Au départ je voulais faire du fluff et finalement je me suis retrouvée avec Gabe qui raconte sa vie... Il y a quand même du fluff ! Je crois... Sisi, je suis sûre que c'est fluff !

Défi N°11 : fleur.

Bonne lecture !

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Et le septième jour...

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Gabriel observait le paradis d'un œil distrait. Ses petits frères et petites sœurs se tenaient presque sagement. Presque. Tout le problème venait de ce petit presque. Mot qui englobait les regards noirs, les crocs en jambes, les plumes froissées et les Grâces vexées. Mot qui était le présage à de futures grosses, énormes, impossibles emmerdes s'il n'y faisait pas attention.

C'était un peu désespérant de voir que dès qu'il s'absentait deux minutes le paradis se transformait en bataille des tranchées entre les divers et très nombreux camps. Pour ne citer que les principaux on avait : les partisans de Michael, les martyrs de Raphaël, les nouveaux Luciferiste, les fidèles de Castiel – il y en avait encore ! -, les siens, c'est à dire les pro-Gabriel et enfin les lecteurs de Métatron. Et forcément, pour simplifier la chose, chaque clan possédait plusieurs sous-branches... Rien que chez les partisans de Michael on pouvait trouver quatre grandes factions qui se déchiraient plus ou moins entre elles, quand elles ne montaient pas des actions pour dézinguer les autres. Il y avait ceux qui voulaient recréer le paradis d'avant la presque apocalypse, ceux qui voulaient relancer l'apocalypse, ceux qui voulaient le délivrer de sa prison et ceux qui étaient persuadés qu'il avait toujours été leur Père. Et ça ce n'étaient que quatre des sous-factions majeurs qui jouaient dans le camp de Michael !

Parfois, Gabriel se sentait désespéré et avait envie de rouvrir lui-même la cage de Luci, la situation pouvant difficilement être pire à son avis. Mais il se retenait, conscient que ses frères aînés étaient très imaginatifs quand il s'agissait d'emmerder le monde. Ce devait être un talent de famille.

En attendant, puisqu'il devait prendre leur place et gérer le paradis, le Messager de Dieu se retrouvait bien occupé à éviter une nouvelle guerre civile entre tous ces oisillons à peine sortis du néant. Une vraie plaie. Ou plutôt une très méchante épine coincée entre ses plumes. Une épine qui ne lui laissait pas une seconde de répit et l'empêchait d'aller voir Samuel Winchester aussi souvent qu'il l'aurait voulu.

Gabriel poussa un profond soupir de lassitude, talocha deux de ses frères qui s'apprêtaient à se sauter à la gorge, envoya dans des coins séparés tout un groupe qui complotait comme des débutants et imposa toute la puissance de sa Grâce à un opportuniste qui tentait de créer un nouveau clan. Comme s'il n'y en avait pas déjà assez !

Voilà à quoi Gabriel passait son temps. A jouer les surveillants de cour de récré d'école primaire, à distribuer les punitions et les goûters, à soigner ceux qui s'écorchaient le genou et à renvoyer à l'étude les garnements qui embêtaient leurs camarades. Et il n'avait même pas de baguette officielle pour ça...

Et pendant ce temps sur terre, son humain risquait sa vie dans des chasses, vieillissait immanquablement de jour en jour, d'heure en heure, et passait ses journées à regarder d'un œil envieux son abruti de frère faisant des papouilles à Cassi.

Gabriel sentit un sourire fleurir sur son visage alors que ses pensées se tournaient vers Sam, son humain. Son grand dadais à la tête bien pleine et au cœur d'artichaut. Un romantique dans toute sa splendeur ! Gabriel était persuadé qu'il avait offert au moins une fois un dîner aux chandelles à sa défunte petite-amie, probablement dans un restaurant avec violons, nappes en tissus et vins hors de prix. Il était aussi tout à fait le genre à réciter des poèmes ou à prévoir des pique-niques sur le sable devant un coucher de soleil. Plus il y pensait et plus Gabriel était persuadé que son Samsquatch était le genre chevalier servant du romantisme. Et plus il y pensait, plus quelque chose dérangeait Gabriel. Il avait beau essayer de se souvenir, de creuser sa mémoire, il ne se souvenait pas d'un moment passé avec son humain qui aurait pu réveiller le côté fleur bleue de celui-ci. Il ne se rappelait même pas un moment où Sam aurait pu hésiter pour tenter sa chance.

Gabriel réfléchit à la question tout en attirant à lui la Grâce éplorée d'un de ses frères pour le bercer et l'apaiser entre ses ailes. La réponse la plus logique était que Sam le pensait imperméable au romantisme et à l'amour courtois. C'était presque vexant ! D'accord, il avait son franc parler, n'avait honte de rien et encore moins de ses frasques, sexuelles ou non, et sa petite vidéo Casa Erotica n'avait peut-être pas aidée son cas, mais quand même. !

L'Archange se fit la réflexion qu'il était peut-être temps qu'il montre à Sam qu'il pouvait être un peu plus qu'un simple obsédé et/ou pervers.

Et puis l'avantage, c'est que rien ne l'obligeait à venir sur terre pour commencer son petit projet...

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Sam se réveilla avec difficulté, courbaturé et recouvert de bleus. Un loup-garou l'avait confondu avec un punching-ball la veille et ça lui avait laissé des traces...

Comme toujours, son premier réflexe au réveil fut de vérifier la présence ou l'absence de Gabriel. Il étendit lentement un bras sur la place à ses côtés, espérant y sentir un corps chaud et doux qui annoncerait une journée formidable. Son cœur battit fortement alors qu'il avançait sa main et tomba un peu plus au fond de son ventre à chaque centimètre de courant d'air et de vide.

Sam finit par ouvrir un œil embrumé, ne supportant plus cette attente angoissante. Il soupira devant la place vide et les draps non défaits et fit violemment retomber son bras en travers des couvertures. Il rouvrit brusquement les yeux en sentant quelque chose sous ses doigts. Il referma avec hésitation sa main sur l'objet l'amenant sous son nez.

C'était une rose. Une jolie rose rouge, parfaite, sans épine et à l'odeur suave.

Sam la tourna et la retourna devant ses yeux, faisant rouler la tige entre ses doigts, le regard rêveur. Il se demanda un instant si la rose venait du jardin d'éden, si elle avait été cueillie par Josué ou directement par Gabriel. Car ça ne pouvait être que lui l'auteur de ce cadeau ! Quant à savoir s'il s'agissait d'une farce ou d'autre chose...

Sam continua de faire rouler la fleur jusqu'à ce que celle-ci s'effrite en une poussière brillante qui forma un cœur percé d'une flèche dans le vide avant de s'éparpiller.

Sam sourit.

La journée s'annonçait bien.

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Du haut de son nuage, Gabriel sourit en voyant la réaction de Sam. Il avait bien fait, vraiment. D'aucun dirait que les Archanges, tout comme les anges, ne pouvaient aimer. Ils étaient des êtres d'énergie et de puissance, pas de cœur et de chair comme les humains. De l'avis de Gabriel, c'était une vision bien réduite de ce qui les constituait. Réduite et faussée par des millénaires sous la gouvernance d'un frère aîné dur et froid.

Les anges n'aimaient pas ? Alors d'où venait la crise de jalousie de Lucifer ? Si les anges n'aimaient pas, comment pouvaient-ils déchoir par amour ? D'où venaient les néphilims ?

Pour Gabriel, les anges savaient tous aimer, de naissance. N'avaient-ils pas été créés pour protéger l'humanité et donc, en toute logique, pour aimer cette humanité ?

Les anges ont toujours su aimer, ils ont juste... Oublié.

Les méthodes de Michael et de Raphaël avaient été radicales quand la guerre contre les démons commença. Lavage de cerveaux, conditionnement, manipulation mentale et transformation des protecteurs et gardiens en soldats sans foi ni loi autre que celle des Cieux. Celle de Michael.

Et après certains osaient se demander pourquoi il avait fui ! D'une part parce que lui le pouvait – non négligeable -, d'autre part parce que ce paradis n'était plus le sien.

Michael...

C'était le cœur de Michael détruit par la chute de son frère tant aimé et par l'abandon de son Père qui avait transformé ce paradis, maison utopique des anges, en terre glacée faite de tortures, d'emprisonnements, de diktats et purgées de toute émotion.

Souvent, Gabriel refaisait le passé dans sa tête, se demandait s'il aurait pu changer quelque chose à la situation, si un geste en plus ou en moins aurait pu redonner la foi à Michael.

Probablement pas. Pas tant que Lucifer, son miroir, son double, son jumeau, était enfermé dans la cage la plus sombre et la plus froide qui soit, emportant avec lui le cœur du Saint Archange.

Car quand les anges aimaient, ce n'était pas à moitié.

Gabriel connaissait les raisons qui avaient poussé Michael à agir ainsi. Il avait voulu préserver ses cadets de la douleur et de la peine. Il en avait juste fait des machines à tuer avant de chercher le suicide dans l'apocalypse...

Le Messager de Dieu observa tristement ses petits frères et petites sœurs, bouffés par la haine et le désir de vengeance, résultats corrompus de toute cette douleur.

Lentement, il étendit ses ailes au-dessus de la multitude, les étirant à l'aide de sa grâce, englobant chacun de ces oisillons. Il leur communiqua tout l'amour qu'il possédait, envers eux, envers l'humanité, envers chaque être marchant, rampant, nageant ou poussant sur cette planète et toutes les dimensions. Envers Sam...

Ses cadets se calmèrent et communièrent ensemble l'espace d'un moment magique. Un retour dans le passé, quand le paradis méritait encore son nom. Puis l'instant cessa et les querelles reprirent sous l'œil las et triste de Gabriel.

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Sam se réveilla à nouveau dans la solitude de son lit deux places. Pourtant, il souriait. Il les voyait, distinctement. Deux coquelicots croisés qui reposaient contre le coussin de Gabriel. Deux coquelicots perlés d'eau. Sam les attrapa et huma l'odeur qui se dégageait d'eux. Ils sentaient la rosée du matin et la verdure. Les champs au petit jour quand le vent frais du printemps caresse la prairie.

Sam s'allongea sur le dos et éleva les deux fleurs au-dessus de sa tête. Elles frémirent, se réunirent, fusionnèrent et se modifièrent dans une lumière éclatante. Un poids duveteux et léger atterrit sur le torse de Sam.

C'était un lapin brun avec un nœud rouge qui lavait ses oreilles pendantes. Sam le prit contre lui en souriant et caressa la boule de poils nullement effrayée.

Alors qu'il se demandait ce qu'il allait faire de l'adorable rongeur, celui-ci s'éloigna par petits sauts et disparut dans une bouffée de paillettes flamboyantes qui formèrent à nouveau un cœur percé.

Sam sourit, le cœur gonflé d'amour et le ventre parcouru de mille papillons.

- Je ne te savais pas comme ça Gabriel, murmura-t-il avec tendresse.

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- Si tu savais Samuel... répondit Gabriel d'un air rêveur.

Dans sa tête, il se revoyait faire la cour à des êtres chéris.

Kali... Kali, Kali, Kali, sa chère et tendre. Encore que tendre... Passionnée conviendrait mieux ! Il se souvenait de quelques-unes de ses plus terrifiantes colères après qu'il eut papillonné auprès de quelques nymphettes et peut-être un ou deux satyrs. Sa volcanique déesse ! A l'époque, il avait toujours pris soin de ne pas manquer le Kali Puja et il faisait attention à ce que ses offrandes soient toujours au niveau ! Ça ne posait pas de problèmes, il savait comment faire fondre sa chère Kali. Un peu d'encens, des bougies par centaines, un bain de lait d'ânesse couvert de pétales de fleurs et de délicieuses pâtisseries à l'eau de rose ou à la pistache, le tout agrémenté d'un thé au jasmin et de quelques danseurs et danseuses peu vêtus qui louaient sa gloire avant de s'éventrer avec grâce. Sa délicieuse déesse lui pardonnait alors toutes ses absences et ses petites duperies !

C'est qu'il savait charmer quand il le voulait bien, mine de rien ! Encore fallait-il qu'il le veuille... Mais si Sigyn avait accepté de l'aider durant sa longue mise à l'épreuve à base de venin, sachant qu'à l'époque il était déjà assez mal vu, ce n'était pas uniquement pour son joli minois ! Ses poèmes et ses compliments y étaient pour beaucoup ! Douce Sigyn... L'antithèse parfaite de Kali. Une beauté pure et tendre qui l'avait soutenu avec amour dans les moments les plus sombres de sa vie païenne...

Et Marie ! Marie. Celle que son père avait choisie. Celle pour qui Gabriel avait accepté de remettre ses ailes et son auréole l'espace de quelques jours. Elle était destinée à Père puis à Joseph mais Gabriel n'avait pu s'empêcher de la courtiser. Il n'allait pas non plus laisser la pauvre petite tomber enceinte sans lui faire la cour qu'elle méritait ! Elle avait apprécié l'attention, elle qui était la plus pure de toutes et qui était destinée à porter le Sauveur. Elle qui allait sacrifier son enfance pour faire naître un nephilim divin, un petit frère de chair et de sang.

Et maintenant Samuel Winchester. Il changeait de registre, c'était certain ! Un haut chêne au milieu de toutes ces fleurs délicates - sauf Kali qui avait des épines comme des ronces. Encore qu'Angrboda était une créature hermaphrodite alors... Mais il/elle avait été un peu trop directif/directive à son goût. Et puis il l'avait épousé/épousée essentiellement pour faire plaisir à Odin. Il/elle était quand même très différent/différente de Sam, ce gamin poussé trop vite à la tête pleine de rêves. Comment avait-il pu tomber pour lui ? Peut-être parce qu'il n'était pas si différent de Sigyn ou de Marie, peut-être parce que sous son apparence de Samsquatch se cachait un cœur d'or et une douceur comme il les aimait.

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Sam sourit avant même d'ouvrir les yeux. Il sentait les fleurs sans les voir. Trois roses pâles à l'odeur sucrée, à peine plus ouvertes que des boutons étaient disposées en gerbe à ses côtés.

Sam n'y toucha pas et préféra les regarder posément, se demandant ce que pouvait bien avoir en tête Gabriel. Pourquoi des fleurs ? Pourquoi ce décompte ? Jusqu'à combien allait-il monter ?

Sam sursauta, violemment interrompu dans ses rêveries quand Dean frappa à la porte.

- Cas' et moi on va faire les courses. Besoin d'un truc ? En dehors de ta bouffe de lapin je veux dire.

- Non, c'est bon. Merci Dean.

Sam entendit son frère s'éloigner tandis que son cœur continuait à battre frénétiquement à cause de la surprise.

Quand il se fut un peu calmé, il posa un doigt sur l'une des roses qui s'évanouit aussitôt en fumée avec ses consœurs.

Sam eut une petite moue boudeuse en voyant que rien d'autre ne venait. Il commençait à se dire que Gabriel se lassait de son petit jeu quand la fumée se réunit pour former l'image de Gabriel lui faisant un clin d'œil.

Puis le cœur percé.

- Tu me manques...

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- A moi aussi, soupira Gabriel avant de regarder sévèrement ses poussins.

L'Archange dut se montrer plus intransigeant que jamais ce jour-là. Pour une raison qu'il ignorait, le paradis entier semblait au bord de la rupture ! A croire que tout le monde s'était levé du pied gauche ce matin ! Sauf lui, qui devait veiller sur ces oisillons en manque d'autorité. Alors Gabriel tempêtait, grondait, tonnait, punissait à tour de bras, envoyant pas mal de monde se refaire une santé dans la nursery – quand on se conduit comme un enfant, on est traité comme un enfant – et beaucoup d'autres aller sculpter les nuages. C'était totalement inutile et fastidieux comme boulot, mais au moins ça les occupait et les empêchait de se taper dessus !

Gabriel soupira de soulagement quand le paradis retrouva un semblant de calme. Il n'était vraiment pas fait pour se boulot... Normalement il créait le bordel, il n'essayait pas de l'empêcher de se produire ! Ses frères aînés allaient lui payer ça un jour.

Gabriel retourna à son humain qui lisait des rapports, seul dans la bibliothèque des hommes de lettre. Sa surprise du matin n'ayant pas été tellement romantique, Gabriel en rajouta une couche et fit tomber du plafond une pluie de pétales de fleurs de cerisier mêlés de fleurs de pommier.

Le regard enchanté de Sam à lui seul valait toutes les peines qu'il se donnait.

Son regard... C'était peut-être avec ses yeux que Sam avait réussi à l'enchaîner à lui. Des yeux verts intenses, véritable miroir de tout ce qu'il pouvait ressentir. Ça semblait être une spécialité chez les Winchester ce regard si parlant, sauf que si chez l'aîné ces reflets de l'âme étaient voilés d'émotions contenues, chez le cadet les fenêtres étaient grandes ouvertes sur son cœur.

Sam ne retenait rien, il se dévoilait tout entier par ses yeux. Gabriel s'y était laissé prendre plusieurs fois et s'était retrouvé piégé, englué dans toute cette gentillesse qui semblait vouloir pousser la sienne à refaire surface. Sam harponnait ce qu'il y avait de meilleur en chaque personne qu'il croisait pour le faire ressortir à la vue de tous. Et le pire c'est qu'il y arrivait le con !

Et s'il n'y avait eu que ça... Sam et son empathie innée. Sa force de caractère qui masquait ses doutes et ses peurs. Sa force physique aussi et sa taille de géant pour l'un des hommes les plus doux qu'il lui avait été donné de connaître. Sam et son cœur gros comme le monde, sa rigueur et sa soif de justice. Une justice un peu moins directe que la sienne mais personne n'était parfait !

Son Sam, avec son âme en kaléidoscope de lumière et d'ombre. Sam qui n'était pas le vaisseau de Michael et qui n'avait pas le destin de l'homme vertueux. Sam qui était celui devant accueillir le diable en lui, celui devant être nourri au sang de démon, celui qui devait se tourner vers le mal et renouer avec la tragédie de Caïn et Abel. Sauf que Sam luttait, en permanence. Avec une régularité et une volonté au-delà de toute mesure, Sam luttait contre les ténèbres auxquelles son destin le vouait.

Et Sam gagnait...

Peut-être que Gabriel lui donnait des coups de main depuis quelques temps, mais Sam avait déjà fait le plus dur. Sam avait gagné bien avant que Gabriel n'intervienne donnant à son âme l'éclat du bien vainqueur, du bien qui à vu le mal et qui l'a proprement envoyé se faire chier ailleurs.

Gabriel respectait cela au-delà de tout le reste. Il admirait ça.

Et il était tombé amoureux de ce miroitement entre le bien et le mal.

Ses yeux, sa volonté, sa force, et aussi sûrement la douceur et la gentillesse nées au milieu des ténèbres, rivalisant même avec celles de Sygin et Marie, voilà ce qui l'avait fait aimer Sam. Sans parler de la passion et la volonté dignes d'une déesse aux quatre bras...

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Quand Sam se réveilla ce matin-là, aucune fragrance florale ne vint chatouiller ses narines. Alors il hésita un peu, reprit son rituel et tendit la main vers la place vacante. Il n'y avait pas plus d'odeur de sucre que de fleur mais il espérait quand même. Gabriel pouvait être surprenant après tout parfois !

Sa main ne rencontra que du vide et Sam garda les yeux fermés. Il n'avait pas envie de les ouvrir aujourd'hui. Il avait envie de bouder, comme ça, parce que son amant n'était pas là. Pourtant ça faisait au grand maximum deux semaines seulement qu'il s'était absenté, soit pas grand chose comparé à d'autres absences. Mais aujourd'hui, Sam ne se sentait pas prêt à accepter cela. Pas après les fleurs, pas après s'être endormi à la lueur des bougies magiquement apparues.

Aujourd'hui il voulait son homme à ses côtés, simplement, et savoir que ça ne serait pas le cas lui faisait mal.

Alors Sam garda les yeux fermés, voulut replonger dans le sommeil et attendre que les jours et les nuits passent dans un état semi-comateux jusqu'au retour de Gabriel. Son archange. Son amour. Celui qui lui faisait oublier Jess, Ruby, Amélia et toutes les autres. Celui qui ne risquait pas de mourir à cause de son karma désastreux.

Sam boudait et était bien décidé à bouder encore longtemps.

- Sam.

Ledit Sam sursauta violemment et tomba sur les grands yeux bleus de Castiel. Qui était dans sa chambre. Qui ne portait qu'un bas de jogging et qui avait les cheveux un peu trop ébouriffés...

- Gabriel me dit de te dire qu'il est désolé, transmit Castiel avec une étonnante compassion dans la voix. Il ne peut pas encore venir mais il fait ce qu'il peut.

- C'est bon Cas' merci, soupira Sam d'une voix fatiguée. Tu peux retourner auprès de Dean.

Castiel hocha la tête et se zappa pour retourner auprès d'un Dean encore stupéfait de son brusque départ.

- Gabe, je ne sais si je trouve ça adorable, inquiétant ou franchement démoralisant de savoir que tu me surveilles, dit Sam à voix haute en attrapant les quatre têtes de camélias posées sur le coussin. Mais... J'apprécie l'attention, pour Castiel et le reste.

Sam sourit tristement quand les fleures se transformèrent en un adorable ours en peluche brun, bien peigné.

Il n'y eut pas de disparition paillettes ou fumée mais le ventre de l'ourson était brodé d'un cœur percé.

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C'est qu'il allait réussir à le faire culpabiliser à force !

Si seulement il avait pu descendre, si seulement... Mais ça aurait réellement été une très mauvaise idée. Il pressentait un énorme problème pour la journée et la tension presque palpable qui régnait au paradis ne le rassurait pas du tout. Il ne savait même pas qui engueuler pour enrayer le problème ! Et il ne pouvait pas envoyer tout le monde à la nursery. Quoique... Nan ! Il ne pouvait vraiment pas, malheureusement. Et les nuages avaient été assez bidouillés comme ça. Il pouvait encore aller faire modeler des cailloux et des grains de sable à ses angelots à la tête dure mais là ça aurait été vraiment cruel de sa part.

Il ne lui restait qu'une solution, attendre que ça pète pour intervenir aussitôt et distribuer les claques. Père, ce serait trop demander un nouveau petit frère Archange pour l'aider dans sa besogne ? Ils étaient censés être quatre à la base et il se retrouvait tout seul !

Et son Sammy qui commençait à déprimer sur terre... Dire qu'au départ il voulait au contraire lui donner le sourire avec ses petites attentions matinales ! Il avait encore décroché le pompom...

- Samuel, moi aussi j'aimerais être avec toi, soupira Gabriel en observant avec une très grande lassitude ses frères et sœurs qui avaient commencé à se foutre sur la gueule.

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Sam était allongé sur la banquette arrière de l'Impala et essayait de dormir un peu. La veille, son frère avait subitement décidé qu'ils devaient tous partir en chasse pour purifier une maison d'un fantôme pas commode. Il avait obligé tout le monde à venir, plus ou moins de force pour Sam. Ils avaient ensuite roulé toute la journée et ils étaient bien partis pour rouler toute la nuit aussi.

Ce fut sous le regard inquiet de Dean que Sam finit par s'endormir avec le radiocassette en sourdine sur de l'Aerosmith et un plaid déposé par Castiel sur le corps.

Dean avait bien envie d'aller trouver cette saloperie d'archange et de lui cramer les ailes pour lui faire regretter de faire souffrir son frère ! C'est exactement pour ça qu'il n'était pas enthousiaste sur cette relation ! Son petit frère ne pouvait que finir blessé de fréquenter un salopard égocentrique et malveillant tel que Gabriel ! Son petit frère avait besoin d'une personne stable et gentille ! Pas d'une créature surnaturelle qui prenait la fuite dès que ça n'allait pas !

- Gabriel n'a vraiment pas le choix Dean, fit Castiel à voix basse.

- On a toujours le choix, grinça l'aîné des Winchester.

- Tu préférerais qu'il laisse une nouvelle guerre civile des anges se créer ? Tu penses que ça rendrait Sam plus heureux ?

Dean serra fortement les mâchoires et le volant, sans répondre. Castiel posa une main sur sa cuisse dans un geste d'apaisement. Ils roulèrent effectivement toute la nuit, Dean ayant profité d'un passage de volant en milieu de journée pour faire la sieste. C'était son idée le fantôme. Il voulait changer les idées de Sam après ce que lui avait raconté Cas'. Ce n'était pas encore un brillant succès mais ça avait des chances de le devenir. Il en était persuadé.

Au petit matin, il se tourna pour réveiller Sam et hoqueta de surprise.

Cinq roses blanches étaient lâchement tenues par la main de Sam posée sur son ventre.

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Gabriel n'aimait pas l'idée de faire du mal à ses frères mais s'il y en avait un pour lequel il ferait bien une exception, c'était Métatron ! Parce que Môsieur était devenu le scribe de Père, il se pensait sorti de son trou de balle ! Bordel de merde, lui aussi avait entendu Sa voix et il avait même dû retransmettre Ses messages ! Il ne se prenait pas pour le répondeur divin pour autant ! Quand il se prenait pour un dieu, c'était uniquement en tant que païen ! Si jamais il remettait la main sur lui, ce n'était pas à la nursery qu'il allait l'envoyer, mais directement à la pouponnière ! Retour à la case zéro pour Métachieur et obligation de refaire sa croissance depuis le début ! Ça lui fera les pieds ! Et avec un peu de chance, ça lui mettra aussi du plomb dans la cervelle !

Gabriel pesta, ragea, fulmina et déclencha peut-être un cyclone sur terre par mégarde dans sa colère.

A cause de lui il avait dû gérer deux révoltes, deux ! Il avait même dû intervenir sur une de ses petites sœurs qu'il appréciait beaucoup et qui lui avait paru raisonnable et sensée jusque-là ! Sa petite Semiel... Obligé de l'envoyer à la nursery refaire ses classes. Tout ça à cause de cet abruti à face de rat ! Même la pouponnière semblait une punition trop douce pour lui... Métatron avait vraiment du bol qu'il se soit juré de ne tuer aucun petit frère ou petite sœur, quelles que soient leurs conneries !

Le pire, c'est qu'il avait failli manquer son coup avec Sam à cause de tout ça ! Il n'avait pas pu voir Sam s'en aller la veille et quand il l'avait cherché ce matin il s'était retrouvé avec un lit vide ! En plus, avec toutes les protections que se coltinaient les Winchester, les retrouver n'avait rien d'évident ! Heureusement que Cas' l'aidait ! Grâce à lui il avait pu faire sa petite surprise à temps.

Grâce à Castiel, il avait pu voir le sourire de Sam au réveil quand, laissé seul dans la voiture pour quelques minutes, il avait vu les fleurs.

La déprime était déjà de l'histoire ancienne apparemment. Son Sammy avait été tout heureux de voir les fleurs et le feu d'artifice miniature avait eu l'air de lui plaire. Sans parler du finish en cœur percé qui lui avait donné un sourire éclatant.

Gabriel s'en serait vraiment voulu d'avoir manqué ça...

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Sam ouvrit les yeux dans un motel. Il pouvait entendre son frère qui faisait ses ablutions dans la salle de bain, la porte ouverte comme toujours. Ça, il pouvait se vanter de connaître le corps de son frère par cœur à force de l'avoir vu se balader à poil pendant des années !

Dean et la pudeur, deux mondes qui ne se rencontreront jamais.

Des années d'habitude ancrées dans son corps firent se lever Sam par automatisme, mettre en route la cafetière puisque aucun dinner n'était à proximité et vérifier son sac. Ce ne fut qu'à ce moment-là, quand son cerveau se rebrancha en mode manuel qu'il vit ce qu'il y avait sur son lit. Il en avait écrasé certaines en roulant sur lui pour se lever mais elles étaient bien là.

Six branches de lavande qui embaumaient la pièce d'une odeur fraîche et astringente. Il les prit dans ses mains et écrasa quelques petites fleurs entre ses doigts pour en faire sortir le parfum.

- Heureuse Samantha ? fit la voix moqueuse de Dean.

- Jalouse Deana ?

- Même pas en rêve !

Sam sourit devant la réaction de rejet de Dean et son visage de pur dégoût. Son frère n'était définitivement pas un romantique. Pour lui, le flirt se réduisant à un clin d'œil, un sourire et une virée dans un motel crasseux. Ou plutôt se réduisait. Son frère avait tout de même changé depuis qu'il était officiellement avec Castiel. Il était devenu presque prévenant envers son ange. Sam arrivait parfois à déceler un geste tendre ou une attention généreuse.

Ça devait être ça ce qu'on appelait le miracle de l'amour...

Encore que Sam était persuadé que Dean savait se montrer tout aussi fleur bleue que lui avec Castiel une fois à l'abri des regards ! Bon, peut-être pas autant que lui à la réflexion... Mais il suffisait de voir ces deux-là se regarder pour savoir que son frère n'était pas juste un gros dur à la tête vide.

- C'est moi où ça pue en plus ? grinça Dean en fronçant le nez.

- Ça ne pue pas Dean, au contraire, ça sent le propre. Mais je veux bien croire que tu n'aies pas l'habitude d'une telle odeur !

- Bitch.

- Jerk.

Sam sourit et retourna à ses branches. Elles éclatèrent soudain en une fine poussière bleue violette qui forma son habituel cœur percé d'une flèche.

Derrière le dessin, Sam sourit en voyant son frère, le revolver à la main et les yeux écarquillés de surprise.

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- Bah alors Deano ? On reste bouche bée devant mon génie ? rit Gabriel en voyant la confusion sur le visage de l'aîné des Winchester.

- Vous m'avez fait appeler Archange Gabriel ? demanda une voix sèche et pincée.

- Naomie ! Tu tombes bien - façon de parler bien sûr - j'ai une future mission ultra importante pour toi.

L'ange à vaisseau féminin se raidit. Dans cette guerre, elle avait fini humiliée et rabaissée à presque rien. Tout ça à cause des Winchester et d'un simple soldat qui n'en avait fait qu'à sa tête, refusant d'obéir aux ordres de ses supérieurs.

Dire qu'elle l'avait mauvaise était un faible mot.

Mais elle était un ange de l'école de Michael et elle obéirait aux ordres de son supérieur, quand bien même celui-ci était un fuyard adepte de l'humanité pour qui les ordres n'étaient que de vagues recommandations. Mais c'était l'un des Premiers Archanges. Il avait été le Messager de Père. Elle obéirait.

C'est avec cet état d'esprit d'amère défaite et d'obéissance contrainte qu'elle écouta Gabriel.

Lentement, à mesure que l'Archange parlait, Naomie s'éclaira, littéralement.

A la fin de la conversation, elle s'inclinait avec déférence devant Gabriel, nouvelle adepte du clan du Messager.

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Quand Sam reprit lentement conscience, il sut immédiatement que quelque chose ne cadrait pas. Il se souvenait très bien s'être endormi dans l'Impala, le dos en compote et la nuque raide après avoir vadrouillé dans des combles bas de plafond toute une journée. Il aurait aussi dû sentir les vibrations du véhicule, entendre la musique de sauvage de Dean en sourdine. Il aurait au moins dû se sentir mal à l'aise, le corps désagréablement replié sur lui-même et les muscles douloureux.

Mais non. Au contraire il se sentait bien, au chaud, ses longues jambes confortablement étalées, sa tête posée sur un coussin chaud et quelque chose caressant avec délicatesse son visage. Il ouvrit lentement les yeux, son cœur battant la chamade. Il avait senti l'odeur caractéristique de cette sucette à la fraise écœurante de sucre qu'affectionnait son ange.

Il leva la tête et tomba sur deux yeux dorés amusés et vit la main de Gabriel tenant une rose blanche liseré rouge près de son visage. C'étaient les pétales de la fleur qui lui effleuraient les joues, le nez, les paupières...

- Et le septième jour, Il se reposa, murmura Gabriel en lâchant la rose pour enlacer tendrement son humain.

Sam ne se fit pas prier et répondit à l'étreinte, enfouissant son nez contre le torse de Gabriel.

- J'étais en voiture, remarqua-t-il à tout hasard.

- Je me suis dit que ce serait plus confortable dans notre lit, répondit l'archange en soulevant le menton de Sam d'un doigt.

Gabriel caressa son visage, replaça une mèche de cheveux et se pencha enfin vers Sam pour l'embrasser délicatement.

Sam se laissa porter, conquis une nouvelle fois par l'hurluberlu imprévisible qu'était son archange.

- Et le paradis dans tout ça ?

- Je l'ai laissé entre de bonnes mains pour la journée, Si Père a le droit à son jour de repos, moi aussi, répliqua l'archange en caressant les cheveux de Sam qui en aurait ronronné de bonheur s'il l'avait pu.

Gabriel était encore tout habillé ce qui convenait parfaitement à Sam qui glissa ses mains sous sa veste et se laissa recouvrir en partie par celle-ci, par sa chaleur et son odeur. Le nez au creux du cou de Gabriel, il embrassa sa peau découverte avant de soupirer et, à la grande surprise de Gabriel, de se rendormir...

C'est que Sam sortait de deux jours et deux nuits d'une chasse éprouvante !

Gabriel soupira d'un air las mais attendri et s'installa confortablement. Il repositionna la couverture sur Sam et laissa ses yeux se faire hypnotiser par son âme brillante pendant qu'il dormait paisiblement sur lui..

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A suivre

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J'ai encore des progrès à faire sur le fluff mais je vais y arriver ! Je veux écrire un OS dégoulinant et je le ferai ! Namého !

J'espère que ça vous aura plu ;)