Twins

Ensembles. Pour toujours. Leur promesse d'enfants, d'adolescents, d'adultes. Leur promesse éternelle. Mais l'éternité, c'est long. Surtout quand on est que deux.

Prologue


« Dis, ils jouent à quoi selon toi ?

- Au loup.

- Il y a un nombre limité de joueurs ?

- Non.

- Alors pourquoi on est pas invité à jouer avec ?
- Parce qu'ils ont peur de nous. »

Deux gamins identiques se tenaient la main, assis sur un banc. Devant eux, la cour de récréation s'agitait comme un tableau vivant, représentant des courses d'enfants, brayant leur simple joie d'exister.

« On fait peur ?

- Je m'en fous. »

L'un des jumeaux prit le temps de réfléchir avant de répondre :

« Moi aussi. »

Un autre instant silencieux.

« Parce que toi t'es là. Alors je m'en fous. »

La main de l'autre se serra un peu plus sur la sienne.

« Tu réfléchis devrait plutôt aller faire chier le maître.

- Comment ?

- A ton avis ? »

Ils échangèrent un regard, suivi d'un sourire en coin. Le malicieux garnement possédait le faciès le plus expressif, permettant à son frère d'y lire chaque idée.

Ils se levèrent d'un même pas, et les deux têtes brunes se dirigèrent vers leur salle de classe.

Discrets comme toujours, et intelligent de surcroît, ils n'eurent aucun mal à faire disparaître touts les craies de l'établissement. Et à retourner s'asseoir sur un banc, affichant leur bouille ronde identique avec innocence.

Les grands yeux bleus du plus expressif s'emplirent de larmes quand leur instituteur les questionna :

« Si c'était vous, rendez les craies, je ne vous en veux pas.

- Vous faites pleurer mon frère !

- Mathieu, désolé, je ne veux pas te faire pleurer, mais voler c'est mal. »

Le larmoyant cacha son visage entre ses mains, rendant inconnu son sourire mutin au professeur.

« Vous n'avez pas honte... ?! S'insurgea l'autre jumeau. »

Il se mordait la lèvre, retenant ses fausses larmes.

« Mathieu, c'est moi, pas lui ! »

Son frère redressa la tête, son sourire malin caché derrière une colère feinte.

« Ca fait depuis le CP, depuis quatre ans que vous nous avez en cours, et vous ne reconnaissez toujours pas qui est Mathieu ? »

Les orbes céruléennes du garnement le plus éloquent ne donnaient plus aucune larme. Au contraire.

« Vous nous accusez, mais en plus de ça, vous ne savez pas qui vous accusez ?

- Vous nous croyez être la même personne ?

- On a l'air pareil à vos yeux ?

- Assez pour ne pas que vous distinguiez...

- Qui est Mathieu ?

- Et qui ne l'ai pas ? »

L'instituteur sut pas vraiment s'il devait s'excuser. Les chérubins n'en étaient pas à leur coup d'essai avec lui.

« Mathieu n'a pas volé les craies, je vous le promets, j'étais avec lui tout le temps, dirent-il en même temps pour clore la conversation. »

Alors que le duo se détournait, le professeur saisit le bras de l'un des deux, où il remarquait à l'instant même de la craie.

« Et ça alors, c'est quoi ? »

Il n'eut pas le temps de relever son visage plutôt fier d'avoir mis en déroute les pestes, que des dents se saisirent de son avant bras.

« Ah ! Lâche moi ! »

La prise n'en fut que plus puissante, l'adulte céda donc en premier. Son jeune adversaire protégeait comme une louve son frère accusé.

« Ne le touchez plus jamais ! »

Ses joues tremblaient tant ses dents se confrontaient, au sein de sa mâchoire. Ses yeux ne laissaient plus de traces aux faux semblant de peine, mais à une haine véritable. Entre ses sourcils, une ride s'affichait déjà, colérique, vengeresse, malveillante.

« Ne touchez plus jamais mon frère, cracha-t-il. »

Le concerné glissa doucement ses doigts contre ceux d son protecteur.

« Je vais bien, je te promets. Calme toi...

- Vous allez en salle de cours ! Je vais appeler vos parents !

- Pas la peine. On rentre par nos moyens, expliqua le plus calme des frères. Nos parents travaillent.

- Mais...

- Pas de mais, gronda la voix du jumeau. »


Bien qu'ils touchaient prochainement la dizaine d'années, les deux frères dormaient encore dans le même lit. Allongé sur le côté, Mathieu observait le dos de son frère. Il se rapprocha, jusqu'à l'enlacer, échangeant leur place habituelle.

« Il ne m'aurait pas fait de mal.

- On en sait rien.

- Tu t'inquiètes trop. »

Leurs mains se joignirent avec tendresse.

« Ce n'est jamais assez pour toi Math'. »

Ce dernier sourit alors que son frère se retournait contre lui. Il plissa un instant les paupières quand une caresse se posa sur sa joue.

« Merci Patron... »


J'espère avoir suscité vos interrogations avec ce prologue, et que vous serez là pour lire le premier chapitre ce soir !