Il avait compris que quelque-chose n'allait pas dès le moment où elle avait levé les yeux vers lui, hésitante à répondre. Ce n'était encore jamais arrivé. Habituellement, ses arguments fusaient instantanément, comme si elle les avait déjà préparés. Comme si elle s'attendait à ses attaques. Dans ces moments-là, ses yeux vers le regardaient toujours fixement et il en faisait autant. Seulement, rien ne l'avait préparé à affronter une telle situation.

Il avait vu sa main remonter jusqu'à son front dans un mouvement faible et lent, comme si son bras pesait des tonnes. Il l'avait vu commencé à perdre l'équilibre et avait hésité à la retenir dans le but de la stabiliser, la forçant à le regarder droit dans les yeux pour lui demander ce qui n'allait pas. Il s'était battu avec sa conscience et son inquiétude, essayant de se persuader qu'il était stupide, qu'elle allait très bien et que son intérêt n'avait pas à être sollicité pour de si petites choses. Mais au moment où elle s'était écroulée dans ses bras, toutes ses résolutions avaient volées en éclat.

Il appela son nom de la manière la plus désespérée qu'il soit. D'une manière qui ne lui ressemblait pas. Seulement, il ne s'attarda pas sur sa conscience, la peur montant violemment en lui. Il paniquait, il ne pouvait le nier.

Tout s'était passé si rapidement. C'était comme si la plus horrible des scènes d'un film d'horreur se déroulait, là, devant ses yeux : Sakura, inconsciente, malade, vulnérable.

« Sakura ! Appela-t-il tout en s'accroupissant à côté d'elle et en la prenant dans ses bras.

Il la secoua doucement et l'appela encore une fois, espérant de tout son être qu'elle finirait par ouvrir les yeux, qu'elle lui hurlerait dessus pour s'être tenu aussi proche d'elle, qu'elle se lèverait en lui lançant un de ses regards glaciaux qui la caractérisaient si bien, qu'elle ferait n'importe quoi pour lui montrer qu'elle allait bien.

Durant quelques secondes, il se surprit à espérer que tout cela n'était qu'un rêve, un cauchemar. Seulement la réalité vint s'imposer en lui avant qu'il n'ait pu commencer à prier pour se réveiller.

Tout était bien réel. Elle était là, gisante dans ses bras, inconsciente et il était là, la tenant fermement dans ses bras, ne sachant pas quoi faire mais conscient qu'elle avait besoin de lui. Il ne pouvait s'en balancer comme il le faisait si souvent. C'était sérieux. Ce n'était pas un jeu. Elle avait besoin de lui, immédiatement. Elle avait besoin d'être en sécurité, d'être protégée. Elle avait besoin qu'il prenne soin d'elle, qu'il la soigne. Il devait s'assurer qu'elle allait bien. Elle avait besoin de lui, point.

Pourquoi se sentait-il si mal ? Pourquoi se sentait-il prêt à lui donner plus qu'il ne possédait et bien plus encore ? Il était incapable de répondre à ces questions et il ne le serait probablement jamais.

Elle était bien plus petite et fragile qu'il ne l'avait imaginé. Il avait l'impression qu'elle pouvait se briser d'un moment à l'autre.

Le manteau qu'elle portait le fit immédiatement réagir. Ses vêtement étaient trempés à tel point qu'ils paraissaient former une seconde peau. Ses mains étaient glacées. Son visage était livide. Ses cheveux étaient ruisselants.

Elle n'avait pas l'air bien du tout. Et il n'aimait pas ça.

Il était évident qu'elle ait dû marcher sous la pluie. Mais pourquoi ? Elle avait une voiture et il savait qu'elle aimait s'en servir. Il avait déjà remarqué qu'elle ne sortait jamais sans ses clés de voiture. Où qu'elle puisse aller, elle prenait son véhicule.

Peut-être avait-elle eu envie de marcher pour une fois. Mais par un temps pareil ? N'avait-elle pas vu les nuages noirs qui avaient orné le ciel toute l'après-midi ? N'y avait-elle pas fait attention ?

Toutes ces questions se bousculaient dans sa tête à une vitesse étourdissante. Toutes les réponses qu'il n'avait pas le désespéraient. Seulement, il stoppa sa réflexion lorsque son regard rencontra à nouveau le visage blême de sa femme. Il n'avait pas le temps pour ça. Sa plus grande préoccupation était son bien-être.

Lorsqu'elle se réveilla, elle ne comprit as tout de suite que qu'il s'était passé. Son esprit était embrumé et quelques trous noirs venaient parsemer çà et là certaines parties des souvenirs qu'elle avait des heures précédentes. Sa tête la faisait également beaucoup souffrir. D'ailleurs, aussi loin qu'elle se souvienne, elle n'avait jamais eu aussi mal. Ses paupières pesaient tellement lourd, qu'elle n'essaya même pas de les ouvrir et son corps semblait ne plus être sous son contrôle. Elle ne savait pas où elle était ni comment elle était arrivée là. Malgré ses terribles maux de tête, elle essaya malgré tout de se souvenir.

Etrangement, elle n'avait plus froid et ne se sentait plus triste. Elle était bien, confortablement installée sur un lit agréable. Son corps était recouvert d'une épaisse couette bien chaude. C'était merveilleux et cela l'apaisait.

Il y avait quelque-chose autour d'elle qui lui donnait une impression de sécurité. Pour une raison inconnue, elle avait l'impression que plus rien ne pouvait lui arriver. Que plus rien ne pouvait lui faire de mal. En réalité, elle se sentait tellement bien qu'elle aurait voulu ne jamais se lever.

Au fur et à mesure qu'elle reprenait ses esprits, elle réalisa qu'elle n'était pas seule dans la pièce. Elle entendait des voix. Des gens parlaient mais elle n'était pas capable de comprendre le sujet de leur conversation. Elle n'en entendait que de simples bribes, pas assez pour qu'elle puisse l'assimiler. Seulement, cela avait suffi pour éveiller sa curiosité.

-Comment…elle ?

-Elle…femme est…c'est seulement…froid…repos total…médicaments…

Quelques autres mots furent échangés entre ces personnes qu'elle ne comprit pas. Peu importait à quel point elle essayait de rester consciente, cela devenait trop dur. Elle entendit ensuite des pas s'éloigner et puis plus rien. Il n'y avait plus qu'elle, ses questions et le silence. Elle retomba alors dans les bras de Morphée, bercée par un sommeil profond et sans rêve.

Lorsqu'elle se réveilla, elle n'avait aucune idée du temps qu'elle avait passé à dormir. Ce repos avait écarté la brume qui enveloppait son cerveau et elle fut alors attirée par le son des pas d'une personne marchant au rez-de-chaussée. Cette fois-ci, elle eut la force d'ouvrir les yeux. Elle était encore désorientée. Elle ne reconnaissait pas la pièce dans laquelle elle se trouvait. Puis, soudain, tout devint plus clair. Elle se rappela sa dispute avec son père, la façon dont elle était en partie en courant comme jamais elle ne l'avait fait auparavant, sa rencontre avec Naruto. Elle se souvint qu'il lui avait, une fois de plus, remonté le moral. Puis elle se remémora le moment où elle était rentrée chez elle, conduisant comme une dératée et…La façon dont Sasuke lui avait hurlé dessus. Puis le noir total.

Regardant autour d'elle, elle essaya de trouver un objet familier qui aurait pu lui faire prendre conscience de l'endroit où elle était mais elle abandonna bien vite lorsqu'elle se rendit compte qu'un homme se trouvait tout près d'elle. Peu importait qui il était, elle savait qu'il était le plus à même de répondre à ses questions.

-Où suis-je ?

Sa voix était faible. Tellement faible qu'on aurait pu croire qu'elle avait dormi pendant une semaine entière sans boire ni manger quoi que ce soit.

La réponse fusa immédiatement, lui faisant réaliser de qui il s'agissait.

-Dans ma chambre, dit-il d'une voix calme et sans émotion.

« Mais qu'est-ce que je fous dans sa chambre ? », pensa-t-elle. Elle ne comprenait vraiment pas ce qui avait bien pu se passer. Elle s'en voulut car elle savait pertinemment que si elle s'était concentrée davantage, elle aurait aussitôt su à qui appartenait cette chambre. Elle exactement comme elle l'avait imaginée : Sombre, simple, sophistiquée, rangée et… tellement comme lui.

Une partie d'elle appréciait cet endroit. Elle aimait la douceur des draps de soie sombres caressant sa peau nue. Soudain, une vague de panique s'empara d'elle. N'avait-elle pas des vêtements en rentrant à la maison ?

Elle se redressa brusquement en prenant soin de ramener la couverture contre elle.

-Qu'est-ce que tu m'as fait, pervers ! Cracha-t-elle, se sentant plus que prête à lui botter les fesses.

Malheureusement, le mouvement brusque qu'elle venait d'esquisser avait été de trop et elle se sentit défaillir une nouvelle fois. Il lui fallut fournir un effort considérable pour réussir à se maintenir assise.

Sasuke trouva sa réaction amusante, il ne le niait pas. Seulement, il s'inquiétait davantage de son bien-être.

-Doucement, dit-il tout en s'asseyant à ses côtés pour l'aider à se maintenir droite. Tu étais malade et tes vêtements trempés. Il fallait bien que je te les enlève.

Sa voix était volontairement calme et apaisante. Il voulait qu'elle comprenne qu'il n'en avait pas profité une seule seconde. Et elle le crut sur parole. Elle sut également qu'elle n'aurait pas dû réagir ainsi mais mit cela sur le compte de son état.

Avec un soupir, elle s'appuya contre le mur et ferma les yeux. Il avait pris soin d'elle. De tous les individus qui peuplaient cette planète, c'était lui qui l'avait fait. Et personne, absolument personne, ne s'était jamais occupé d'elle aussi bien. A part son frère mais c'était différent.

Au fond d'elle, elle était heureuse mais également complètement épuisée. Avant, elle pensait qu'il y avait au moins deux personnes sur cette terre qui l'aimaient et qui s'inquiétaient pour elle. Désormais, elle savait que ce n'était pas le cas. Son père la haïssait, sa mère se moquait totalement de ce qui pouvait bien lui arriver, elle n'avait pas d'amis si on excluait Naruto et son mari, malgré ce qu'il venait de faire, ne faisait pas grand cas de son existence.

Pourtant, elle ne se serait jamais imaginé qu'il puisse faire une telle chose. Elle aurait plutôt pensé qu'il aurait directement appelé l'hôpital ou bien un des employés de maison. Elle n'aurait jamais soupçonné qu'il puisse prendre soin d'elle lui-même. Pourtant, c'était bel et bien lui qui l'avait montée dans sa chambre. C'était bien lui qui avait accordé de l'importance à des détails tels que ses vêtements mouillés et qui les avait enlevés. C'était bien lui qui avait appelé le docteur. C'était bien lui qui était resté à ses côtés pendant de longues heures. C'était lui.

Le fait de penser qu'il ait pu faire toutes ces choses juste après lui avoir crié dessus, juste après lui avoir prouvé encore une fois qu'elle ne représentait rien pour lui, était surprenant. Alors comment justifier son comportement lorsqu'elle avait perdu connaissance.

« C'est tout simplement parce que tu es sa femme. », lui rappela sa conscience. « Pour quoi serait-il passé s'il t'avait laissé comme ça ? ». C'était surement cela la raison. Pourquoi aurait-il fait tout cela sinon ? Ce n'était pas comme si autre chose comptait pour lui que son image, son travail, son entreprise. Il se foutait de tout le reste. Tout le reste y compris elle.

De toute façon, elle avait appris longtemps auparavant à arrêter de se poser des questions le concernant. Elle ne pourrait jamais comprendre quel plaisir il prenait à la blesser et puis ce n'était pas son problème après tout. Tout ce qui comptait était qu'il avait pris soin d'elle. Les raisons importaient peu.

-Merci, dit-elle en ouvrant les yeux pour le poser sur lui.

-Tu te sens bien ? Demanda-t-il, simplement.

Il n'aimait pas ce qu'il pouvait lire dans son regard. De la souffrance, de la tristesse, de la confusion et de la fatigue. C'était trop. Même pour lui. Sasuke n'avait pas l'habitude de la voir dans un tel état. En général, elle se montrait en colère, froide et distante.

C'était étrange. Etrangement mauvais. Pour une raison inconnue, cela le pétrifia. Il avait envie de faire quelque chose pour elle. Il avait envie de la prendre dans ses bras et de faire disparaître tout ce qu'elle pouvait ressentir de mauvais. Il avait envie, pour la première fois, de la rendre heureuse. De la rendre heureuse…Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il ne savait pas. La seule chose dont il était certain était que même si les sentiments qui l'habitaient étaient plus que bizarre, même si cela ne lui ressemblait pas, il ne voulait pas se concentrer là-dessus. Il voulait simplement faire attention à elle, s'assurer qu'elle allait bien et qu'elle comprenne qu'il était là pour elle. Le reste pouvait attendre. Son masque froid et impassible, son comportement de tous les jours, tout ça pouvait attendre et devait attendre.

Quant à la rose, elle fut, une nouvelle fois, surprise par les mots qu'il venait de prononcer. Elle le regarda bizarrement, se demandant si elle avait bien entendu et si c'était le cas, que répondre. Elle crut un moment être en train de rêver car la personne se tenant à ses côtés ne pouvait être son mari. Ses mots l'avaient tellement troublée qu'elle en avait oublié son intention de se lever.

-Que t'est-il arrivé ? Demanda-t-il.

Elle ne comprit pas immédiatement de quoi il voulait parler. Ce fut seulement lorsqu'il posa sa main chaude sur joue contusionnée qu'elle réalisa ce qu'il voulait dire.

Elle aurait voulu lui dire que ce n'était rien, que ce n'était pas ses affaires mais les souvenirs de cette scène lui revinrent en mémoire si violemment qu'elle sentit les larmes monter.

-C'est mon père…Souffla-t-elle, d'une voix basse et tremblante.

Le regard de Sasuke prit un air menaçant.

-Satoru ? Demanda-t-il, incrédule.

« Quel genre de père ferait une chose pareille ? ». Un sentiment étrange s'empara de lui, tel qu'il n'en avait jamais ressenti. Pourtant, il sut immédiatement de quoi il s'agissait : Il avait envie de la protéger. Quant à Satoru, quelques soient ses raisons, n'aurait jamais dû agir de la sorte. Pour qui se prenait-il ? De quel droit l'avait-il touché ? Peu importait qu'il soit son père, personne, absolument personne, n'avait le droit de lui faire du mal.

Avant qu'il n'ait pu lui en demander plus de détails, elle éclata en sanglot, incapable de se contenir davantage. C'était bien plus qu'elle ne pouvait en supporter.

-Je n'en peux plus, lâcha-t-elle en mettant ses mains devant ses yeux comme pour se cacher. Je suis fatiguée de tout ça.

Il ne savait pas quoi faire. Personne ne s'était jamais laissé autant aller devant lui. Et surtout pas Sakura. Elle avait toujours eu l'air si forte, comme si rien ne pouvait l'atteindre. Peut-être était-elle ainsi uniquement devant lui ? En fait, ça n'avait pas d'importance. Son mal-être en avait. Pourtant, jamais il ne se serait imaginé qu'il se serait un jour retrouvé dans cette situation.

Son corps bougea avant qu'il n'ait pu se rendre compte de quoi que ce soit et ses bras se levèrent doucement, hésitants, pour finir par la serrer contre lui.

Ses larmes se stoppèrent instantanément tant la surprise était grande. Son geste la laissa sans voix. Et ne rien dire semblait être la meilleure chose à faire. Son besoin de réconfort et de sécurité était bien trop fort. C'est pourquoi elle décida pour une fois, juste une fois, de baisser sa garde. Ses mains s'accrochèrent alors à sa chemise et elle se rapprocha pour se tenir encore plus proche de lui, posant sa tête dans le creux de son cou.

Enveloppée dans ses bras, elle avait l'air encore plus frêle qu'à l'accoutumée. L'envie de la protéger se fit alors plus grande en lui et il resserra son étreinte. Il déposa quelques chastes baiser sur ses cheveux, essayant de la rassurer, de la calmer. Il n'y avait pas besoin de mot et il savait qu'il agissait comme il le fallait.

Il réalisa alors qu'il détestait la voir pleurer. C'était comme si il pouvait ressentir sa souffrance, comme si tout ce qui lui était arrivé avait le même effet sur lui. Tout cela la rendait vulnérable et allait même jusqu'à la faire craquer devant lui. Il n'aimait pas ça. Il ne le méritait pas. Après tout, il n'avait passé ces dernières années qu'à lui faire du mal, lui aussi. Il l'avait toujours traitée comme on traitait un chien. Il ne lui avait jamais demandé ce qu'il se passait lorsqu'elle semblait triste, il ne lui avait jamais rien dit de gentil. Même les règles de politesse les plus basiques, elle n'y avait pas eu le droit tel simplement un « salut », le matin au réveil.

En d'autres mots, il avait été le pire mari que la terre n'ait jamais porté. Et même si beaucoup de gens pouvaient blâmer son père pour avoir forcée sa fille à se marier, Sasuke n'était pas mieux. Elle avait tout fait pour que cela fonctionne entre eux. Elle n'avait jamais voulu de ce mariage et il était clair qu'il avait foutu sa vie en l'air à elle aussi. Mais elle, au moins, avait tenté de ne garder que le meilleur. Il n'y avait jamais prêté attention et lorsqu'il le faisait, elle ne récoltait que des paroles blessantes. Ces mêmes paroles qui l'avaient fait abandonner toute tentative, qui l'avaient rendue froide et désagréable. Pourquoi l'avait-il rejetée ainsi ? Lui-même n'en connaissait pas la réponse. Elle était belle, élégante, intéressante et tellement…différente. Elle avait tout ce qu'il recherchait chez une femme. C'était si frustrant de l'avoir rencontrée dans ces circonstances. Ces circonstances qui avaient gâchées la relation qu'ils auraient pu avoir. Il s'en voulait tant de s'être comporté comme un gougeât et de l'avoir blessée à ce point.

Il ne comprenait pas. Quand en était-il venu à raisonner comme ça ? Quand avait-il commencé à ressentir ce genre de choses ? Lui qui n'avait jamais eu de regrets… Lui qui ne s'était jamais remis en question…

Peut-être que le fait d'être aussi proche d'elle lui avait fait perdre la tête ? Mais juste au moment où il voulut s'écarter, elle se rapprocha encore plus et lâcha :

-Ne pars pas…je t'en prie.

Ses derniers mots firent voler en éclat ses intentions et il ne put se résoudre à partir.

Elle savait que c'était mal. Très mal. Elle savait qu'elle finirait par le regretter. Mais elle s'en foutait. A ce moment précis, son corps, son esprit, son cœur, son être tout entier réclamaient la protection et le réconfort que ses bras pouvaient lui apporter. En un sens, ce petit moment de bien-être valait la douleur qu'elle ressentirait par la suite.

Sasuke, quant à lui, n'avait jamais ressenti un tel conflit d'émotion. En réalité, il doutait d'avoir un jour ressentit quelque-chose comme ça. Son cerveau voulait qu'il s'en aille car elle l'embrouillait trop et elle ne devait pas le détourner du chemin qu'il avait pris, ni faire voler en éclat le masque qu'il portait. Mais sa conscience lui disait de rester, de la réconforter, de la protéger, de prendre soin d'elle. Elle lui disait de ne pas l'abandonner et de faire, pour une fois, ce qu'elle lui avait demandé. Et il resta. Sa conscience avait gagné. Ou bien était-ce peut-être lui qui le désirait ?

A cet instant précis, Sasuke cessa de gamberger pour finir par agir.

Il s'allongea sur le lit, emportant avec lui celle qu'il tenait dans ses bras sans la lâcher. Elle se laissa faire, toujours serrée contre lui, la tête dans le creux de son cou, et mit un bras autour de sa taille.

« Tu veux en parler ? Demanda-t-il, ses lèvres collées contre son front. »

Il essayait d'oublier le trouble qui l'habitait pour pouvoir se concentrer uniquement sur elle. Il pensait que si elle se confiait à lui, elle se sentirait mieux. Il n'avait également qu'une envie, celle de faire payer très cher à Satoru son erreur et ce, même s'il ne savait pas encore ce qui l'avait poussé à commettre une telle chose.

La seule réponse de la rose fut de secouer la tête, ce qui lui fit comprendre qu'elle n'en avait pas envie. Pas maintenant. Pas si vite.

Maintenant qu'il y pensait, il était normal qu'elle ne veuille pas évoquer les événements passés. Cela aurait fait ressurgir sa souffrance de plus belle. Si elle ne voulait pas en parler, ce n'était pas parce qu'il était un mari exécrable qui lui faisait vivre un véritable calvaire. C'était simplement parce que c'était trop dur.

De tout façon, il aurait préféré qu'elle ne se confie pas parce qu'elle le détestait plutôt que de la voir pleurer, de la voir malheureuse…Décidément, il ne se comprenait plus. Mais, encore une fois, il n'avait pas le temps de penser à cela. Elle était sa priorité et il devait être là pour elle.

Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé avant que ses larmes ne se tarissent, ne laissant place qu'à des reniflements occasionnels. Il continuait à la serrer contre lui, sa main caressant tendrement ses cheveux jusqu'à ce qu'elle s'endorme.

Pour la première fois, elle dormait à ses côtés. Ses bras refusaient de la lâcher. Il la regardait tandis que régulièrement, elle se blottissait davantage contre lui. Parfois, il jouait avec ses cheveux. Parfois il lui caressait la joue. Ce moment si rare mais si bon lui avait donné envie de ne jamais la laisser partir. Il avait l'impression que la tenir si près de lui était la plus belle chose du monde.

Lorsqu'elle se réveilla, il n'était plus là. La sécurité et le réconfort qu'elle avait trouvé dans ses bras étaient partis avec lui. Seule son odeur subsistait sur les oreillers et dans la pièce.

Avec un soupir, elle ouvrit les yeux, regardant attentivement autour d'elle et appréciant ce sentiment d'apaisement qui l'habitait. Elle savait que pleurer l'aiderait à se sentir mieux. Quoiqu'elle se demandait si elle devait son bien-être à ses pleurs ou à la présence de Sasuke. Finalement, c'était sûrement grâce aux deux.

Elle soupira longuement et se tourna sur le côté en s'étirant, la tête dans l'oreiller. Dieu, qu'elle aurait voulu se réveiller chaque matin dans ce lit. Peu importait qu'il ne soit plus là, il avait été là.

Il y avait plusieurs questions qui nécessitaient des réponses car son comportement l'avait déroutée bien qu'elle sache qu'elle n'oserait jamais les lui poser. De toute façon, elle ne les obtiendrait jamais. Et puis, elle n'en n'avait pas besoin au fond. Ce n'était pas grave s'il reprenait son comportement habituel. Elle était contente d'avoir vu, au moins une fois, ce côté de sa personnalité. A moins qu'il n'ait été possédé par quelque esprit ? Ça n'avait pas d'importance. C'était merveilleux. Elle aurait quand même aimé en discuter avec lui, mais elle ne le ferait pas. Elle le voulait, mais il ne valait mieux pas. Sasuke était quelqu'un de froid et elle savait que le fait de prendre soin d'elle comme il l'avait fait ne lui ressemblait pas. Il devait s'en être rendu compte et si c'était le cas, il ne devait pas vouloir que ça se reproduise. C'était étrange de penser que malgré l'indifférence qu'ils se vouaient habituellement, elle puisse le connaître si bien et savoir ce qu'il pouvait penser. Peut-être était-ce normal après tant de temps de vie commune ?

Elle se redressa doucement pour s'asseoir, les draps qui la recouvraient se froissant doucement au gré de ses mouvements. Elle se souvenait s'être endormie dessus lorsque Sasuke l'avait forcée à s'allonger tout en la tenant contre lui.

La sortant de ses pensées, ses yeux furent attirés par un peignoir en soie rose posé sur une chaise. Non, décidément, cela ne ressemblait pas à Sasuke. Elle était tellement décontenancée, qu'elle ne réussit pas à stopper le sourire qui naissait sur ses lèvres. Le fait qu'il ait pris soin d'elle et l'ait réconfortée était une chose mais le fait qu'il ait été jusqu'à entrer dans sa chambre pour lui apporter de quoi s'habiller en était une autre.

Se levant brusquement du lit, elle ne prêta pas attention au fait qu'elle était complètement nue et marcha jusqu'à la chaise. La soie lui caressait agréablement la peau alors qu'elle l'enfilait avant de sortir de la chambre. Elle n'était pas sûre qu'il soit à la maison mais elle pensait que oui. C'était samedi, après tout.

Elle sut qu'elle avait raison quelques instants plus tard. En descendant les escaliers, elle le vit debout dans le salon. Il avait dû ressentir sa présence car il se retourna, le visage glacial.

Sakura ne comprit pas pourquoi son regard était si menaçant. Elle ne pouvait pas croire que cet homme était le même que celui qui était à ses côtés quelques heures auparavant. Lorsqu'elle vit le manteau qu'il tenait entre ses mains, tout devint plus clair.

-Tu te sentais si mal qu'il t'a fallu coucher avec un autre homme pour te sentir mieux ?