En publiant ceci, je n'ai envie de dire qu'une seule chose : Oh mon Dieu ! Cela fait longtemps que je n'ai rien publié ici, si longtemps que je m'étonne encore de savoir comment on fait !

Saurez-vous me pardonner ? Tout n'est pas de ma faute. En vérité, c'est plutôt celle de mes profs qui m'ont accablée de devoirs, d'examens, de révisions, j'en passe et des meilleures. Ce qui fait que j'ai été surchargée – sans compter une grippe et une conjonctivite, youpi – et que les rares moments libres que j'ai eu ont été dédiées à d'autres activités, en égoïste que je suis, et qui se repend terriblement.

Toutefois, j'ai récemment repris de la motivation – et eu un peu de temps – pour reprendre mon activité fanfictionnelle, et je suis retombée sur un vieux texte à peine commencé, pas mal ébauché mais pas du tout au top niveau, que j'ai retouché, et que vous avez ici.

Ayant écrit un (assez long) Destiel la dernière fois, je vous offre ici un petit Sabriel. Enfin, petit… Tout est question de point de vue. Ceci était supposé être un OS au départ. (Oui, je sais.) Sauf que mon imagination ayant pris le pouvoir sur mon sens des réalités, il est devenu un peu trop long pour faire un OS. J'ai donc décidé que ceci serait un two-shot.

Je tiens ici à remercier deux personnes grâce à qui cet écrit a pu être réalisé et posté : Marianclea, qui, même si le Sabriel n'est pas sa tasse de thé, m'a encouragée durant ces longs mois à réécrire et reposter, qui me disait qu'elle espérait me lire de nouveau : je pense que si elle n'avait pas été là, j'aurais peut-être perdu la motivation; et Plume-now, car c'est elle qui m'a encouragée à écrire au tout début, et que l'autre jour, son message où elle m'a dit que mes écrits lui manquaient (et, accessoirement, que je lui manquais, et que je suis, je cite, « son auteur préféré », ce qui fait toujours plaisir !) m'a donné un vrai coup de fouet : c'est là que je me suis dit « mais vas-y, fonce, t'attends quoi, le déluge ? » Merci à vous deux, énormément, de ne m'avoir jamais lâchée, et de m'avoir toujours encouragée. Cet écrit vous est dédié.

Enfin, que dire de plus ? Euh, que rien ne m'appartient, excepté (peut-être) l'histoire. Que cette histoire met en scène des relations entre hommes, donc, si vous êtes homophobes ou que cela vous dérange, la croix rouge en haut à droite vous sauvera peut-être.

Et enfin, avant tout…

Bonne lecture à tous, et n'oubliez pas la review !


Stalker


Partie I :

Every Single Day - Chaque Jour Qui Passe


Every breath you take
And every move you make
Every bond you break, every step you take
I'll be watching you
Every single day
And every word you say
Every game you play, every night you stay
I'll be watching you

Every Breath You Take, Police


Tout commença presque innocemment. Comme un jeu. Rien de plus qu'un jeu. Sauf que le problème, c'est qu'à force de jouer, on oublie les limites. On se laisse happer. On tombe droit dans le piège.

Et on ne s'en rend compte que trop tard.

C'était ce qui se produisit avec Gabriel.

Gabriel, archange du Seigneur en fuite, Trickster d'adoption, dieu païen quand ça lui chantait, s'était amusé, par le passé, avec une jubilation à la limite de la fascination, à jouer tour pendable sur tour pendable aux très célèbres et très énervants frères Winchester.

Dean, l'aîné, éternel macho, accro au sexe et à la gâchette, accompagné de son ange en trench-coat, le petit Castiel fou amoureux de lui.

Et Sam, le cadet, chasseur de créatures surnaturelles par obligation et par dépit, vaisseau de Lucifer, buveur de sang de démon à ses heures.

Il les avait ligués l'un contre l'autre, il les avait enfermés dans une boucle temporelle, puis dans le monde de la télé.

Ce qui ne voulait pas dire qu'il ne les appréciait pas. Ses deux humains étaient passionnants. Bordel, il était même mort pour sauver leurs petites fesses répugnantes ! Bon, OK, il n'était pas mort à proprement parler, puisqu'il était parvenu à embrouiller Lucifer.

Mais il leur avait fourni ce qu'ils voulaient : de l'aide. Un moyen d'arrêter l'Apocalypse.

Aussi, lorsqu'il avait fait son grand retour, avec feu d'artifices et paillettes à l'appui (on est Trickster ou on ne l'est pas, après tout), Gabriel avait estimé qu'il était largement autorisé à les embêter.

Rien qu'un peu.

Ce n'était pas comme ça allait engendrer une catastrophe. Ou quoi que ce soit du genre. Un Trickster ne se fait pas piéger par des conséquences malencontreuses.

Et il s'était pas mal déchaîné au départ, il devait l'avouer. Sur Dean, sur sa précieuse et ridicule voiture, sur Castiel, sur Sam.

Puis, un jour, pris d'une inspiration subite, il fit une petite plaisanterie au cadet.

Innocente.

Inoffensive.

Du moins, c'était ce qu'il croyait.


Il s'ennuyait comme un rat mort, ce jour-là. Il faut dire que l'immortalité, c'est bien joli, mais au bout d'un moment, les activités viennent à manquer. Quelqu'un de plus intellectuel que Gabriel y aurait trouvé son compte, par exemple, en passant sa vie à lire des traités de truc et de machin, à apprendre de nouvelles choses, partir à l'aventure, Père savait quoi encore.

Mais Gabriel n'était absolument pas de ce genre-là. A quoi servait d'apprendre des choses si, de par votre nature d'Archange, vous les connaissiez déjà, hein ? L'aventure, très peu pour lui. Lire, ça allait deux minutes – surtout au vingt-et-unième siècle, capable de vous sortir des choses aussi insipides que futiles et débordantes d'âneries.

Donc, Gabriel s'ennuyait. Profondément. Sérieusement. Pour être honnête, il s'ennuyait depuis un bon bout de temps déjà – oh, quelques années. Juste assez pour adopter un chien, commencer à se mêler de politique ou jouer à Candy Crush Saga pendant dix-huit jours d'affilée.

Bref, il était tombé bien bas, réalisait-t-il.

Et puis – et puis d'énervement il donna un coup de pied dans son étagère, d'où tomba un livre intitulé Supernatural.

Gabriel cligna des yeux, surpris. Il avait acheté la série de livres un jour, pour s'amuser – les Winchester n'étaient-ils pas ses victimes favorites ? Il s'était distrait en ajoutant des commentaires de son cru dans les marges des livres – et il en avait à dire, et surtout à reprocher, ce qui faisait que ses commentaires étaient plus longs que les livres eux-mêmes.

En voyant donc ce livre tombé providentiellement à ses pieds, Gabriel, les larmes aux yeux – ou presque – reconnut un signe du Destin. Il devait embêter les Winchester – c'était son devoir.

Ou, à défaut, une distraction qui durerait une petite journée. Au point où il en était, vingt-quatre heures constituaient un répit sur lequel il ne cracherait pas.

Il avisa la couverture, qui représentait – très mal, l'édition n'était plus ce qu'elle était – une espèce de grande bringue musclée coiffée de ce qui ressemblait à un écureuil fauché dans un tragique accident de voiture.

Soit. Ce serait donc Sam.

Si Gabriel avait su, ou seulement pu supposer, ce qui allait advenir à cause de ce livre, il n'aurait probablement pas été si ravi.


Ce fut une blague un peu minable, sincèrement – Gabriel devrait l'admettre, par la suite – mais sur le coup, elle lui parut si drôle qu'il n'y prêta guère d'attention.

Ce qui était drôle, surtout, c'était que – c'était Sam Winchester.

Le pauvre chasseur fut poursuivi toute la journée par des gémissements féminins plus que suggestifs (Oh Sam, oui Sam, pile là, Sam, oui oui oui, ooooooooh) qui sortaient de son ordinateur, son portable (qui comme par hasard ne cessa de sonner toute la journée), son réveille-matin, la radio et toutes sortes d'accessoires du même acabit – le tout, sous le regard à la fois suspicieux, amusé et dégoûté de Dean, l'étonnement de Castiel (Sam, que fait l'amie du livreur de pizza dans ton téléphone ?) et les rougissements de Sam.

Sérieusement, Sam tirait une telle tête que Gabriel trouva vraiment très dommage de ne pas avoir eu d'appareil photo sous la main pour immortaliser le moment et le placer dans son dossier Mes meilleures blagues.

Qu'à cela ne tienne. Il suffisait de refaire une blague du même acabit.

Hé. A Gabriel rien n'est impossible. D'abord.


C'était ainsi que naquit une deuxième plaisanterie quelconque, une histoire d'objets sauteurs qui fuyaient perpétuellement loin du Winchester cadet, mais dont Gabriel conserva au final relativement peu de souvenirs. Ce qui le marqua nettement plus, en revanche, ce fut la splendide bitch-face dégainée par Sam. Une bitch-face épique qu'il se fit fait un malin plaisir à photographier à l'insu du pauvre chasseur.

Avant de constater, perplexe, que ce n'était pas du tout la même bitch-face que la fois précédente.

Une seconde.

OK. Il en avait combien, des bitch-face, en tout ?


Gabriel se prit alors au jeu de les compter, et donc, de continuer de les photographier une par une afin de n'en manquer ni n'en confondre aucune. Il provoqua pour cela plusieurs petits incidents mineurs, quelques plaisanteries, et une ou deux coïncidences malheureuses.

Et avant même de comprendre ce qu'il faisait, il avait démarré une collection.

On lui avait toujours dit qu'il ne savait pas s'arrêter. C'était probablement vrai. Mais c'était si amusant !

En constatant que Sam faisait ses plus magnifiques têtes de cochon lorsqu'il était boudeur ou fâché, l'archange s'amusa alors à le faire sortir de ses gonds, ce à quoi il parvenait étonnamment bien. Même si parfois il déglutissait péniblement en se demandant s'il n'était pas allé un petit peu trop loin, vu la tête que tirait Sam. Sauf que comme il n'était pas censé avoir de scrupules, Gabriel en faisait inévitablement fi et poursuivait son bonhomme de chemin avec gaieté.

Jusqu'à ce qu'il pourrisse définitivement la vie de Sam.

Gabriel vit, ce soir-là.

Il réalisa les dégâts qu'il avait causés, et rabaissa l'appareil photo.

Sam avait l'air si épuisé, et surtout triste, tellement triste, et seul et malheureux, que l'Archange se sentit véritablement très mal.

Peut-être n'aurait-il pas dû aller aussi loin. Il harcelait le chasseur qui n'était déjà pas très heureux dans sa vie, tout ça pour une collection ridicule. Il réalisa avec effroi ce qu'il avait réellement été ces dernières semaines – horriblement cruel. Ni plus, ni moins.

Alors, il prit tout de même une photo, au final. Pour se rappeler ce qu'il avait fait.

Et puis il eut envie – brusquement, de façon presque compulsive – de se rattraper, rien qu'un peu, et il « offrit » à Sam un billet (c'est-à-dire qu'il le déposa là dans le motel, comme si un client l'avait oublié) pour un spectacle que le chasseur mourrait d'envie d'aller voir et qui était hors de sa portée, tout en influençant Dean pour qu'il laisse le chasseur y aller.

Hop, une photo.

Pourquoi une photo ?

Parce que Sam, comme il venait de le découvrir, avait un sourire qui illuminait toute la pièce. Parce qu'il avait l'air vraiment heureux. Et que Gabriel se sentait fier et… un peu ravi aussi, que ce soit lui qui l'ait déclenché. Même si Sam l'ignorait.


Cela devint une petite obsession, dès lors. Faciliter la vie à Sam. Le rendre un peu heureux. Dégommer les créatures qui pourraient le tuer, faire passer son film préféré à la télé, bloquer l'Impala dans une ville où se déroulait précisément l'attraction qu'il souhaitait voir, rendre son café du matin absolument parfait, réchauffer l'eau de sa douche, rendre Dean plus aimable de bon matin… Gabriel faisait tout ça, juste pour le plaisir, sans même y songer, et voir Sam apaisé et heureux était vraiment une chouette récompense.

Bien sûr, ça impliquait qu'il devait apprendre à connaître un peu mieux le chasseur. Que savait-il de ses passions, de ses livres préférés, de ses préférences culinaires ? Pas grand-chose, au final. Passer quelques instants avec lui, de temps en temps, lui permettait d'enrichir son savoir sur le sujet pour au final être meilleur et plus précis dans ses petits cadeaux.

Il ne se rendit compte que tard, très tard, que, plus le temps s'écoulait, plus il passait de temps avec Sam, invisible, derrière lui.

Au point parfois d'y rester plusieurs heures.

Presque la journée.

Il commençait à se passionner pour la vie du chasseur, à s'en sentir partie intégrante même si, en réalité, il était juste là sans que personne le sache. C'était presque un peu frustrant et, en même temps, bizarrement rassurant.

Au bout d'un moment, Gabriel qualifiait sa journée de satisfaisante si Sam avait eu une bonne journée également. De très satisfaisante si Sam avait souri. D'exceptionnelle si Sam avait ri et était heureux. Et Gabriel se sentait de plus en plus simplement content d'être juste assis là, à côté de lui, sur le canapé, et de regarder un film en même temps que lui.

Sa vie était en train de se résumer à Sam Winchester.

A ce stade-là, toutes les alarmes que Gabriel possédait, et qui se déclenchaient environ deux fois par millénaire lorsqu'une guerre entre dieux païens allait se déclencher ou que sa copine allait le larguer, se mirent hurler, tintinnabuler, criailler, biper, carillonner, résonner avec la force d'une alerte rouge.

Pour une nébuleuse raison, Gabriel n'y prêta strictement aucune attention. Décidant purement et simplement de les ignorer – chose à laquelle il était très fort, et qui traduisait finalement une certaine ressemblance avec la famille Winchester dont la règle numéro une était Si ça ne va pas, fais semblant que tout va bien.

Ce qui, lorsqu'on est un archange/Trickster/dieu païen immature, irresponsable et insouciant (ou presque), signifie quasiment la fin du monde.

Sans mauvais jeu de mots, évidemment.

Quoique.

Au bout de quelques mois de ce traitement, Gabriel en était venu à négliger complètement son business de Trickster sans en ressentir la moindre honte. Une partie de lui devait probablement considérer que Sam était plus important, même si cette partie en question devait avoir pété un boulon. Mais puisque sa raison s'était manifestement fait la malle aux Caraïbes, Gabriel n'y vit naturellement aucun inconvénient, jugea que c'était la chose la plus évidente du monde et que son job pouvait bien attendre.

(Là, il aurait probablement dû réaliser qu'il était dans une merde plus noire et plus profonde que le gouffre des Enfers. Mais non.)

Bon, d'accord, ce n'était pas vrai. Il n'avait rien compris à ce qui s'était passé et rageait intérieurement. Pourtant il ne pouvait s'empêcher, chaque jour, de revenir voir Sam, de prendre photo sur photo de lui, et de se sentir bien.

Il ignorait ce que Sam lui avait fait, et pourquoi, et comment, et quand.

Ça avait été progressif, en fait. De la simple et jouissive sensation d'être utile, il avait eu ensuite l'impression de se racheter pour tout ce qu'il avait fait à Sam, avant d'apprendre à connaître ce dernier, et de commencer à l'apprécier.

Ce qui avait été une surprise.

Bon, il avait toujours bien aimé Sam. En réalité, dès leur première rencontre, il lui avait plu, ce grand dadais qui le regardait avec fascination. Quand bien même il était le futur vaisseau de Lucifer. Lorsqu'ils s'étaient revus par la suite, sa force, sa loyauté et sa détermination lui avaient tout autant plu.

Quelque part, Sam avait représenté, à ce moment-là, tout ce que Gabriel aurait aimé être et qu'il ne serait jamais. Ce pour quoi il n'avait pu s'empêcher d'apprécier le chasseur – mais d'apprécier dans le sens d'admirer, de reconnaître ses qualités.

Sauf que là, c'était différent.

Il avait d'abord apprécié ses sourires. Puis son humour. Puis ses goûts, constatant qu'ils en avaient plus en commun qu'il ne le pensait – les livres, par exemple, leurs opinions sur certaines choses, et les cupcakes trois chocolats. Puis son attitude, son caractère, ses petites réflexions, ses rêves et ses espoirs, pour finir par apprécier l'homme dans son entier.

Gabriel était fortement tenté de dire qu'il connaissait Sam. Qu'il le connaissait vraiment bien. Mais il craignait de se montrer présomptueux. Sam était un coffre au trésor illimité, dont il faudrait une éternité pour découvrir les moindres facettes – du moins, le voyait-il ainsi. C'était ce qui avait, petit à petit, entraîné Gabriel à être de plus en plus présent à ses côtés le jour, pour l'observer, pour en apprendre plus. Sam était fascinant.

D'objet d'étude, il était devenu objet d'intérêt, puis plus du tout un objet mais tout simplement un être captivant qui, plus que sa curiosité, éveillait d'autres choses en Gabriel.

Il avait commencé à se sentir très étrange.

Déjà, il ne pouvait s'empêcher de prendre perpétuellement Sam en photo. C'était plutôt étrange, en fait. Mais il aimait fixer les sourires de Sam sur papier, puis trier et admirer les clichés, pour s'en régaler, comme s'il faisait une collection de Sam plutôt qu'une collection de photos de Sam.

A force de prendre Sam en photo, d'être à ses côtés toute la journée et d'en apprendre plus sur lui que n'importe qui d'autre, Gabriel avait probablement dû finir par le considérer comme lui appartenant. Il avait très mal supporté que cette blondasse s'approche du chasseur. Très très mal. Après tout, lui, il rendait Sam heureux. Elle ne le pourrait jamais, elle. Donc, elle n'avait rien à faire là et puis c'était tout.

Gabriel avait conscience de la faiblesse de son raisonnement, mais il n'avait pas souhaité s'y attarder plus que ça. Pas plus que sur sa soudaine montée d'adrénaline, sur le sang bouillant dans ses veines, sur sa drôle de sensation dans son ventre ou tous ses autres étranges symptômes.

De la même manière, il en était venu à détester tout ce qui causait de près ou de loin du souci, du tracas ou de la peine au chasseur, et devait se retenir de faire exploser en vol tous ces inopportuns. Dean en tête de liste.

Gabriel s'était attaché à Sam, vraiment, qu'il avait découvert généreux, sensible, intelligent, mais aussi fougueux, passionné, têtu. Quelqu'un qu'il aimerait fréquenter tous les jours – quelqu'un qu'il appréciait vraiment – quelqu'un auprès de qui il ne s'ennuyait jamais – quelqu'un auprès de qui il aurait aimé être.

Et il ne souhaitait pas en savoir plus sur le sujet. Vraiment pas.

C'était déjà trop. Plus qu'il n'était capable d'en assumer, quelque part.

Pourtant cela advint, inévitablement.

Il faut bien un jour qu'on ouvre les yeux, qu'on réalise ce qu'il en est vraiment, et que l'on se rende compte que chacune de nos actions, depuis le début, a mené à ça; qu'on en est l'unique responsable, qu'on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes, qu'on s'est piégé tout seul et que, pire, on n'est pas tout à fait sûr de détester ça, même si on hait toute cette sensation du début à la fin et qu'on voudrait y renoncer sans le pouvoir.

Voilà ce que c'est, de jouer.


Gabriel réalisa dans quel piège il était tombé au juste le jour où il décida d'aller veiller sur Sam la nuit – un fantôme traînait dans le secteur, on ne savait jamais, hmm ?

Oh, et puis Sam qui dormait, ce devait être génial à voir.

D'accord, en fait, il réalisa ça plutôt une nuit.

C'était une nuit douce, fraîche mais pas trop, calme, sereine – et pourtant elle paraissait lourde à Gabriel, lourde de sens, lourde de non-dits, lourde de révélations.

Il n'avait jamais trop aimé faire le guet – surveiller qu'il ne se passe rien, attendre que le temps passe, tout ça. Jadis, lorsque son Père l'avait collé de surveillance au Jardin d'Eden – pour lui apprendre les vertus de la patience et de la vigilance, et parce que tous ceux de la Garnison y passaient à un moment ou à un autre, même s'ils n'aimaient pas ça – il s'était ennuyé à en périr, mais avait dû maintenir son attention, car c'était comme par hasard à une époque où les Leviathans faisaient rage.

Pourtant, ce jour-là (cette nuit-là), Gabriel réalisa que cela ne lui posait comme qui dirait aucun problème.

Ou plus exactement, que Sam exerçait sur lui une telle attraction qu'il passait plus de temps à l'observer qu'à surveiller.

C'était un beau spectacle de le voir dormir, paisiblement, de le voir s'éloigner des horreurs de sa vie et montrer au grand jour tout ce qu'il s'efforçait de dissimuler au monde entier pour faire comme son frère qui était si fort : son innocence, sa foi, sa générosité, ses regrets, ses déceptions. Gabriel voyait tout ça, et il le comprenait, Seigneur qu'il le comprenait. Et il avait envie de connaître encore davantage ce Sam plus ou moins bien caché, de le préserver, de lui montrer que, peut-être…

De lui montrer quoi ?

C'était une idée encore confuse, volatile, qui lui échappait comme de l'eau qu'il tiendrait dans ses mains – et qui devint claire en un seul instant.

En remettant une mèche de Sam en place.

Oh, que ses cheveux étaient doux – et sa peau, douce, lisse, parfaite – et ses yeux, qu'est-ce qu'il les aimait lorsqu'ils étaient ouverts – et tout son corps, fort, puissant, chaud, attirant – et ses lèvres, Dieu, ses lèvres, qui paraissaient si douces, si pulpeuses, qu'il aimait voir sourire, qu'il adorerait avoir contre les siennes – et…

Il se figea en plein mouvement, sa main caressant la joue de Sam avec la légèreté d'une plume, la révélation le frappant avec la brutalité et le potentiel de destruction d'un boulet de canon.

Amoureux.

Tout se résumait à ce mot, ce seul mot, ce mot redouté, ce mot banni de son vocabulaire, ce mot attendu comme jamais dans sa jeunesse et repoussé le plus loin possible après.

Fou amoureux.

Cette chose qu'il ne voulait pas. Parce qu'il ne pouvait pas, il ne savait pas, il ne maîtrisait pas ce que c'était.

Fou amoureux de lui.

Il n'était juste pas capable. Pas capable d'assumer, pas capable d'être celui qu'il fallait, pas capable d'y jouer.

Fou amoureux de Sam Winchester.

Depuis quand ? Comment ? Pourquoi ? Mais était-ce important, finalement ?

Amoureux.

Pris de terreur par ce qu'il était, par ce que c'était, par ce que ça représentait, Gabriel s'envola.


A suivre…

(Est-ce que vous avez aimé ? détesté ?

Est-ce que vous me détestez ?

Quoi qu'il en soit, reviewez,

Et ensuite… vous verrez !)