Quand Gabriel ouvrit les yeux, il mit un moment à réaliser où il se trouvait – le bunker du ferrailleur. Puis il lui fallut un autre moment pour comprendre pourquoi sa psyché lui faisait l'impression d'une chambre en bazar.

Et pour identifier les traces de magie laissées derrière par celui qui s'était donné du mal pour ranger.

C'est pour le coup qu'il regrettait de ne pas pouvoir mourir sur place.

Bon, ben, inutile de te voiler la face. Autant monter à l'échafaud avec un grand sourire, hein ? La grâce du condamné et tout ça.

Il se leva du lit et sortit de la pièce. Chaque marche qu'il lui fallut monter lui donna l'impression d'avoir des jambes en plomb, mais malheureusement, il eut beau adopter une vitesse d'escargot arthritique, il n'en arriva pas moins trop vite en haut.

Bien entendu, les trois branques de chasseurs étaient là, et Castiel aussi. Il n'y avait qu'eux en revanche.

« Hela est partie ? »

Sa voix lui fit l'effet d'un croassement de charnière mal huilée. Castiel fixait délibérément le mur.

« Dionysos a décidé de la raccompagner. C'était… plus prudent. »

Oh. Déjà ça de pris, au moins. Gabriel avala sa salive, laquelle descendit douloureusement le long de sa gorge sèche.

« Okay. Alors… j'imagine que tu veux parler ? »

Castiel refusait toujours de le regarder.

« Je ne sais pas par où commencer. Je ne sais même pas ce que je veux dire… mère. »

La brutale nausée qui saisit Gabriel en plein dans l'estomac était aussi violente qu'inattendue, et il ne put s'empêcher de se plier en deux sous l'assaut.

« Merde ! Ça va ? »

Il repoussa les mains bien intentionnées de Sam Winchester, moins gentiment que prévu, tremblant comme une feuille saisie dans la bourrasque.

« Je survivrais » haleta-t-il, ses yeux le picotant. « Mais… ne m'appelle pas comme ça. »

Il ne pouvait pas entendre ça. Il ne pouvait pas entendre ça. Juste non. Pas sans se rappeler comment il avait gagné ce titre. La douleur. La honte.

« Pardon. »

L'angelot avait dit ça d'une voix presque inaudible, le regard bleu de son véhicule encore plus brillant que d'habitude à cause de la pellicule liquide recouvrant ses globes oculaires.

En deux pas, Gabriel fut sur lui.

« Oh non – ne pleure pas, s'il te plaît. »

« Je ne pleure pas » rétorqua Castiel sans convaincre personne.

Un claquement de doigts plus tard, Gabriel lui fourrait un paquet de mouchoirs dans les mains. Le gosse se contenta de les zyeuter comme une poule détaillerait un couteau.

« Ne pleure pas » répéta Gabriel, « parce que si tu t'y mets, je sens que je vais faire la même chose, et ça me fait toujours le nez qui coule, des yeux rouges et une migraine pas possible. »

Mais Castiel avait toujours l'air si petit, si malheureux, et l'Archange ne pouvait pas supporter cette expression à un niveau si viscéral que ça devenait odieusement physique.

Il le prit dans ses bras, sentant l'imper crasseux frotter contre le coton de son t-shirt, avec toute l'aisance de qui a régulièrement, fréquemment pratiqué avec ses enfants.

« S'il te plaît, ne pleure pas. »

C'était plus une prière qu'une demande, à ce stade. En guise de réponse, l'angelot eut un petit hoquet brisé et enfouit son visage dans l'épaule de Gabriel.

Un mélange à vous donner le vertige de malaise et de soulagement tournoyait dans la poitrine de l'Archange. Non, il n'allait tout de même pas dégobiller, de quoi il aurait l'air ?

Et maintenant, voilà que sa vision se brouillait. Il l'avait pourtant dit, qu'il ne voulait pas chialer ! Bon, apparemment inévitable. Migraine, me voilà.

Mais d'un autre côté, peut-être n'était-ce pas si cher payé, songea-t-il en se concentrant sur Castiel qui tremblait dans son étreinte.

Merci à tous ceux et toutes celles qui ont pris la peine de lire, commenter, suivre et mettre en favori cette histoire.

Restez à l'affût pour le troisième et dernier volet de l'histoire, It's All About Blood: Rise of the Archangels.