+1.

John n'avait pas eu le temps de se tracasser, de s'inquiéter et de réfléchir sur la faiblesse momentanée qu'il avait ressentie en observant Sherlock sur le canapé (sur le fait qu'il avait rêvé de ce long cou blanc, de son nez enfoncé dans les boucles noires, de doigts curieux parcourant son corps). Lestrade avait appelé (appelé, pas écrit, c'était assez sérieux) et soufflé le mot poseur de bombes. Ils avaient enfilé leurs manteaux et s'étaient retrouvés à la porte en un rien de temps, les yeux de John aux aguets.

Personne n'avait entendu le mot Moriarty durant ces quatre derniers mois, personne n'osait ne serait-ce que le souffler, comme si le simple fait de le mentionner allait le faire apparaitre dans l'air. Il avait été en train de lécher ses blessures quelque part, mais personne n'avait la moindre idée d'où il avait bien pu se cacher.

Lestrade les avait prévenus que ce pouvait être un imitateur. Il n'y avait aucune raison de sauter aux conclusions. Le fait que le poseur de bombe ait pris contact avec la police plutôt qu'avec Sherlock était un bon signe en leur faveur. Le blog de John avait effectivement un lectorat assez élevé, et il n'était pas inconcevable que quelqu'un ait aimé ce que Moriarty avait mis sur pied et ait voulu essayer par lui-même. John avait bien vu le regard de Sherlock quelques mois plus tôt lorsque tous les ennuis leurs étaient tombés dessus les uns après les autres. Un plaisir immense. Ce que John observa cette fois-ci ne s'en approchait pas du tout. Angoisse. Effroi.

Mais Sherlock avait résolu l'affaire moins de trois pas après avoir quitté Scotland Yard.

Ils chassèrent l'imitateur et ses associés dans tout Londres pendant deux jours. Une fois qu'ils réussirent à le mettre en garde à vue, John les força à rentrer à la maison. Il n'avait pas dormi durant ces deux jours, mais c'était Sherlock qu'il avait l'air fatigué, épuisé même (assez pour eux deux). John avait éteint le portable de Sherlock, tout comme il avait éteint le sien lorsque Lestrade avait essayé de mettre la main sur lui à la place du détective, et il avait presque dû trainer Sherlock jusqu'au 221b et à travers l'appartement jusqu'à la chambre du brun.

"John, s'il-te-plait." entendit-il Sherlock dire rapidement. Le détective ne lui faisait pas face, mais John pouvait le voir agripper les draps à deux mains. "Ne pars pas." Il laissa échapper un juron devant sa propre nervosité. "Je veux savoir où tu te trouves."

Il n'avait fallu que ça. Moriarty n'avait même pas eu à montrer son visage pour mettre leur vie sans dessus dessous. Cela bouffait John de l'intérieur, de voir que ça pouvait atteindre Sherlock, et sans même citer un nom. Il enleva ses chaussures, éteignit la lumière et se glissa sans un mot sous les couvertures près de Sherlock.

Lorsque le docteur ouvrit les yeux, Sherlock était déjà éveillé. Face à face avec lui, depuis Dieu savait combien de temps, sans même respirer assez fort pour le déranger. John cligna des yeux pour éloigner le sommeil, histoire d'être sûr que ce n'était pas le dernier vestige d'un rêve. Et Sherlock ne détourna pas le regard; il ne fronça même pas les sourcils, ou indiqua d'une façon ou d'une autre qu'il était conscient que John le regardait.

Selon toute vraisemblance, il aurait probablement dû se sentir gêné. Horrifié même, vu la réaction qu'il avait eu à observer Sherlock dans son sommeil quelques jours plus tôt. Mais ce ne fut as ce qui vint en premier lieu. C'était différent de voir Sherlock lui rendre son regard, ses yeux bleus dans la lumière du matin, inébranlables et graves. La culpabilité ou l'embarras ne firent pas leur apparition.

Cette révélation fit battre le cœur de John dans sa gorge. Sa langue passa une fois distraitement sur ses lèvres (personne ne prononçait mot, devait-il dire quelque chose ?). Il était nerveux, oui, mais –

La main de John fit son apparition de dessous les couvertures, et les yeux de Sherlock la suivirent un instant avant de revenir sur le visage de son colocataire. Enhardi, John passa une fois ses doigts dans la frange de Sherlock. Soupirant par le nez, le brun laissa ses yeux se fermer. Et donc John le fit à nouveau, passant sans relâche ses doigts dans les cheveux du détective.

Il était stupide, et il était fou. Ses yeux dérivèrent inévitablement vers la courbe que formait le cou de Sherlock (oh mon dieu), et il était fou mais tout à coup il se retrouva sur un coude, se penchant vers lui.

Les yeux de Sherlock s'ouvrirent brusquement face au mouvement, et John ouvrit délicatement le col de sa chemise, se pencha un peu plus et l'embrassa dans le cou. Un test au premier abord, mais lorsque personne ne prononça mot (devait-il dire quelque chose ?) John recommença. Un autre baiser plus haut dans le cou, bouche ouverte et persistante. Une bouffée d'un souffle chaud et prudent, et soudain John ne put s'arrêter. Ravissant le cou de Sherlock avec ses lèvres, incapable de résister à l'envie de faire courir sa langue sur sa pomme d'Adam, qui bougea soudainement lorsqu'il s'exécuta.

John pressa son nez juste sous l'oreille du détective, embrassa le creux de sa mâchoire, respira son odeur (comme des draps froissés, comme de longues nuits d'inquiétude), y resta pendant ce qui sembla être une éternité. Ecouta, jusqu'à ce que les lèvres de Sherlock ne s'écartent pour dire quelque chose (oh je t'en prie, ne dis rien).

Fou.

Il ne regarda pas Sherlock dans les yeux lorsqu'il bougea. Il savait que le brun l'observait et il savait pertinemment qu'il perdrait son sang froid s'il voyait ces yeux le fixer. A la place il fixa donc les lèvres de Sherlock et les embrassa à pleine bouche.

Il devait avoir fait quelque chose de bien car les main de Sherlock étaient serrées à l'arrière de sa tête et le rapprochaient un peu plus. Tout n'était que dents, langues et bouches ouvertes se battant pour avoir le dessus. John gagna (hauteur), sa langue pénétrant la bouche de Sherlock et revendiquant tout sur son passage (c'est à moi, ça aussi). Et Sherlock le laissa faire (pour cette fois).

John n'était pas vraiment contre l'idée de se réveiller de cette façon tous les matins.


Et voilà, dernier chapitre de cette histoire ! Je suis désolée pour le retard, j'ai été un peu occupée cette semaine.

Merci à tous d'avoir suivi et commenté, je suis ravie de voir que vous avez aimé :D (je transmettrais les avis positifs à l'auteur ;) )

Bonne soirée et à la prochaine pour une nouvelle traduction !