Avec ce chapitre, Eunide va vivre un moment d'une grande intensité, mais plus que cela, c'est un changement dans son comportement qui va s'opérer.

Comme vous vous en doutez, un lemon compose cette scène. J'espère l'avoir réussi haut la main, (pour ne pas citer une autre partie de l'anatomie (instant poésie) à laquelle des esprits enfiévrés pourraient faire allusion).

Je vous laisse à votre lecture…

Acte III

Scène III

Un goût d'Enfer au Paradis…

Tout à son plaisir de m'admirer, le souverain ne bougea pas d'un pouce. Tout juste entendis-je un léger souffle s'échapper d'entre ses lèvres sublimes. Stoïque, je fis de même. Dès lors, l'atmosphère de la pièce devint étouffante. Tout en moi me poussait vers lui. Pétrifiée, changée en statue de sel, le plateau surmonté de ma pâtisserie entre mes mains, je m'adonnai à une indécente contemplation.

Comment ne pas admirer cet homme vigoureux au corps d'athlète et aux épaules larges, aux jambes musclées, réunissant chez lui tant de grâce ? Cela en devint malséant !

Et que dire de cette abondante chevelure châtaine dans laquelle je rêvais de laisser courir mes doigts…

Aucun être n'était en mesure de rivaliser avec lui.

Sans m'en rendre compte, je mordis ma lèvre inférieure, appréciant son maintien dans son habit de lumière. Une rhingrave couleur or couverte de rubans, surmontée d'une chemise de popeline où les dentelles formaient de délicates arabesques, et une veste de velours pourpre aux boutons en or incrustés de joyaux complétait sa tenue, lui conférant un maintien royal. Par tous les saints…que ce souverain pouvait plaire !

Il était bien au-dessus de tous les autres et aucun mâle en son royaume n'aurait pu rivaliser avec lui. Cependant, je n'étais pas partageuse, et il se trouvait que je n'étais pas la seule sur les rangs de ses admiratrices.

D'autres que moi visait la place envieuse de favorite du roi. Autant dire que tous les moyens pour parvenir à nos fins seraient utilisés. Madame de Montespan, la première, veillait jalousement sur son butin royal et la pauvre Mademoiselle de Fontanges ne me paraissait pas de taille à lutter contre cette noble catin ! Et moi…où avais-je ma place dans cette course effrénée ?

La pensée de savoir cette femme, outrageusement fardée, besogner le très envié appendice de Sa Majesté, me fit bouillir de rage ! J'étais bien loin de prendre Athénaïs pour une potiche et je la savais suffisamment fine pour dissimuler ses viles intentions.

J'étais peut-être jeune et sans doute un brin naïve, mais je savais joindre à ces rires lubriques dont elle ponctuait ses conversations auprès de ses amies, toute la perversité qu'elle s'ingéniait à dissimuler dans un excès de forfanterie. Après chaque passage du roi devant ses courtisans, le même air se faisait entendre auprès de ces femelles insipides. J'abhorrai ce manque de retenue chez une femme liée par le serment du mariage. Afficher ainsi une préférence autre que celle de son époux aux yeux de tous, me paraissait scandaleux. Il suffisait qu'apparaisse Louis XIV, pour que cancaneries et sous-entendus scabreux ne provoquent chez cette gallinacée et ses dindes d'amies, de bien frivoles minauderies.

Oui mais…en ce qui me concernait, pourquoi agissais-je à l'encontre de ma nature profonde et de mon éducation, en sa présence ? Parce qu'il était un homme avant tout et moi une femme toute nouvellement éclose. Bien malgré moi, les instincts primaires qu'il avait éveillé, me rattrapaient tout comme pour ces favorites, et même si je tentai vaguement de les réprimer, ils finissaient immanquablement par ressurgir repoussant toujours plus loin les frontières de la bienséance. J'en avais conscience, mais ne pouvait échapper à cette constatation. Je ne cherchai ni approbation, ni réprobation publique à l'égard de ce sentiment, et j'en déduisis, non sans une certaine fatalité, combien nous en étions toutes parvenues au même point.

Etait-ce donc ainsi que fonctionnait les femmes ? Fallait-il que l'attraction de cet homme nous fasse perdre le sens des réalités pour agir de façon aussi inconséquente ?

Qui, parmi nous toutes, serait en mesure de gagner ? Qui de la jeunesse ou de la maturité remporterait ce précieux trophée ?

Et bien j'étais soudain déterminée en engager le combat et démontrer à ces vieilles pies que la primauté me reviendrait bientôt et avec les honneurs encore !

Deviendrai-je l'une d'entre elles ? Il m'importait peu de le penser. La fin justifie les moyens me répétait souvent ma mère pour tenter d'expliquer les larcins commis par de pauvres hères dont leurs gestes s'expliquaient par les famines occasionnées les années de mauvaises années de récolte. Manquai-je à ce point de bonnes chères pour commettre de tels crimes ? Me fourvoyer en était un à mes yeux. Cependant, je n'en avais cure. Une autre faim me tenaillait. J'avais goûté un met de choix et j'en étais devenue friande !

Les hommes ne connaissaient pas ce genre de dilemme. Conserver leur suprématie sur la gent féminine, était chèrement défendu par ces messieurs. Toutefois, nous n'étions pas dans l'obligation de leur prêter allégeance. Malgré nos faibles pouvoirs nous savions par quel bout les tenir, ne leurs en déplaisent et, à moins d'avoir recours à la force, nous possédions encore le libre arbitre de refuser leurs diktats.

A peine eu-je le temps de me persuader du bien fondé de mon raisonnement, que mon attention se reporta sur le décor ambiant auquel je n'avais pas encore accordé l'attention méritée.

Nous nous trouvions dans le cabinet privé de Louis XIV. Plus pour très longtemps, car l'architecte du roi, Jules Hardouin-Mansart, projetait de couvrir la terrasse donnant sur la façade ouest du château de Louis XIII, laquelle reliait les deux ailes abritant les grands appartements que Louis Le Vau fit construire au nord et au sud de celui-ci afin de l'envelopper. Je distinguai, ici et là, posés en désordre sur la lourde table de bronze, des plans certainement en rapport avec ce grand projet.

La Cour en faisait des gorges chaudes et chacun y allait de son imagination pour imaginer ce futur joyau.

Bien leur en prenait ! Pour ma part, seule la resplendissante présence de Louis retenait mon attention. Le reste n'était que de la pierre. Un décorum !

Les murs de la pièce où je me trouvai, était tendue de soie délicatement peinte par un artiste de talent, je dû le reconnaitre. La scène de chasse représentée, paraissait si convaincante que j'avais l'impression de voir surgir le cerf poursuivit par le personnage sur son cheval et qui, sans aucun doute, devait représenter le souverain.

Les meubles, d'excellentes factures, étaient disposés avec goût. Une table, ornée d'incrustations trônait au beau milieu de la pièce. Quatre chaises à haut dossier l'entouraient, tandis que deux fauteuils moelleux supportés par des colonnes torses, étaient positionnées face à une cheminée de marbre où brûlait un feu particulièrement nourri.

Au-dessus du manteau se trouvait un miroir à bordures carrées dans lequel je surpris mon reflet.

De quoi avais-je donc l'air avec mon plateau d'argent ? Je me sentis soudain ridicule.

Au point où j'en étais de cette réflexion, je m'apprêtai à joindre à mon offrande un charmant discours, lorsque je remarquai une jarretière sur laquelle étaient cousus de magnifiques perles et où pendaient de fins rubans de satin rouge. Posée négligemment sur un coussin tout près du bureau de Sa Majesté, sa présence, atypique en ce lieu, éveilla en moi, un puissant sentiment de jalousie. J'en déduisis, ipso facto*, la précédente venue de Madame de Montespan dans ce cabinet. Quand à deviner le pourquoi de sa présence…mon imagination s'en trouva fort satisfaite.

Cependant, en parfaite bretonne que j'étais, mon caractère vif et colérique se rappela à mon bon souvenir et mon regard se posa, à nouveau, sur la jarretière. Que faisait un article féminin en ce lieu ? Posée en évidence sur un coussin de soie, sa seule présence m'indisposait au plus haut point. Tout, dans cet accessoire, provoquait l'envie, jusqu'à cette indécente couleur réservée aux femmes de mauvaises vies.

Il s'en trouvait beaucoup à Versailles. Je l'avais appris à mes dépens à chaque levé de soleil. Je n'ignorai pas que d'autres modalités de vie à la Cour existaient pour contenter de nombreuses envies que la société réprouvait, mais l'honneur dont j'étais pourvu en arrivant à la capitale, commençait à se pourfendre, car moi aussi je rêvai de défaillir entre les bras de ce monarque aux si belles manières. Même si je rêvais que le roi prenne possession de mon corps, puisque ma visite n'était pas anodine, je réprimai, en cet instant mon envie, durcissant mon regard plus que de raison.

Louis détourna le sien vers le petit bout de tissu et un sourire gourmand éclaira ses traits. Comme un bon gros chat s'apprêtant à dévorer une petite souris, la satisfaction de se savoir empli d'un pouvoir tout à fait légitime, lui accorda un magnétisme à nul autre pareil. Même le plus féroce des prédateurs savait se montrer dans ses plus beaux atours. Je n'avais pas remarqué combien son regard pétillait d'une aussi malicieuse lueur au fait d'un prochain triomphe à ajouter à son crédit. La somme de ses conquêtes devait être conséquente pour qu'il se sentit à ce point intouchable. Cette suffisance provoqua, à mon grand étonnement, une réaction démesurée. Mes sourcils se froncèrent. Je fis de mon mieux pour domestiquer ce mouvement d'humeur tournant à l'orage, lorsque je remarquai l'ombre du désir assombrir ses prunelles azur.

C'en fut trop !

Mon sang ne fit qu'un tour ! Ce petit ornement féminin avait bien dû aiguiser l'appétit féroce de ce libertin reconnu, aussi mes mots claquèrent comme le fouet du cocher :

- Je souhaitai contenter de façon agréable la gourmandise de Votre Majesté , aidée de cette pâtisserie dont la conception se réalisa curieusement sans encombre, contrairement à cette après-midi dans vos cuisines, mais il me semble que vos appétences ne s'en soit déjà trouvées comblées. Que voici, à présent, un cadeau inutile ! A tel point qu'il me plaira, désormais, de ne point vous en faire profiter !

Le regard chargé de ma légitime colère, je frappai de mon talon le sol en marbre et laissai tomber le contenu du plateau à terre. Le monarque haussa les sourcils provoquant sur ses traits une mimique où se lut l'incompréhension. Sa respiration se bloqua, son corps se raidit…

Très vite, je compris mon erreur ! Que n'avais-je point fais là ? L'offense était terrible et les sanctions ne tarderaient pas à mon encontre. Ma jeunesse venait de me faire perdre l'esprit comme toute convenance. Un éclair de lucidité me fit craindre le courroux royal. Je tournai rapidement les talons et m'enfuis en courant.

Or, j'avais oublié combien le roi possédait une grande forme physique ! En deux enjambées, il me rattrapa. Son pied, positionné sur la longueur de ma robe, stoppa ma course et je basculai en avant, les paumes de mes mains tendus au-devant de moi dans l'espoir d'amortir ma chute. Elles frappèrent durement le sol et je ressentis la morsure de la douleur sur mes chairs. Je parvins à retenir mon cri resté coincé au fond de ma gorge. C'eût été accorder trop de plaisir à cet homme dût-il être le roi de France.

Comme possédée par une force mystérieuse, je me relevai très vite, tirai sur le pan du tissu prisonnier de son soulier de satin et me mis à courir en direction de la porte que j'ouvris d'un geste sec.

Le souffle court, je quittai les appartements royaux sous les yeux ébahis de Monsieur Bontemps, sans un regard en arrière et ne ralentis point ma course, jusqu'à ce que je réintègre ma chambre. Là, je pus enfin reprendre un peu de cette respiration qui me manquait tant en posant ma main droite sur ma poitrine. Mes halètements firent peur à Lynette qui en lâcha son vase rempli de roses :

- Mademoiselle…que se passe-t-il ?

Je n'eus pas le temps de lui offrir la moindre réponse qu'un bruit sourd se fit entendre contre la porte de mes appartements. Le chambranle sembla souffrir de la force employée. Dans le même temps, les battants s'ouvrirent à la volée. Le souverain apparut dans l'encadrement, le souffle court, le regard sombre…

Sa voix fut tonitruante :

- Sortez !

Son ordre fut bref, et la pauvre Lynette crut sa dernière heure venue tant elle se mit à trembler. Sans demander son reste, elle sortit en courant. Louis prit soin de refermer les deux battants et tourna la clef dans la serrure. A part ma respiration hiératique mêlée à son souffle, aucun bruit ne troublait la magnifique colère dont il portait fièrement les stigmates.

A cet instant, je compris combien j'étais prête à me damner pour un tel être et un désir d'une rare fulgurance mouilla mon entrejambe. Mon visage s'empourpra. Comme toujours, je n'étais plus en demeure de cacher ces intenses sensations lesquelles me rattrapaient en sa présence.

Louis sembla le deviner car sur son visage s'affichait un rictus particulièrement pernicieux alors qu'un souffle léger transporta ses paroles doucereuses chuchotées avec malice :

- Quelle inconscience Mademoiselle De Levallois ! Aussi fantasque qu'ait été votre stratégie, vous voici, à présent, en fort mauvaise posture. Un souverain digne de ce nom ne saurait accepter pareil affront, cela équivaudrait à un acte de faiblesse, et serait fondamentalement opposé à ses principes essentiels. Vous voici condamnée à jouir à outrance de notre fougue chargée d'une noble importance. A l'égal de votre faute, votre châtiment n'en sera que plus rude, mais en parfaite jeune fille bien née, nous vous proposons de nous offrir votre reddition. Ouvrez-vous au roi de France,Damoiselle !

Sa lèvre supérieure se retroussa sur sa parfaite dentition. Tout en lui transpirait la satisfaction de se savoir apprécié. Mon regard se chargea d'une haine féroce à la vue de ce qui m'apparut comme de la suffisance. J'attrapai un bibelot trainant sur la commode et le jetai avec une force inouïe contre le mur, non loin de cette Majesté à la préciosité ridicule. Si je devais trépasser, autant que cela soit avec les honneurs ! J'accordai encore un sens à ce mot et comptait bien le prouver sur le champ.

Loin de l'importuner, cette démonstration de colère sembla accentuer un désir qu'il avait, à présent, le plus grand mal à masquer, au vu de la protubérance gonflant son haut de chausse. Je redoublai de colère et serrai mes poings prête pour livrer Ma guerre !

En quelques pas allongés dont lui seul avait le secret, il fondit sur moi s'arrêtant au dernier moment devant mon visage déterminé. Je pu sentir son souffle court, et son désir me pénétrer aussi sûrement que son appendice devait s'y préparer.

Les mots jaillirent tel un torrent de lave :

Eunide : Allez-y donc, Majesté, cueillez les fruits de votre récolte, puissent-ils contenter votre orgueil de mâle !

Son sourire s'accentua alors que ses mains prirent possession de mes nombreux jupons de taffetas, les retroussant à la hâte sans la moindre précaution. Je fis tout ce qui était en mon pouvoir pour ralentir sa progression arguant le fait qu'il me fallait compliquer sa tâche. Le roi quémandait son dû, certes, mais il devrait lutter pour l'obtenir et je comptai bien, au risque de provoquer son courroux, combattre cet ennemi bien trop fort pour moi.

Mes mains se mirent à voleter en tous sens, rabaissant le tissu de mes vêtements quand il s'évertuai à les relever, frappant le dos de ses mains impatientes, tâchant de contrer, de mes souliers de satin, ses mollets puissants…

La joute devint extrême et des grognements sortirent en désordre de cette gorge hurlant les ordres sur les champs de bataille. Sans le savoir, j'aiguisai son désir au point de faire naître une animalité surprenante chez le plus distingué représentant de la noblesse française, et contrairement à ce que je tentai de renvoyer, tout mon corps se tendit malgré moi, vers mon bourreau.

Mon intimité se gorgea d'un suc dont le monarque apprécia sa présence lorsque sa main plongea entre mes cuisses. J'éprouvai la honte de me savoir fouillée alors que je portais mes linges de protection, mais cela ne le freina en aucune façon. La preuve flagrante de ma reddition se déposa sur le bout de ses doigts. Son regard s'intensifia provoquant ma peur comme mon désir. Je venais d'éveiller ses plus bas instincts. La sensation fut si intense, qu'elle me fit pousser un long gémissement. Je tentai de repousser ce mâle entreprenant, mais mon corps, révolté, partit à l'assaut de l'adversaire lui faisant face.

A mon tour, j'empoignai sa chemise de dentelle que je me hâtai de déchirer sans vergogne m'acharnant de toutes mes forces. Ses muscles, tendus, tressautaient sous mes assauts puérils. Il me força à m'immobiliser.

Il me fallut lui obéir.

Enserrée, je laissai sa fougue conduire son désir.

Nous n'étions jamais allés aussi loin dans notre folie. Ivre de son corps, mes hanches commencèrent à se mouvoir avec une incroyable indécence. Tout mon être souhaitait l'attirer en moi. A la vue de son regard brûlant posé sur mon corps, je constatai combien le message ne demeurerai point sans réponse.

Elle vint avec une telle violence qu'elle me coupa le souffle. D'une main, il se saisit de son membre tendu et le dirigea vers mon entrecuisse luisante. L'allée de la femme que je devenais malgré moi, ne fut jamais aussi bien empruntée par une Majesté au sommet de son pouvoir. En un mouvement de bassin il fut en moi, possédant ce qu'il me restait de décence avant qu'elle ne bascule dans le chaos.

De ce moment, je perdis pied. Ses mains agrippèrent chacune de mes cuisses et les remontèrent aussi haut qu'il le put m'écartelant pour le prochain supplice. Il s'enfonça au plus profond de moi, d'un mouvement brutal me coupant la respiration. Ma tête se balançait de la droite vers la gauche, sous l'effet des multiples sensations s'offrant à moi. Mon corps n'était plus qu'une boule de feu. Mes gémissements, ponctués de petits cris le rendirent fou. Sans chercher à se contrôler, ses coups de boutoirs devinrent désordonnés, provoquant un halètement des plus singuliers. Entre ses bras j'étais devenue une poupée de chiffon.

Dans un dernier sursaut de provocation, je plongeai mon visage contre son cou et lui infligeai une cruelle morsure. Un filet de sang s'écoula de la blessure. Je léchai sa plaie soutirant un long gémissement de sa part. Cela suffit à me faire plonger dans les abîmes. Mon éducation vola en éclat et mes mains se posèrent sur les fesses musclés d'un souverain en plein assaut. Je pouvais les sentir se contracter, tout à leurs besognes. Mes hanches leurs firent échos. Plus rien n'exista en ce monde, que cette hampe violemment tendue, allant et venant à l'intérieur de mon intimité mise au supplice.

Le sabre se délectait de sa toute puissance. Mes gémissements l'excitèrent comme un animal en rut…

Paupières baissées je m'autorisai à sombrer, à mon tour. Aucune parole ne s'échappa d'entre les lèvres royales, seuls ses grognements parlaient pour lui, comme le bruit de nos hanches s'entrechoquant. Je passai ma langue sur mes lèvres sèches…il la mordit et l'emprisonna à l'intérieur de sa bouche, me possédant un peu plus. Au bord de la folie, mon esprit rendit les armes, mon corps cessa toute rébellion, mes cris se turent.

Tout ce que je souhaitai était son corps contre le mien, sa bouche contre la mienne, son membre en moi, qu'il me prenne, qu'il me prenne et m'emporte avec lui, loin de ce monde aux convenances ridicules, aux manières bien trop précieuses…

Des tremblements annoncèrent ma prochaine jouissance. Je compris qu'elle dévasterait tout mon être. Je tentai de m'y préparer, mais sa fulgurance me plongea dans le chaos. Un long cri de bête blessée s'échappa de ma gorge, le mouvement de mes hanches s'accéléra…la vague submergea les derniers remparts de ma condition de femme. En cet instant, je redevins une femelle aux prises de son mâle fougueux.

Louis grogna à son tour, et je sentis sa semence emplir la coupe de la victoire. Il ne parvint à se calmer qu'après une longue série de derniers coups de reins comme s'il souhaitait ordonner à sa virilité de renaître de ses cendres, mais même le Roi de France ne pouvait aller au-delà de ce que les Dieux avaient offert aux hommes et las de ne pouvoir outrepasser ce pouvoir divin, il finit par se calmer, son menton coincé contre mon cou, haletant et sans aucun doute satisfait de sa prouesse.

Nous demeurâmes ainsi, ancrés l'un dans l'autre ne souhaitant s'extraire de ce merveilleux cocon. Pourtant, il le fallut et Sa Majesté prit, enfin, ses distances comme à regrets. Je sentis couler le long de mes cuisses la semence royale mêlée à un filet de sang, vestige de mes menstruations. Le rouge me monta aux joues. Cela ne parut point incommoder Louis, lequel se hâta de s'emparer d'un lambeau de sa chemise de coton à terre, afin de faire disparaitre, d'un mouvement aussi doux que furtif, les traces de nos ébats. Puis il demeura un long moment contre moi, plongeant son splendide regard lagon dans mes prunelles ardentes. J'aurai souhaité interrompre la fuite de ce précieux temps qui nous manquait tant, mais nul en ce monde ne possédait ce pouvoir.

Puis, aussi brutalement qu'il était entré, cet homme aux pouvoirs démesuré quitta la pièce sans un mot. Seul son regard en disait long. Oscillant entre une fierté de mâle toute légitime et un profond regret, il m'observa intensément avant de disparaitre.

Je demeurai inerte, sans la moindre réaction…

Je me laissai glisser le long du mur et mis ma main sur ma bouche pour étouffer un sanglot. Voici où j'en étais arrivé !

Ni meilleure ni pire qu'une autre de ses favorites, seule ma honte me parait encore d'un vêtement de gloire. Devant une telle évidence, je me penchais en avant et vomis ce que j'avais absorbé auparavant.

Ce fut ainsi, allongée à terre, sale, souffreteuse, que me trouva Lynette.

Elle me prit d'instinct dans ses bras, afin de me consoler tout en essuyant mon visage baigné de larmes :

- Ce n'est rien Mademoiselle…ne craignez rien, jamais je ne souffrirai mot de ce qui s'est passée dans cette pièce, vous avez ma parole d'honneur.

Au travers du rideau de larmes qui me troublait la vue je répondis d'une voix incertaine :

- Ma brave Lynette, tu as certainement plus d'honneur que je n'en possèderai plus jamais !

Les mots de ma fidèle servante ne me consolèrent pas autant qu'elle l'aurait souhaité, mais ils m'offrirent un peu de compassion :

- Il est le roi, Mademoiselle. Ses intentions, quoique discutables pour n'importe laquelle d'entre nous, ne doivent être contestées. Nous autres, pauvres servantes, ne connaissons que trop le fameux droit de cuissage dont nos maître usent et abusent sans la moindre retenue. Votre tyran passera à autre chose…il y a tant de jolies femmes en ce royaume…Cette lubie lui passera ! Pardonnez à un homme trop désireux d'exprimer ses envies de vous avoir ravie une partie de votre innocence. Il saura bien se dédommager auprès de votre personne dès lors qu'il sera passé à autre chose. Ainsi sont les hommes. Ainsi se trouve être la condition des femmes.

Mes pleurs cessèrent. Si elle avait pu entendre ce que mon cœur s'acharnait à hurler à la face du monde, elle ne se serait jamais lancé dans un discours aussi flatteur.

Je devais bien me rendre à l'évidence, mes larmes n'étaient point amères. Elles emportaient dans leurs sillages, la jeune fille rêveuse, à l'éducation parfaite que bien des années d'apprentissage avaient bâti. A la place, naissait une nouvelle femme, dont la seule ambition serait désormais de voler le cœur d'un monarque tout dévoué à son pays comme à ses sujets.

La reine pouvait bien porter une couronne… en ce jour, le pouvoir m'appartenait. Je fis le vœu de ne jamais plus me détourner de ma quête…

Un jour, Louis serait mien.

Scellée par sa semence, cette promesse me fit soudain entrevoir un avenir des plus radieux.

Le serait-il véritablement ? Je décidai de ne point apposer de prédictions sur ces dires et m'apprêtais à livrer une nouvelle bataille. S'il fallait me damner pour aimer, l'Enfer ne pourrait accueillir un disciple plus obéissant que moi.

Les anges savaient parfois bannir leur foi pour mieux la reconquérir…

· Ipso facto : Par le fait même.