Bonjour à toutes et à tous !

Voici mon dernier bébé en date, une petite fiction en quatre parties. Toutes sont déjà écrites, ce n'est n'est plus que de la correction et de la retouche. C'est un Modern AU, mon premier, ce qui ajoute une pression supplémentaire à cette publication.

Cette histoire m'est venue en écoutant l'une des chansons de mon artiste préféré, Emmanuel Moire, intitulée "Quatre vies". En temps normal, je vous conseillerait d'aller voir les paroles, mais ici ça risque de vous spoiler la fin de l'histoire. Mais les paroles de la chanson seront publiées intégralement au fur et à mesure des chapitres.

Bonne lecture !


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C'est la maison où j'ai grandi
Où l'on vivait ensemble
C'est une saison un mercredi
Des jouets dans la chambre
Sur le mur du fond on trace un trait
Tous les mois de septembre
Nos deux prénoms se mesuraient
Puis se tiraient la langue

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PART I

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-« Fili ! Kili ! Votre oncle est là ! »

L'appel passé du rez-de-chaussée résonna dans toute la maison, de la cave au grenier, comme si les mots cherchaient d'eux-mêmes leur chemin vers les deux enfants. Et même si l'écho du cri de Dis se perdit dans l'escalier menant aux chambres, le grand couloir résonna rapidement du bruit des pas pressés heurtant avec une force insoupçonnée le vieux parquet de chêne. La cavalcade se rapprochait, tel le lointain grondement de l'orage, d'ors et déjà accompagnée par les exclamations et les cris des deux terreurs.

Rapidement, une première tête blonde parut dans l'encadrement de la porte. Fili, avec l'exubérance de ses neuf ans, fit un dérapage parfaitement maitrisés et déboucha dans le salon sans même ralentir, les cheveux en désordre et un seul chausson au pied, le droit. Il fut immédiatement suivit par son frère qui, pieds nus, déboula à son tour dans la pièce. Mais contrairement à son ainé, le petit brun de six ans négocia mal son virage, et emboutit violemment son frère. Ce dernier bâtit pitoyablement des bras, tentant de conserver son fragile équilibre, mais en vain. Dans un dernier réflexe de pure survie, il agrippa le bas du tee-shirt de son frère, l'entrainant avec lui dans sa chute. Les deux enfants s'écroulèrent au sol, ne formant plus qu'un enchevêtrement informe de membres emmêlés.

Dis se précipita immédiatement vers ses deux fils, suivie de son frère, mais tous deux s'arrêtèrent brutalement en constatant que le tas – il n'y avait pas d'autres mots possibles – que formaient les deux enfants n'était pas secoué par des sanglots de douleurs, mais bel et bien par des éclats de rires non maitrisés. Dis porta machinalement une main à sa poitrine, dans laquelle son cœur battait la chamade. Ces deux abrutis allaient avoir sa mort sur la conscience. Et oui, bien qu'étant une dame très convenable, Dis perdait occasionnellement de sa distinction et de sa retenue quand il s'agissait de ses fils. Et les traitait mentalement – et parfois verbalement – d'imbéciles et de stupides créatures à l'occasion, lorsque leurs facéties et leurs aventures rocambolesques la faisaient mourir de peur. Ou la mettaient hors d'elle, au choix.

A côté d'elle, son frère ainé Thorin contemplait ses deux neveux avec affection, tout bonnement incapable de montrer une quelconque sévérité. Certes, officiellement c'était monsieur Oakenshield, créateur et PDG d'Erebor tech, une très importante firme d'électronique, aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale. Dans le cadre de son métier, il avait pour habitude de dissimuler ses émotions et ces sentiments derrière un masque – soigneusement mis au point par des années de pratique – de froideur et de distance polie. Mais malgré sa carapace de sureté et d'impassibilité, il se laissait facilement aller avec sa famille pour ne redevenir qu'oncle Thorin. Et malgré tous les moyens mis en œuvre pour l'éviter, il ne pouvait s'empêcher de fondre devant les adorables petites bouilles des deux enfants, et se faisait immanquablement avoir par leurs petits yeux de chien battu – ce que, soit dit en passant, Fili et Kili ne se privaient pas d'utiliser à leur avantage –. Thorin avait toujours été très proche de ses deux neveux, et malgré son importante charge de travail, il trouvait toujours une manière de les voir toutes les semaines. Il n'était pas rare qu'en cas d'impossibilité de Dis – due à ses gardes à l'hôpital – ce soit lui qui aille chercher les deux enfants à l'école, pour leur plus grand plaisir à tous les trois. Ils allaient alors au cinéma, ou simplement au parc tout proche, et allaient ensuite chercher Dis tous ensembles à la clinique à la fin de son service. Bref, leur vie était réglée comme du papier à musique.

Vili, le mari de Dis, travaillait énormément. Beaucoup trop même. Toujours en voyage d'affaire aux quatre coins du monde, il n'était pas souvent présent au domicile familial, et ne participait que de manière superficielle à l'éducation de ses deux fils. Pour ainsi dire, ces derniers voyaient plus souvent leur oncle que leur père. Mais chacun en faisait son affaire. Fili et Kili n'en étaient pas malheureux pour autant et ne souffraient pas d'un manque d'amour de la part de leurs proches. Ils avaient leur mère et leur oncle rien que pour eux, certes. Mais ils avaient également leurs grands-parents Thrain et Danaé qui vivaient à la campagne, leur oncle Frerin et sa fiancée Emilianne, qui travaillaient tous les deux avec leur oncle Thorin. Sans compter leurs copains à l'école : Frodon, Sam, Merry et Pippin. Ainsi que la jolie Eowyn, l'amoureuse de Kili – mais chut, c'était un secret – et son frère ainé Eomer. Alors oui, la vie était belle pour Fili et Kili Durin.

-« Fili, Kili ! » s'exclama vivement Dis. « Relevez-vous tous les deux, et venez dire bonjour à votre oncle ! »

Tant bien que mal, les deux enfants se relevèrent, se soutenant l'un l'autre. Fili se frottait machinalement l'avant-bras, où se formait déjà la marque violacée familière d'un hématome. Quand à Kili, il se massait distraitement le front, et plus précisément la bosse qui y avait pris place. Mais tous deux avaient l'habitude de ce genre de blessures légères et superficielles. Casse-cous comme tous les jeunes enfants, il n'était pas rare qu'ils rentrent à la maison le pantalon déchirés aux genoux – toujours au même endroit – et les mains couvertes d'égratignures. Alors Dis grondait pour la forme, agitant un doigt menaçant devant leurs visages faussement penauds. Et invariablement – formation d'infirmière oblige – elle ramenait sa trousse de soin et soignait plaies et écorchures. Alors ce n'était pas une misérable bosse ou une quelconque contusion qui allait ralentir les deux enfants, loin de là. Si seulement !

-« Tonton Thorin ! » s'écrièrent-ils tous deux d'une même voix.

Thorin eut tout juste le temps de s'agenouiller au sol que déjà Fili et Kili lui fonçaient dessus, tels deux tornades. Il referma leurs bras sur eux, et les embrassa chacun leur tour sur le front.

-« Qu'est ce que vous avez grandit tous les deux ! » s'exclama-t-il, d'un ton bien trop admiratif pour être honnête.

-« Mais tonton, tu nous a vu il y a trois jours ! » s'écria Fili, faisant rire son oncle et sa mère aux éclats.

C'était devenu un jeu entre eux. Comme tous les enfants de leur âge, Fili et Kili étaient très préoccupés par leur taille, et insistaient lourdement et de manière assez récurrente sur le fait qu'à présent ils étaient de grands garçons. Dès que leurs parents – ou de manière plus générale un adulte de leur entourage – les appelaient par des surnoms aussi abrutissants que « mon poussin » ou « mon lapin », les deux garçons se rebellaient à grands renforts de bouderies et d'exclamations telles que « M'man ! J'ai plus trois ans ! » Mais si ce genre de remarque prenait plutôt bien pour Fili, ce n'était pas tout à fait le cas de Kili. Du haut de ses six ans, le garçon avait bien conscience qu'il resterait éternellement le petit frère de Fili. Mais ce n'était pas une raison ! Et le jeune garçon s'échinait à bomber le torse et à se dresser sur la pointe des pieds dans l'espoir de rattraper son ainé. Et il y était presque ! Il ne lui manquait… oh, qu'une bonne vingtaine de centimètres ! Et aujourd'hui, parmi tous les jours que comptaient l'année – 365 jours, c'est sa maitresse qui l'avait dit ! – c'était le seul où il ne fallait pas plaisanter sur cette histoire de taille. Le seul !

-« Tu vas voir si j'ai grandit ! » clama à voix haute Kili, bien décidé à prouver aux autres et surtout à son frère que lui aussi était un grand.

Sans un mot de plus, il prit fermement la main de son oncle dans la sienne, et le tira de toutes ses maigres forces derrière lui. Heureusement, le grand brun se laissa faire, sans quoi le petit garçon n'aurait pas réussit le faire bouger d'un demi millimètre. Suivit de sa mère et de son frère, intrigués, Kili entraina son oncle dans la salle à manger, écartant à grands coups de pieds les innombrables jouets qui jonchaient le sol. Certes, sa mère lui avait dit un nombre incalculable de fois de les ranger. Mais quand il daignait finalement ranger son costume de chevalier et son épée en bois, il ressortait par la suite ses figurines de super-héros et ses billes de toutes les couleurs. Et encore, ce n'était rien comparé à la collection de petites voitures de Fili. Elles avaient envahit toute la maison, même la salle de bain ! Plus préoccupé par son neveu que par ce qui se trouvait au sol, Thorin glissa d'ailleurs sur l'une d'entre elles et manqua de s'écrouler au sol.

-« Fais attention tonton, c'est ma Porche Cayenne ! » s'égosilla vivement Fili, sans aucune considération pour son oncle qui avait manqué de tomber.

Kili émit un très léger ricanement, mais jugea plus prudent de se taire et de ne pas faire de remarques. Et puis après tout, ce n'était pas ses affaires. Tant pis pour Fili s'il se faisait gronder, na ! Plantant sa famille au milieu de la pièce, il courut jusqu'au buffet et se hissa de son mieux, tendant le bras pour s'emparer de deux feutre, un bleu et un rouge. Il revint rapidement et les tendit à son oncle avec insistance. Ce dernier les prit, ne comprenant pas où voulait en venir son plus jeune neveu. Kili dû lire l'incompréhension sur le visage de l'adulte, puisque ses grands yeux bruns se mouillèrent instantanément de larmes et sa lèvre inférieure vint à trembler.

-« Mais tonton… c'est septembre… » balbutia-t-il difficilement.

Il pointa d'une main tremblante le mur blanc et plus précisément le coin de la pièce, près de la plante verte. Accrochée au mur, une fragile ardoise sur laquelle s'étalait à la craie RDV Fili dentiste, lundi 17h d'une écriture soignée attirait le regard. Mais juste à côté, le mur n'y était pas aussi blanc qu'ailleurs, et était parsemé de traits de couleurs bleus et rouges. Thorin se tourna dans la direction qu'indiquait son neveu, et son regard s'éclaira lorsqu'il réalisa ce qu'il voulait. Aussitôt, un large sourire de compréhension s'épanouit sur ses lèvres, qui fleurit comme un reflet sur celles de Kili.

-« Tu veux commencer ? » demanda-t-il au garçonnet, qui opina vigoureusement de la tête.

Kili se précipita vers le mur, contre lequel il se colla de son mieux, s'alignant au niveau des traits déjà tracés. Bien évidemment, il tenta de tricher en se dressant sur la pointe des pieds, et bien évidemment Thorin le reprit avec douceur et fermeté. Finissant par s'immobiliser dans une position plus convenable, Kili observa avec des yeux brillant d'impatience et d'excitation son oncle dessiner d'une main qui ne tremblait pas un trait bleu juste au dessus de sa tête, et écrire soigneusement Kili, 6 ans juste à côté.

-« Fili, à ton tour ! » appela Thorin, déposant le feutre bleu pour prendre le rouge.

Le blond, tout sourire, ne se fit pas prier et s'installa contre le mur à la place que lui avait cédée son petit frère. Celui-ci sautillait sur place, intenable, et tirait à intervalles réguliers la main de sa mère.

-« J'ai grandit maman ! Je suis un grand maintenant ! Hein maman ? J'ai grandit ! T'as vu maman comme j'ai grandit ? »

Après un bref signe de son oncle, Fili vint rejoindre son petit frère, et tout naturellement lui prit la main, comme il le faisait toujours. Kili sembla à peine s'apercevoir de sa présence, frétillant d'impatience et s'agitant dans tous les sens. Pas même les tendres caresses de sa mère sur sa tête ne semblait pouvoir le calmer.

-« Alors tonton, je suis plus grand ? J'ai rattrapé Fee ? »

Le petit garçon ne voyait pas le sourire amusé que son frère ainé posait sur lui. Ni celui de sa mère d'ailleurs. La seule chose qui comptait à ses yeux était la réponse tant attendue de son oncle, telle la providence mille et mille fois espérée. Et Thorin contemplait son neveu, s'amusant à ses dépends de son impétuosité et de son impatience. Et dire que tous les ans, depuis six ans déjà, c'était le même cirque. La même ambiance, la même folie qui animait ses deux neveux. L'année passé, même Fili était aussi surexcité que son frère à l'instant présent. Mais il fallait croire que la récente rentrée en CM1 de l'ainé avait finit par tempérer quelque peu son caractère explosif. Ce qui était encore loin d'être le cas de son cadet.

-« Tontoooooon… » gémit pitoyablement Kili en piétinant sur place, au comble de l'impatience.

Thorin sourit une nouvelle fois, puis devant le regard vaguement moqueur de sa sœur dû se résoudre à donner à son neveu ce qu'il attendait.

-« Oui Kili, tu as bien grandit. Encore plus que l'année dernière. Tu commences même à rattraper ton frère. »

Certes, c'était quelque peu exagéré, mais au vu du regard brillant d'excitation de son neveu, Thorin ne put regretter cette légère entorse à la vérité.

-« C'est vrai ? » s'écria Kili d'une voix suraiguë.

N'attendant même pas la confirmation de son oncle, le jeune garçon se précipita vers le mur pour constater par lui-même cette nouvelle de la plus haute importance. La plus importante de la semaine ! Ou du mois même ! De l'année ! Du siècle ! De toute l'histoire de tous les temps ! Car effectivement, l'espace entre les deux traits tracés quelques secondes plus tôt était moindre eu égards à celui datant de l'année précédente. Kili, on ne peut plus heureux et fier, se tourna vers son frère avec un large sourire aux lèvres et lui tira joyeusement la langue.

-« T'as vu ça Fee ? J'te rattrape ! Ça veut dire que j'ai plus grandit que toi ! Et je serais bientôt plus grand que toi ! »

-« Ouais, peut-être… » lui concéda gentiment son ainé, un sourire tout aussi étincelant aux lèvres. « Mais en attendant, c'est moi le plus grand, microbe ! »

-« Microbe ? Microbe ? » éructa Kili, les sourcils froncés et les bras croisés sur sa poitrine, tel un grand et méchant et intimidant et terrible monstre cracheur de feu – ou du moins, c'est ainsi qu'il se voyait dans sa tête –. « Tu vas voir ce qu'il sait faire le microbe ! »

Sans un avertissement de plus, Kili se jeta avec force sur son frère, le précipitant au sol. Le blond, surpris, ne su comment réagir face à cette attaque impromptue. Le brun, les mains en avant, commença à assiéger son frère ainé de chatouilles. Et bientôt, il fut trop tard pour Fili pour qu'il ne puisse réagir ou ne serait ce que tenter de se défendre, et il ne put que subir les assauts répétés de son frère. Le tout devant les deux adultes qui assistaient en simple spectateurs aux gentilles chamailleries des deux enfants. Thorin envisagea pendant un bref instant d'aller chercher du pop-corn dans la cuisine, mais il avait peur de vexer sa sœur. Et il devait avouer qu'il ne voulait pour rien au monde manquer la moindre miette de cette adorable scène.

-« Kee… Kee… » haleta le blond entre deux éclats de rire, essoufflé. « Stop… Kee… »

-« Dis que je suis pas un microbe ! » s'exclama Kili, ravi d'avoir – pour une fois – son frère sous son emprise la plus totale.

-« N… Nan… » ahana difficilement Fili.

-« Dis-le, ou je continue ! » menaça le brun d'un air grave, mortellement sérieux.

Mais heureusement pour son frère ainé, et malheureusement pour le cadet, ils furent interrompus dans ce vil et odieux chantage – en insistant très nettement sur le vil et odieux – par le bruit familier des clés dans la serrure et celui de la porte d'entrée s'ouvrant en grand.

-« Chérie ? » appela une voix d'homme dans le couloir. « Je suis rentré ! »

-« Papa ! » s'écrièrent les deux enfants, unanimes.

Vili n'eut pas le temps de saluer son épouse et son beau-frère que déjà les deux terreurs se jetaient dans ses bras. Sa mallette de travail et son trousseau de clés tombèrent avec fracas au sol, l'homme les ayant brutalement lâchés pour enlacer ses fils. Il les embrassa chacun leur tour et les serra fortement contre lui, les faisant soupirer d'aise. Enfin. Mais la brève accalmie ne pouvait pas durer, et bientôt les pépiements du plus jeune reprirent.

-« Papa ? Dis papa, tu sais, tu sais ? J'ai encore grandit, et je suis presque aussi grand que Fee ! Hein papa, c'est bien papa ! J'ai grandit tu sais ! »

Vili sourit avec tendresse, et frotta doucement son nez contre celui de son cadet.

-« Évidemment que tu as grandit, et je suis même sûr que tu vas bientôt rattraper Fili ! »

Oh oui, la vie était belle chez la famille Durin…

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Je vais compter jusqu'à dix
Je suis l'enfant et le fils
J'avais six ans
Ma première vie

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Voilà, j'espère que cette première partie vous a plût. Profitez en, c'est la plus joyeuse de toutes ! ^^

Review ?