IX

Les insectes, qui ne formaient au départ qu'un groupé s'étaient éparpillés aux abords du village. Ils allaient et venaient de fleurs en fleurs, de jardinières en jardinières, principalement aux carrefours de la place de la mairie. Le marché touchait à sa fin, ne restait plus qu'un petit groupe de personne écoutant tant bien que mal le discours du

maire,malgré les cris des marchands voulant à tout pris écouler leur stock (surtout le poissonnier, à croire que tout les poissonniers sont nés avec des cordes vocales plus résistantes que la moyenne). La jolie jeune fille avait quitté la place et s'était dirigée vers l'ancienne gare de Champignac. Elle poussa la porte qui s'ouvrit dans un grincement digne des craies du doktor Kilikil*. Soudain, une petite chose rose arriva à toute allure en roulant et l'a percutée. Elle trébucha, essaya de se rattraper à la tapisserie déjà bien arrachée mais tomba de tout son long sur le sol. Elle aura au moins servi à amoindrir le coût pour détapisser.

Felicità,

è tenersi per mano andare lontano
la felicità

La radio s'était mise en marche et la musique culte italienne** retentissait dans le pièce.

Felicità
è un cuscino di piume, l'acqua del fiume
che passa e che va

Elle était en rage ! Un gros homme arrivait en fredonnant l'air de la chanson. Il ne commença à chanter qu'à partir du moment où elle l'eut regardé :

Felicità
è un bicchiere di vino con un panino
la felicità

C'était Vito Cortizone, le grand mafieux qu'il ne faut plus présenter et qui en a déjà fait voir des vertes et des pas mures à notre duo de héros ***. Il avait son habituel costume blanc, sa chemise rose que l'on apercevait sous sa veste ouverte supportait tant bien que mal son gros ventre de sicilien. Il fumait le cigare, l'odeur de la fumée avait embaumé toute la pièce. Il souriait et ses deux dents en or luisaient dans le noir.

Felicità

è una sera a sorpressa la luna accesa

e la radio che va

-Stooooop ! Et ferme-moi cette radio ! Je ne suis pas d'humeur ! Dit Luna Cortizone**** allongée sur le sol. Fille de Vito, elle a avait hérité le mauvais

caractère. Son père éteignit la radio.

-Allons, allons, sei felice ma figlia...

-Non, ce n'est pas le moment d'être « joyeuse » papa ! Désolé de te dire ça mais je suis venue t'annoncer une mauvaise nouvelle : notre agent s'est fait la malle : Aucune trace de lui... dit Luna désespérée.

-Et bien sache ma petite que je suis ravis de t'annoncer une bonne nouvelle : nous l'avons retrouvé grâce à un capteur GPS que j'avais discrètement installé sur lui ! Renchéri Vito tout fier.

Soudain, Télesphore***** (car c'était bien lui, le petit robot rose à la bouche à jamais « en cul de poule » qui avait fait chuté Luna il y a quelques minutes de ça), arriva en trombe en-dessous de la table faisant du même coup se renverser sur leur chaise Vito et Luna. Luna se releva sans encombre mais bien trop tard pour attraper le petit robot.

Vito, lui, était comme un tortue qu'on avait renversée sur sa carapace : incapable de bouger ! Luna voulant le relever, il l'entraîna au sol. C'était la deuxième fois qu'elle voyait le carrelage jaune de l'ancienne gare d'aussi près. Au bout d'une dizaine de minutes ils parvinrent tous deux à se relever mais Vito, trop grand se pris la lampe et tomba évanoui sur la table. Luna fut assommée d'un grand coup derrière la tête elle retomba une nouvelle fois sur le carrelage. Entre elle et le sol c'était une véritable histoire d'amour ! Le coup avait été porté par Caténaire******, ancien chef de gare, il était devenu inventeur dans les locaux de celle-ci. Il avait toujours son képi et son éternel sifflet au cou. C'était Télesphore qui l'avait libéré des Cortizone après bien des efforts.

-Vite Télesphore, dépêchons-nous! J'ai peur qu'il ne soit trop tard ! Dit-il en sortant en vitesse de la gare suivit de la créature rose.

Luna et Vito reprenaient lentement connaissance lorsqu'ils s'aperçurent que le portable de Vito avait disparu ! Il n'y avait désormais plus aucunes traces de la balise GPS portée par l'agent, seule son nom inscrit sur un contrat dépassait : Zantafio !

*Le Doktor Kilikil est un spychologue-bourreau qui utilise le grincement abominable des craies sur un tableau vert comme technique de toture. Il es apparu pour la première fois dans le tome n°18 des aventures de Spirou & Fantasio : « Q.R.N. Sur Bretzelburg »

**© « Felicità » de Al Bano et Romina Power, l'une des chansons faisant partie du patrimoine italien. Elle est sortie en 1982.

***Vito Cortizone est un mafieux sicilien de la Costa Nostra, il en est même le parrain. Il est en permanente concurrence avec les Chinois et les Irlandais. C'est le roi de la Gaffe. Il apparaît pour la première fois dans l'album n°39 des aventures de Spirou & Fantasio : « Spirou à New York »

****Luna Cortizone est une magnifique jeune fille, fille de Vito. C'est avec Seccotine la seule femme que Spirou a embrassé. Elle apparaît pour la première fois dans l'album n°45 des aventures de Spirou & Fantasio : « Luna Fatale »

*****Télesphore est un petit robot rose ressemblant étroitement à un appareil photo mais entièrement rose avec une bouche aux lèvres pulpeuses pleines de rouge à lèvres sur le devant. Il a 3 roues qu'il manie à la perfection pour avancer ou reculer. Il apparaît pour la première fois dans l'album n°35 : « Qui arrêtera Cyanure ? » des aventures de Spirou et Fantasio.

******Caténaire est l'ancien chef de gare de Champignac-en-Cambrousse. Depuis la fermeture de celle-ci il invente toutes sortes de chose. Il est l'inventeur de Cyanure dans l'album n°35 des aventures de Spirou & Fantasio : « Qui arrêtera Cyanure ? »