Il y a un type de fanfictions dont je ne me lasse pas : les power-up. Vous savez, ces fictions où un personnage pas très puissant et un peu ignoré par l'auteur révèle tout son potentiel ? Voilà, ces fictions-. Alors imaginez mon désarroi quand je me suis rendue compte qu'il n'y avait quasiment aucun power-up français dans mon fandom préféré ! Pire encore, aucun, zéro, nada sur LE personnage sous-exploité du manga, j'ai nommé Sakura.

Suivant l'adage bien connu qui veut que "Si tu as envie de lire quelque chose, écris-le toi-même", j'ai donc décidé de me lancer dans un powerful!Sakura.

Cette fiction sera centrée sur l'amitié, l'aventure et la politique. Mon but est de compléter les trous laissés par Kishimoto et de faire un monde beaucoup plus complet et scientifique que dans le manga.

Pour ce qui est des pairings, j'ignore s'il y en aura et ce ne sera de toute façon pas avant un bout de temps. Que voulez-vous, quand votre personnage principal a dix ans au début du récit, les relations amoureuses deviennent une préoccupation secondaire.

A ceux et celles qui me suivent sur mes quelques autres projets : je n'abandonne pas LCI !

Un grand merci à mes bêtas Cookinette et Cyanarc-en-ciel qui n'ont pas été rebutée par la longueur de ce premier chapitre.

Sur ce, bonne lecture !


« En dépit de l'abondance des mythes et légendes les prenant pour sujets, les shinobi ne forment qu'une catégorie ultra-minoritaire de la population. On sait en définitive fort peu de choses sur ces mystérieux mercenaires : sont-ils de simples humains ? Comment sont-ils entraînés ? Parviennent-ils réellement à accomplir les exploits surhumains qu'on leur attribue ?
L'intellectuel en quête de réponses se tournera naturellement vers les Villages Cachés, sans nul doute les zones où la concentration de shinobi est la plus élevée. Mais son périple ne s'arrêtera pas là, car la culture shinobi est étroitement liée au secret et ses membres ne parlent pas volontiers à ceux qu'ils qualifient de
civils » - Chiteki Minkan, Les shinobi : un univers de secrets.


Tout commença dans le sang et les larmes.
Plus précisément, tout commença dans les larmes paniquées de Haruno Sakura, dix ans, et dans le sang qui, un matin, tacha ses draps blancs.

« MAMAN ! »


3 Juin, an 1049 du Grand Calendrier, an 69 pKo

- Ce sont les premières règles de votre fille ? demanda la médecin qui les avait reçues. Dix ans, c'est tôt pour ce genre de choses.

- ça ne me surprend pas, je les ai eues au même âge, répondit Mebuki Haruno.

Sakura agrippait la main de sa mère comme si sa vie en dépendait.

Quand Mebuki avait pénétré dans sa chambre à toute vitesse, une paire de ciseaux à ongles dans une main et encore en chemise de nuit, Sakura avait fondu en larmes en indiquant la tache qui souillait son matelas. Elle s'attendait à ce que sa mère panique elle aussi ; à ce qu'elle hurle à un voisin d'appeler un docteur ; peut-être même à ce qu'elle s'évanouisse.
Elle ne s'attendait certes pas à ce que Mebuki pousse un soupir de soulagement, dépose les ciseaux en haut de l'armoire et lance à son mari affolé de retourner au lit.
A présent, munie d'une culotte rembourrée et d'une connaissance toute neuve des choses de la vie (« Mais Papa m'a dit que j'étais née dans une fleur de cerisier ! – Pas exactement, ma chérie. – Alors je ne vais pas mourir d'une hémorragie interne ? – Non, et je croyais t'avoir interdit de lire les manuels médicaux de la bibliothèque »), Sakura écoutait avec angoisse la discussion entre les deux femmes. Elle serrait si fort les poings qu'elle était certaine que la marque de ses ongles resterait imprimée en permanence dans ses paumes.

Elle avait tellement mal. Est-ce que c'était normal d'avoir aussi mal ? Sa mère n'avait jamais eu l'air d'avoir mal.

A cet instant précis, la coquette Sakura aurait sacrifié un bras pour devenir un garçon.

- Avez-vous également souffert de douleurs ? demandait la médecin en prenant des notes.

- Non, jamais. Je ne comprends pas ce qui lui arrive.

Sakura sentit sa panique monter d'un cran supplémentaire. L'excès d'adrénaline la rendait nauséeuse.

Sakura Haruno, dix ans et presque toutes ses dents (si on oubliait les deux dents de lait qu'elle avait perdues le mois dernier), n'avait pas l'habitude d'avoir des problèmes. Elle menait une vie tranquille avec ses parents adorés, allait à l'école, avait de bonnes notes et aidait au magasin dès qu'elle le pouvait. Elle se faisait un peu chahuter par ses camarades de classe, mais bon, ce n'était pas si grave (tentait-elle de se convaincre en s'endormant le soir).

Et surtout, Sakura Haruno avait une confiance absolue en cette créature puissante et mystérieuse qu'était l'adulte.

La femme se leva.

- Sakura-chan, il va falloir que tu viennes t'allonger sur cette banquette. Je vais t'examiner et si tu as toujours mal, je te donnerai des anti-douleurs.

Sakura s'effondra presque de soulagement. Elle était la petite fille idéale, polie et bien élevée, et c'était la seule chose qui l'empêchait depuis une demi-heure d'exiger des comprimés. Ça n'empêchait pas son for intérieur de protester à grand cri contre les adultes qui discutaient tranquillement pendant que les enfants essayaient de comprendre pourquoi ils avaient l'impression qu'on leur arrachait le système reproductif avec une pince chauffée au rouge.

Mais elle prit sur elle et alla s'allonger sur la banquette blanche en se mordant les lèvres.

Lorsque la médecin s'approcha, Sakura sentit sa respiration devenir hachée. La femme sentait le café et l'alcool désinfectant ; ses mains, quand elle les posa sous le nombril de la fillette, étaient si blanches qu'on voyait les veines au travers.

Quand elle commença à palper, son for intérieur lâcha une bordée d'injures.

Mal mal mal mal mal !

- Sakura, mon ange, ça va ? demanda Mebuki.

Est-ce que j'ai l'air d'aller bien pourquoi est-ce que ça fait aussi mal qu'est-ce qu'elle est en train de faire Maman j'ai mal dis-lui d'arrêter

La femme ôta ses mains. Sakura sentit un soupir de soulagement lui échapper.

- Tu peux redescendre. Mebuki-san, je vais vous demander de patienter ici, un collègue va venir vous voir.

- Combien de temps devons-nous attendre ? Sakura doit aller à l'école à huit heures.

Sakura elle-même avait complètement oublié l'école. Là, maintenant, allongée sur une banquette d'hôpital avec du sang qui lui sortait du corps, les cours de géographie d'Edobi-sensei lui paraissaient très lointains.

- Donnez-moi le nom de l'école, l'hôpital justifiera l'absence de votre fille. Il vaut mieux qu'elle n'aille pas en cours aujourd'hui.

Enfin un peu de bon sens, ronchonna son for intérieur.

- Elle est scolarisée à l'Ecole Civile du quartier Est, dit Mebuki.

- Je vais les contacter. Sakura-chan, croque ces comprimés. Tu vas avoir la tête légère pendant quelques heures, c'est normal. Ça t'évitera d'avoir trop mal.

Sakura regarda les cachets avec une ferveur presque religieuse. Elle venait de les avaler quand une idée terrifiante lui vint.

- Madame ? Si ce sont mes règles qui font ça, est-ce que ça veut dire que je vais avoir ça tous les mois ?

Ses camarades de classe trouvaient déjà qu'elle était trop faible, si en plus elle devait se plier en deux de douleur une fois par mois, elle n'oserait plus jamais aller à l'école !

- On va essayer de trouver une solution, éluda la professionnelle avant de quitter la pièce.

Sakura était beaucoup de choses, mais stupide n'était pas l'une d'elles.

Ça veut dire oui, hein ?


Tout allait beaucoup trop vite. Hier soir, elle mangeait un peu d'aubergine farcie en racontant à ses parents ce qu'elle avait appris en cours de mathématiques ; aujourd'hui à l'aube, elle se réveillait avec du sang sur ses draps et l'impression qu'un pivert particulièrement insistant avait confondu ses ovaires avec un tronc d'arbre.

Et maintenant ? Maintenant, mère et fille attendaient avec angoisse l'arrivée d'un quatrième médecin.

Il devrait y avoir des boutons pour ralentir le temps, décida Sakura. Excusez-moi, Monsieur le Dieu, ma journée est parfaitement incompréhensible : pourriez-vous m'accorder une heure de pause pour que je REFLECHISSE aux événements INSENSES de la matinée ? Merci. Signé Sakura Haruno, fille de Mebuki, fille de Kaoru.

Hélas, les dieux dans leur toute-puissance avaient négligé les désirs des fillettes de dix ans. Sakura se contenta de se mordre la joue en serrant plus fort la main de sa mère.

Quand la porte s'ouvrit, ce fut pour laisser entrer une femme dont la blouse blanche s'ornait d'un kanji rouge que Sakura n'avait jamais vu.

- Je suis Ako Tachibana, médic-nin, lança-t-elle en guise d'introduction. C'est moi qui suis chargée du cas de votre fille.

Médic-nin ? Tout le monde dans le village connaissait les fameux médecins ninjas, bien sûr – ne serait-ce que parce que la Princesse Tsunade en personne avait appartenu à leurs rangs – mais c'était la première fois que Sakura en voyait une en vrai.
C'était, elle le comprit immédiatement, un privilège à double tranchant. Pour une patiente civile comme elle, avoir une médic-nin en face de soi n'était pas bon signe du tout.

Mebuki Haruno pensait de toute évidence la même chose.

- Excusez-moi, Tachibana-san, demanda-t-elle avec un calme trompeur, mais pourquoi une médic-nin doit-elle s'occuper d'une civile ?

- Excellente question. Croyez-moi, nous n'en faisons pas une habitude. Il se trouve juste que le… cas de votre fille dépasse les compétences d'un simple médecin.

Malgré la douleur lancinante qui la tiraillait toujours, Sakura se raidit. Elle avait toujours eu une image un peu idyllique des mednins, c'est vrai, mais cette femme avait un ton méprisant qui ne lui plaisait pas du tout. Simple médecin ?

Elle se croit meilleure que nous parce qu'elle est ninja, cracha Inner avec verve. Elle se prend vraiment pas pour de la…

Inner ! s'exclama Sakura en rougissant. Son for intérieur avait raison, bien sûr, mais une demoiselle ne devait pas utiliser ce genre de langage. Ses enseignants le leur disaient tout le temps.

- Pour l'instant, Haruno-san, je dois parler avec votre fille. Veuillez sortir.

- Je peux entendre ce que vous avez à lui dire, protesta Mebuki. Je suis sa mère.

Bien dit, Maman !

- Le secret médical nous empêche de révéler des données confidentielles en présence d'un tiers. Votre fille vous dira tout ce qu'elle veut plus tard mais pour l'instant, je vous demande de sortir.

Sakura fronça les sourcils. La médic-nin traitait sa mère comme une enfant mal élevée !

- Tu peux sortir, Maman. Je te dirai tout ce que tu veux, déclara-t-elle avec force en fixant cette… médic-nin.

Tachibana leva les yeux au ciel et Sakura retint une profonde envie de l'étrangler. Elle ne vit même pas sa mère quitter la pièce en lui jetant un dernier regard inquiet.

- Bien, commença la médic-nin en ramenant une mèche prune derrière son oreille. Je suis navrée de te dire que d'après les vérifications qu'on a effectuées, ton système reproductif est malformé.

Sakura se figea. Quoi ?

- Il faudra que tu passes quelques examens complémentaires pour en être sûre, mais je ne vois rien d'autre qui expliquerait une dysménorrhée marquée dès les premières règles. Tu souffres bien de crampes utérines ?

Sakura lui renvoya un regard perdu. Malformée ?

- Tes douleurs, reprit la médic-nin avec agacement. Elles sont brutales, soudaines et fortes, ou diffuses et continues ?

- Euh… Brutales, je crois.

- Des crampes, alors. Bon, si tu étais kunoichi, on pourrait te soigner plus facilement. Comme tu es civile, ton corps ne supporterait pas une trop grande quantité d'énergie. Il va falloir y aller doucement. Ton dossier médical dit que tu as une constitution fragile et que tu es très vite fatiguée, c'est toujours le cas ?

- Oui, admit Sakura en rougissant.

Très vite fatiguée, c'était un euphémisme. Même marcher jusqu'à l'école l'épuisait. Personne ne voulait la prendre dans son équipe pendant le cours de sport. Ce n'était pas qu'elle était particulièrement maigrichonne, juste… faible. C'était bizarre, cette faiblesse constante, mais son médecin traitant avait dit que c'était sûrement un problème génétique.

- ça ne va pas faciliter les choses mais je vais faire avec. Haruno-san, vous pouvez revenir ! lança-t-elle en direction de la porte.

Mebuki se précipita vers sa fille.

- Tout va bien, ma chérie ?

Sakura détourna le regard. Elle se sentait soudainement très fatiguée et, pour être honnête, un peu perdue. Hier soir, elle révisait le contrôle d'histoire sur la formation de Konoha ; aujourd'hui, on lui apprenait qu'elle était… malformée.

Est-ce que ça voulait dire qu'elle ne pourrait jamais avoir d'enfants ?

Sakura sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle détestait être aussi faible. Elle détestait son corps toujours épuisé, ses malformations – des malformations, par les dieux ! – et cette médecin prétentieuse qui était censée s'occuper d'elle.

Malformée ! Ce mot la dégoûtait, lui donnait l'impression d'être une sorte de monstre de foire. Comment une petite fille comme elle pouvait être malformée ? Sa mère lui disait toujours qu'elle était jolie comme un cœur, avec sa peau laiteuse et ses cheveux barbe à papa, et son père l'appelait Princesse et lui achetait toujours les plus beaux yukata pour le festival du printemps. Ce n'était pas juste ! Ce n'était pas comme ça que les choses devaient se passer ! Elle ne pouvait déjà pas être ninja, et maintenant on lui disait qu'elle était malformée ?

- Haruno-san, poursuivit Tachibana, votre fille viendra à l'hôpital une fois par semaine pendant une heure à partir d'aujourd'hui, sauf durant ses règles.

- Qu'allez-vous lui faire ?

- Je n'ai pas le droit de vous le dire, la rabroua la kunoichi. Trouvez un horaire stable, le traitement risque de durer assez longtemps. Au moins un an, je dirais.

Un an ?! songea Sakura en paniquant. Une année entière avant qu'elle arrête d'avoir mal tous les mois ? C'était beaucoup trop !

- Le mercredi à dix-sept heures ? suggéra Mebuki.

- C'est noté. Sakura, tu te présenteras au guichet en donnant tes nom et prénom et tu diras que tu es traitée par des médic-nins.

- Oui, Tachibana-san.

Un an…


5 Juin, an 1049 du Grand Calendrier, an 69 pKo

Deux jours plus tard, la douleur diminuait lentement et Sakura avait pris une décision.

Avant d'entrer à l'Ecole Civile de l'Est, elle avait été à l'Académie Ninja. C'était une longue histoire, une brèche entre Sakura et ses parents qui ne s'était jamais tout à fait refermée. Sa faible constitution physique avait mis le point final à ses rêves de devenir ninja et elle était revenue du côté civil de Konoha. Elle s'y était fait une vie et évitait à présent de revenir à l'époque bénie de l'Académie – même à dix ans, Sakura savait qu'il valait mieux laisser certains souvenirs tout au fond de sa mémoire. Mais il y avait une chose qu'elle ne pourrait jamais effacer : le nom de sa première amie. C'était pour ça qu'elle était là, arpentant les rues du village en priant pour que ses parents ne rentrent pas avant elle.

Sakura sentit un frisson la parcourir. Elle était une fille polie et disciplinée et c'était la première fois depuis longtemps qu'elle désobéissait à ses parents. Ça lui faisait une impression bizarre de parcourir le quartier ninja de Konoha toute seule, un sentiment de liberté grisant mais aussi un peu inquiétant. De temps en temps, elle avait l'impression de saisir quelque chose, comme un mouvement qu'elle ne pouvait ni voir, ni entendre, et elle devait prendre sur elle pour ne pas sursauter. Inutile d'attirer encore plus l'attention des passants, ses cheveux roses suffisaient.

Quand elle était rentrée chez elle après cette consultation à l'hôpital, sa mère lui avait préparé une compresse chaude à poser sur le ventre et l'avait laissée faire la sieste. Sakura avait somnolé quelques heures, assommée par les médicaments, mais quand la douleur l'avait réveillée, elle s'était mise à réfléchir.

La médic-nin avait dit que le traitement durerait au moins un an. Sakura était absolument certaine que subir cette douleur pendant un an la rendrait aussi folle que le vieux monsieur du cimetière, celui qui restait assis sur la tombe de sa femme en marmonnant des choses bizarres. Elle n'avait pas le choix : elle devait agir.
Mais comment ? La témérité, les solutions désespérées, ça n'avait jamais été son fort, pas comme ce garçon blond bizarre de l'Académie. Elle n'était qu'une petite civile qui avait voulu devenir kunoichi mais n'avait pas réussi. Tout ce qui la différenciait des autres, c'était son intelligence et ses étranges cheveux roses.

Voilà pourquoi elle avait besoin d'aide. Ako Tachibana avait dit que si elle avait été une kunoichi, la soigner aurait été plus simple. Elle n'avait pas dit si tu étais plus musclée ou même si tu étais plus forte : juste si tu étais kunoichi. Qu'est-ce qui rendait les shinobi plus résistants ?

(Sakura n'était pas peu fière d'avoir saisi cette subtilité : elle était sûre que si elle avait été à l'Académie, on l'aurait félicitée pour sa perspicacité.)

Impossible de demander à Tachibana elle-même. Sakura n'avait pas oublié le sec je n'ai pas le droit de vous le dire qu'avait reçu sa mère.

Mais il y avait quelqu'un d'autre à qui elle pouvait demander. Une personne qui l'avait déjà aidée auparavant et qui, elle n'en doutait pas, l'aiderait à nouveau.

C'est pleine d'optimisme qu'elle pénétra dans la boutique de fleurs Yamanaka. Derrière le comptoir, aussi lumineuse que dans son souvenir, se tenait la personne qu'elle cherchait.

- Ino-chan ?

L'autre fille releva la tête et se frotta les yeux en voyant qui se tenait à l'entrée du magasin.

- Sakura ? Sakura, c'est bien toi ?

Elles se regardèrent un instant, comme surprises par les changements advenus chez l'autre. Ino avait grandi ; ses cheveux blonds attachés en queue-de-cheval lui arrivaient désormais au milieu du dos. Elle portait un tablier blanc à fleurs sur une robe bleu clair et ressemblait à une parfaite fille de maison. Personne, en la voyant, n'aurait deviné qu'elle était l'héritière d'un des Huit Clans de Konoha et destinée à devenir une tueuse de premier ordre.
Comme avant, Sakura fut prise d'un mélange d'admiration et de honte. Elle n'y pouvait rien : Ino était juste trop belle, trop forte, trop fière pour une petite civile aux cheveux roses. La fillette avait bien conscience qu'en comparaison, elle n'avait pas beaucoup changé : elle avait un peu grandi, sa frange masquait à nouveau son front trop grand, mais c'était tout. Pas de métamorphose spectaculaire ni de début de puberté pour Sakura Haruno.
Malgré tout, quand Ino passa la tête par la porte de l'arrière-boutique pour dire qu'elle allait s'absenter et fit signe à son amie de la suivre, Sakura se dit que finalement, être malformée n'avait pas que des désavantages. Le simple fait de revoir Ino après toutes ces années l'emplissait de cette joie des grandes amitiés.

Ino l'emmena dans une petite pièce abondamment éclairée où des rangées de pots rouges arboraient des fleurs juste écloses. L'endroit était aussi beau qu'innocent, à l'image de la jeune héritière, et celle-ci semblait le connaître par cœur. Sakura navigua avec soin entre les fleurs, attentive à ne rien renverser dans sa marche jusqu'aux chaises installées dans un coin.

Quand elle s'assit, la douleur à présent familière se rappela à elle. Elle ferma les yeux et inspira longuement, comme sa mère le lui avait conseillé. Lorsqu'elle rouvrit les paupières, Ino la fixait avec inquiétude.

- Sa-chan, qu'est-ce qui se passe ?

Sa-chan. Sakura ne put retenir un sourire. Ce surnom lui avait manqué ; sa meilleure amie lui avait manqué. Comment avait-elle pu être assez bête pour couper le contact ? A l'époque, la honte qu'elle avait éprouvée en état retirée de l'Académie par ses parents avait supplanté tout le reste… Mais maintenant, quatre ans plus tard, cette raison lui semblait bien futile.

- Ino-chan, répondit-elle. Ça faisait longtemps.

C'était un peu bizarre de dire ça quand on avait dix ans, réalisa-t-elle avec un temps de retard. Mais Ino ne sembla pas s'en soucier ; un grand sourire sur le visage, elle quitta sa chaise pour se jeter sur son amie.

- Sakuraaaaaaa, chantonna-t-elle, tu m'as tellement manquée ! Tu es devenue si grande, qu'est-ce qui s'est passé ? Il faut que tu me racontes pourquoi tu es partie d'un seul coup ! Ce sont tes parents, hein ? Et pourquoi tu as une frange, tu as perdu le ruban que je t'avais offert ? Je peux t'en donner un autre si tu veux !

- Ino-chan, tu me fais un peu mal…

- Oh, je suis désolée !

- C'est pas grave.

Pas grave du tout. Sakura avait envie de rire et de danser. Ino sentait le jasmin.

Une pointe de douleur la rappela à l'ordre.

- Ino-chan, j'ai besoin d'aide, commença-t-elle.

L'autre fille se rassit, calmée.

- Qu'est-ce qui t'arrive ?

Sakura lui raconta tout. Elle rougit en prononçant le mot malformation et faillit ne pas mentionner à quel point son corps était devenu faible et fragile, mais décida de tout dire : Ino était son meilleur espoir de trouver une solution. A la fin de son récit, sa meilleure amie rassembla ses pensées.

- Tu as besoin de savoir comment accélérer ta guérison, c'est ça ?

Sakura hocha la tête. Ino se mordit la lèvre.

- Je ne sais pas si je peux te dire ça, Sa-chan. Ce n'est pas vraiment un secret mais les shinobi n'en parlent pas trop aux civils. Papa ne serait pas content s'il l'apprenait. Je ne le sais que parce que je suis son héritière et qu'on est l'un des Huit Clans…

La petite civile sentit les larmes lui monter aux yeux. Ino ne pouvait pas l'aider ? Mais alors qui accepterait ?

Il y avait bien les livres, ses fidèles alliés… Sauf que les livres sur les ninjas étaient dans la partie shinobi de la bibliothèque. On ne l'autoriserait jamais à y entrer !

- Oh non, Sa-chan, ne pleure pas ! Ça fait si mal que ça ?

Sakura détourna le regard. Elle se sentait stupide, à pleurer comme un bébé en face d'Ino.

- Je vais t'aider, d'accord ? On va dire que c'est de la solidarité féminine !

- C'est vrai ? Tu vas m'aider ?

Ino soupira.

- Il faut vraiment que tu reviennes à l'Académie, Sakura. Je ne sais pas ce qu'ils t'ont fait chez les civils mais tu serais mieux avec nous.

Sakura eut envie de rire au milieu de ses larmes. Ino et sa capacité à mettre les pieds dans le plat. Moi aussi, Ino-chan, j'aurais voulu rester à l'Académie.

- Pour ton problème… Bon, écoute. On a tous de l'énergie dans notre corps, tu es d'accord ?

- Oui.

- En fait, on a une autre énergie en nous. C'est un mélange d'énergie corporelle et spirituelle et c'est ce qui permet aux shinobi d'utiliser des techniques.

- Oh, tu veux dire le chakra ?

Ino ouvrit de grands yeux ronds.

- Sa-chan, comment tu sais ça ? Les civils ne sont pas censés connaître le chakra !

- Ah… C'est que… Tu te souviens de Naruto, le garçon bizarre deux classes au-dessus de nous ?

- Cet idiot ? Difficile de l'oublier. Il est dans la même classe que nous maintenant, d'ailleurs, vu qu'il a raté l'examen. Tu te rends compte, ils l'ont laissé redoubler son année deux fois ! C'est interdit pour tout le monde mais lui, il a le droit ! Alors qu'il n'a rien de spécial, c'est pas comme s'il appartenait à un Clan, c'est juste un orphelin que personne n'aime… Oh, désolée, Sakura. Je parle trop.

- C'est pas grave, Ino-chan. Tu te souviens que Naruto…

Sakura se sentit rougir. Elle ne savait toujours pas quoi penser de l'exaspérant garçon blond.

- … qu'il m'aimait bien ?

- Tu veux parler des rendez-vous au stand de ramen qu'il te proposait tout le temps ? dit Ino d'un ton narquois.

- Oui, ça ! rit Sakura. Un jour, je sais pas pourquoi, je lui ai dit que mes parents voulaient que je quitte l'Académie. Il a juré de trouver une solution et il a décidé que si je savais des choses que les civils ne devaient pas savoir, mes parents ne pourraient plus m'empêcher de devenir ninja.

- Quel idiot !

- Alors il a volé un rouleau dans la section sécurisée de la bibliothèque et il me l'a offert.

Ino ouvrit des yeux ronds – l'air stupéfait était encore renforcée par son absence de pupilles.

- Quoi ?! Et tu ne me l'as pas dit ?

- Je suis désolée, Ino-chan, il m'a fait promettre de ne rien dire.

- Tu n'aurais pas dû accepter, Sa-chan ! Tu es trop gentille !

- Je ne sais pas… Il m'énervait mais c'était… enfin, c'était quand même gentil de sa part. Moi aussi, je voulais rester à l'Académie.

Les deux filles restèrent silencieuses à méditer ces mots. L'Académie semblait bien lointaine, à présent, comme un vieux rêve qui commençait à s'effacer. Sakura aurait été jalouse d'Ino si elle n'avait pas eu l'impression que son amie était faite pour devenir ninja : elle était belle, et forte, et bien née, comme les kunoichi des contes.

Sakura, elle, était juste une civile au grand front trop timide avec une seconde personnalité bizarrement violente.

- C'était un rouleau sur le chakra, reprit-elle. Il avait l'air vraiment vieux, j'ai eu peur de le casser en le déroulant. Il y avait une explication sur ce qu'était le chakra et ses applications avec plein de kanji difficiles. J'ai dû les noter sur une feuille et aller à la bibliothèque chercher ce qu'ils voulaient dire. Et dedans, il y avait aussi des… des exercices, je crois. Enfin, ils expliquaient comment faire couler le chakra en soi, comment ouvrir ses points de chakra. Ils parlaient aussi de contrôler le chakra, de visualiser un courant, comme une rivière.

Quatre ans plus tard, elle connaissait toujours le contenu du rouleau sur le bout des doigts.

- Tu l'as fait ? demanda Ino.

- J'ai essayé. J'ai eu l'impression de ressentir quelque chose au début, mais… je crois que c'était juste mon imagination. Je ne me sentais pas super forte, je brillais pas, il n'y avait rien de différent. De toute façon, Naruto est venu me demander si je pouvais lui redonner le rouleau parce que le bibliothécaire commençait à le regarder bizarrement. C'est comme ça que je sais ce qu'est le chakra.

- Tu as eu de la chance, Sa-chan. Normalement, on ne laisse pas les débutants manipuler du chakra sans surveillance, ça peut être dangereux. Mais bon, du coup, on peut dire que je ne fais rien de mal en t'en parlant, hein ? Bref, c'est avec du chakra que les médic-nins soignent les shinobi. Je connais pas trop le ninjutsu médical mais Papa m'a emmenée à l'hôpital quand je me suis cassé le bras : il m'a dit que le médic-nin pouvait me soigner très vite parce que mon propre chakra l'aidait. Que si j'avais été une civile ou dans un clan mineur, que je n'avais pas encore utilisé mon chakra, le chakra du médic-nin aurait été trop puissant pour mon corps et que ça aurait pu me rendre malade.

- Donc pour que je sois soignée plus vite, il faut que j'apprenne à manipuler mon chakra ?

- Oui, ça pourrait marcher. En plus, ça pourrait aussi renforcer ton corps. Eh, Sakura, si tu réussis, tu pourras peut-être revenir à l'Académie !

Sakura se raidit sur sa chaise – avant de retenir un gémissement quand son système reproductif protesta. Calme et détendue, calme et détendue.

Facile à dire, elle vient de parler de l'Académie ! rappela son for intérieur.

Inner, tu ne m'aides pas.

- Tu… tu crois ? finit-elle par articuler.

- J'en suis sûre ! Ecoute, tu sais ce qu'on va faire ? Tu vas revenir demain. Je connais quelqu'un qui pourra t'aider à mieux manipuler ton chakra.

Sakura la regarda, les yeux brillants de gratitude. Retourner à l'Académie ? Elle avait abandonné ce rêve-là depuis longtemps. Elle finirait sa scolarité à l'Ecole Civile, deviendrait l'apprentie de sa mère et épouserait un fils de marchand, comme ses parents le lui avaient conseillé…

Sauf qu'Ino avait toujours raison et qu'elle venait de trouver une solution. Une solution qui lui permettrait peut-être – Sakura n'osait pas y croire – de revenir à l'Académie. De devenir une kunoichi. De ne plus être la fillette faible et timide qui devait obéir à ses parents, mais une guerrière, une vraie ! Si elle devenait kunoichi… plus personne ne pourrait la forcer à faire quoi que ce soit. Elle n'aurait pas à devenir marchande, à faire un mariage de raison, elle pourrait vivre des aventures au lieu de les lire…

- Ino-chan, si tu fais ça, je ne l'oublierai pas. Je… je te serai toujours reconnaissante, c'est promis !

- Pas de problème, Sa-chan ! Mais ne disparais plus sans prévenir, d'accord ?

Sakura eut la décence de paraître gênée.

- Viens au magasin après-demain à neuf heures, murmura Ino avec des tons de comploteuse. Tu vas voir, ton problème va disparaître en un rien de temps !

L'optimisme d'Ino était contagieux. Sakura se surprit à espérer. Peut-être que son rêve d'enfant pourrait se réaliser, finalement.

Ô dieux, faites qu'Ino-chan ait raison. Je vous offrirai tout ce que vous voulez !

Ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, Sakura lut un conte ninja avant de s'endormir, et ses rêves furent peuplés de belles kunoichi et d'histoires d'amour dans des villages cachés.


7 Juin, an 1049 du Grand Calendrier, an 69 pKo

Quand elle se réveilla le dimanche matin, Sakura constata avec plaisir qu'elle n'avait plus mal. Un rapide examen de sa culotte ne révéla que quelques traces plus brunes que rouges. La période maudite était finie… pour le moment.

Lorsqu'elle descendit prendre son petit-déjeuner, elle annonça la bonne nouvelle à sa mère. Mebuki proposa de fêter ça en ajoutant du chocolat fondu sur le pain grillé ; le chocolat était un luxe, certes, mais on ne devenait pas une femme tous les jours !

Sakura s'étrangla à moitié sur sa tartine en entendant sa mère.

- Maman ! protesta-t-elle en essuyant le chocolat qui avait coulé sur son menton. Je ne suis pas une… une femme ! J'ai dix ans !

- Je te taquine, ma chérie, s'amusa Mebuki en lui ébouriffant les cheveux. Puisque tu n'as plus mal, tu ne crois pas qu'il est temps de te mettre à jour dans tes devoirs ? J'ai demandé à Kiku si elle pouvait m'indiquer les exercices que son fils a dû faire, vous êtes dans la même classe, je crois…

Sakura fronça les sourcils et mordit à nouveau dans sa tartine. Cette journée était trop belle pour être gâchée par la perspective d'un retour à l'école. Mieux valait ignorer le spectre des cours et des camarades moqueurs ; à la place, elle savoura la joie de ne pas avoir l'impression qu'un pivert lui martelait le système reproductif.
Elle attendit d'avoir fini trois tartines et un verre de jus de fruit pour demander l'autorisation de sortir en ville.

- J'ai envie de me promener, dit-elle simplement. Ça fait plusieurs jours que je n'ai pas pu aller au parc.

L'autorisation fut promptement accordée ; on était début Juin, après tout, et le soleil qui brillait semblait encourager les promeneurs de ses rayons. Sakura lava son verre et se dépêcha de prendre sa douche.

Une fois propre, mue par une envie inexplicable, elle ressortit d'un tiroir le ruban rouge qu'Ino lui avait offert des années auparavant. Malgré les années, la couleur n'avait pas perdu de son éclat.

Quand la jeune fille sortit de chez elle, un beau ruban rouge brillait dans ses cheveux et Inner levait un poing victorieux vers le ciel.


La première chose que fit Ino en la voyant fut de s'exclamer « Tu as retrouvé le ruban ! ». Quand elle attrapa la main de son amie et l'entraîna vers l'arrière-boutique, Sakura remarqua qu'elle aussi portait un ruban, un joli morceau de soie blanche enroulé à la base de sa queue-de-cheval.

Ino ne la lâcha qu'une fois qu'elles furent arrivées dans une pièce de taille moyenne située tout au fond du bâtiment. Un vase vide était posé sur la table basse qui trônait au milieu ; à côté de la table, décalée dans son yukata traditionnelle, une étrange fillette qui ne pouvait pas avoir plus de cinq ans était agenouillée. Quand elle leva les yeux, Sakura frissonna : son iris était d'un blanc tirant sur le lilas et l'absence de pupilles donnait l'impression d'être observée par une aveugle.

- Sakura, je te présente Hanabi du Clan Hyūga. Hanabi-chan, voici Sakura, c'est l'amie dont je t'ai parlé !

Sakura s'inclina poliment. Même une civile comme elle connaissait le Clan Hyūga, célèbre pour ses yeux qui voyaient tout. Elle n'en avait jamais aperçu auparavant mais elle était passée près du vaste domaine réservé à ses membres.
La petite hocha la tête dans sa direction.

- Je donne des cours d'arrangement floral à Hanabi-chan, expliqua Ino. C'est un accord entre nos deux clans, une histoire de rapprochement politique, je ne me souviens plus trop. Papa a essayé de m'expliquer mais c'est d'un ennui !

Sakura ne put réprimer un sourire face à l'insouciance d'Ino.

- Hanabi-chan, Sakura a besoin d'apprendre à manipuler son chakra. Tu pourrais l'aider ?

La fillette resta quelques instants sans bouger.

- Ino-san, commença-t-elle prudemment, est-il judicieux de parler du chakra à une civile ?

Sa voix était flûtée comme celle d'une enfant, mais elle parlait avec l'aisance d'un adulte. Sakura se sentit mal à l'aise, comme si un instinct lui signalait que les petites filles de cinq ans n'utilisaient pas de mots comme « judicieux » et qu'elles ne se préoccupaient pas de garder des secrets ninjas.

Tu peux parler, tu lis des traités de stratégie sur le shōgi, lui rappela Inner. Sakura l'ignora.

- Ne t'inquiète pas, elle sait déjà ce qu'est le chakra. Elle a suivi les deux premières années de l'Académie, tu sais !

- L'Académie enseigne l'existence du chakra dès la deuxième année ? s'informa Hanabi.

- Bien sûr ! mentit éhontement Ino. Mais Sakura-chan a besoin d'apprendre à le manier pour qu'on puisse utiliser du ninjutsu médical sur elle. Sinon, elle va devoir souffrir pendant très longtemps avant qu'on puisse la soigner. Alors je me suis dit que tu pourrais utiliser tes yeux pour voir son chakra et lui donner des conseils, qu'est-ce que tu en penses ?

Hanabi resta immobile, assimilant vraisemblablement les informations qu'Ino venait de lui lancer.

Elle sembla finalement parvenir à une décision.

- Je ne peux pas aider une civile à manipuler son chakra.

Ino allait répliquer quand Sakura la devança.

- Je veux devenir kunoichi !

Hanabi tourna ses yeux blancs vers elle.

- Je vais utiliser le chakra pour renforcer mon corps, déclara Sakura avec toute la conviction de ses dix ans. Ensuite, j'irai m'inscrire à l'Académie.

- Tu es trop maigre pour être shinobi, répondit simplement la fillette.

De quoi elle se mêle ? s'indigna Inner. Nous ne sommes pas maigre !

Non, mais nous ne sommes pas très musclée non plus.

- C'est parce que je suis malade, dit Sakura, butée. Hanabi-san, je vais être une ninja. J'ai juste besoin d'apprendre les bases de manipulation du chakra. Je le ferai de toute façon, mais Ino-chan a pensé que ce serait plus prudent de demander l'aide du Clan Hyūga. Après tout, vous êtes connus pour votre maîtrise du chakra, non ?

En vérité, Sakura n'avait pas la moindre idée des capacités du Clan en la matière. Elle se disait juste que si Ino avait requis l'aide de cette étrange enfant, c'était pour une bonne raison ; et, comme sa mère le disait toujours, les gens aimaient qu'on flatte leur orgueil. Sous ses dehors formels, Hanabi ne fit pas exception à la règle.

- Dans ce cas, je veux bien t'aider, annonça-t-elle solennellement.

- Merci, Hanabi-chan ! s'exclama Ino. Sa-chan, Hanabi-chan peut utiliser une technique pour voir ton réseau de chakra. Comme ça, elle pourra t'indiquer si tu réussis bien à le faire circuler dans ton système et à le manipuler, d'accord ?

- Je ne suis pas sûre de tout voir, tempéra Hanabi. Les civils ont des réseaux très effacés.

- Ne sois pas modeste, Hanabi-chan, même ton père dit que ton Byakugan est très évolué pour ton âge.

La petite sembla se rengorger.

- Sa-chan, essaie d'imaginer ce que tu as vu sur ce rouleau. Visualise ton réseau chakraïque.

Sakura obéit.

- Je vais essayer de te guider et quand tu sentiras quelque chose, Hanabi-chan regardera et t'aidera, d'accord ?

- D'accord.

- Alors c'est parti !

Pendant les vingt minutes qui suivirent, Ino enchaîna directive sur directive. Sakura débuta avec enthousiasme ; au bout de dix minutes à ne rien ressentir, elle commença à perdre espoir.

- Peut-être que je ne suis vraiment pas faite pour ça…

Qu'est-ce que c'est que ces conseils ? « Imagine que ton corps contient une rivière » ? Je le saurais s'il y avait une rivière ! protesta Inner, mise de mauvaise humeur par les exercices infructueux.

- Mais non, continue. Tu peux le faire, Sa-chan.

Et Sakura reprit. Après dix autres minutes, cependant, même Ino semblait découragée.

- On va faire autrement, décida-t-elle. Hanabi-chan, est-ce que tu peux regarder ?

La fillette hocha la tête. Sakura la vit faire un signe avec ses mains – un sceau, se souvint-elle – et murmurer « Byakugan ! ».

Sakura recula en hoquetant. Ses… ses yeux ! Les veines étaient toutes… gonflées ! Comme si elles allaient exploser !

Ino posa une main sur son bras.

- Ne t'inquiète pas, Sa-chan, c'est normal. C'est l'œil Blanc des Hyūga, le Byakugan.

Sakura aurait bien voulu obéir, sauf que Hanabi choisit ce moment pour poser sur elle ses yeux grotesques sur elle et… reculer d'un pas comme si le sol s'était changé en lave.

Et maintenant, Ino-chan, je peux m'inquiéter ?

- Arrête ! lança la petite Hyūga d'une voix qui se voulait ferme mais qui tremblait légèrement.

Sakura la regarda sans comprendre. Arrêter quoi ?

- Ino-san, qu'est-ce que ça veut dire ? Vous prétendiez qu'elle était civile !

Les deux filles plus âgées échangèrent un regard, surprises par la réaction violente de leur cadette. Sakura sentit une boule de panique naître dans son ventre.

Est-ce qu'elle peut voir mes malformations ?

- Hanabi-chan, tu peux désactiver tes yeux, lui dit Ino d'un ton rassurant. Je ne sais pas ce que tu as vu mais Sakura est bien une civile…

Hanabi ne l'écoutait pas. Surmontant son recul initial, elle contourna la table et se plaça en face de Sakura.

- Arrête ! répéta-t-elle. Arrête tout de suite, c'est dangereux !

- Mais arrêter quoi ? s'énerva Sakura en sentant des larmes lui monter aux yeux. Je ne fais rien !

Une petite voix lui souffla que crier sur une Hyūga n'était pas une bonne idée. Elle ne l'écouta pas. Arrêter ? Cette gamine osait lui dire d'arrêter ? Qu'est-ce qu'elle pouvait arrêter, elle qui n'était même pas capable de monter un escalier d'une traite et dont le trait le plus remarquable était d'être malformée ?

- Qu'est-ce que je dois arrêter ? reprit-elle. Dis-moi !

- Ton chakra !

- Mais quel chakra ?! Je n'ai pas de chakra, je n'ai rien ! s'écria-t-elle.

- Arrête !

Quand Sakura vit l'enfant fondre sur elle, elle eut le réflexe de reculer. Des piques de douleur pure s'enfoncèrent sous sa peau et le cri d'Ino lui parvint.

Elle s'évanouit.