elle lui sourit :

- On ne m'avait jamais fait cela. C'est si…touchant. Oh, je voudrais tant que ce rêve dure l'éternité.

- Ce n'est pas un rêve Elly. Je pense que notre rencontre était fortuite.

- Pourquoi ?

- Je ne saurais trouver une explication.

- J'ai tellement envie d'y croire !

- Il ne tient qu'à vous. Je n'avais jamais ressenti un tel sentiment en si peu de temps. Vous êtes si…imprévisible et j'adore la couleur de vos cheveux. On dirait qu'ils ont capturés le feu.

- On ne m'avait jamais dit de telles choses. Faut-il que je sois en train de rêver pour les imaginer si parfaites ?

- Cessez de répéter cela ! Vous ne rêvez pas !

Joignant le geste à la parole, il fixa la jeune femme dans les yeux et ses lèvres frôlèrent celles d'Elly. Un frisson la parcourut des pieds à la racine des cheveux.

Elle colla ses lèvres sur celle du roi. Il les entrouvrit. La langue de la jeune femme caressa les lèvres royales les invitant à s'ouvrir ce qu'il fit sans se faire prier.

Encouragée par une telle envie de le satisfaire, Elly réitéra son baiser l'approfondissant plus que de raison. Jamais elle ne s'était sentit plus vivante, plus audacieuse.

Cette éternelle pensée de se croire en plein délire, l'autorisa à en demander plus de l'ellon trop occupé à satisfaire sa demande qu'à s'interroger sur sa hardiesse.

Reprenant son souffle, elle posa sa tête sur l'épaule de Thranduil et ne cessait de le fixer trop heureuse des sensations ressenties un peu plus tôt. Son index se promena sur la mâchoire de l'ellon qui approuvant ce geste tendre baissa les paupières :

- Vos caresses sont brûlantes.

- C'est que…je ne sais même pas comment je peux trouver le courage de vous dire ce qui va suivre, mais je ne peux plus le garder pour moi…je vous désire Majesté. Depuis la première seconde où mon regard s'est noyé dans vos magnifiques yeux bleus…j'ai perdu ma raison. Je me rends compte que c'est impoli, que c'est inconvenant, mais je n'en ai cure…tout ce qui…

Déjà Thranduil capturait à nouveau ses lèvres les caressant de sa langue avec une lenteur extrême. Ce ne fut plus des frissons, mais bien des tremblements que ressentit la jeune femme.

Pourquoi un tel désir avec un parfait inconnu ?

Pourquoi une telle urgence ?

Ses propres gémissements l'affolèrent.

Elle perdait pied, c'était une certitude.

- J'éprouve la même attirance, la même urgence de m'unir à vous. Je n'avais jamais ressentit cela auparavant…je dois vous posséder Elly.

- Vous …devez ? Je dois être folle…

- Sombrons tous les deux alors…

- Sombrons…

Ce fut à son tour de capturer les lèvres de l'ellon.

Dès lors, la nuit prit une toute autre tournure. Au son de cette vieille mélodie américaine, le roi dévêtit avec la plus parfaite grâce la jeune femme. Lorsqu'ils se retrouvèrent nus, plus rien ne compta que l'envie impérieuse de se posséder l'un l'autre avec toute la douceur et la faim qui les tenaillaient depuis le début de la soirée.

Sans jamais s'arrêter, la mélodie jouait, jouait, jouait…

Le gramophone s'était mis au diapason pour accompagner cet acte charnel tout à fait inconvenant.

Il dû bien jouer une bonne partie de la nuit. Ce fut la première fois depuis l'invention de cet appareil, qu'il était autonome. A croire qu'une main invisible se chargeait de le remonter sans arrêt.

Cette nuit fut magique et totalement irréaliste.

Pourtant, les sensations ressenties, elles, étaient bien réelles !

La jeune femme n'avait jamais apprécier autant d'orgasmes qu'en cette nuit de la Saint Sylvestre…

Une nuit qu'elle n'oublierait pas de sitôt.

Thranduil aima cette femme comme il n'avait jamais aimé. Ce corps semblait se consumer dès lors qu'il y apposait ses mains, sa langue…ces gémissements étaient la plus agréables des tortures pour ses oreilles si sensibles.

Comme il était facile de la faire jouir. Elle se donnait à lui d'une façon si touchante…

Leurs soupirs accompagnèrent la mélodie jusqu'au petit matin.

Aux premières lueurs du jour, Elly s'éveilla…

Elle était seule, nue, enveloppée dans une couverture. Les rayons du soleil perçaient à travers les vitres de la fenêtre. Ce qui lui importait, c'était surtout de savoir où se trouvait Thranduil. Pourquoi s'était-elle éveillé seule ? Elle l'appela alors qu'au dehors, des bruits contre la porte se faisaient entendre.

Alors qu'elle criait le nom de son amant de la nuit du Nouvel an, la porte s'ouvrit dans un fracas épouvantable.

Ils trouvèrent Elly, nue, sur ce divan alors que le feu se mourrait dans la cheminée. Matt et John furent les premiers à entrer, suivit de deux policiers. L'air hébété d'Elly intrigua ses amis :

- Bordel Elly, qu'est ce tu fous à poil sur ce divan ?

Elle fut bien incapable de lui apporter une réponse. Après s'être revêtu, les policiers lui apprirent qu'une terrible tempête avait fait rage toute la nuit faisant une dizaine de morts. La plupart des victimes étaient des naufragés de la route ou des inconscients comme elle et ses amis. Partir en promenade alors qu'une tempête menaçait…

Après un petit sermon et une visite aux urgences à l'hôpital ou l'on soigna sa foulure, Elly réintégra le chalet avec ses amis.

Le premier jour de cette nouvelle année se déroula comme dans un rêve. A peine Jamie s'était-il présenté devant elle qu'elle lui annonça son intention de le quitter.

Complètement décontenancé, il eut beau la supplier de lui pardonner, elle ne fléchit pas et l'envoya paître.

Une fois sa valise bouclée, elle rentra directement chez elle. Son cœur n'était plus à la fête…

Quelques temps plus tard, sa blessure s'était tout à fait remise. Un week-end, elle demanda à John de l'accompagner à Aspen. Elle souhaitait savoir à qui appartenait le chalet ou elle avait trouvé refuge.

Lorsqu' ils se présentèrent devant l'habitation, elle était fermée à clefs. N'y tenant plus, Elly s'empara d'une barre de fer dans le coffre de la voiture de son ami et frappa de toutes ses forces le volet qui céda rapidement :

- Mais qu'est ce tu fou Elly ? T'es folle ou quoi ? Si on se fait lourder…

- J'en prends la responsabilité. Attends-moi dehors !

- Ouais, c'est ça j'tiens pas à être accusé de vol avec effraction !

Déjà, elle n'écoutait plus son ami.

Il faisait noir à l'intérieur. L'électricité ne fonctionnait pas, c'était prévisible. Elle trouva deux bougies sur le buffet. Heureusement, les allumettes n'étaient pas très loin. Elle en alluma une. D'entrée, elle se mit à chercher, fouiller, fouiner…qu'espérait-elle trouver ? Le savait-elle seulement ?

Déçue de n'avoir rien découvert, elle s'apprêtait à sortir, lorsque son regard fut attiré par un objet brillant au sol. Dissimulé par le divan, seule une partie émergeait de sa cachette improvisée. S'accroupissant, elle se saisit d'un …bijou. Cela ressemblait à une broche, représentant une feuille. Au dos, une inscription, qui ressemblait à de l'elfique. Son cœur fit un bond dans sa poitrine. Ainsi, elle n'avait pas rêvé ! Thranduil était bien présent cette nuit-là !

Un sourire éclaira son visage. Elle n'était pas folle ! Serrant le bijou contre son cœur, elle sortit du chalet l'espoir chevillé au corps.

Epilogue

Après bien des hésitations, Elly se décida à racheter le chalet à ses propriétaires.

Tout l'argent qu'elle possédait de côté, celui prévu pour ses études, le petit héritage de ses grands parents, plus un crédit octroyé par sa banque, fut proposé à ce couple fortunés désireux de se débarrasser de ce chalet où ils ne venaient plus.

C'est complètement fauchée, qu'elle prit possession de sa nouvelle habitation. Ses amis tentèrent de la dissuader mais rien n'y fit. Depuis cette fameuse nuit, elle avait changé, à tel point qu'elle s'éloigna volontairement d'eux.

Plus rien d'autre ne compta à ses yeux que vivre dans cet endroit où elle avait connu un tel bonheur. Elle trouva un emploi à la station dans un grand hôtel et cela lui permit de vivre décemment.

A partir du moment où elle aménagea au chalet, sa vie prit une toute autre tournure. Ce fut comme si elle s'était coupée du Monde. Plus rien, ni personne n'avait d'importance.

Vivre avec ce souvenir la comblait d'aise.

L'année de sa première veillée de la Saint Sylvestre, le roi vint à nouveau. Tout l'amour qu'elle avait conservé en elle pendant une année entière lui fut restitué avec une passion débordante.

Tout le manque occasionné par une année d'absence, fut comblé en une nuit par une avalanche de plaisir intense et au matin…le roi disparu, comme par magie.

Durant cinquante ans, Elly accueillie, toujours avec la même ferveur ce roi dont elle était tombée amoureuse une nuit de réveillon. Au fil de sa jeunesse enfuie, seule cette nuit-là lui offrait ses vingt deux ans de façon éternelle.

Et tous les réveillons de la Saint Sylvestre de sa longue vie, Elly les passa à aimer passionnément ce roi qui s'offrait à elle telle la promesse d'une belle année à venir…

Un trente Décembre, un jour avant le rendez-vous fatidique, Elly mourut dans son sommeil.

Le lendemain soir, le trente et un Décembre, son âme se trouvait là. Elle n'avait fait que quitter un corps, pas cet endroit merveilleux ou l'attendait un monarque amoureux.

Et ce soir là, encore, il se présenta à elle, toujours aussi beau, toujours aussi épris…

- Elen nin (mon étoile), nous voici enfin réunis.

- Mais…je suis morte Thranduil. C'en est fini de tout ceci.

- Au contraire. J'attendais ce moment avec un espoir infini. Ce soir, je vais enfin pouvoir vous emmener avec moi !

- Vraiment ? Mais je ne suis même plus un corps mon amour !

- Vous posséderez le même que j'ai aimé durant ces cinquante années.

- C'est vrai ?

- Venez Elly. Un Monde différent vous attend, un Monde ou nous ne serons jamais séparés. Venez mon âme, je vous emporte en mon cœur !

Peu de monde assista à l'enterrement de cette vieille femme qui s'était écarté de ses anciens amis et du Monde. Seuls John et Matt, firent le déplacement.

Quelque part ils ne s'étaient jamais pardonné cette sortie qui avait tant perturbée Elly.

Chacun déposa une rose sur la terre meuble et chacun retrouva sa vie.

Elly, elle, coulait des jours heureux sur les Terres du Milieu aux côtés du seul être qu'elle avait jamais aimé en ce Monde et celui de sa naissance, Thranduil, roi des elfes Sylvestres, fils du roi Oropher et époux de la reine Elianor trouvée une beau soir de fin Décembre dans un Monde où il n'eut jamais sa place.

Allongé sur l'herbe, la tête posée sur les jambes d'Elianor, Thranduil savourait son bonheur.

Sa Reine, portait en elle l'enfant qu'ils désiraient plus que tout et tandis qu'il approchait son oreille tout contre son ventre, le rire cristallin de la jeune femme lui rappelait combien le bonheur peut parfois ressembler à une …prophétie .

La seule chose qu'ils avaient emmené de l'ancien Monde d'Elly devenu Elianor, était le vieux gramophone et le soixante dix-huit tours qui jouait de façon continu ce même air à chaque fois qu'ils s'unissaient…