III

-Bonjour monsieur le maire, excusez-moi de mon retard, j'ai eu... comment dire, un léger contretemps... , dit Désiré encore trempé.

-Ça ne fait rien, entrez, asseyez-vous..., répondit le maire, un brin surpris de l'état de son interlocuteur. Son bureau était grand, dans les tons marrons foncé-marron clair. Le plancher grinçait sous le pied en faisant d'horribles bruits qu'on aurait pu comparer à ceux d'un porc que l'on égorge. Au bout de la pièce, en face de la porte, le bureau du maire de style baroque attendait les visiteurs. Derrière l'homme politique, un tableau le représentant, livre à la main censé éclairer, illuminer de son savoir les concitoyens attirait tout de suite l'œil du visiteur lui faisant oublier pendant une fraction de seconde le parquet grinçant. Une photographie du président de la République Française aux trois quart plus petite se trouvait à sa droite. A gauche c'était un portrait du roi des belges de sorte qu'on ne puisse deviner dans lequel des deux pays était vraiment situé la charmante bourgade de Champignac-en-Cambrousse.

-Je venais vous voir pour vous parler du projet de mettre des barrières avec de

grosses jardinières de fleurs à tous les carrefours du village... ça coupe la visibilité..., avança doucement Désiré.

L'ordinateur sur le bureau détonnait : il était la seule marque de modernité apparente de la pièce. De dernier cri, il n'avait jamais été allumé : le maire ne sachant pas s'en servir...

-En effet, le Conseil municipal a décidé lors d'une de ses grandes réunion annuelle du projet futur de l'implantation de solides grandes et belles barrières rouges surplombées de jardinières de fleurs multicolores à tous les axes de croisement de notre charmante bourgade. Brillante idée n'est-il pas ? Répondit-il l'ai sur de lui et hautain.

-Et bien, c'est que...

A cet instants le plancher recommença à grincer, les portes s'ouvrirent et Spirou dans toute sa splendeur apparu semblant éclipser de sa seule présence l'insomniaque.

Fantasio le suivait mais avec moins de prestance. Décri ainsi, on pourrait croire à une grotesque mise en scène alors que pour nos deux héros il n'y avait rien de plus naturel.

-Messieurs Spirou et Fantasio, votre visite empli mon cœur d'une joie immense, c'est comme lorsque le soleil pénètre enfin à travers les carreaux après plusieurs jours de pluie, comme voir une statue se construire et résister aux multiples blessures du temps...

Dehors, un vieil aveugle apprenant à conduire venait de percuter de plein fouet la statue de Gustave la faisant tomber de son piédestal, elle s'étendit de tout son long sur le sol.

-Bonjour monsieur le maire, désolé, nous avons un peu d'avance, ça ne vous dérange

pas j'espère ? , dit Spirou en souriant.

-Non, pas le moins du monde,venez, venez, asseyez vous, lui répondit Gustave Labarbe dans un immense sourire en faisant signe à Désiré de s'en aller.

-Pardon, monsieur... ?, dit Spirou

-Coma. Désiré Coma ! ...Bah, ça attendra

-Alors dites-moi, comment va la santé de notre cher ami Pacôme Hégessippe Adélard Ladislas comte de Champignac ?

-Bien, répondit Fantasio, nous allons ensuite au château

-Ah ! A la bonne heure ! Donc, nous allons enfin pouvoir en venir aux...

-Au revoir, dit Désiré

-Au revoir, monsieur , répondit Fantasio, désormais seul à prêter attention au pauvre homme.

Le maire poursuivait :

-...aux « problèmes » qui sont à l'origine de ma modeste demande de « convocation » de vos deux humbles personnes à ma grande mairie de Champignac. Autrement dit certaines choses perturbent depuis plusieurs jours nos vénérables concitoyens champignaciens. Je pense que vous êtes à même de pouvoir y remédier.

-En quoi cela consiste ? Demanda Spirou.

-Bah, de modestes petites choses

-Mais encore... ? Demanda poliment Fantasio à l'homme politique de façon à ne pas le brusquer mais pour faire avancer un minimum. Il commençait à s'impatienter.

-Et bien disons que ces gènes intempestives...

-Soyez direct, dit Spirou

-Ces problèmes...

-Encore plus direct, dit Fantasio

-Enfin, ce qui fait l'objet de votre visite...

-Toujours plus direct, dirent-ils tous deux de façon parfaitement synchronisé.

-Je disais donc, ces petits « soucis » qui proviennent du château du comte... Encore plus direct ? Demanda le maire indécis. Spirou et Fantasio firent un hochement de tête.

-Bref, le comte fait certaines expériences qui occasionnent des problèmes parmis les champignaciens comme la maladie de leur bétail ou une surenchère des piqures de moustiques, tout ça depuis que le comte nous a annoncé avoir fait une « trouvaille extraordinaire ! » Dit le maire pris d'une soudaine montée d'hystérie.

-Ben voilàààà ! dirent Spirou et Fantasio comme soulagés d'avoir raccourci leur entretient.

-Ouuh ! Ça fait du bien de se lâcher de temps en temps n'est-ce pas ? Je m'en sens tout chose ! Dit le maire fier de lui Spirou et Fantasio ne purent retenir un éclat de rire.