Disclaimer : L'univers et les personnages d'Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Quatrième OS de cette petite suite d'annexes, la baguette de Severus… eh oui, les baguettes ont une conscience, ne sont-elles pas celles qui choisissent leur sorcier ? Une histoire d'amour, en quelque sorte.

Cette semaines, pas de "Vulnera", mais un petit épisode supplémentaire pour "le Veilleur". (
(je ne vous lâcherai pas encore tout de suite, avec cette fic, un autre est en cours d'écriture^^)


La baguette d'ébène

.

Elle avait été une expérience de jeunesse, au temps où il ne se cantonnait pas encore dans la sécurité des essences et des cœurs traditionnels. Il avait ramené son bois du plus profond de l'Afrique, la terre sacrée des ancêtres où se transmettaient encore des secrets oubliés du plus grand nombre, lorsqu'à la fin de son apprentissage, il avait achevé le tour du monde qu'il avait entrepris afin d'étudier les différentes techniques de fabrication de ses semblables. C'était un cadeau du Maître qui avait achevé sa formation. Une bûche parfaite, d'une couleur unique, unie et profonde, d'un noir absolu et satiné, où ne se distinguait aucun veinage, aucun défaut, d'une texture tellement exceptionnelle qu'il avait longtemps hésité avant de l'utiliser.

Il avait tout de même fini par la façonner. Lentement, amoureusement, gravant avec minutie chacune des puissantes runes protectrices qui en seraient les seuls ornements. Elle devait être à l'image du bois qui la composait : sobre, élégante et distinguée. Le poli parfait de son grain lisse luisait doucement dans la lumière des bougies. Il ne savait même pas s'il pourrait la vendre un jour. Outre le fait qu'il n'arrivait pas à trouver le cœur idéal pour elle, son essence même la destinait à un sorcier exceptionnel.

L'ébène jouissait en effet d'une réputation difficile à assumer. Elle symbolisait le passage par les ténèbres, mais elle en protégeait aussi ceux qui lui étaient confiés, et permettait à ceux qui avaient gardé le cœur pur, de retrouver la lumière après les avoir traversées sans dommage. Et si pour cela elle était traditionnellement utilisée pour fabriquer les cercueils, c'était pour la même raison qu'elle servait aussi à la confection des berceaux.

Elle était aussi le bois du bâton des chefs et des chamanes, elle était synonyme de dignité, de pouvoir, d'autorité et de protection. Nulle autre essence ne captait aussi exceptionnellement les énergies de la nature, et le sorcier qui la possèderait devrait se montrer assez puissant, à la fois pour apprivoiser ses pouvoirs naturels en les fusionnant aux siens, et trouver la volonté de surmonter l'appel des forces obscures vers lesquelles sa nature ne manquerait pas de l'attirer, afin de tester son âme.

Elle se souvenait avec quel respect il la manipulait, la présentant régulièrement à diverses matières issues d'étranges créatures. Elle n'en trouvait jamais aucune à sa convenance. Le crin de licorne semblait trop pur et innocent pour sa noirceur profonde, le cœur de dragon et la serre d'hippogriffe trop versatiles, la plume de phénix trop instable, et ainsi de suite. Elle n'avait jamais trouvé son âme sœur, son cœur parfait. Il avait fini par la ranger dans un tiroir, qu'il ouvrait parfois, pour admirer la perfection de son essence, la finesse de son grain, et refermait avec un soupir après une caresse le long de son bois parfait, au poli presque sensuel.

La première fois qu'il les avait vus, lors d'une visite à Poudlard, c'était peu après la disparition tragique de son épouse, née moldue, survenue dans des circonstances jamais vraiment éclaircies. A cette époque, le grand public commençait tout juste à parler des « exploits » douteux d'un jeune sorcier qui avait repris à son compte les idéologies naguère défendues par Gellert Grindelwald et Albus Dumbledore, avant que ce dernier ne devienne son plus farouche opposant. Cinq ans après la chute de Grindelwald, beaucoup de sorciers étaient toujours prêts à suivre celui qui reprendrait le flambeau de sa lutte pour la prédominance des Sang-purs et l'asservissement des Moldus.

La crainte qu'il avait ressentie à leur vue s'était vite dissipée, lorsque le jeune Rubeus Hagrid, que Dumbledore avait naguère réussi à garder à Poudlard après son renvoi en lui confiant le poste de garde-chasse et le soin des Créatures Magiques, les lui avait présentés et lui avait parlé avec passion de leur véritable personnalité. C'est à ce moment-là que l'instinct du Baguettier lui avait fait comprendre que seules ces créatures vilipendées, mais pourtant dotées d'une empathie et d'une loyauté sans bornes, pourraient peut-être s'accorder avec le bois sombre de la baguette inachevée.

Il aurait pu se contenter des crins perdus que récupérait Hagrid, mais la substance utilisée avait d'autant plus de puissance qu'elle était donnée librement par la créature concernée, et il voulait que son œuvre soit parfaite. Il lui avait fallu patienter trois longues années avant qu'un Sombral n'accepte de se laisser arracher un crin, un seul. Lorsqu'il avait posé son précieux butin près de ce qui n'était jusque-là qu'un bâton magnifiquement sculpté, ce dernier s'était mis à luire doucement, et lorsqu'après qu'il ait eu prononcé l'incantation, le crin avait fusionné avec le bois, un éclat argenté avait enveloppé la baguette enfin achevée.

Lorsqu'il l'avait prise entre ses mains, il avait été saisi par la puissance à la fois dangereuse et protectrice qui émanait de l'objet, les éléments qui la composaient avaient tous deux une noire réputation, mais véhiculaient aussi des énergies assez positives pour mettre en échec leur côté sombre. Le sorcier qu'elle choisirait n'aurait pas la tâche facile, c'est pourquoi il l'avait replacée dans son tiroir, décidé à ne jamais la proposer à un enfant qu'en dernier recours, afin de ne pas tenter le sort. Il y avait en effet eu, au cours de l'histoire, d'autres baguettes de grande puissance et de caractère ambigu. Il en était rarement résulté beaucoup de bien.

Sept ans plus tard, un soir du début du mois de janvier, alors qu'il travaillait tard dans son atelier, une étrange lueur qui ne devait rien aux bougies lui fit lever les yeux. Elle émanait du tiroir où dormait la baguette d'ébène. Lorsqu'il l'ouvrit, il fut presqu'aveuglé par l'éclat qui l'auréolait, avant qu'elle ne retrouve progressivement l'inertie qui était la sienne depuis des années. Il n'avait jamais assisté à pareil phénomène, il pensa que peut-être, elle choisirait un enfant cette année-là, mais au mois d'août suivant, tous les jeunes sorciers trouvèrent facilement leurs baguettes sans qu'il ne soit obligé de la proposer, et ainsi en fut-il pendant les années qui suivirent, et il finit par remiser l'incident dans un coin de son esprit.

Le mois d'août 1971 ramena, comme chaque année, son lot de jeunes gens qui allaient intégrer Poudlard à la prochaine rentrée. C'était le mois le plus chargé de l'année, le seul où il mettait de côté la fabrication afin de ne pas perdre la concentration nécessaire à son art. Vers la fin du mois, deux enfants firent leur entrée dans sa boutique, la petite fille rousse, à l'air émerveillé par tout ce qu'elle voyait devait être née-moldue, son compagnon était très brun et aussi réservé qu'elle était vive. Ils étaient accompagnés d'une femme qui au vu de leur ressemblance, devait être la mère du garçon, et d'un homme, qui avait l'air aussi curieux que la fillette.

Ollivander se souvenait de chacune de ses baguettes, et de chacun des sorciers auxquels il les avait vendues. Il n'avait pas le souvenir d'avoir entendu parler du mariage de Eileen Prince, ni qu'elle ait eu un enfant. Un tel silence de la part d'une aussi vieille famille de Sang-purs ne pouvait signifier que deux choses, soit Eileen avait eu un enfant hors mariage, soit elle avait fait une mésalliance, hypothèse qui allait se révéler la bonne, ce qui, dans les deux cas, aurait eu de grandes chances de la faire renier par le vieux Tiberius.

L'affaire fut très vite expédiée pour la petite Lily Evans, qui dès le troisième essai tomba sur la bonne baguette : saule, 25,6 cm, souple et rapide, excellente pour les enchantements. Pour le garçon, qui s'était présenté sous le nom de Severus Snape, ce fut une autre affaire. Tous les essais du vieil homme s'avérèrent infructueux, et un nombre impressionnant de boites était déjà empilé sur le comptoir, lorsqu'il crut percevoir un bruit en provenance de son atelier. S'excusant un instant, il passa dans la pièce adjacente, qui malgré son absence de fenêtres, était illuminée 'a giorno' par la même lumière qui s'était manifestée quelques années plus tôt… A bien se souvenir, onze ans plus tôt ! Le baguettier n'avait plus aucun doute, bien que n'ayant jamais été témoin d'un tel phénomène auparavant. La baguette avait reconnu le garçon, et ce, certainement dès sa naissance. Avec un soupir résigné et le cœur plein de pitié pour l'enfant chétif qui l'attendait dans la boutique, il la sortit de son tiroir pour la présenter au gamin.

Le garçon n'eut pas plutôt saisi la baguette que lui tendait le marchand que celle-ci émit un jet d'étincelles argentées qui fit naître un sourire qui illumina un instant son visage trop grave pour un enfant de cet âge, et arracha un soupir de soulagement à sa mère. Le vieil homme ne pouvait aller contre la volonté de la baguette, mais il ne pouvait s'empêcher de se demander ce que l'avenir réservait à cet enfant si frêle. Trouverait-il les réserves de volonté nécessaires pour « dompter » une telle puissance ? Il emballa soigneusement l'objet qu'il avait conservé pendant de si longues années. En général, il gardait rarement les baguettes fabriquées pendant plus de deux ou trois ans au maximum. Se souvenant de ce qui était advenu onze ans plus tôt, il ne put s'empêcher de demander au garçon sa date de naissance. « Le neuf janvier mil neuf cent soixante », lui répondit-il… la réponse confirmait ses suppositions. Bien qu'il ne se souvint plus au juste de la date exacte de la manifestation, il savait que c'était au début du mois de janvier. Depuis, elle attendait patiemment la visite de celui auquel elle était destinée.

L'objet était l'un, sinon le plus précieux qu'il ait jamais eu dans sa boutique, mais la mère n'avait pas l'air de rouler sur l'or. Sa décision fut vite prise. La baguette d'ébène ne choisirait de toute façon jamais personne d'autre, elle l'avait démontré assez clairement, et Ollivander était un commerçant prospère, et un homme riche. Il demanda à Eileen le même prix que l'homme avait payé pour la baguette de la fillette rousse. Si le jeune sorcier devenait un jour un mage reconnu, il pourrait toujours se vanter de lui avoir vendu sa baguette…

Pendant les sept premières années après sa naissance, elle avait, en quelque sorte, dormi. Jamais elle n'avait ressenti le besoin de se lier à quiconque. Même son créateur, d'ailleurs, n'avait pas l'air de penser qu'elle pourrait un jour trouver un sorcier digne d'elle. Un jour pourtant, elle avait senti que quelque chose avait changé, elle s'était réveillée de son long sommeil, scintillante et pleine d'espoir, puis peu à peu, elle était retombée dans sa léthargie. Jusqu'à ce jour, vingt-sept ans plus tôt, où elle avait enfin reconnu celui à qui elle était destinée depuis toujours.

Depuis qu'elle était enfin complète et qu'elle avait acquis cette forme de conscience que même ceux qui les fabriquent ne pouvaient vraiment expliquer, elle l'avait attendu, espéré. La symbiose entre eux avait été totale dès leur réunion. Ni l'un ni l'autre n'avaient eu besoin d'une quelconque période d'adaptation, c'était comme s'ils se retrouvaient enfin après une longue séparation. Jamais plus ils ne s'étaient quittés, elle faisait partie de lui, et même si elle savait qu'il aurait souvent pu se passer d'elle, il ne l'avait jamais abandonnée.

Ils avaient tout partagé, des sorts les plus anodins aux impardonnables, ils avaient connu le pire et le meilleur ensemble. Ils avaient guéri, souvent. Ils avaient tué, parfois. Ils avaient aussi torturé, à contrecœur, lorsque Severus ne pouvait l'éviter, mais ni l'un ni l'autre n'étaient bons à cet exercice. La volonté du sorcier n'y était pas, elle le sentait, et elle retenait alors sa puissance. Peu importaient à son possesseur les moqueries, ils savaient tous les deux que s'ils l'avaient voulu, leur puissance conjuguée aurait pu surpasser celle de n'importe lequel d'entre leurs détracteurs ! Elle ne reconnaissait que deux pouvoirs supérieurs au leur, et l'un d'eux ne l'était que parce que renforcé par un sort noir d'une puissance presque indestructible. Et pourtant…

Ni l'un ni l'autre n'avait vraiment eu de mérite à tuer le maître de la baguette de sureau. Il s'était livré à eux sans résistance. Mais tous deux savaient que même désarmé, il aurait pu les anéantir tous, au sommet de cette tour, s'il n'avait été aussi amoindri par les épreuves des derniers mois. C'était lui qui avait voulu ce dénouement, et l'Avada Kedavra lancé sans volonté réelle n'aurait pas suffi si le vieux mage avait émis ne serait-ce qu'une tentative de résistance. Un simple bouclier lancé même sans baguette aurait pu le contrer. Mais de cela, personne ne s'était jamais avisé.

Elle savait, ils savaient tous les deux, qu'ils ne pourraient pas venir à bout de Voldemort tant que tous les Horcruxes ne seraient pas détruits. Lui, savait aussi que ce ne serait certainement pas lui qui la tiendrait lorsqu'elle aurait à affronter le Mage noir, et leur symbiose était telle qu'il avait réussi à… la programmer, en quelque sorte, auraient dit un Moldu, pour que même après sa mort, elle obéisse à sa volonté, lorsque le garçon à qui il l'avait transmise affronterait le Seigneur des Ténèbres. Severus savait que Harry ne prononcerait jamais l'Impardonnable… L'Expelliarmus du jeune homme avait été le signal quelle attendait, pour repousser et retourner le sort de Mort vers celui qui l'avait lancé, et cette fois-ci, la volonté qu'avait implantée Severus en elle, était si forte, que rien ne pourrait l'arrêter.

Personne ne saurait jamais que Harry Potter n'avait été que la main de Severus Snape dans ce dernier affrontement.

Elle s'était résignée à servir son nouveau maître au mieux, c'était la volonté de Severus. Mais si les baguettes avaient pu s'exprimer, elle aurait hurlé de bonheur, lorsque Harry avait décidé de la rendre à son sorcier, après qu'elle ait réussi à réparer sa propre baguette. Après avoir ressenti l'hésitation du jeune homme à la garder, elle y avait mis tout son pouvoir, renforçant par là-même ceux de la baguette de houx, ainsi serait-elle peut-être rendue à celui qu'elle avait attendu pendant de si longues années. Remus Lupin avait été le dernier à la toucher, après que lui et Poppy Pomfresh aient fini de prendre soin de leur ami, c'était lui qui l'avait glissée une dernière fois à la place qui avait toujours été la sienne, contre son bras gauche, désormais délivré de la Marque des Ténèbres.

Elle était celle qui avait vaincu Voldemort, et personne ne saurait jamais, que c'étaient les pouvoirs de son bois et de son cœur conjugués qui avaient réussi ensemble, après la mort du Lord noir, à effacer la marque infamante des Ténèbres sur son avant-bras. Severus avait vaincu sa part d'ombre et gagné sa rédemption, c'est dans la Lumière qu'il allait enfin pouvoir se reposer. Et elle resterait à ses côtés.

A jamais.

TBC


Je vous souhaite à tou(te)s de très bonnes fêtes de fin d'année !
(Un petit commentaire, serait un merveilleux cadeau… ?^^)