Ma pause est finie, je reprends du service, et me voilà de retour pour un nouveau SQ !

Quelques petites informations avant de vous laisser lire :
- Je me vois dans l'obligation de renoncer à mon rythme de publication habituel et de passer à quelque chose de plus traditionnel, c'est-à-dire un chapitre par semaine. Ce sera donc le vendredi, pour fêter la venue du week-end !
- Je tiens à m'excuser pour ce titre absolument cliché, mais voilà, j'adore les clichés. Même chose pour le résumé.
- Vous trouverez constamment des clins d'oeil à la série. Certains relativement subtils, d'autres qui se voient comme le nez au milieu de la figure.
- Cette fic étant un AU, je me suis permis quelques libertés avec les personnages. Enfin, vous verrez bien, mais pas de quoi bondir de sa chaise non plus.
- Cette histoire se découpera en plusieurs parties. La première aura lieu à Boston en 2001 et la dernière à Storybrooke en 2011. Les différentes parties seront clairement indiquées.
- Les quelques chapitres écrits jusqu'à présent font dans les 7000 mots. Il va falloir me pardonner ça aussi.
- Cette histoire ne sera pas seulement une histoire d'amour. Il y aura aussi la famille, et l'amitié. Soyez patients, soyez indulgents, j'essaye seulement d'être réaliste, et accessoirement de faire une place à tous les personnages que j'aime.

C'est tout pour le moment. Envoyez moi un MP si vous avez des questions, ou même seulement envie de parler. Vous aimez le Swan Queen, alors je vous aime déjà.

Pairing : Emma/Regina.
Rating : K +.

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


Regrets collect like old friends
Here to relive your darkest moments
And I've been a fool and I've been blind
I can never leave the past behind
I can see no way, I can see no way
But I like to keep some things to myself
I like to keep my issues drawn
It's always darkest before the dawn
Shake it out - Florence and the Machine


Prologue

21 octobre 2011

Emma Swan n'était pas le genre de femme qui s'attardait sur le passé. Elle regardait droit devant elle, concentrée sur le futur qui l'attendait, et qu'elle espérait meilleur que ce qu'elle laissait derrière elle. Elle aimait savoir que tout pouvait arriver, que tout était encore possible, que la vie pouvait toujours lui réserver des surprises. Jour après jour, elle s'accrochait à cette idée, en retirant la force nécessaire pour continuer à avancer. Ce soir-là, cependant, tandis qu'elle traversait le Maine au volant de sa coccinelle jaune, Emma se surprit à penser au passé. Ce passé immuable, si plein d'évènements douloureux, qu'elle ne pourrait hélas jamais changer. Habituellement, elle refusait de se laisser aller à ressasser ses souvenirs, excepté à certaines dates particulières, qu'elle avait pris l'habitude d'affronter avec le soutien d'une bonne bouteille de whisky. Ce soir-là, la date en question était celle de son anniversaire. Et ce soir-là, malheureusement, elle avait oublié le whisky.

Dans une heure à peine, elle aurait vingt-huit ans. Dans une heure à peine, cela ferait vingt-huit ans qu'elle avait été retrouvée abandonnée sur le bord d'une route, sans aucun indice sur l'identité de ses parents. Et, alors qu'elle aurait dû se réjouir à l'idée de bientôt fêter son anniversaire avec ses amis et sa famille, elle était perdue quelque part dans le Maine, totalement seule.

Emma poussa un soupir de découragement, agacée contre elle-même. Un peu plus tôt dans la soirée, elle avait pris la décision subite de rendre visite à son amie Ruby, qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir depuis plusieurs années. La dernière fois qu'elle l'avait eue au téléphone, Ruby lui avait proposé de la rejoindre à Storybrooke, la ville dans laquelle elle vivait et travaillait, pour passer un week-end entre filles et se remémorer de bons souvenirs. Emma avait répondu qu'elle y réfléchirait, tout en étant persuadée qu'elle n'accepterait jamais. Et pourtant, tout juste quelques heures auparavant, dès que la sensation d'étouffer était montée en elle, Emma s'était levée de son canapé, avait préparé une valise et était partie pour Storybrooke. N'ayant jamais mis les pieds dans cette ville, elle avait été obligée d'acheter une carte routière, et se retrouvait maintenant à douter d'avoir suivi les bonnes indications.

A son grand soulagement, un panneau annonçant la ville apparut soudain à la lumière des phares de sa voiture. Devait-elle prévenir Ruby de son arrivée imminente ? Elle-même ne savait pas très bien ce qui avait motivé sa décision soudaine de la revoir, si ce n'était son envie impérieuse d'être le plus loin possible de la solitude pesante de son appartement. Elle regrettait un peu ce départ irréfléchi, maintenant qu'elle était sur le point d'arriver. Ce n'était pas comme si les possibilités de fêter son anniversaire avaient manqué, pourtant. Elle aurait pu rejoindre sa famille ou ses amis, et alors elle n'aurait pas eu à affronter les fantômes du passé. Mais elle s'était précipitée sur la route, pressée de voir les kilomètres défiler, et elle réalisait maintenant qu'elle avait peut-être besoin de se confronter au passé, de façon à cesser de le craindre. Emma secoua la tête, exaspérée par le tour que prenaient ses pensées. Elle pénétra dans la ville avec la certitude que, quoi qu'il arrive, elle avait eu tort de venir.

A tout juste vingt-trois heures, en ce banal vendredi soir d'octobre, Storybrooke semblait toute entière plongée dans un profond sommeil. La rue principale, au centre de laquelle se dressait une imposante tour surmontée d'une horloge, était presque totalement déserte. Il n'y avait qu'un homme occupé à promener son chien, un parapluie à la main. Il leva la tête au moment où la coccinelle jaune passait, ce qu'Emma ne remarqua pas, son attention attirée par l'enseigne d'un café-restaurant, dont la lumière agressait ses yeux fatigués. Elle se gara devant le restaurant, qui portait le nom de Granny's dineret dans lequel Ruby lui avait dit travailler comme serveuse. Un peu mal à l'aise d'être arrivée sans prévenir, Emma sortit son téléphone de la poche de la veste en cuir rouge qui ne la quittait jamais. Alors qu'elle s'apprêtait à appeler son amie, elle vit que quelqu'un sortait justement du restaurant. Sa démarche lui sembla familière, et ce sentiment s'intensifia lorsque cette personne se retourna. C'était elle.

Les mains un peu tremblantes, Emma saisit la poignée de sa portière et sortit de la voiture. Elle fit quelques pas hésitants en direction du café Granny, sous la lumière vive diffusée par les lampadaires, et s'éclaircit nerveusement la gorge.

- Ruby ? appela-t-elle.

La serveuse se retourna vivement, faisant tinter le trousseau de clés qu'elle tenait à la main. Son visage prit un air interrogateur, qui se mua en un sourire ravi lorsqu'elle reconnut celle qui lui faisait face.

- Emma ! s'exclama-t-elle. Ça alors, qu'est-ce que tu fais ici ?

Ruby franchit les quelques mètres qui la séparait de son amie et la prit dans ses bras avec entrain, son visage se perdant dans une masse de cheveux blonds.

- Je suis contente de te voir, murmura Emma, tout en lui rendant son étreinte avec le même enthousiasme.

Et elle pensait vraiment ce qu'elle disait. Beaucoup de temps s'était écoulé et beaucoup de choses avaient changées, mais elle n'avait jamais oublié pour autant. Elle avait seulement évité de trop s'attarder sur ses souvenirs, tout en sachant qu'ils étaient toujours là, quelque part dans sa mémoire et dans son cœur.

- Qu'est-ce qui t'amènes ? s'enquit Ruby.

Elle recula pour pouvoir contempler son amie, la détaillant avec attention.

- Une envie soudaine de te revoir, répondit Emma, omettant une partie de la vérité.

- Eh bien, c'est parfait ! Tu as eu raison de venir. Tu comptes rester combien de temps ? Je peux t'héberger, je vis dans un hôtel avec ma grand-mère, c'est aussi elle qui gère le restaurant, mais je te l'ai peut-être déjà dit ? Suis-moi, on va aller se mettre au chaud. Je viens de faire la fermeture, toute seule en plus. D'habitude Leroy est toujours là jusqu'au dernier moment, la tête plongée dans une chope, mais tu n'as aucune idée de qui est Leroy et moi je bavarde, je bavarde...

Ruby eut un sourire un peu gêné. Elle avait toujours aimé discuter de tout et de rien, partager ce qu'elle savait sur la vie des autres – lorsqu'il ne s'agissait pas de secrets, auquel cas elle savait se montrer digne de confiance – et Emma était heureuse de retrouver cet aspect de sa personnalité. Avec Ruby, jamais elle n'avait besoin de faire plus que sa part de la conversation, et c'était exactement ce qu'elle voulait maintenant.

- Tu peux bavarder autant que tu veux, assura-t-elle. Tu dois avoir tellement de choses à me dire, depuis le temps !

- Oh ça, oui ! confirma la serveuse, alors qu'un sourire joyeux se dessinait sur son visage. Tu sais quoi, on va retourner au restaurant, on y sera plus tranquilles pour discuter. Est-ce que tu as mangé, au moins ?

- J'ai acheté un sandwich en route.

- Un sandwich ? Mais ça ne vaut pas un vrai repas, ça ! Je suis sûre que tu es affamée. Viens, je vais te trouver quelque chose à te mettre sous la dent.

Emma sourit à son tour et suivit son amie à l'intérieur du restaurant, observant ce qui l'entourait avec curiosité. Elle s'assit sur un tabouret, laissant son regard errer sur le sol d'une propreté irréprochable, les banquettes à l'aspect confortable, les gâteaux exposés sur le comptoir...

- C'est très joli, ici, remarqua-t-elle. Chaleureux, familial. Je comprends pourquoi tu aimes autant bosser dans ce restaurant.

- Oui, j'ai bien fait de revenir ici, répondit Ruby.

Elle était passée de l'autre côté du bar et mettait la cafetière en marche.

- Tu veux boire du café ? s'étonna Emma.

- Je vais en avoir besoin si je veux passer la moitié de la nuit à discuter avec toi et être quand même en mesure de prendre mon service demain matin. Mais je peux te préparer un chocolat chaud, si tu préfères ? C'était ta boisson préférée, si je me souviens bien.

- Tu te souviens bien. Mais on est pas obligées de passer la moitié de la nuit à discuter, surtout si tu travailles demain matin. Je suis désolée, j'aurais dû appeler...

- Mais non, pas de problèmes ! On est amies, alors tu débarques ici quand tu veux, ce sera toujours un plaisir de t'accueillir.

Ruby sortit deux tasses et s'appuya contre le comptoir, les bras croisés.

- Où est ton fils ? demanda-t-elle, parlant fort pour couvrir le bruit de la cafetière.

- Chez son père, à New-York.

- Ah bon ? Neal s'implique dans la vie d'Henry, alors ? Je croyais qu'il préférait le voir seulement de temps en temps ?

Emma se tordit les mains, qu'elle avait nouées sur ses genoux. Ce sujet était quelque peu douloureux pour elle, mais jamais autant que beaucoup de ceux qui risquaient malheureusement de surgir dans la conversation. Alors autant se cantonner au présent tant qu'elle le pouvait encore.

- C'est toujours le cas, répondit-elle. Mais Henry avait envie de passer un peu de temps avec son père, alors je l'ai autorisé à rester avec lui pour une semaine. Et j'en ai profité pour aller rendre visite à une vieille amie ! conclut-elle, en adressant un clin d'œil à son amie.

- Tu as bien fait ! Je suis vraiment contente que tu sois là.

Ruby se redressa pour servir le café et le chocolat chaud. Puis elle partit en cuisine récupérer des gâteaux secs et installa le tout sur une table, dans le fond de la salle. Emma la rejoignit et se laissa tomber sur la banquette la plus proche, retirant sa veste pour être plus à l'aise.

- C'est ça que tu appelles un vrai repas ? se moqua-t-elle, en prenant un gâteau sec.

- Moi je suis douée pour servir, pas pour cuisiner. Mais si tu as faim je devrais pouvoir trouver quelque chose...

- T'en fais pas, je te taquinais.

Emma repoussa une mèche de ses longs cheveux blonds, qui ne cessaient de venir se mettre devant ses yeux. Puis elle prit une gorgée de chocolat chaud, et sourit en découvrant que Ruby s'était souvenue qu'elle le prenait avec de la cannelle. Cette dernière sourit en retour et s'assit en face de son amie, jambes repliées sur la banquette.

- Alors, commença-t-elle. Quoi de neuf dans ta vie ? Tu es toujours garante de cautions ?

- Oui, mais je pense me reconvertir dans autre chose. J'aimais bien, au début, mais c'est en train de me lasser.

- Tu penses à quel métier ?

- Aucun en particulier. Si tu as des suggestions, ne te gênes pas.

La discussion se poursuivit autour du travail un moment, avant de passer aux nouvelles de leurs familles respectives, puis de dériver vers d'autres thèmes divers et variés. Emma se détendait progressivement, réconfortée par la compagnie de Ruby, qui ne laissait jamais le silence s'attarder trop longtemps et n'insistait pas lorsqu'elle la sentait réticente à aborder certains sujets. Aux alentours de deux heures du matin, les deux jeunes femmes entamèrent une partie de fléchettes, sans cesser de discuter de tout ce qui leur passait par la tête. Et puis, alors qu'Emma était en train de gagner la partie, la question qu'elle avait tant redoutée franchit les lèvres de son amie :

- Dis-moi, tu as eu des nouvelles du groupe ?

Une succession de visages défilèrent dans les pensées d'Emma, qui se concentra pour occulter cette vision, qui lui revenait bien trop souvent déjà.

- Pas vraiment, répondit-elle, s'efforçant d'adopter un ton léger. Enfin, je fréquente toujours Killian, et je parle à Neal de temps en temps, pour Henry. Mais sinon, j'ai perdu contact avec tout le monde.

- Et Tink ? Elle ne voit plus du tout Killian, alors ?

- Non, pas depuis qu'elle a déménagé à Chicago. Les choses sont devenues un peu bizarres entre eux, de toute façon. Une soirée trop arrosée, un dérapage...

- Et c'est toi qui te retrouve avec Monsieur-Eye-Liner comme petit-ami, du coup ?

Emma émit un ricanement et lança sa fléchette, qui s'enfonça au centre de la cible.

- On se fréquente seulement, répondit-elle. Ce n'est pas sérieux, même si lui aimerait bien. Et il ne se maquille plus.

- La belle époque est terminée, on dirait.

Ruby poussa un soupir et se leva pour jouer son tour. Elle sortit un élastique du short outrageusement court qu'elle portait, et sur lequel son tablier de serveuse était toujours attaché. Après avoir noué ses cheveux en queue-de-cheval, elle prit une posture guerrière, sa fléchette à la main.

- Et toi ? s'enquit Emma, profitant du fait que son amie était concentrée sur autre chose.

- Moi je ne vois presque plus personne, depuis que je suis revenue m'enterrer dans le Maine, répondit Ruby, d'un air à la fois agacé et résigné. Ashley et Kathryn passent, de temps en temps, mais elles vivent toujours à Boston, alors c'est compliqué. Et puis, elles ont leurs maris, leurs amis, leurs projets. Elles ont fait leurs vies…

- Et toi non ?

Ruby haussa les épaules. Elle lança sa fléchette, qui rebondit contre le mur, puis elle laissa ses bras retomber le long de son corps, le regard fixé droit devant elle.

- Les choses vont plus lentement pour moi, reconnut-elle. Il y a dix ans de ça, je n'étais qu'une gamine qui avait envie de s'amuser, et je dois dire que j'en ai bien profité. Mais beaucoup de temps est passé et je n'ai toujours rien de sérieux, si ce n'est mon boulot. Granny parle de me léguer le restaurant, c'est génial, non ?

- Oui, c'est super ! Tu vois, tu as déjà un repère stable pour construire quelque chose. On va tous à notre rythme, tu sais.

- Je sais. Tu n'as pas l'air très pressée de t'engager, toi. Que ce soit professionnellement ou sentimentalement.

Emma haussa les épaules à son tour.

- Ce que j'ai me convient, affirma-t-elle.

Mais aussitôt, elle comprit que ce n'était pas vrai. La plupart du temps, elle pouvait croire en ce mensonge, qui devenait alors presque une réalité. Mais en parlant du passé avec Ruby, elle se souvenait de la jeune femme qu'elle avait été et de tous les projets qu'elle avait pu avoir. Le futur tel qu'elle l'avait imaginé s'était révélé très différent de ce qu'elle avait espéré...

- Dis-moi, ce type que tu fréquentais, comment il s'appelait déjà ? demanda-t-elle soudain, s'empressant d'amener la conversation dans une autre direction.

- Qui ça ?

- Un étudiant en médecine, que tout le monde appelait par son nom de famille. Un coureur de jupons, dans le genre gros lourd mais inoffensif. Ça te dit vraiment rien ?

- Ah oui, Whale ! se souvint Ruby.

- C'est ça, lui ! Tu l'as jamais revu ?

- Non, pas depuis longtemps, mais on avait parlé sur le net. Il avait laissé un commentaire sur un blog que je tenais, sur une photo, pour me dire que j'étais très jolie mais que mes mèches rouges lui manquaient.

Emma s'esclaffa, son rire résonnant dans la pièce vide.

- C'est vrai, les mèches rouges ! s'exclama-t-elle. J'adorais.

- Et moi j'adorais tes lunettes noires. On était tellement superficielles, tu ne crois pas ?

Ruby soupira, le sourire aux lèvres. Puis elle s'appuya contre la banquette, apparemment lasse.

- Lily disait toujours qu'on manquait de naturel, se rappela-t-elle à voix haute.

Aussitôt, elle se mordit la lèvre, l'air angoissé.

- C'est bon, on peut parler de Lily, la rassura Emma.

- Je n'ai pas osé te demander tout à l'heure. Tu n'as pas eu de ses nouvelles, j'imagine ?

- Non, pas depuis que je suis sortie de prison. Je n'avais pas envie de risquer d'y retourner par sa faute, et puis... Je n'ai jamais pu lui pardonner ce qu'elle a fait. Et surtout, Henry venait de naître, tu comprends ? Je ne voulais pas qu'il la connaisse…

- Je ne te juge pas, tu sais. Lily a toujours été le vilain petit canard de la bande, de toute façon, et je suis sûre que personne n'a gardé de contacts avec elle. C'est un peu triste, mais je l'avais vu venir.

Emma laissa son bras peser sur le dossier de la banquette. Le sentiment de mélancolie qu'elle réprimait depuis plusieurs heures l'envahissait soudain et elle n'arrivait plus à lutter contre les souvenirs qui remontaient à la surface.

- J'ai vraiment aimé cette période de ma vie, confia-t-elle dans un murmure.

- Moi aussi, avoua Ruby. Tellement que j'ai toujours du mal à oublier, même dix ans après. Parfois je me réveille le matin et je me dis que j'aimerai que tout recommence, mais tout a changé. Et j'ai changé, moi aussi. Seulement, j'ai des regrets. Et je crois que ça m'empêche d'avancer.

- Qu'est-ce que tu regrettes ?

- A vrai dire, je regrette surtout d'avoir été stupide au point de croire que tout ça durerait éternellement. Nous étions seulement une bande d'adolescents qui profitaient de l'été, organisaient des fêtes et faisaient des projets. Je pense que cette époque cessera de me manquer quand j'aurais enfin trouvé quelque chose qui me donne autant de bonheur que ça m'en apportait.

- Tu sais, je suis sûre qu'on en a fait quelque chose de beaucoup plus important que ça ne l'était vraiment. Les autres semblent avoir continué leurs vies sans être à jamais marqués par cet été. Ou en tout cas, pas comme nous l'avons été. Eux sont vraiment passés à autre chose...

Emma attendit une réponse, qui tarda à venir. Ruby semblait profondément plongée dans ses pensées. Elle finit par se redresser, une expression inhabituellement sérieuse sur le visage.

- Les autres ont réalisés leurs rêves, rétorqua-t-elle. Ils sont allés au bout des projets qu'ils avaient cet été là. Nos vies à nous ont été bouleversées par certains évènements. Voilà pourquoi nous sommes ici, en pleine nuit, à évoquer le passé, voilà pourquoi ça compte toujours.

- Tu as raison. Je suis désolée.

Le silence retomba, devenant vite très pesant. Emma se leva pour se servir un autre chocolat chaud, puis elle sortit son téléphone et jeta un coup d'œil à ses derniers messages. Toutes ses connaissances, amis et famille lui avaient souhaité un joyeux anniversaire. Elle-même n'y avait pratiquement plus pensé, depuis son arrivée à Storybrooke. Elle n'avait pas envie de le fêter. A bien y réfléchir, c'était peut-être même l'unique raison qui l'avait poussé à partir, ce soir-là.

- J'ai une idée ! s'exclama soudain Ruby.

Elle se leva d'un bond et s'éloigna, disparaissant dans un couloir latéral, et ne revint qu'au bout d'une dizaine de minutes, un carton plutôt volumineux dans les bras. Elle le déposa précautionneusement sur la table la plus proche et s'empressa de l'ouvrir, arrachant le ruban adhésif d'un geste vif.

- J'ai bien cru que j'allais jamais le retrouver ! lança-t-elle, un peu essoufflée. Je vis peut-être beaucoup dans le passé, mais je ne passe pas pour autant toutes mes journées à fouiller dans de vieilles affaires.

Emma s'approcha avec une curiosité mêlée de crainte. Son amie plongea les mains dans le carton et en ressortit une multitude de vêtements et d'objets de toute sorte, comme des canettes vides et des tickets de cinéma.

- Je suis quasiment certaine que je rentre encore là-dedans, se vanta Ruby, en brandissant fièrement un corsage rouge. Enfin, j'aurais probablement l'air un brin provocatrice avec ça...

- Je t'ai déjà vu porter plus osé que ce dos-nu.

- C'est vrai. Oh, regarde, des photos !

L'angoisse d'Emma monta d'un cran. Elle hésita un instant, ne sachant que faire. Peut-être pourrait-elle prétendre qu'elle était fatiguée et qu'elle voulait aller se coucher ? Ou même simplement dire la vérité et avouer que cette incursion dans le passé était trop douloureuse ? Avant qu'elle n'ait pu se décider, Ruby lui avait tendu plusieurs clichés, un grand sourire sur le visage. Elle n'eut pas le courage de lui gâcher sa joie.

- Oh, je le reconnais, lui ! s'exclama Emma, en observant la première photo. Ce ne serait pas ce Whale dont on parlait tout à l'heure ?

- Si, si, c'est lui. Regarde la tête que fait Kathryn en arrière plan ! Je devrais la scanner et la lui envoyer.

Emma sentit sa gorge se nouer tandis qu'elle contemplait les photos, reconnaissant peu à peu les personnes et les lieux. C'était fou comme les détails de cet été en particulier s'étaient gravés dans sa mémoire. Etais-ce parce que, pour la première fois de sa vie, elle avait eu des amis, fait partie d'un groupe ? Etais-ce parce que cet été avait été le dernier avant qu'elle ne se retrouve en prison, avant que tout ne change irrémédiablement ? Emma eut sa réponse en découvrant un cliché la montrant âgée de dix-sept ans, assise sur un canapé, un gobelet à la main et le sourire aux lèvres. Elle se souvenait de cette soirée, de la raison pour laquelle un tel bonheur se lisait dans son regard. Cet été avait été particulièrement important car, pour la première et unique fois de toute sa vie, elle avait été sincèrement et pleinement amoureuse.

- Une photo des sœurs Mills, annonça Ruby, l'arrachant à ses pensées.

Emma se figea, l'album qu'elle tenait lui échappant des mains. Elle le rattrapa avant qu'il ne touche le sol et se redressa, une expression interdite sur le visage.

- Je sais qu'on évite le sujet, reprit Ruby. Mais si tu veux voir cette photo, je te la donne. C'est probablement une des seules où Elle apparaît, de toute façon. Mais on peut aussi faire comme si de rien était et regarder les autres photos, d'accord ? C'est toi qui vois.

- Je sais que tu ne dis pas ça méchamment, Ruby, mais il y a des choses dont on ne devrait pas parler, à propos de cet été là. Je te promets que je n'aborderai pas les sujets difficiles, si tu en fais autant. Je croyais que c'était le deal.

- Je sais. Mais j'étais sincère quand je parlais des regrets qui nous empêchent d'avancer. Peut-être qu'on doit seulement faire face au passé, et essayer de savoir si ça a encore une importance. Il sera toujours temps d'agir en conséquence après. Alors est-ce que tu veux voir cette photo, oui ou non ?

Emma poussa un long soupir de lassitude. Elle avait passé dix ans à essayer d'oublier, de passer à autre chose. Elle s'était répété encore et encore que son attitude était stupide, qu'il s'agissait d'une personne qu'elle n'avait côtoyée que pendant très peu de temps et que l'ampleur de son chagrin n'avait pas de sens. Elle aussi avait un carton de ce genre, rempli à ras bord de souvenirs, oublié quelque part dans le garage de la maison de sa mère. Parfois, elle avait failli céder à la tentation et jeter un œil à ce qu'elle avait gardé, mais elle avait eu trop peur de rouvrir les vieilles blessures. Mais cette nuit, tout semblait différent. Ruby était là, et elle se sentait soutenue. Les mots qu'elles avaient échangés, tout au long de la soirée, tournaient dans sa tête et prenaient des accents de vérité. Peut-être était-il temps d'affronter ses regrets ?

Dans une impulsion soudaine, Emma saisit la photo. Il lui sembla que son cœur s'était arrêté de battre. Elle fixait enfin ce visage qu'elle n'avait jamais réussi à oublier, depuis dix ans qu'elle essayait. Elle n'accorda pas un regard à la jeune femme rousse sur le côté gauche de la photo, et qui était pourtant elle aussi une connaissance. Toute son attention était vouée à l'autre personne, cette personne qui n'avait cessé de la hanter.

Regina.

Depuis combien de temps ne s'était-elle pas autorisée ne serait-ce qu'à penser ce prénom ?

Regina.

Des souvenirs déferlèrent dans sa mémoire. C'était comme si elle avait ouvert la boîte de Pandore, laissant s'échapper toute la douleur qu'elle avait réprimée.

Regina.

Elle semblait si heureuse sur cette photo. Ses longs cheveux bruns, détachés, encadraient son visage aux traits fins. Son sourire creusait d'adorables fossettes au coin de ses lèvres, lui donnant un air enfantin. Et ses yeux brillaient, comme si elle avait été sur le point de pleurer. Il y avait toujours eu quelque chose à propos de son regard, une intensité particulière, qui n'avait cessé de troubler Emma. Aujourd'hui, elle se souvenait des heures passées à la contempler, à mémoriser chaque détail. Et c'était douloureux, beaucoup plus douloureux que ça n'aurait dû l'être si longtemps après.

- Emma ? Est-ce que ça va ?

Ruby posa une main sur le bras de son amie, qui recula vivement en s'essuyant les joues.

- Ça va, mentit-elle. T'inquiètes pas.

- Je suis désolée, je n'aurais pas dû te forcer à regarder cette photo...

- Non, non, c'est rien. C'est pas grave. C'est juste que, tous ces souvenirs, c'est un peu trop pour moi, d'accord ? Je pense qu'on ferait mieux de remettre toutes ces choses à leur place...

- Oui, bien sûr, je comprends. Viens, je vais te montrer ta chambre. Il est déjà quatre heures et demie, on devrait aller dormir.

Emma acquiesça. Elle aida son amie à ranger les vêtements, les albums, et tout ce qui traînait sur la table. Puis, au moment de reposer la photo qu'elle tenait toujours à la main, elle hésita et décida de la garder. Elle la replia et la glissa dans la poche de son jean, après avoir pris soin de vérifier que Ruby regardait ailleurs. Cette dernière prit le carton dans ses bras, grimaçant sous son poids, et fit quelques pas dans le couloir.

- Suis-moi, ordonna-t-elle gentiment. Tu préfères vue sur la forêt ou vue sur la place ?

- La place, ça m'a l'air bien.

Ruby hocha la tête. Elle prit le chemin de l'hôtel, ouvrant la porte à l'aide de son coude.

- La place, alors, répéta-t-elle, tout en pénétrant dans le hall. Excellent choix, ce sont les meilleures chambres. Prends la clé de la 4, là-bas, s'il te plait.

Ruby fit un signe de tête en direction du présentoir et poursuivit son chemin vers une pièce adjacente pour y déposer le carton. Lorsqu'elle revint dans le hall, Emma n'y était plus. Jetant un coup d'œil dehors, elle sourit avec soulagement en apercevant son amie plus loin sur le chemin, une valise à la main.

- Désolée, j'avais oublié ça, s'excusa la blonde, en passant la porte.

- Pas de problèmes. Tu as la clé ?

- Oui, c'est bon. Je te suis.

Les deux femmes s'engouffrèrent dans les escaliers, grimpant les marches aussi silencieusement que possible, progressant lentement à la faible lumière des lampes accrochées aux murs.

- Voilà, c'est ici, murmura Ruby, une fois devant la porte de la chambre 4.

- Merci, répondit Emma sur le même ton. Et merci pour ce soir, c'était vraiment bien de pouvoir reparler de tout ça avec toi.

- Pareil pour moi. On se voit demain, et n'hésite pas à faire la grasse matinée si tu en as envie, je suis de service jusqu'en début d'après-midi de toute façon.

- D'accord. A demain, alors ! Et bon courage.

- Merci. A demain !

Emma avait posé sa valise à l'intérieur de la chambre et allait refermer la porte lorsque la voix de son amie interrompit son geste.

- Emma, attends...

- Oui ?

Ruby se mordit la lèvre, hésitant visiblement à poursuivre. Elle croisa les bras sur son ventre, faisant tinter les bracelets qui entouraient ses poignets.

- Qu'est-ce qu'il y a ? insista Emma, alarmée par son attitude.

- Rien, rien. Je me demandais seulement si... Eh bien, si tu avais toujours des regrets, même après avoir vu la photo.

- J'en ai toujours. J'en ai même encore plus. Pourquoi ?

- Comme ça. Je me dis que l'admettre, c'est la première étape.

Ruby sourit et se passa une main sur le visage, dissimulant un bâillement.

- Je suis crevée, soupira-t-elle. Bonne nuit.

- Attends. Est-ce que ça va ?

- Oui, oui, t'en fais pas. On se voit demain, d'accord ?

- D'accord. Bonne nuit, Ruby.

Emma referma la porte et s'y adossa, le cœur battant un peu plus vite que d'ordinaire. Elle jeta un regard circulaire sur la chambre, habitée d'une sensation étrange. Tout lui semblait irréel et lointain. Quelle idée stupide ça avait été, de venir ici se replonger dans les souvenirs ! Elle détestait se sentir si bêtement sentimentale à propos d'évènements qui se trouvaient si loin dans le passé. Cela faisait longtemps que toutes ces choses et toutes ces personnes auraient dû cesser de compter. Et pourtant, elle était là, dans une ville inconnue, avec une photo de Regina dans la poche de son jean. Elle qui avait tant lutté pour oublier, elle qui avait tant souffert de la façon dont ce fameux été s'était terminé... Emma se laissa tomber sur le lit, soudain épuisée. Elle maudit l'instant de faiblesse qui l'avait poussée à venir à Storybrooke et se fit la promesse de partir dès le lendemain matin. Ruby comprendrait. Du moins, c'était ce qu'elle espérait.

OoO

22 octobre 2011

En se réveillant ce matin-là, Emma se sentit un peu perdue. Elle se redressa sur ses coudes, regardant autour d'elle avec surprise. Puis les souvenirs de la nuit précédente lui revinrent brusquement et elle soupira, se laissant retomber sur son oreiller. Posé sur un fauteuil un peu plus loin, son jean semblait l'appeler, la supplier de regarder la photo qui était dissimulée dans sa poche. Mais pourquoi diable avait-elle volé cette photo ? Ce n'était pas comme si elle voulaitse rappeler. Sa petite bulle d'oubli lui manquait, bulle qui avait éclaté la veille, lorsqu'elle avait décidé sur un coup de tête de quitter son appartement vide. Elle aurait dû appeler Killian, mais l'idée d'une énième soirée à boire du rhum en sa compagnie l'avait totalement démoralisée. Comme c'était arrivé si souvent au cours de sa vie, le désir irrépressible de s'enfuir, de partir le plus loin possible, avait envahi Emma et lui avait fait perdre toute raison. Et ça avait été une décision stupide, de toute évidence. Ça n'était jamais qu'une de plus, mais elle sentait qu'elle allait payer celle-ci au prix fort.

Refoulant une colère grandissante, Emma repoussa sa couverture et se leva. Elle souleva sa valise, la posa sur le lit et l'ouvrit, fouillant dans ses affaires dans l'espoir de trouver des vêtements de rechange. Une fois vêtue, de son jean de la veille et d'un débardeur blanc qui sentait bon la lessive, Emma s'assit devant la coiffeuse et prit le temps de se maquiller, dissimulant ses cernes et donnant un peu plus de volume à ses cils. Tandis qu'elle s'activait, répétant des gestes mille fois exécutés, elle se concentra sur ce qu'elle allait dire à Ruby. Comment justifier son désir de s'en aller, elle qui venait seulement d'arriver ? Elle pouvait toujours mentir, dire que Neal se sentait dépassé par son rôle de père et lui demandait de revenir, ou qu'une urgence professionnelle réclamait toute son attention. Mais elle n'avait pas envie de mentir, pas à Ruby. Celle-ci s'était montrée si honnête et si gentille, si douce et si compréhensive, exactement comme elle se la rappelait. Elle méritait la vérité, mais aurait-elle le courage de la lui dire, de prononcer ces mots-là à voix haute, de les rendre réels ?

Ayant terminé de se maquiller, Emma reboucha son tube de mascara, le jeta dans sa valise et parcourut la chambre du regard, s'assurant qu'elle n'avait rien oublié. Elle fit un détour par la salle de bain, avant de revenir sur ses pas pour rabattre la couverture sur le lit, puis s'y assit le temps d'enfiler ses bottes. Une fois certaine qu'elle ne laissait rien derrière elle, Emma referma sa valise et ouvrit la porte. Elle refit en sens inverse le chemin de la veille, allant déposer ses affaires dans le coffre de sa voiture – qu'elle avait garée un peu plus près de l'hôtel, quelques heures plus tôt seulement – avant de se diriger d'un pas vif en direction du café-restaurant. Elle se glissa à l'intérieur et jeta un rapide coup d'œil dans la salle avant de se laisser tomber sur le tabouret le plus proche, à côté d'une femme plongée dans la lecture d'un journal. Elle ne tarda pas à repérer Ruby, qui prenait la commande d'un couple installé à la table qu'elles avaient occupée la veille. Se sentant observée, la serveuse fit volte-face, l'apercevant à son tour. Elle lui adressa un petit signe de la main, puis s'empressa de terminer ce qu'elle faisait pour pouvoir la rejoindre.

- Bien dormi ? demanda-t-elle en approchant, son habituel sourire joyeux sur le visage.

- Oui, oui, très bien, assura Emma. Et toi, alors ? Tu dois être complètement épuisée...

Ruby haussa les épaules. Elle contourna le bar, faisant claquer ses talons sur le sol, et entreprit de récupérer les tasses vides qui traînaient sur le comptoir.

- Ça allait, répondit-elle. Je suis jeune, je peux encore aller me coucher à l'aube et bosser le lendemain matin.

- Je vois ça.

Emma se redressa, cherchant la meilleure façon d'aborder le sujet. Elle ne voulait pas s'attarder plus que nécessaire et risquer de laisser la gentillesse de son amie la convaincre de rester.

- Ruby ? appela-t-elle.

La serveuse releva la tête du petit carnet de commandes qu'elle consultait.

- Oui ? Tu veux un chocolat chaud ? Ou un café, peut-être ?

- Euh, non, c'est très gentil mais... Ruby, je vais repartir à New-York. Maintenant.

Emma retint un soupir de découragement en voyant la déception remplacer la joie sur le visage de son amie. Celle-ci oublia aussitôt ce qu'elle était en train de faire et se rapprocha du comptoir, arborant une expression inhabituellement sérieuse.

- Je pense que tu aurais tort de t'en aller si vite, répondit-elle.

- Je suis partie sur un coup de tête, en laissant plein de choses en plan. Je dois...

- Non, l'interrompit Ruby. Tu ne peux pas me faire ça. Je n'ai rien dit hier soir parce que je suis quelqu'un de sympa, mais franchement, Emma, ça fait combien de temps que j'essaye de te revoir ? Ça fait des années, tu comprends ? Je suis contente que tu sois là, je n'ai pas envie que tu partes, et je sais que beaucoup de temps pourrait passer avant que tu te souviennes à nouveau de mon existence...

- Je ne t'avais pas oublié, crois-moi. Mais les discussions comme celles de cette nuit, c'est encore difficile pour moi. Le passé est très bien là où il est, et en te revoyant c'est comme si je me replongeais dans toutes ces choses auxquelles je ne veux seulement plus penser.

Emma se mordit la lèvre, peinant à trouver ses mots.

- Je suis désolée, reprit-elle. Et je te jure que je reviendrais bientôt. Avec Henry. Et peut-être Killian.

- Seulement si ce n'est pas juste une promesse en l'air.

Ruby croisa les bras, levant le sourcil d'un air sévère.

- Je reviendrais, assura Emma. Je te le promets.

- Bon. Tu ne veux pas rester pour la journée, au moins ? J'ai mon après-midi de libre, on aurait pu aller se balader, je t'aurais fait faire le tour de la ville. Dis-oui, aller. S'il te plait.

- D'accord. Mais seulement la journée, et je repars ce soir. Je vais aller téléphoner à Henry pour lui dire où je suis, avant de vraiment passer pour une mère indigne...

Ruby eut un sourire triomphant, qui se communiqua rapidement à son amie. Celle-ci avait conscience de mériter ce qu'elle venait d'entendre et était finalement plutôt satisfaite de rester un peu plus longtemps. Elle retardait avec plaisir le moment de fêter son anniversaire…

- Ce qu'on ne ferait pas pour nos amis, marmonna-t-elle, faussement agacée.

Ruby leva les yeux au ciel. Elle allait retourner à ses commandes lorsque la porte s'ouvrit, la poussant à relever la tête pour accueillir un nouveau client. Son sourire retomba aussitôt, remplacé par un air inquiet, qui se transforma en panique lorsqu'elle comprit qu'Emma avait remarqué son brusque changement d'attitude. La blonde, surprise, suivit le regard de son amie. Elle pivota sur son tabouret et fit face à la nouvelle venue, un nœud d'angoisse se formant aussitôt dans son ventre. Il ne lui fallut qu'une minute pour comprendre ce qui avait provoqué la réaction de Ruby : toutes deux connaissaient la femme qui venait d'entrer au Granny's. Et pour cause : cette femme, c'était Regina. Emma en eut la certitude immédiate, malgré les dix ans qui la séparait de leur dernier face-à-face. Elle se figea, incapable de détourner les yeux, malgré son envie de se trouver n'importe où ailleurs qu'à cet endroit, en face de cette personne.

Ça n'avait aucun sens. Elle n'avait pas eu de ses nouvelles en dix ans et voilà qu'elle la croisait justement aujourd'hui, dans une ville perdue du Maine, après avoir passé la nuit à se remémorer des souvenirs avec Ruby. Aujourd'hui, après avoir volé cette vieille photo, qui se trouvait toujours dans la poche de son jean. Aujourd'hui, alors qu'elle avait passé les dix dernières années à éviter de savoir quoi que ce soit à son sujet, craignant que la tentation de la revoir ne soit trop forte. Aujourd'hui, alors qu'elle s'était résignée longtemps auparavant à l'avoir perdue pour de bon. Non, ça ne pouvait pas être elle. Pas ici, pas maintenant, pas alors qu'elle n'était pas le moins du monde préparée à l'affronter. C'était forcément quelqu'un d'autre. Dès que cette brune totalement inconnue relèverait la tête de son sac à main, dans lequel elle fouillait frénétiquement, Emma saurait. Mais ça ne pouvait pas être Elle. Définitivement pas.

La femme releva la tête. C'était bien Regina. Aucun doute possible à ce sujet. C'était son visage, ses yeux, ses lèvres – surmontées de cette petite cicatrice qu'elle avait déjà à l'époque où elles s'étaient rencontrées. Le regard de la brune l'effleura, glissa en direction de Ruby – qui venait de l'accueillir d'un faible « bonjour » – avant d'être de nouveau attiré par la blonde, qui se tenait assise tout au bord de son tabouret, comme si elle s'apprêtait à bondir pour fuir le plus loin possible du café Granny. Emma sentit sa respiration se bloquer en voyant une lueur nouvelle apparaître dans les yeux de Regina, une lueur qu'elle identifia aussitôt : elle l'avait reconnue. Le temps sembla s'arrêter, les bruits se firent lointains, le monde alentour cessa d'exister. L'espace d'un instant, tout s'effaça pour laisser place au choc, à la douleur, à la tristesse et à une joie mêlée de culpabilité.

Et puis, Regina fit un pas en avant, et un soupir s'échappa de ses lèvres, formant un prénom qu'elle n'avait plus prononcé depuis des années :

- Emma...


Et voilà pour le Prologue ! Envie d'en savoir plus ? Laissez donc une review pour me donner votre avis, c'est motivant et je vais avoir besoin de motivation si je veux mener ce projet à terme. On se retrouve vendredi prochain pour le Chapitre 1, qui marque le début de la Partie 1, et a lieu dans le passé. Alors.. à bientôt, j'espère !