CHAPITRE 9: De Sisyphe à Perséphone:

Résumé du chapitre précédent : Yûki et Kagaho se sont rendus aux Enfers pour combattre le Chevalier d'or de la Vierge, Asmita. Celui-ci, ne se laisse pas impressionner par les attaques des deux Spectres et n'hésite pas à perturber Yûki et l'exposer à de nombreux doutes sur Hadès et ses sentiments envers lui. Le combat fait rage entre Yûki et Asmita, qui souhaite la remettre sur le bon chemin, tandis que Kagaho s'occupe de la disciple du Chevalier. Pas de chance ! Asmita est convaincu que la Justice se trouve bien du côté d'Athéna et prend la fuite pour confectionner son rosaire et mettre fin à l'immortalité dont jouissent les Spectres. Toutefois, Yûki n'avait jamais été informée de cette immortalité…

Note de l'auteur : Bonjour ! Je suis désolée pour les longues attentes entre chacun de mes chapitres. J'ai bien conscience que c'est agaçant. Malheureusement, je suis étudiante en Japonais et mon école est très stricte et nous donne beaucoup de travail à faire et à rendre (même pendant les vacances d'été). Entre ça et mes horaires, il m'est difficile de trouver le temps et l'inspiration. J'espère néanmoins que mes prochains chapitres vous plairont, et surtout, n'hésitez pas à me laisser vos impressions, c'est très important pour moi. Pas de combats dans ce chapitre, je voulais exploiter les sentiments de l'héroïne et ses rapports avec les autres personnages. Bonne lecture !


« Et tu ne pouvais pas me le dire plus tôt ça, hein ?! Abruti ! Tête de piaf ! Oiseau de malheur ! Long bec ! Espèce de… » M'emportais-je, secouant Kagaho comme un prunier avec rage.

Je m'arrête aussitôt, de peur qu'il me vomisse dessus. Il ne manquerait plus que ça !

J'ai envie de lui exploser le crâne ! Comment ont-ils osés me cacher une telle chose ?!

« Pourquoi est-ce que personne n'a été capable de me parler de cela ?!

- Eh ! Baisse d'un ton demi-portion ! S'emporte Kagaho.

- Baisse d'un ton ?! Baisse d'un ton ?! Criais-je encore plus fort.

- Ca va ! J'ai compris ! Se fâche-t-il, prêt à me frapper. Tu n'auras qu'à demander au Seigneur Hadès, c'est lui qui ne voulait pas que tu le saches, donc ne t'excite pas sur…

- Quoi ?! M'exclamais-je, lui coupant la parole. Mais quel… A ton avis, il préfère mon poing dans sa figure ou un coup de pied entre les deux jam… »

Je m'arrête immédiatement pour ne pas en dire plus. Kagaho me toise si sévèrement que je préfère garder mon calme. Pourquoi m'avoir caché l'immortalité des Spectres… ? Sachant cela j'aurais pu… Me battre sans craintes.

« Allons faire notre rapport à Sa Majesté… Si nous nous dépêchons nous pourrons peut-être arrêter le projet d'Asmita. »

Kagaho a raison. Je me rapproche de lui pour nous téléporter jusqu'au château d'Hadès.

« Je vois. » Conclut Hadès, passant la main gauche entre les oreilles de Cerbère tandis que la droite peint les ailes d'un ange.

A demi-allongé sur un divan noir, il est vraiment très attirant. J'ai par moment un peu de mal à le regarder, tant il est éblouissant.

« Bien. Nous savons désormais qu'Asmita ne sera pas notre allié. Enfin… C'est bien dommage car il aurait pu être un parfait allié. Il a donc fui pour le Sanctuaire ?

- Oui. Confirme Kagaho. Majesté, voulez-vous que je me rende sur place pour l'empêcher de parvenir à ses fins ?

- Non. Répond-il sur un ton mielleux. Qu'Asmita confectionne son rosaire si cela lui fait plaisir. Ramener les Spectres à la vie ne m'amuse plus. Je préfère les savoir sauvés plutôt que de les rappeler pour qu'ils souffrent de nouveau inutilement. Néanmoins, je vais envoyer quelques Spectres de rang peu élevé, par précaution. »

Woaw. Moi qui étais prête à me boucher les oreilles par peur qu'il nous hurle dessus… On dirait presque qu'il le prend bien !

« Toutefois. Reprend-il. Asmita est officiellement notre ennemi désormais. Kagaho, ordonne aux Spectres présents aux Enfers de s'assurer qu'Asmita n'y remette plus les pieds. Il n'a aucun droit aux Enfers et il n'y a plus sa place. Qu'il soit sévèrement châtié s'il y retourne, lui comme sa disciple.

- Bien Majesté, je m'en charge sur le champ. » Répond Kagaho avec une courbette avant de quitter la pièce.

- Tu peux disposer tu sais… » Me dit Hadès.

Je ne lui réponds pas de suite, je réfléchis à comment formuler mes propos sans m'énerver… Je vais essayer.

« Pourquoi m'avoir caché notre immortalité ? » Demandais-je subitement sur un ton sévère.

Incapable de me répondre…

Je me relève et m'avance vers lui jusqu'à me placer devant sa toile. Ne pouvant plus peindre, il me toise sévèrement de ses beaux yeux bleus glacés.

« Et ? Fit-il.

- Pourquoi ?

- Qu'aurais-tu fait de cette immortalité ? Soupire-t-il. Tu aurais passé ton temps à te sacrifier pour tout et n'importe quoi ?

- Non ! Enfin… Disons que je n'aurais pas eu peur de prendre plus de risques.

- Des risques inutiles.

- Non !

- Il faut toujours un petit moment entre la mort des Spectres et leur renaissance. Tu aurais perdu du temps pour rien.

- Mais !

- Ta vie est précieuse. N'oublie pas que je t'ai ressuscitée une fois. Ce n'est pas le genre de cadeau que l'on peut réclamer n'importe quand. Ce cadeau est et doit rester unique, tu comprends ? »

Je lui offre une mine boudeuse en guise de réponse. Même s'il a raison je suis peu satisfaite, enfin désormais il est trop tard. Asmita a peut-être déjà crée son rosaire et…

« Whoa ! » Fis-je.

Au moment où Cerbère s'est levé pour quitter son maître, il m'a bousculé et fait perdre mon équilibre. Il faut dire que sous sa véritable apparence de Cerbère, ce chien prend toute la place !

Bousculée par cette grosse masse de poils, je suis propulsée en avant et m'étale entièrement sur Hadès. Allongée sur son torse je n'ose pas lever mon visage tant il doit être rouge. D'une certaine façon, je suis apaisée par les battements de son cœur. De plus, j'avais ôté mon Surplis et mis une simple robe noire avant de faire notre rapport. Sans mon armure pour me gêner, je suis dans une position assez confortable. Sinon, j'aurais complètement écrasé ce pauvre garçon !

Après être restés paisiblement ainsi un instant, j'ose un regard dans sa direction. Je me relève légèrement pour rapprocher mon visage du sien. Il me regarde avec une douceur que je ne lui connaissais pas. Il y a quelque chose de mélancolique dans son expression faciale. Je me demande bien pourquoi.

De sa main droite, il vient caresser ma joue puis mes cheveux, esquissant un sourire.

« Excusez-moi, je… » Commençais-je.

Il me coupe la parole, glissant son doigt le long de mes lèvres.

La sensation d'être ainsi blottie contre son corps m'est étrangement familière. Je ressens comme de la nostalgie.

Asmita avait percé à jour mes sentiments envers Hadès. Sentiments que j'ai toujours cachés au fond de moi et dont je suis peu sûre. Je ne peux m'empêcher cependant de le dévorer des yeux. Son visage est parfait. Ses traits sont si fins et purs, s'en est hypnotisant.

Je sens mes joues s'enflammer d'avantage lorsqu'il remue ses jambes sous les miennes, les enlaçant dans un geste quasiment érotique.

« Ta vie m'est précieuse tu sais. Certes, si tu venais à mourir, tu trouverais le Salut et je saurais ton âme en paix mais… Il y a encore certaines choses que je veux que tu fasses pour moi.

- Des choses ? Comme quoi ? »

Il ne me répond pas et continue de caresser ma joue avec douceur.

« Je pense que tu seras bientôt prête à apprendre à peindre. » Dit-il subitement, sans aucun lien avec le reste de la conversation.

Je ferme les yeux et me laisse bercer par le mouvement de ses doigts contre ma joue.

« Spectre du Sphinx ! » Entends-je soudain raisonner dans mes oreilles.

Je me relève en sursaut, écrasant un peu Hadès au passage.

« J'exige te voir dans l'immédiat !

- Bien, Seigneur Hypnos. »

Je ne sais pas ce que j'ai encore fait, mais il avait l'air d'être en colère. Je lance un regard à Hadès qui semble bouder. J'avoue être surprise par ses gestes, cela lui ressemble peu. Une partie de mon esprit espère qu'il ressente la même chose à mon égard, mais il ne faut pas rêver. Il devait avoir du temps à perdre.

Je pars rejoindre Hypnos mais avant, j'ose un baiser sur le front d'Hadès qui ne me répond rien.

C'est avec l'esprit chamboulé que je retrouve Hypnos sur son balcon ensoleillé.

« Vous m'avez appelée, que me voulez-vous ? » Demandais-je, m'inclinant et m'attendant au pire.

Hypnos me laisse attendre, prenant le temps, et prenant bien son temps, de finir sa tasse de thé. Il me fait ensuite signe d'approcher. C'est étrange, il a l'air très calme.

« Aies-je fait quelque chose de mal ?

- Absolument pas. Affirme t-il.

- Alors pourquoi… ?

- Voici. » Me coupe t-il, poussant dans ma direction deux livres posés sur la table. « Tu m'avais demandé de la lecture, en voici.

- Oh, merci ! »

Je prends avec précaution le premier ouvrage entre mes mains. Malgré l'aspect intact de la couverture beige, ce livre semble très ancien et précieux. En Grec, je peux lire « Le Mythe de Sisyphe », écrit en haut de page. Juste en dessous, un dessin représente un homme poussant un rocher… Ah, oui ! Sisyphe est aussi le nom du Chevalier d'Or du Sagittaire ! Celui dont Hadès retient l'âme prisonnière.

Sans trop m'attarder, je prends connaissance du second livre, présenté de la même façon. Sans en comprendre la raison, j'aperçois un léger sourire mesquin se dessiner sur les lèvres du Dieu du Sommeil.

« Le Mythe de… Perséphone ? » Articulais-je.

Le sourire du dieu est de plus en plus prononcé.

Perséphone… Perséphone… Ce nom me dit vaguement quelque chose… Ah mais oui ! Elle est l'épouse de…

« Oh ! » M'exclamais-je soudainement.

Non… !

« Un problème ? Demande Hypnos. J'ai choisis ces livres car ils ne sont pas trop longs à lire… Ainsi tu ne passeras pas tout ton temps enfermée… Te plaisent-ils ?

- Je… Oui, merci infiniment Seigneur Hypnos ! Je… Vais vous laisser. » Conclus-je, avec une boule au fond de la gorge.

« Lis-les avec attention et prends en grand soin, ce sont de précieuses archives appartenant aux Dieux de l'Olympe.

- Bien… » Ah, oui, quand même, il ne plaisante pas !

Posée sur mon lit, je reste figée devant le second livre. Bien sûr que j'avais déjà entendu parler du mythe de la jeune déesse devenue l'épouse du dieu des Enfers après son enlèvement par celui-ci. Il aurait été tellement simple de se dire que tous ces mythes ont été inventés par les Hommes mais non, j'ai la preuve qu'ils sont bien réels…

Je me cogne violement la tête contre le livre, malgré les avertissements d'Hypnos. Avant de tomber amoureuse d'Hadès j'aurais dû… Au moins me souvenir que je suis une mortelle et qu'en plus, il est marié à une déesse. Ses dernières marques d'affection… Il avait vraiment du temps à perdre ! Dès le début, je n'avais aucune chance.

« Rah, et cet imbécile d'Asmita ne pouvait-il pas fermer sa grande bouche au lieu de troubler mon esprit ?! » Criais-je comme une perdue dans ma chambre.

Enfin, je commence par lire ce premier ouvrage qui est, effectivement, très court. Seigneur, que c'est difficile à lire ! Hypnos s'est vraiment moqué de moi ! Beaucoup d'expressions sont trop archaïques pour que je parvienne à en comprendre le sens. Le vocabulaire est trop soutenu et emploi des termes dont j'ignorais l'existence. Il me faudrait un dictionnaire, j'aurais dû lui demander un exemplaire de « traduction du langage divin » ou quelque chose dans ce genre…

A part cela, je peux bien sûr comprendre le mythe initial de cette jeune femme, véritable beauté et fille de la déesse Déméter. Hadès l'ayant repérée l'a enlevée et forcée à devenir son épouse. Quel chaud lapin quand j'y pense. Ensuite, sa mère, accablée par sa disparition ne s'occupe plus des moissons, risquant d'affamer la Terre. Par peur qu'une telle chose se produise, Zeus demande à Hermès de ramener Perséphone des Enfers. Or, il était déjà trop tard pour elle. Hadès lui avait offert une grenade et après l'avoir mangé, elle était condamnée à rester aux Enfers car le moindre repas consommé au Royaume Souterrain obligeait à y demeurer. Zeus eut alors l'idée de laisser Perséphone à Hadès durant six mois correspondant à l'automne et l'hiver, et six autres mois, sur Terre, auprès de sa mère, du printemps jusqu'à la fin de l'été. Ainsi sont nées les saisons.

Oui, l'histoire que nous connaissons tous. Celle de ce livre est néanmoins très détaillée, j'ai d'ailleurs appris que la demoiselle aurait fait des infidélités à son époux sans qu'il ne la sanctionne…

Je n'arrive pas à la visualiser. On dit d'elle que c'est une femme d'une grande beauté, mais à quoi ressemble t'elle ? Ses cheveux, étaient-ils bruns, bonds… ? Ou alors d'une couleur plus rare comme ceux d'Athéna ? Oui, sûrement, elle doit avoir de très longs cheveux clairs, ondulés, brillants… Ses yeux ? Je les visualise… Rose pâle ? Prenant une teinte pourpre lorsqu'elle descend aux Enfers… ? Grande, mince, svelte, blanche comme une poupée de porcelaine, féminine, portant des robes magnifiques. Une intelligence hors du commun. Une divinité. Une divinité avec laquelle je ne pourrais jamais rivaliser. J'aimerais voir son visage au moins une fois pour… savoir à quoi ressemble la femme qui a séduit Hadès sans qu'elle le veuille.

Je referme le livre et le pose sur la table sous ma fenêtre puis retourne m'asseoir sur mon lit, essuyant une larme. Puis une seconde. La troisième, je la laisse couler et tant pis. Je n'avais jamais ressenti une tristesse de ce genre. Peut-être n'avais-je jamais aimé, avant de perdre la mémoire ? Et c'est peut-être une punition ? Une punition pour avoir osé tomber amoureuse d'un immortel, et pas n'importe lequel. Si je croisais Perséphone un jour, peut-être me tuerait-elle pour avoir osé désirer son époux ?

« Qu'elle essaye ! » Hurlais-je d'un coup.

Je frappe mon crâne contre le mur derrière moi. Cela ne sert à rien de m'apitoyer sur mon sort, c'est fait. Je n'ai cependant pas envie de renoncer mais je sais que je n'ai aucune chance…

Bah, il est déjà tard, je ferais mieux de dormir un peu…

Dans mon sommeil, j'ai fait des rêves stupides dans lesquels je me faisais littéralement trucider par la déesse aux Enfers. Ou alors je prenais sa place et jouait son rôle. Ah oui, c'est pas mal ça… Je pourrais la séquestrer et plus personne n'en entendrait parler ! Ah, mais non, c'est plutôt moi qui finirait en cage et que tout le monde oublierait…

Je décide de sortir de ma chambre après une bonne séance de lamentations. J'ai à peine le temps de refermer la porte derrière moi que je percute un autre Spectre que je n'avais jamais vu avant.

« Excuse-moi ! Commençais-je, honteuse.

- Haha ! Non c'est moi ! Mais tu pourrais quand même faire attention. » Répond-il avec entrain.

Il paraît tellement sûr de lui, rien qu'à voir son allure décontractée ! Je ne l'avais effectivement jamais vu… Ou alors je n'ai pas dû prêter attention à lui. Un bon mètre quatre-vingt, la peau blanche, des yeux bleus un peu plus ternes que ceux d'Hadès et enfin, des cheveux noirs descendant jusqu'à sa nuque, front recouvert de quelques mèches.

« Tu vas me détailler encore longtemps ? Demande t-il, amusé.

- Non, c'est juste que tu ne me dit rien…

- Ah ? Je suis pourtant Edvard du Sylphe, Etoile Terrestre de l'Envol *! » Dit-il, fièrement.

Je lui offre une grimace, jamais entendu parler… Il en est désespéré.

« Pas grave ! Toi tu es… Heu, le Sphinx ?

- Yûki du Sphinx, oui. Tu… As déjà entendu parler de moi ?

- Alors c'est toi ? Oui, évidement, Cheshire me tient au fait de tout… Heu… »

J'ai l'impression qu'il en a trop dit, intéressant à savoir.

« Et… Que dit-on de moi ? » Osais-je, timidement. J'ai tout de même une réputation à conserver !

« Hmm… Certains t'imagine faible, d'autres trouvent étrange que Sa Majesté te fasse autant de faveurs… Ils prétendent que tu devais être amie avec son hôte…

- Eh ! Ca suffit avec ça ! Ce n'est pas vrai !

- Heu… ! D'autres te trouvent jolie sinon… »

J'en reste bouche bée. Je n'y crois pas une seule seconde et j'en tiens Cheshire pour responsable d'une rumeur aussi stupide.

Avant d'en apprendre plus, nous sommes appelés par Hadès dans la salle du trône.

« Bon et bien, je suppose que ça va être moi, le centre de l'attention.

- Comment cela ?

- Je reviens d'une mission au Tibet… A Jamir plus précisément. Avec mon groupe nous devions empêcher Asmita de confectionner son rosaire, mais il y est parvenu et a tué mes camarades. Cheshire et moi étions en retrait et nous n'avions rien pu faire. S'en est terminé de notre précieuse immortalité. Dit-il, avec colère et déception.

- Et Asmita ?

- Mort. Il s'est sacrifié pour confectionner son rosaire.

- Je vois… Répondis-je, un peu déçue.

- J'ai aussi rencontré Pégase… Rien de bien impressionnant, je ne comprendrais jamais toute cette agitation autour de ce microbe. Enfin, nous devrions rejoindre les autres. »

Je le suis jusqu'à la salle du trône. La plupart des Spectres sont déjà présents et attendent l'arrivée d'Hadès. Nous nous plaçons au premier rang, derrière les trois Juges. Lorsque Sa Majesté arrive, tous se taisent immédiatement et s'inclinent avec respect. Hadès invite Edvard à parler, ce qui me met très mal à l'aise. Comme je suis à côté de lui, les Spectres nous regardent. Nombreux furent les cris d'indignation lorsqu'il avoua la fin de notre immortalité. Hadès a été obligé de rappeler les Spectres à l'ordre.

« Je te remercie, Sylphe. Enchaîne Hadès. Je comprends votre peine, cependant, je vous ordonne de continuer de vous battre pour moi avec la même ardeur que lorsque vous aviez votre immortalité. N'oubliez pas que la mort est l'ultime délivrance alors vous n'avez pas à avoir peur de mourir. Je préfère vous savoir saufs que piégés dans la spirale des combats. Ne vous relâchez pas et continuez d'anéantir l'armée d'Athéna sans pitié. La confection du rosaire n'est pas un échec mais un pas de plus vers notre victoire. Je sais que vous ne pourrez me décevoir, n'est-ce pas ? »

Des hurlements guerriers se font alors entendre, clamant la gloire du Seigneur Hadès. En ce qui me concerne, je ne peux m'empêcher de le dévisager et de l'imaginer aux côtés de Perséphone… Si seulement… Non, je me fais des illusions. De toute façon, j'ai un cours de dessin avec lui tout à l'heure. J'ai cru comprendre qu'il allait enfin m'initier à la peinture. Telle que je me connais, je vais évoquer le sujet…

Edvard me salue, ce qui me sort de ma rêverie.

Une fois les autres Spectres partis, Hadès s'approche de moi.

« C'est aujourd'hui que je vais t'initier à la peinture, mais ne rêve pas trop. Tu ne seras pas capable de produire quelque chose de parfait dès le premier cours. Ca sera très différent de ce que tu as eu à faire jusqu'à présent. Suis-moi. » Me dit-il, sur un ton sévère.

Il me guide jusqu'à son atelier et nous n'échangeons aucun mot. J'ai une boule au ventre. J'ai envie d'en savoir plus sur sa relation avec Perséphone, de savoir si elle va participer à cette guerre ou non. Cependant, si je pose trop de questions, ne vais-je pas me trahir ? Je pourrais donc dire adieu au faible espoir qu'il me reste d'avoir… Une chance ?!

Hadès m'invite à entrer dans son atelier. J'aime cette vaste pièce remplie de toiles. J'aime sentir à plein poumon l'odeur de la peinture. J'aime voir les pinceaux proprement alignés… J'aime tout simplement cette pièce qui me permet de pénétrer dans l'univers d'Hadès et qui me rend ainsi plus intime avec lui.

Avec sa grâce habituelle, il pose une toile immaculée sur un chevalet.

« Bien, pour ce premier cours c'est moi qui vais te guider.

- Comment cela ? »

Passant doucement sa main dans mon dos, il me place devant la toile de taille moyenne et me donne un crayon très fin pour dessiner les contours.

« Que veux-tu dessiner ? » Souffle t-il au creux de mon oreille, toujours derrière moi.

Tant de choses me viennent à l'esprit… Jusqu'à présent j'ai surtout dessiné des animaux ou Pandora, j'aimerais changer un peu.

Perséphone.

Non… Je ne peux quand même pas me permettre de la dessiner ? Et si mon interprétation est exacte, ne va-t-il pas la reconnaître ? Mais cela me démange tellement… J'ai l'impression que la dessiner m'aiderait à exorciser ma peine. Ou une partie. Quant à la jalousie n'en parlons même pas, il n'y a rien à faire !

« Alors ? S'impatiente t-il.

- J'ai… Envie de dessiner une femme.

- Encore Pandora ? Se lamente t-il.

- Non, non. Celle-ci est… Sortie de mon imagination.

- Bien… »

Hadès prend ma main droite dans la sienne et guide mes traits sur la toile. C'est donc cela qu'il entendait par « je vais te guider » ? Je ne m'y attendais pas du tout. Tellement pas que ma main tremble et dessine des traits peu symétriques. Son torse collé à mon dos… Je vais m'écrouler et m'évanouir à cause des pensées obscènes qui tourmentent mon esprit ! Comment réagirait son épouse si elle nous voyait ainsi ? Serait-elle jalouse ? Jalouse de moi ?

« Concentre-toi ! »

Alors cesse de me déconcentrer ! Manquais-je ajouter.

A quelque part, je culpabilise d'envier autant cette divinité. Les dieux sont parfaits et les humains n'ont pas leur mot à dire. Nos univers sont complètement opposés. S'il est aisé pour les dieux de voir comment vivent les Hommes, ils ne pourront pas comprendre leurs sentiments et leurs émotions puisqu'ils ne sont que des spectateurs. Ils ne jouent pas le rôle d'acteurs. Ils se contentent de vivre dans le Paradis qu'ils ont crée. Comme nous, nous ne pouvons rien savoir du divin, nous ne pouvons que supposer, imaginer, créer… Mais qu'en est-il d'Athéna et Hadès, divinités réincarnées ? Par rapport à une déesse je ne suis rien et je ne devrais pas avoir le droit de désirer son époux. Cependant, saurait-elle exprimer ses sentiments à son égard de la même façon que moi je le ferais ? Des sentiments humains seraient-ils plus purs que ceux des dieux puisque nous ressentons certainement plus d'émotions qu'eux ?

Même si cela me fait mal au cœur de l'imaginer avec celui que je croyais être « mon » Hadès, je n'ai pas envie d'abandonner. J'essaie de croire en cela pour éviter d'être jalouse d'une femme dont je ne sais rien mais je sais que ce défaut est trop fortement encré en moi pour que je puisse m'en débarrasser. Et ça fait mal.

« A quoi penses-tu ? Me demande t-il.

- A rien.

- Tu mens mal. Soupire t-il. Là, tu vois, je ne peux rien obtenir de toi. Regarde ton dessin. On est qu'à la première phase et en plus je dessine presque à ta place. Malgré cela, on dirait que je ne t'ai jamais rien appris.

- C'est que… Je ne dois pas être prête… Non ?

- Si, tu l'es. Mais si ton esprit s'est envolé pour je ne sais quelle galaxie, tu ne vas jamais y arriver. N'oublie pas l'honneur que je te fais en t'accordant un peu de mon précieux temps.

- Pardon.

- Reprenons. »

Guidée par sa main, je parviens peu à peu à me concentrer. Le dessin prend enfin forme et représente une grande et svelte jeune femme aux traits purs, semblable à un ange ou un elfe des bois.

« Je te laisse choisir les couleurs. N'oublie pas qu'elles doivent s'accorder et être harmonieuses. Tu as dessiné une frêle jeune fille alors choisis tes couleurs avec une attention particulière, quitte à réfléchir de longues minutes.

- D'accord. »

Je sais déjà quelles couleurs utiliser mais je fais mine de réfléchir intensément pour lui faire plaisir.

Un blond très clair pour les cheveux, un rose pâle pour les yeux, des cils noirs, les lèvres roses, la peau immaculée et enfin, une robe dorée. L'ensemble sur un fond ensoleillé, rayons de soleil visibles à travers les branches des arbres.

« Bon choix. Me dit-il. Ce sera donc un tableau très lumineux. Je vais d'abord te guider comme tout à l'heure, puis je te laisserais faire. »

Le tableau prend vie et il est vrai qu'il dégage quelque chose de lumineux. Lorsqu'il me laisse le contrôle, je suis déstabilisée et je m'applique au mieux pour ne pas dépasser des contours. C'est un exercice vraiment difficile qui demande beaucoup de concentration et d'énergie, mais c'est aussi plaisant et reposant.

« Nos œuvres représentent notre âme. Me souffle t-il. Je n'imaginais pas la tienne aussi rayonnante.

- Elle est tout sauf rayonnante.

- Parce que tu ne la vois pas. »

Je soupire et achève mon œuvre qui n'est pas aussi laide que ce à quoi je m'attendais.

Hadès en est satisfait et me dit que j'ai fait quelques progrès.

Cela me démange tellement… Je suis obligée d'en parler.

« Il est certain que ce doit être une très belle femme.

-… Qui… ? Me demande t-il, interloqué.

- Eh bien, Perséphone ! Ma représentation est sûrement peu ressemblante mais votre femme doit être splendide.

- P…Pardon ?! » Me demande t-il.

Je prends peur un instant. J'espère ne pas l'avoir mit en colère. C'est vrai enfin, de quoi je me mêle ?

Toutefois, il semble perdu.

« V…Vous vous souvenez de votre femme ?

- Heu… Oui, mais tu sais… Je… Heu, je… »

Il est tout rouge !

« Je… » Il tourne la tête et fixe le sol. On dirait qu'il cherche ses mots. « Eh bien, Had… Heu on n'est plus en très bons termes. Comme je ne pensais plus qu'à la guerre, à la domination de la Terre et à trancher la tête d'Athéna, elle… A trouvé mieux ailleurs mais elle est obligée de rester six mois aux Enfers à cause fruit qu'elle a consommé. C'est tout de même une déesse proche de la Lumière alors, c'est sûrement lassant pour ce genre de personne, le Monde Souterrain… »

Mon cœur s'illumine ! Ils ne sont plus ensemble ?! Enfin ils doivent vivre sous le même toit mais on s'en fiche, non ?

« Pourquoi me parler de quelque chose d'aussi futile ?

- Comme ça ! Hypnos m'a prêté un livre parlant de Perséphone et d'Hadès, j'étais juste curieuse !

- Hypnos t'a… ! Je vois.

- Hmm ?

- Non, rien.

- Et ressemble t'elle à… Mon tableau ?

- Heu… A peu près, oui. » Répond-il, embarrassé.

Pour qu'il hésite à se souvenir du visage de sa propre femme, c'est que la dispute a dû être… Explosive !

Je suis tellement rassurée !

« Ne me parle plus de cela à l'avenir. C'est un sujet que je préfère éviter.

- D'accord ! »

Il m'invite alors à prendre congé. Je suis épuisée par cette séance qui a bien duré plusieurs heures et il doit continuer ses propres tableaux. Après l'avoir bien remercié, je quitte l'atelier, le cœur léger.

Au fond du couloir, je tombe, littéralement, sur Hypnos. J'ai eu la bonne idée de trébucher et de manquer l'entrainer dans ma chute. Bien sûr, il ne m'aide pas à me relever, ce gentleman !

« Tu étais avec Sa Majesté ? Demande t-il, froid.

- Oui, il m'a appris à peindre et…

- Et les livres que je t'ai prêtés, qu'en est-il ? Me coupe t-il sur un ton sec.

- J'ai lu « Le Mythe de Perséphone ». Ce fut une lecture très intéressante malgré la difficulté de compréhension du vocabulaire utilisé.

- Evidemment, ces livres sont rédigés par les dieux les plus lettrés d'entre nous. C'est déjà bien si tu as compris certains points. Je ne pense pas que la plupart de tes… « Camarades » arrivent à les lire. Ou arrivent à lire tout court. »

Comme je le pensais, Hypnos est un véritable gentleman !

« Et donc, as-tu enfin ouvert les yeux ?

- Comment cela ? »

Hypnos se penche sur moi. Beaucoup trop près de moi, et me chuchote à l'oreille.

« Ne désire pas quelqu'un avec qui tu n'as aucune chance.

- Mais !

- N'as-tu pas compris ? Moi, j'ai remarqué que tu lorgnes Hadès depuis ton arrivée mais il est marié avec quelqu'un contre qui tu ne pourras jamais rivaliser. Alors abandonne. L'humaine ne peut rien contre la déesse. Elle t'écrasera. Tu t'attireras ses foudres et elle te maudira même après ta mort. Alors, abandonne avant qu'il ne soit trop tard.

- Hyp…nos ? »

Pourquoi me dit-il cela ?! C'est lui qui m'a prêté ce maudit livre, maintenant il me dit ça… Mais que cherche t-il à faire enfin ?!

« Et donc ?

- Donc, comprends où est ta place.

- Asmita m'a déjà agacée avec cela, je le répète, je n'éprouve rien pour…

- Tu ne peux tromper un dieu. Je suis certain que Sa Majesté s'en est déjà rendu compte. Sphinx, il ne t'aime pas et ne t'aimera jamais, tu n'es qu'un pion à ses yeux.

- Je… »

Ce sourire mesquin… Encore plus désarmant que ses paroles !

« Hadès a pourtant dit qu'il était en mauvais termes avec Perséphone à cause des Guerres Saintes, et qu'ils ne sont plus ensemble. Lui dis-je, sur un ton de défi.

- Oh, et tu crois que cela va changer quelque chose ? N'oublie pas que nous, les dieux, avons l'éternité devant nous. D'ici quelques siècles, leur relation peut changer de nouveau. Et toi ? Que seras-tu pour lui à ce moment là ? Peu importe ce qu'il peut arriver aujourd'hui entre vous. Je ne te donne même pas deux cents ans pour qu'il oublie jusqu'à ton prénom. Si tu as réellement la folle envie de désirer un dieu, ne compte pas sur Hadès. C'est aussi vain que les chances d'Athéna de remporter cette guerre. »

Je le dévisage un instant, dégoûtée.

« Oh, Hypnos, vous êtes si dur. » Lâchais-je d'une voix calme et douce avant de lui tourner le dos pour retourner dans ma chambre.

Après m'être couchée, je passe mon temps à réfléchir aux propos d'Hypnos et à m'angoisser. Puis je me dis que c'est vraiment ridicule de songer à des « problèmes de cœur » alors qu'on est au beau milieu d'une guerre dont je suis un soldat. A quelque part, l'impossible histoire d'amour entre une mortelle et un immortel avait quelque chose de presque « romantique » pour moi. Les récits mythologiques vantent bien les liaisons entre les dieux et les mortels. Pourquoi cela ne pourrait-il pas se produire de nouveau à l'époque moderne ?

C'est repartit. Insomnie. Quelle sensation désagréable que celle de passer son temps à se retourner dans son lit, avoir des pensées sombres, le cœur qui cogne contre la poitrine et un profond agacement à ne jamais trouver le sommeil. J'ai vécu de nombreuses fois cette situation mais aujourd'hui, je pense avoir trouvé un remède miracle. Je me lève hors de mon lit et attrape un peignoir sombre. Je sors de ma chambre sans faire trop de bruits et marche jusqu'au salon où les Dieux Jumeaux ont l'habitude de discuter le soir. Je toque doucement à la porte et entre. Je les interromps en pleine conversation et je subis les regards assassins de Thanatos.

« Toi ! J'espère que tu as une bonne raison de venir nous déranger dans nos appartements privés ! Se fâche t-il.

- Il n'y a pas écrit « privé » ou « défense d'entrer » sur la porte. » Me moquais-je, sur un ton innocent.

Thanatos en avait les joues rouges de colère.

« Hypnos, j'ai un problème et j'ai besoin de votre aide.

- Tu as besoin de lui pour déloger une araignée ? Les nouvelles vont vite tu sais. J'ai appris que tu avais fait une comédie auprès de Pandora pour…

- Je n'arrive pas à dormir. »

Après avoir entendu un juron dans une autre langue de la part de Thanatos, celui-ci se masse le crâne, exaspéré.

« Bon écoute vermine, tu…

- C'est à moi de répondre. » Le coupe Hypnos.

Il se lève, s'approche de moi et me demande ce que j'attends de lui exactement.

« Vous êtes le Dieu du Sommeil. N'y a-t-il pas un moyen de m'endormir ?

- Quel culot… Marmonne Thanatos.

- L'hypnose, ou un truc comme ça ? Ca ressemble à votre prénom, hahaha !

- Dans le genre humour de bas étage…

- Thanatos ! Il suffit ! Je pense avoir quelque chose pour toi Sphinx, conduis-moi jusqu'à ta chambre.

- C'est un cauchemar, cette humaine… Débrouille-toi pour qu'elle ne se réveille jamais plus ! » Se fâche le Dieu de la Mort alors que son jumeau lui claque presque la porte au nez.

« Je n'ai aucune raison de t'accorder une tel privilège. Me dit Hypnos, une fois dans ma chambre. Néanmoins, quelqu'un qui manque de sommeil est inefficace voire inutile sur un champ de bataille. Autant éviter une autre catastrophe. Allonge-toi. »

Je m'exécute et je constate avec amusement qu'il regarde discrètement la décoration de la pièce.

Le Dieu du Sommeil pose trois fleurs sur mon visage. Une sur chaque œil et une sur mes lèvres, après avoir lui-même fermé mes yeux et ma bouche.

« Ces fleurs de pavots sont de puissants somnifères. Tu ne devrais pas tarder à t'endormir. »

Mais bien sûr ! Les fleurs de pavots sont ses fleurs de prédilection !

« A présent, je vais jouer un air de flute. Ainsi tu t'endormiras sans problèmes.

Je lève la main pour dire « J'ai une question ».

« Je t'écoute. Me dit-il avant de retirer la fleur.

- Premièrement, je vous remercie pour ce geste et deuxièmement, je voulais savoir, avez-vous déjà utilisé ce rituel sur quelqu'un d'autre ?

- …Quelqu'un que j'aimais beaucoup. » Confesse t-il après un silence.

Hypnos replace la fleur sur mes lèvres et commence à jouer de la flute. Après quelques minutes, je sens mon corps et mon âme devenir plus légers, me procurant un profond sentiment de paix intérieure que je n'avais jamais ressentis jusqu'à présent. Je passe des bras d'Hypnos à ceux de Morphée si rapidement que je ne me sens même pas m'endormir. Premier « effet secondaire », les cauchemars. Toute la nuit j'ai rêvé qu'Hadès me haïssait et que Perséphone me faisait subir les pires souffrances possibles dans chaque prison des Enfers. J'en tiens Hypnos pour responsable. Second « effet secondaire », le réveil. Je me sens ankylosée et j'ai l'impression d'avoir dormi durant des siècles. La lumière du jour est insupportable et je peine à me lever. Il me faut prendre mon courage à deux mains pour m'extirper hors du lit.

En guise de « médicaments », Hypnos m'a laissé un bouquet de fleurs de pavot dans un vase remplit d'eau. Je suis touchée par cette délicate attention.

Je me prépare, m'habille et sors de ma chambre après quoi, je tombe presque littéralement sur Kagaho. Décidément…

« Fait attention ! S'énerve t-il.

- Toi aussi, j'te signale ! »

Kagaho est si en colère qu'il ne dissimule même pas son cosmos agressif. L'influence de son cosmos et les traits sévères sur son visage commencent à m'énerver moi aussi.

« Que t'arrive t-il ?

- Ca ne te regarde pas !

- Alors dissimule ton cosmos ! Eh, attends ! »

Kagaho me tourne les talons et se dirige vers la sortie. Une fois dehors, il m'avoue :

« Je pars pour le Sanctuaire. Si tu en parles à qui que ce soit, je te tue.

- Charmant… Et pourquoi te rends-tu là-bas ? »

Il me dit, après un long soupire d'agacement :

« Il y a au Sanctuaire un Chevalier d'Or que je souhaite démolir.

- Qui ?

- Dohko de la Balance ! » Hurle t-il d'un coup, ce qui me fait sursauter. « Ce misérable a eu le culot de blesser Sa Majesté ! Continue t-il, poings serrés pour ne pas exploser de rage.

- Quand… ?

- Il y a un moment déjà, tu n'étais pas encore arrivée… Enfin peu importe, je pars maintenant.

- Comme tu veux mais, fait attention à toi, Kagaho. »

Il me dévisage avec surprise. Il ne s'attendait peut-être pas à ce que je m'inquiète pour lui.

« Pff. Fit-il. Je suis bien plus fort qu'un Chevalier d'Or de toute façon. » Ses magnifiques ailes s'ouvrent, déchirant le ciel. Un bond en avant et le voilà partit. J'espère qu'il reviendra en un seul morceau ! On m'a dit qu'il n'avait rien à envier aux Trois Juges, cela semble vrai mais j'ai peur que sa colère habituelle l'aveugle trop.

« Tiens, c'est la première fois que je vois le Bénou discuter avec un autre Spectre, ça se fête, non ? »

Cette voix si assurée, ce ne peut-être que…

« Edvard du Sylphe de l'Etoile Terrestre de l'envol. Dis-je, me retournant sur lui. J'avais prononcé son titre comme un enfant qui récite, de force, une poésie à l'école.

- Je suis flatté que tu te souviennes de moi, enfin, en même temps, je suis inoubliable !

- Oui, enfin, c'est surtout que je n'ai parlé qu'à peu de Spectres jusqu'à présent.

- Ah, mais oui, tu vis comme une princesse près de la chambre de Pandora, tu ne te mêles pas aux mâles comme le fait Violate ! Tu sais que certains Spectres ignorent même qu'elle est une femme ?!

- Sérieusement ?!

- Et je vais t'apprendre d'autres choses, viens voir ! »

Je le suis à l'intérieur du château. Après tout, suite au combat contre Asmita aux Enfers, une petite distraction n'est pas de refus. De plus, j'ai honte d'apprendre que j'ai dormis jusqu'à une heure de l'après-midi, ce qui ne m'était encore jamais arrivé. Décidément, Hypnos fait des ravages !

« Regarde, me dit Edvard qui me désigne une large fenêtre. C'est Cheshire qui me l'a montrée. »

Il m'invite à regarder de l'autre côté, sur la droite.

« Mais ce sont…

- Hypnos et Thanatos en pleine conversation ! Cette fenêtre donne une vue sur leur salon sans qu'ils s'en soient aperçus ! On les espionne des fois avec Cheshire, et je peux te dire que si nous, on en bave, eux, ils mènent la belle vie !

- Dément… »

Lorsqu'ils ne sont pas sur leur balcon, c'est ici que les Dieux Jumeaux se retrouvent. On les voit si bien d'ici ! Hypnos qui passe une main dans ses cheveux, Thanatos qui se gratte le haut du nez… C'est génial !

« Et regarde, à gauche. »

Là, je peux voir une pièce joliment meublée où Pandora coiffe les cheveux de Cheshire, elle s'occuperait d'un caniche, ça me ferait le même effet !

« Dis donc, je ne pensais pas qu'ils avaient ce genre de… Relation.

- Bah, c'est son serviteur après tout, elle a intérêt à ce qu'il soit présentable. Tiens, regarde, en bas. Mais discrètement, hein ! »

Je n'en reviens pas… Hadès dans son atelier ! Alors ça c'est vraiment génial ! Maintenant, je peux espionner les Dieux Jumeaux, Pandora et même Hadès ! Je sens mes joues s'enflammer à l'idée d'observer ce dernier. Malheureusement, nos regards se croisent. Il me dévisage sévèrement et ferme les rideaux d'un coup sec. Edvard éclate de rire.

« Si tu comptes regarder souvent de l'autre côté de cette fenêtre, fais attention, je tiens à la conserver !

- Merci de m'avoir montré ça, c'est formidable !

- N'est-ce pas ? Dit-il avec un clin d'œil. Maintenant, je vais te montrer un peu la partie « Spectre » de ce château. »

Edvard est finalement quelqu'un de très sympathique. Il ne m'attire absolument pas mais j'apprécie sa compagnie. Etant une femme, ma chambre se trouve près de celle de Pandora donc je n'ai jamais eu l'occasion de voir où dorment et reposent les autres Spectres. Edvard m'explique que les Spectres qui doivent se battre sur Terre partagent à plusieurs leur chambre en fonction des rangs tandis que ceux qui sont aux Enfers ont leurs appartements près de la maison du Juge qui les dirige. J'ai pu faire la connaissance de certains Spectres mais l'ambiance était assez mauvaise ils ne me prennent pas pour l'une des leurs et imaginent que je suis comme Kagaho. Le genre hautain, qui bénéficie de l'affection de Sa Majesté et qui ne se mélange pas à la « plèbe ». Je n'ai pas vu Violate ni les Trois Juges mais j'ai rencontré le Spectre d'Hanuman, Etoile Céleste de l'intelligence. Un jeune garçon aux courts cheveux blonds et aux yeux bleus.

Il y a quelque chose dans son regard qui ne me plaît pas du tout.

« Sais-tu comment il est devenu un Spectre ? Demande Edvard.

- Non.

- Tokusa, car c'est son prénom, vivait au Tibet, à Jamir, et sa sœur est le Chevalier d'Argent de la Grue. Yuzuriha ou quelque chose comme ça… Eh bien figure-toi que par jalousie pour sa sœur, il a offert leurs parents en sacrifice à Thanatos pour renaître en tant que Spectre.

-…Charmant jeune homme. Je vois que certains sont prêts à tout…

- Le Chevalier du Bélier a eu raison de lui mais c'était la belle époque où on était immortels.

- Tu crois qu'il a des regrets ?

- Certains doutent de sa loyauté mais il est tellement hautain et… Différent, que nous préférons l'éviter.

- C'est dingue… Sa sœur, je l'ai déjà vue il me semble.

- Mon équipe a aussi dû l'affronter à Jamir… Mouais si les autres appellent ce qu'elle porte une armure, moi, j'appelle ça des sous-vêtements. »

Je pouffe de rire. Il a dit tout haut ce que je pensais tout bas. J'ai aimé l'aspect « Amazone » de cette fille, il n'empêche qu'elle n'a pas beaucoup de tissu sur le corps, et quand on part au combat, ce n'est pas ce qu'il y a de plus intelligent. Enfin, s'ils venaient à s'affronter de nouveau, je pense que ça serait un combat à mort… Sympa la fratrie !

Alors que je regagne ma chambre en soirée, j'aperçois Kagaho, le corps recouvert de sang. Son armure est dans un sale état et l'une de ses belles ailes est cassée. Il traine le pas et perd du sang à chacun de ses mouvements. Je ne l'ai jamais vu aussi mal en point.

« Kagaho ! Que t'es t-il arrivé ? »

Je pose ma main sur son épaulette mais il me rejette avec une telle violence que j'ai cru y laisser mon bras.

« Mêle-toi de ce qui te regarde ! Crie t-il.

- Qui t'a fait ça ?

- Je t'ai dit de te mêler de tes affaires ! »

Il me cogne si fort contre le mur qu'un filet de sang s'échappe de ma bouche.

« Dis-moi qui t'a fait ça ! J'irais lui refaire le portrait !

- Tu veux rire ?! Si même moi je ne fais pas le poids contre cet enfoiré d'Aldébaran du Taureau, alors toi…

- C'est un Chevalier d'Or ?

- Non, une danseuse d'opéra ! A ton avis, écervelée !

- Ne t'excite pas sur moi comme ça ! Ce n'est pas parce que tu es blessé dans ta fierté que…

- Ferme là ! »

Bon, il ne plaisante pas du tout. Il me tourne le dos mais je le retiens aussitôt.

« Attends ! Tu es blessé, comment vas-tu te soigner ? »

Il s'arrête et serre les poings, prêt à se retourner et à me frapper. En fait ce que j'ai voulu dire, c'est « hey, je peux t'aider si tu veux ! Laisse-moi voir tes abdos de plus près mon coco ! » Mais ça sonne mieux dans ma tête.

Ne prêtant pas attention à moi, il continue son chemin.

« Tu veux que je t'aide à panser tes bless…

- Je vais te tuer ! »

Je crois que ça voulait dire non. Je le laisse partir, il vaut mieux lui laisser le temps de digérer sa défaite. D'abord je vais lire le livre sur Sisyphe, puis je retournerais voir Kagaho.


* Dans The Lost Canvas, Edvard est mort face à Asmita. J'ai décidé d'en faire un rescapé et de l'inclure dans l'histoire car je trouve que c'est un personnage intéressant. Malheureusement, vu qu'on en sait peu sur lui, j'espère ne pas en faire un OOC !