For the world is hollow and I have touched the sky

I

Comme si nous avions toujours fait ça

Note de l'auteur : Ce premier chapitre était, à la base, un simple OS McKirk que je voulais écrire pour Kandai, une de mes lectrices et également auteure. Mais, les choses étant souvent ce qu'elles sont, quand il s'agit de moi, j'ai eu l'envie soudaine de développer un peu plus cette époque que j'affectionne particulièrement et dont on ne parle pas assez : les années de Jim et Bones à l'Académie. Je ne sais pas encore combien cette fic comportera de chapitres, seulement que j'ai envie de parler de leur amitié, de comment elle s'est construite, avant les événements de ce premier chapitre, et d'ensuite parler de leur relation, après, jusqu'au test du Kobayashi Maru et leur départ à bord l'Enterprise dans Star Trek 2009. Pour ce faire, j'ai fait le choix personnel et qui ne plaira peut-être pas à tout le monde, de mélanger des éléments des deux timelines (TOS et reboot), déjà pour combler les vides, car l'univers alternatif d'Abrams n'est pas aussi complet que celui de la série, et aussi, parce que je voulais traiter certains sujets, certains événements, en plus de ceux présents dans le reboot, comme Tarsus IV ou la relation entre Bones, son ex-femme et sa fille. Le tout en essayant de rester la plus cohérente possible au niveau chronologique.

Ce ne sera certainement aussi palpitant que les missions dans l'espace, il n'y aura ni Klingon, ni tribble, ni planète inconnue. Mais, ces deux-là me font fondre littéralement et je souhaitais leur accorder la place qu'ils méritent.

J'espère que ça vous plaira, donnez-moi vos avis comme d'habitude et laissez Leonard vous conter leur histoire.

PS : Ah et vous ne rêvez pas, Spock est bien avec Nyota dans cette histoire XD

Disclaimer : Star Trek, ses personnages et son univers ne m'appartiennent pas et je ne touche aucune rémunération pour mes écrits.


Starfleet Academy. Juin, 2256.

Jim aimait les vieilles choses. J'avais déjà remarqué ça, chez lui. Il avait une collection plutôt fournie de livres imprimés sur papier. Quelques belles éditions originales, qu'il affectionnait particulièrement. Parfois aussi, quand nous avions du temps libre, il mettait, le volume à fond, des grands classiques du rock du XXe siècle qu'il avait déniché Dieu seul sait où. Il s'installait sur son lit et battait la mesure de son pouce sur la peau tendre de son ventre. Ou alors il chantait à tue-tête – plutôt bien, je devais l'avouer – en esquissant quelques pas de danse improvisés. Oui, Jim aimait les vieilles choses. Celles d'un temps qu'il n'avait pas connu. D'une époque révolue, où l'homme avait à peine foulé le sol de la Lune et regardait vers le ciel, les yeux pleins de terreur et d'espoir.

Jim donnait parfois l'impression d'être une coquille vide. D'autres fois encore, d'être plein à craquer de fureur, de colère, de tristesse. Mais souvent, il souriait, simplement et le monde me semblait moins vide. J'avais déjà vécu une vie. Un mariage, la paternité, un divorce. Mais de temps à autre, je m'attardais un peu trop sur ses yeux clairs, jusqu'à me noyer dans le bleu de ses iris et, dans ces moments-là, j'en gardais l'impression qu'il était plus vieux que moi. Ce qui était absurde et bien plus romantique que je ne l'étais en réalité.

Quelques fois, Jim me rappelait Joanna. Toutes les pertes, toutes les épreuves, avaient échoué à éteindre la flamme qui brûlait en lui, à lui retirer sa capacité à s'émerveiller. Ou peut-être bien que ma fille me manquait. Certains soirs, il rentrait avec ces femmes qui m'évoquaient un peu trop Jocelyn, quand notre mariage battait de l'aile. Avec leurs regards qui disaient : « Je vais tout faire pour t'accrocher dans mes filets, me rendre indispensable à ta vie, pour finalement lâchement t'abandonner après t'avoir pris tout ce que tu possèdes. » Mais, je me faisais sûrement des idées et Jim n'était, de toute façon, pas assez bête pour tomber dans le panneau. Il s'amusait, prenait ce qu'il voulait et finissait par les mettre gentiment dehors. Il revenait toujours vers moi. Elles n'étaient rien, ou pas grand-chose, là où moi, je conservais une place privilégiée. Son meilleur ami, certes, mais c'était déjà extraordinaire.

Je ne saurais dire exactement à quel moment mon regard sur lui avait changé. Mais, Jim détenait ce pouvoir sur les gens. Celui de faire vaciller vos certitudes, tout ce que vous pensiez savoir sur vous-même. Sans compter son manque presque pathologique de pudeur. Il aimait déambuler à moitié nu, dans notre chambre, tout simplement. Été comme hiver et quelque soit son activité. Jim révisait, grignotait, se trémoussait, faisait du sport, dormait, torse nu. Et ce n'était pas moi qui allais me plaindre de voir, jour après jour, les rayons du soleil danser sur sa peau dorée, son torse large secoué de tremblements quand il riait aux éclats, la ligne fière de sa nuque quand il se penchait sur ses cours, la cambrure affolante de ses reins quand il s'agitait au rythme d'un vieux solo de guitare. L'uniforme était banni, entre les quatre murs de nos quartiers. Jeté sans pitié dans un coin, dès qu'il passait la porte. Et il m'avait suffisamment poussé à prendre la même habitude. Même si je faisais preuve de plus de décence, en m'affublant d'un débardeur et d'un jogging.

Son manque de pudeur physique, par contre, contrastait fortement avec sa réserve mentale. Jim se confiait peu, avec parcimonie, les trois quarts du temps quand il était alcoolisé. Conversations dont il se souvenait rarement quand il dessaoulait – ou alors il prétendait ne pas s'en rappeler – ce qui m'empêchait, inexorablement, d'aborder de nouveau les sujets qui fâchent, une fois sobre. Le sacrifice de son père, les absences répétées de sa mère, sa relation compliquée avec son frère, son conflit permanent avec Frank, sa basse opinion de lui-même qu'il planquait derrière une couche épaisse de vantardise et d'assurance, Tarsus IV qu'il n'évoqua que très vaguement, une fois, et une part de moi ne voulait absolument rien savoir de ce pan de sa vie. C'était moi qui récoltais ses larmes, ses paroles acides, son corps tremblant dans mes bras durant ses nuits d'insomnie. Moi, qui faisais fuir ses cauchemars en caressant ses cheveux trempés de sueur, l'aidais à rentrer au bercail quand il avait trop bu. Moi, l'épaule qui ne flanchait jamais, le soutien indéfectible. Moi, qu'il ne regardait pas, comme il regardait ces filles. Mais, je ne pouvais pas réellement le détester pour ça. Je l'aimais. J'aimais son sourire, ses yeux trop bleus, le son de sa voix, la douceur de sa peau, sa profonde humanité, son entièreté, et même les zones d'ombre de son âme. Et tant pis s'il n'en savait rien. Il avait besoin d'un ami, j'étais là. D'un frère, je répondais présent. Si un jour, il voulait plus, j'accepterais également.

« Tu as l'air pensif, ce soir. »

Nous étions vendredi, en plein mois de juin et il était assis sur le rebord de la fenêtre, une jambe pendant dans le vide, l'autre repliée sous lui, le dos appuyé contre le cadre, son torse nu offert à la fraîcheur de la nuit. Le vent jouait avec ses mèches folles, la Lune donnait à sa peau une clarté virginale.

J'étais allongé sur son lit, à moins d'un mètre, un bras calé derrière ma nuque, une main s'amusant machinalement avec le cordon de mon jogging. L'oreiller portait l'odeur entêtante de sa peau.

« Tu veux en parler ? » Demanda-t-il.

« Ce n'est rien de précis. Juste un sentiment général. »

« Positif ou négatif ? »

« Je ne sais pas. » Répondis-je, honnêtement, en fixant le plafond.

J'entendis le son léger de ses pieds touchant le sol, perçus du coin de l'œil les mouvements de sa silhouette. Une seconde après, il m'enjamba, sûrement inconscient de la portée érotique de ses gestes, et se laissa tomber à ma gauche, sur le matelas. Il se coucha sur le côté, tourné vers moi, sa joue appuyée contre sa paume et me fixa dans la semi-obscurité.

Sans aucun préavis, il enfonça un de ses doigts dans la peau sensible de mon flanc, me faisant sursauter. Le temps se figea et l'air s'alourdit, alors qu'un sourire malicieux étirait ses lèvres. Puis, il plongea sur sa proie. En l'occurrence, moi. Et me chatouilla les côtes, à cheval sur mes hanches, alors que je me tortillais sous lui, le suppliait d'arrêter, en pleurant de rire.

Quand il s'arrêta, se fut pour rester nonchalamment assis sur mon ventre et m'observer d'une manière indéfinissable, alors que je reprenais mon souffle.

« Je préfère ça. Tu n'es pas drôle, quand tu réfléchis trop. »

« Il faut pourtant bien que l'un de nous deux se serve de son cerveau. » Ripostai-je.

« Attention, ou je recommence à te torturer. »

« Descends de là, tu veux. » Lui demandai-je, en posant mes mains sur ses hanches pour le désarçonner. Sa peau était délicieusement tiède et tendre sous mes doigts.

« Pourquoi ? Tu es confortable. »

« Parce que ça me met mal à l'aise. »

C'est à ce moment-là, qu'il sembla seulement réaliser l'ambiguïté de notre position. Et donna l'impression de s'en foutre comme de sa première paire de pompes.

« Moi, ça ne me dérange pas. »

« C'est normal, puisque ce n'est pas toi qui es actuellement étouffé par soixante-dix kilos de connerie. »

Il recula alors, jusqu'à poser ses fesses sur un endroit encore plus inapproprié.

« C'est mieux comme ça ? »

Absolument pas, pensai-je. Mais les mots ne franchirent jamais mes lèvres, car il s'était figé, en constatant enfin l'effet qu'il me faisait. Il pouvait difficilement l'ignorer, puisqu'il était assis dessus, nom de Dieu ! Mais, non-content de déjà faire n'importe quoi, il ne trouva rien de mieux que de s'y appuyer un peu plus. Un sifflement m'échappa, alors que je serrais les dents et je le repoussai quelque peu violemment sur le lit, avant de le surplomber. Quelque part entre la colère et le désir, je bloquai ses poignets au-dessus de sa tête pour l'empêcher d'aggraver la situation.

« A quoi tu joues ? » Susurrai-je, dangereusement proche de ses lèvres.

Il ne répondit pas, se contentant de m'observer, avec dans le regard un mélange complexe de curiosité, d'envie et de malice.

« Je ne suis pas une de ces greluches que tu baises quand tu t'ennuies, Jim. »

« Il ne me semble pas avoir prétendu une telle chose. »

« Qu'est-ce que tu veux ? » Demandai-je, en raffermissant ma prise sur ses avant-bras.

« Je te retourne la question. Même si la réponse est assez évidente, J'aimerais beaucoup te l'entendre dire. »

Mais, ma bouche resta scellée. Je n'avais aucune aspiration à devenir un nom de plus sur la liste, déjà longue, des conquêtes de Jim Kirk. Alors, je le relâchai, dans l'intention de me lever, quand deux jambes se nouèrent fermement autour de ma taille, avortant ma tentative de fuite.

« Laisse-moi partir. »

« Ton corps ne semble pas d'accord avec cette idée. Quand on souhaite quelque chose dans la vie, Bones, il faut savoir le prendre. »

« Pas comme ça. »

Ses mains se posèrent sur les bords de mon jogging, ses pouces se glissèrent sous l'élastique, et il descendit le vêtement à mi-cuisse. Puis, ses doigts agiles remontèrent, frôlèrent mon membre, avant de s'enrouler autour. Je mordis ma lèvre, retins un gémissement pathétique.

« Dis-le, Bones. »

« Non. Arrête, s'il te plaît. »

« Dis-le. » Insista-t-il, en resserrant sa prise.

« J'ai envie de toi. » Cédai-je, en fermant les yeux, parcouru de frissons.

« Good boy. » Murmura-t-il.

Puis, il reposa ses pieds sur le matelas, leva son bassin, et d'une main, repoussa son pantalon. Il prit nos deux érections ensemble, les caressa d'un même mouvement. Et je tombai presque en avant, une paume de chaque côté de son visage aux joues rougies. Mon souffle se saccada, mes hanches bougèrent malgré moi, quémandeuses.

« Laisse-toi aller. Tout est ok, Bones. »

Son autre main agrippa ma nuque et me tira à lui. Ma bouche percuta la sienne, dans un chaos de langues et de dents. Je dévorai ses lèvres avec envie, alors qu'il nous touchait plus fort, plus vite. Le plaisir courut sous ma peau, fit bouillir mon sang, transforma mes soupirs en gémissements, donna vie à mon corps.

« Vas-y… » Souffla-t-il, entre deux baisers. « Viens pour moi… Avec moi. »

Il accéléra encore, lui-même sur le point de succomber. Et je voulus le voir jouir, moi aussi. Je captai son regard et luttai pour ne plus le lâcher. Je le bouffai des yeux, son torse où quelques gouttes de sueur perlaient, son biceps tendu par l'effort, ses lèvres purpurines entrouvertes, sa gorge qui produisait des sons délicieux, ses cheveux d'or en bataille. Puis, plus bas, ses abdominaux contractés, et nos deux sexes, pourpres, palpitants entre ses doigts implacables. Il attrapa mon bras, le serra, s'agita un peu plus.

« Leonard… Je… »

Personne n'avait jamais mis autant de volupté dans mon prénom. Personne. Et, quand il vint longuement, sur son ventre, tendu comme un arc, je ne pus que le suivre. Frappé par l'orgasme, abattu par le plaisir. Émerveillé de le voir ainsi, abandonné.

Je me retins de tomber sur lui et roulai sur le côté, à bout de souffle et très incertain quant à ce qui venait de se passer. J'aurais dû faire preuve de plus de fermeté, ne pas céder comme un putain d'adolescent en manque, ne pas…

« Bones. » J'ouvris les yeux, alors que ses doigts volaient jusqu'à ma joue. « Tu penses trop. »

Il me vola un baiser, puis se leva.

« Viens prendre une douche. » Dit-il, en me tendant la main.

Je la pris, incapable de dire non à ce regard.

Je pensais que Jim n'était pas quelqu'un de tendre ou de doux. J'avais tort. Il prit son temps, pour me laver. Usa d'une telle délicatesse, comme pour s'excuser d'être un con, que j'en eus presque les larmes aux yeux. Parce que ce n'était pas vrai. C'était moi, l'idiot.

Quand il me demanda de dormir avec lui, je n'eus pas le cœur de le lui refuser. Et, très honnêtement, aucune envie non plus. Nos vêtements prirent un aller simple pour le sas de recyclage et je pus enfin avoir le bonheur de sentir sa peau nue contre la mienne. La chaleur nous fit expédier le drap au bas de son lit et, par la fenêtre ouverte, une brise légère vint nous rafraîchir. Il se serra contre moi, comme si j'allais disparaître et je me questionnai, une fois de plus, sur ce qu'il attendait de moi. Mais, il s'endormit rapidement, sa joue dans le creux de mon épaule, son souffle chaud chatouillant mon cou, m'obligeant à remettre cette conversation à plus tard. Une de plus. Je l'observai, un instant. Son visage paisible, à moitié dévoré par l'obscurité. Son corps magnifique, détendu. Ses courbes harmonieuses mises en relief par la lumière de la Lune. Puis, je m'enfonçai dans les oreillers, fermai les yeux et me laissai emporter par le sommeil.

J'avais connu des lendemains heureux, malheureux, des lendemains de fête, des lendemains de Noël, des lendemains qui chantent, des aventures sans lendemain. Mais, des matins comme celui-ci, aussi loin que je m'en souvienne, la dernière fois, c'était quand je venais de rencontrer Jocelyn. Quand je croyais encore que nous finirions nos vieux jours ensemble. Sauf que j'avais dix-sept ans, à cette époque. J'en avais douze de plus, à présent. Cela n'empêcha pas, cependant, le soleil de briller plus fort, les couleurs d'être plus vives, et mon cœur sur le point d'éclater dans ma poitrine. Puis, Jim ouvrit ses yeux trop bleus sur moi et je sus que j'étais foutu pour de bon.

« 'Jour. » Marmonna-t-il.

« Salut. »

Il me fixa un instant, perplexe.

« Pourquoi t'es au bord du lit ? »

« Parce que tu as pris toute la place. »

« N'importe quoi. » Répondit-il, en riant. « Vient par là. » Ajouta-t-il, en me tirant vers lui.

Je me blottis contre son torse et il s'étira tel un chat, en baillant à s'en décrocher la mâchoire.

« Je meurs de faim. »

« Allons manger, dans ce cas. » Proposai-je.

Et il ne se fit pas prier.

Le mess de l'Académie de Starfleet, un samedi matin à 9h30, c'était comme…observer la sélection naturelle. Sans être des tardifs, nous étions loin derrière les premiers levés. Il n'y avait pas de jour de repos, pour les plus érudits d'entre nous. Surtout en période d'examen. Certains d'entre eux terminaient déjà leur repas, d'autres lisaient sur leur PADD, une tasse à la main. Si bien que notre entrée passa totalement inaperçue.

Nous allâmes directement vers les réplicateurs et, dans un coin, je reconnus Uhura. Cette xenolinguiste que Jim essayait de draguer depuis le jour de notre intégration. Sans succès. Elle était en pleine conversation avec cet instructeur Vulcain que j'avais déjà croisé, même si je n'assistais pas à ses cours. Ils semblaient proches, sans l'être vraiment. Ce qui était étrange à observer.

« Je me demande bien ce qu'elle lui trouve. En plus, c'est un de ses professeurs. » Chuchota Jim, en prenant son plateau agrémenté d'un café et un croissant.

« Qui te dit qu'ils sont ensemble ? Cela dit, il est plutôt pas mal. » Dis-je, en programmant un simple thé. Je n'avais pas spécialement faim.

« Il est même carrément canon, Bones. Il faudrait être aveugle, pour ne pas le voir. Mais, il est Vulcain. »

« Et alors ? » Demandai-je, en m'attablant avec lui.

« Alors, il est sûrement chiant à mourir. » Je le regardai, surpris. « Tu sais, comme dans… » Il posa sa tasse pour mimer des guillemets avec ses doigts. « … Je ne ressens aucune émotion et je vous prends de haut parce que je suis tellement plus intelligent que vous. »

« Tu es dur. Il n'a pas l'air bien méchant. Tu es jaloux parce qu'il se tape Uhura et pas toi ? » Le taquinai-je, quelque peu acide, avant de siroter mon breuvage.

Ma plaisanterie tomba à plat. Il me fixa, soudainement très sérieux.

« Tu crois vraiment que ce qui s'est passé cette nuit ne voulait rien dire pour moi. »

Ce n'était pas une question et je m'en voulus immédiatement, car il parut blessé à l'idée que ce soit vrai.

« Je ne sais pas, Jim. Sincèrement. Je t'ai rarement vu rester plus de vingt-quatre heures avec la même personne. Donc, je préfère ne pas me faire d'illusions. Je suis déjà content que ça s'étende au petit-déjeuner. » Répondis-je, honnêtement.

Il resta figé quelques secondes, puis se leva de sa chaise, se pencha sur la table, empoigna le col de ma veste et vint plaquer ses lèvres contre les miennes dans un baiser qui n'avait rien de sage. Ma tasse m'échappa, se renversa sur la table, mais je m'en foutais royalement. Je me redressai, pour me rapprocher un peu plus de lui, glissai ma main dans ses cheveux, caressai sa langue de la mienne. Puis il me relâcha subitement et je retombai sur mon siège, essoufflé et secoué par ce qu'il venait de faire. Si nous étions entrés sans nous faire remarquer, à présent, tous les regards étaient braqués sur nous. Y compris celui du Vulcain, qui paraissait fasciné et dérangé à la fois, par ce qu'il voyait. Et, alors que je sentais mes joues chauffées, que mes mains tremblaient légèrement et que mon cœur ne semblait pas décidé à battre normalement, Jim se rassit et termina tranquillement sa viennoiserie. Son sourire malicieux était de retour, sur ses lèvres où quelques miettes restèrent collées.

« C'est ta manière tordue de me demander de sortir avec toi ? »

« Ouais. » Osa-t-il répondre, avant de finir son café.

« Pourquoi voudrais-tu d'une relation avec moi ? » L'interrogeai-je, en essayant de nettoyer les dégâts sur mon plateau.

« Pourquoi pas ? »

« Peut-être parce que j'ai trente ans, que je suis déjà marié et divorcé, père d'une petite fille que je vois rarement, que je râle tout le temps… »

« Je sais déjà tout ça, Bones. Et je m'en fous. Ça fait plus d'un an que je te supporte maintenant et il n'y a rien qui me rebute chez toi. Tu es là quand j'en ai besoin. Et même, parfois, quand ce n'est pas le cas. Tu ne me juges jamais, tu connais mes pires côtés et tu n'es toujours pas parti en courant. » Sa réponse me toucha. « J'ai envie de nous laisser une chance. »

« D'accord. » Abdiquai-je.

Et le sourire lumineux, qui lui bouffa la moitié du visage en réponse, me donna l'impression de me liquéfier sur place.

Je connaissais les rendez-vous professionnels. Les rendez-vous qui se chevauchent. Les rendez-vous décalés, amicaux, sociaux, spatiaux. Mais, décidément, les rendez-vous amoureux n'étaient pas un exercice dans lequel je me sentais à l'aise. C'est la pensée qui me traversa l'esprit, alors que nous marchions en plein soleil, dans le parc de l'Académie, ma main comme aimantée par la sienne, quand ce n'était pas mon corps entier. Ses doigts s'enroulaient autour des miens, se déroulaient, caressaient mon poignet, tandis qu'il me parlait de tout et de rien, comme si nous avions toujours fait ça. Il sortit du chemin, pour fouler la pelouse et, au bout de quelques mètres, se laissa tomber au bas d'un arbre. Je le suivis et il s'avança pour me faire une place entre lui et le tronc. Je m'installai aussi confortablement que possible et il vint caler son dos contre mon torse, sa tête rejetée en arrière sur mon épaule, offrant son visage au rayon du soleil. Ne sachant pas vraiment quoi faire de mes mains, je les posai simplement sur son ventre en l'encerclant de mes bras. Il soupira d'aise et resta silencieux.

Ses cheveux vinrent chatouiller ma joue, au gré d'une brise légère. Ses mains chaudes se posèrent sur les miennes. Puis, il tourna son visage vers moi, embrassa ma joue mal rasée, mon menton piquant, jusqu'à finalement déposer un baiser humide sur mes lèvres. J'entendis vaguement les rires excités d'un groupe de filles qui passaient par là, un discret « ils sont mignons » parvint à mes oreilles et Jim pouffa dans mon cou.

« Comment détruire sa réputation de coureur de jupons en cinq secondes. » Railla-t-il.

« En parlant de ça… »

« Plus de gonzesses dans mon lit le soir ? »

« La journée non plus. » Ajoutai-je.

Il éclata de rire et ce son cristallin me donna des frissons.

« Possessif ? »

« Tu n'as pas idée. » Dis-je, en resserrant ma prise autour de lui. « Je sais que tu es un éternel dragueur, Jim. Et, j'avoue que ce côté de toi peut être assez drôle, parfois. Je ne veux pas que tu changes. Souviens-toi juste de moi, quand les choses seront sur le point d'aller trop loin. »

« Je crois que nous n'avons pas la même définition du mot possessif, Bones. »

« Si. Mais, je ne ferai pas l'erreur de t'étouffer, de t'enfermer ou de t'interdire quoi que ce soit. »

« Sans en arriver là, moi, j'aime l'idée que tu sois jaloux. Ça me fait de l'effet. »

Il se retourna, vint s'asseoir à cheval sur mon bassin et mes mains se posèrent naturellement sur ses hanches. Ses doigts s'enfouirent dans mes cheveux épais, sa langue légèrement râpeuse vint lécher ma lèvre, mes dents, puis caressa la mienne. Un soupir m'échappa. Il se colla contre moi et pencha sa tête pour approfondir notre baiser. Mais, je le repoussai doucement et contemplai sa bouche carmin, ses joues rougies, ses yeux noircis de désir.

« On ferait mieux de rentrer. » Soufflai-je. « Avant d'être arrêtés pour attentat à la pudeur. »

Il gloussa, puis se leva d'un bond, avant de me tendre une main secourable que j'acceptai.

« Chez toi ou chez moi ? » Plaisanta-t-il, en me tirant vers lui.

« Très drôle. » Bougonnai-je.

Il sourit comme un gosse et partit en courant.

Le trajet jusqu'à notre chambre fut chaotique. Ponctué d'éclats de rire, de baisers volés dans des couloirs déserts, de vestes quelque peu froissées, de cheveux ébouriffés, de pertes d'équilibre inopinées, avant d'arriver finalement, essoufflés, devant notre porte. Jim l'ouvrit à la volée et se débarrassa hâtivement d'une partie de ses vêtements, en entrant. Je refermai le battant derrière nous et l'agrippai par la taille, le poussai vers son lit, ravageai ses lèvres, croquai le lobe d'une oreille, grignotai son cou. Il me déshabilla avec empressement, perdit peu à peu le contrôle de ses gestes et nous fit basculer sur le matelas dans un enchevêtrement confus de bras et de jambes. J'attisai sa peau de mes mains, en lui retirant les derniers remparts de sa nudité.

« Vite. » Murmura-t-il. « Je te veux, maintenant. »

Moi-même, à bout de patience, je me glissai entre ses cuisses accueillantes et l'embrassai à perdre haleine.

« Lubrifiant ? » Grondai-je, contre ses lèvres.

« Table de nuit. »

Je tendis une main et fouillai à l'aveugle. En vain. Et Jim ne m'aida absolument pas, trop occuper à geindre d'impatience et à se caresser lui-même. Certainement, dans le but secret, de me rendre cinglé. Excédé, je tirai finalement sur le tiroir, pour l'arracher de son rail et vider son contenu sur les draps. Trouvant enfin ce que je voulais, j'envoyai valser le reste au sol d'un revers et manquai de renverser la bouteille en faisant sauter le bouchon. J'en enduis précipitamment mes doigts, avant d'en enfouir deux à l'intérieur de lui. Il se cambra et siffla quelque chose qui ressemblait vaguement à « salaud ».

« Tu l'as cherché. » Répondis-je, en bougeant néanmoins avec précaution, jusqu'à toucher ce que je désirais.

Il souleva ses hanches, rejeta la tête en arrière, offrit son cou à mes lèvres avides, alors qu'un son délicieux passait sa gorge.

« Tu as déjà fait ça, avant. »

« Non. Mais, je suis médecin, Jim. Tu te rappelles ? Ou ton cerveau s'est déjà fait la malle ? »

Il allait répliquer, mais je le fis taire en appuyant juste là où il fallait, jouant de lui comme on jouait d'un instrument. M'étonnant de la diversité des intonations, des inflexions, des sonorités, des vibrations que je pourrais tirer de ses cordes vocales. Il était beau, alangui sur les draps, offert. L'abandon dont il fit preuve me laissa sans voix. Et je me dis que rien ne m'empêcherait de le contempler ainsi jusqu'à la fin de temps, de m'abreuver de son souffle chaud, de ses soupirs, de m'intoxiquer à l'odeur de sa peau. Ni mes phobies irrationnelles, ni les dirigeants de ce monde, ni même une armée de Klingons.

« Leonard… »

Mon prénom, une fois de plus sur sa langue, comme une supplique, une caresse dans le creux de mes reins, ruisselant de sensualité, de débauche, de besoin.

Et je m'empressai d'y répondre. Mettant fin au prélude, pour débuter la symphonie. Celle que je n'avais pas jouée depuis trop longtemps, celle que je fredonnais dans ma tête depuis des semaines, en le regardant. Je lubrifiai abondamment mon érection, écartai un peu plus ses jambes et me noyai dans l'azur de ses yeux, en m'enfouissant lentement dans la chaleur de son corps. C'était serré, brûlant, divin. Il ouvrit la bouche dans un cri silencieux, griffa mon dos, se crispa. Je me penchai sur lui, embrassai une paupière, puis l'autre, son nez, ses pommettes.

« Détends-toi. » Chuchotai-je, contre sa bouche.

Peu à peu, ses traits se relâchèrent, ses cuisses se desserrèrent autour de ma taille, puis il appuya ses talons dans le bas de mon dos, comme pour me demander plus. Et qui étais-je, pour le lui refuser ? Alors que je mourrais d'envie de me perdre, encore et encore, dans son corps bouillonnant de passion, d'envie. Et c'est ce que je fis. Perdant un peu plus la raison à chaque coup de reins, chaque son, chaque gémissement de sa part, chaque caresse, chaque regard. Jim était tout entier tendu vers moi, affamé d'attention, assoiffé de tendresse. Je lui donner donc ce dont il avait besoin. Car, malgré tout son empressement, ses exigences, sa hâte, il n'aspirait qu'à un peu de douceur et de bien-être. Jim voulait désespérément qu'on l'aime. Et je l'aimais. Farouchement. Alors, je le lui dis, le lui montrai, le pris un peu plus fort, plus profondément et caressai son membre palpitant et dur entre mes doigts, jusqu'à ce que son regard se voile, que ses ongles s'enfoncent dans les muscles fermes de mon dos, que sa litanie de « oui », de « encore », perde toute cohérence et que sa voix déraille et se casse, quand il jouit sur son ventre. Seulement alors, quand mes yeux furent provisoirement rassasiés de l'expression extatique de son visage et qu'il m'encouragea de nouveau à lâcher prise d'un murmure, je perdis le rythme, la cadence, devins quelque peu erratique, avant de me rompre, et de me répandre en lui.

L'espace d'un instant, le monde me sembla vide et je touchai le ciel du bout des doigts. Puis, il me prit dans ses bras, me serra contre lui comme si plus rien n'existait, à part nous. Son souffle irrégulier chatouilla mon cou, sa peau moite se confondit avec la mienne, ses mains tremblantes cajolèrent mes flancs, mes épaules, mes cheveux humides et désordonnés, ses lèvres baisèrent ma nuque, ma joue, ma bouche. J'étais entouré de Jim Kirk, de toute part. Je respirai son odeur entêtante, léchai des perles de sueur sur une clavicule, murmurai des paroles crues, indécentes, impudiques, fis des promesses déraisonnables, folles, insensées. Et il sourit pour cacher ses larmes, dit des conneries pour me faire rire et oublier, un court moment, à quel point nous étions sérieusement mordus, foutus, amoureux. Cela l'effrayait sûrement au moins autant que moi. La peur de le perdre essayait déjà de creuser un trou dans mon estomac. Jim ferait un grand capitaine de vaisseau. Il serait idiot de l'imaginer dans un autre rôle. Alors, je pris simplement la décision de le suivre, où qu'il aille. Même au fin fond de ce putain d'espace infini, enveloppé dans l'obscurité et le silence. Parce que mon rôle à moi sera de le maintenir en vie, d'éviter qu'il ne repousse trop loin les limites de son corps et de lui botter le cul quand il dépassera les bornes.

« Tu redeviens pensif. » Chuchota-t-il, alors que nous étions étalés sur les draps défaits, ses jambes mêlées aux miennes, sa tête dans le creux de mon cou, sa main se baladant sur mon torse.

« J'étais en train de me dire que maintenant que tu avais fait en sorte de m'avoir, il allait falloir assumer. Je vais te coller au train toute ta chienne de vie, Jim. Et tu n'iras ni te foutre en danger inutilement, ni manquer une visite médicale. »

« Merveilleux. » Grogna-t-il, boudeur. « Finalement, j'aurais peut-être dû essayer de draguer le Vulcain. Lui, au moins, il ne passerait pas son temps à s'inquiéter pour moi. »

Outré, je frappai du poing sur son épaule et il éclata de rire.

« C'est presque trop facile de te contrarier, Bones. » Affirma-t-il, en se blottissant contre moi.

Je le plaquai alors au lit, sans prévenir, décidé à me venger.

Je connaissais les matins d'été et ceux d'hiver, les petits matins, les dimanches matins, les beaux matins, les matinées ensoleillées, les matinées de juillet, les belles matinées, les grasses matinées. Mais passer la moitié du jour à faire l'amour était une chose qui ne m'était pas arrivée depuis longtemps. Le soleil atteignait son zénith et nous somnolions dans un désordre de draps froissés, de sueur, de sperme et de caresses paresseuses. J'avais rarement eu l'occasion de me sentir aussi fusionnel avec un autre être vivant.

Je m'assoupissais lentement, quand l'estomac de Jim gargouilla bruyamment dans la chambre silencieuse. Je m'esclaffai, avant de me redresser.

« Douche et déjeuner ? » Proposai-je.

« D&D. Ce sera notre nouveau rituel du week-end. » Décréta-t-il, en acceptant.

Je levai les yeux au ciel, avant de les poser sur ses fesses, alors qu'il gambadait jusqu'à la salle de bain, sans même prendre la peine d'enfiler un boxer. J'avais comme l'intuition que son manque de pudeur n'allait pas s'arranger, à présent. L'idée me fit sourire, et pour une fois, je décidai de l'imiter, de le laisser déteindre un peu sur moi, de laisser ses mains aventureuses et câlines laver ma peau parcourue de frissons, marquée de suçons. Je redessinai de mes doigts ses courbes, les réappris par cœur encore une fois, sous l'eau brûlante qui cascadait sur nos corps courbaturés, entourés des effluves musqués de son gel douche, autorisé l'œil aiguisé du médecin à m'assurer que je ne l'avais pas blessé. Puis, quand la chaleur se fit insoutenable, que la pièce exiguë fut envahie de vapeur rendant les miroirs opaques, nous nous séchâmes rapidement, avant de répliquer et d'enfiler des vêtements propres. Puis, Jim ouvrit la porte, sur un couloir baigné de soleil dont les rayons dansèrent dans ses cheveux d'or, le saphir de ses yeux, sur son sourire éclatant. Il m'apparut alors dans son entière beauté. À la fois enfantin et millénaire. Innocent, pur, candide, canaille, dépravé, rusé. L'astre céleste refléta chaque nuance de Jim Kirk, m'éblouit un instant. Puis, je le suivis dans les dédales de l'Académie, ma main comme aimantée par la sienne, quand ce n'était pas mon corps entier. Ses doigts s'enroulaient autour des miens, se déroulaient, caressaient mon poignet, tandis qu'il me parlait de tout et de rien, comme si nous avions toujours fait ça. Et je souhaitai secrètement que ce soit le cas, autant de temps que la vie nous l'autoriserait. Et même au-delà, s'il le voulait.