Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Coucou, me revoilà, après la publication du chapitre d'hier de « Vulnera », avec un petit cadeau pour mes lecteurs à l'occasion d'Halloween.
Ce n'est pas une histoire gaie, à vrai dire elle est même assez tragique… mais finalement, si l'on tient compte du point de vue de mon héroïne, elle n'est pas triste non plus…

Enjoy and review !


La quête

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Cela faisait des années qu'elle cherchait.
Qu'elle LE cherchait.
Depuis que Harry lui avait raconté son expérience, après que Voldemort lui ait lancé le sort de mort, dans la Forêt interdite.

La religion avait toujours été quelque chose de très abstrait pour elle, ses parents étaient athées, et il n'y avait aucune forme d'éducation religieuse dans le monde sorcier. A vrai-dire, personne ne se posait vraiment de questions à ce sujet. Descendants de la culture druidique, ils croyaient aux forces de la Nature, dont la magie était l'une des plus fortes manifestations, et si l'idée d'une puissance créatrice était généralement admise, ils ne lui donnaient pas vraiment de nom, ou bien ils lui en donnaient plusieurs. Nature, Déesse, Dieu, quelle importance ?

Il y avait simplement des choses qu'on ne pouvait expliquer, et ils acceptaient cela beaucoup mieux que les Moldus. S'il y avait une chose que les Sorciers s'étant un jour intéressés à la culture moldue n'avaient jamais comprise, c'était bien les guerres de religions ! Quel intérêt y avait-il à se battre au nom d'un Dieu dont seuls le nom qu'on voulait bien lui donner, et la manière de l'honorer changeaient suivant les partis en présence ? Seigneur ! Le Dieu en question devait bien rire… ou plutôt pleurer et se mordre les doigts d'avoir créé une humanité aussi aveugle et bornée !

Lorsque Harry s'était retrouvé dans les Limbes, il avait rencontré Dumbledore, dont personne n'aurait pu nier qu'il soit alors mort depuis plusieurs mois. Si cela avait pu se produire, c'était qu'il existait peut-être des brèches, ou des zones neutres, sortes de no man lands où de telles rencontres étaient possibles, et si elles étaient possibles, c'était qu'il devait bien y avoir quelque chose… après !
Et même ! Même si tout cela n'avait été qu'une hallucination, une réaction chimique de son cerveau agonisant, comme lui avait alors répondu vieil homme, cela rendait-il les choses moins réelles ? Il n'empêchait que Harry avait survécu au maléfice de Mort, et que lorsqu'il était revenu, le Horcruxe en lui avait disparu…

Les choses qu'on ne peut pas expliquer, qu'on les appelle rêves ou espoir nous aident à avancer lorsque tout semble perdu. Et cela fait souvent toute la différence.

Son secret, leur secret, était mort avec lui, mais il continuait à vivre dans son cœur, et même si son absence était un déchirement de chaque jour, elle pouvait encore sentir la communion de leurs âmes. Le revoir était son plus ardent désir, mais il lui avait fait jurer de rester en vie…

Année après année, la solitude la rongeait un peu plus. Après leur départ de l'école, elle s'était peu à peu éloignée de ses amis, ou peut-être étaient-ce eux qui s'étaient éloignés d'elle… qu'importait ? Pendant sept ans, ils avaient eu besoin d'elle, de ses connaissances et de son intelligence pour les aider, autant dans leur travail scolaire, que pour les tirer des ennuis dans lesquels ils se fourraient régulièrement. Mais après la guerre, ils avaient finalement découvert qu'ils n'avaient tout compte fait pas grand-chose en commun, à part leurs souvenirs. Et s'ils se rencontraient encore trois ou quatre fois par an, à l'occasion de fêtes ou de cérémonies, ni eux ni elle n'éprouvaient le besoin d'avoir des relations plus suivies. Luna était la seule qui la comprenait, mais elle courrait sans cesse la planète avec son époux, et elles ne se voyaient que rarement.

Après Poudlard, Hermione avait, à la stupéfaction de tous, décidé d'entreprendre une Maîtrise de potions. Ils avaient tous détesté cette matière, et tout naturellement, ils avaient pensé qu'il en était de même pour elle. Après tout, leur professeur n'avait pas eu de cesse que de la rabaisser en la traitant dédaigneusement de 'miss-je-sais-tout' à chaque fois qu'elle essayait d'obtenir son attention et son approbation. Après quatre ans de ce manège, elle avait fini par se résigner au fait que Severus Snape était vraiment un connard arrogant, et qu'il la détestait autant qu'il détestait ses amis. Le rapprochement avec Luna, en cinquième année, au sein de l'Armée de Dumbledore, lui avait ouvert de nouveaux horizons.

Luna était au moins aussi isolée qu'elle, moquée par tous, celle qu'ils surnommaient Loufoqua en s'imaginant naïvement qu'elle ne s'en apercevrait pas, cachait des trésors de logique et d'intelligence sous ses airs rêveurs et impassibles. En tant que Serdaigle, elle n'avait pas du tout la même vision qu'eux de leur professeur. Les classes Serdaigle/Poussouffle étaient beaucoup plus paisibles que celles qui regroupaient Gryffondor et Serpentard, et le Maître des potions beaucoup moins dur, et plus accessible à ses élèves qu'il ne l'était au milieu des conflit permanents qui agitaient les deux Maisons traditionnellement les plus opposées de Poudlard… et cela d'autant plus dans l'Année qui accueillait 'le survivant'. Elle lui avait ouvert les yeux, lui suggérant qu'il y avait peut-être d'autres réponses à donner aux questions, que celles puisées mot à mot dans les livres. Elle pensait que le talent en potions, tout comme en cuisine, pour employer une comparaison triviale mais somme toute juste, nécessitait une bonne dose de logique et de créativité en plus des connaissances théoriques, et que c'était justement cela que Snape recherchait, et essayait de faire faire comprendre, quoique maladroitement, à Hermione.

Lorsqu'elle eut commencé à mettre en pratique les conseils de son amie, l'attitude du professeur à son égard se modifia progressivement. De l'étonnement des premiers temps, il passa à l'intérêt que tout enseignant confronté à un élève extrêmement doué pour sa matière ne peut manquer d'éprouver. Son attitude en classe ne changea pas, il lui donna même plus de retenues. Mais dès la première d'entre-elles, au lieu de lui faire récurer des chaudrons, il lui proposa, à son immense étonnement et à sa plus grande joie, de lui donner des cours supplémentaires, à la condition que personne n'en sache jamais rien et que leurs rapports publics restent les mêmes.

A la rentrée de sa sixième année, qui était celle de ses dix-sept ans, Severus réalisa enfin son rêve de devenir professeur de Défense contre les forces du mal, mais il semblait étrangement n'en éprouver aucune satisfaction. Elle pensait qu'il en était terminé des cours particuliers de potions, lorsqu'il la retint un soir après la classe, pour lui proposer de les continuer, et même de l'assister dans certaines de ses recherches personnelles, ce qui équivalait, pour lui, au plus grand des compliments et à la reconnaissance implicite de ses talents. A part quelques retenues lorsqu'ils ne pouvaient faire autrement, les prétextes n'étaient jamais difficiles à trouver. Hermione, le plus souvent, se contentait d'annoncer qu'elle allait travailler à la bibliothèque, ses amis n'y mettant les pieds que très occasionnellement. Adeptes de la loi du moindre effort pour tout ce qui ne concernait pas le Quidditch, ils s'en remettaient généralement à elle pour partager avec eux le résultat de ses recherches, lorsqu'ils ne lui demandaient pas tout simplement de faire leurs devoirs à leur place…

Elle se souvenait très exactement du moment où les choses avaient commencé à changer. Elle savait que Snape espionnait Voldemort, depuis son retour, pour le compte de Dumbledore et de l'Ordre du phénix, aussi ne fut-elle pas trop étonné lorsqu'un soir de décembre, un peu avant les vacances de Noël, elle l'entendit émettre une espèce de sifflement douloureux. En levant les yeux du chaudron sur lequel elle était concentrée, elle le vit chanceler, la main droite crispée sur son avant-bras gauche, une expression de souffrance affichée sur le visage, et elle comprit qu'il était convoqué par le Seigneur des Ténèbres. Leurs regards se rencontrèrent un instant. Il était impossible d'interrompre la préparation sur laquelle ils travaillaient depuis des semaines, sous peine de devoir tout recommencer depuis le début. C'était la phase finale d'une nouvelle potion de soins, particulièrement délicate, qu'ils avaient élaborée ensemble et qui était sur le point d'être achevée, mais il ne pouvait se soustraire à l'Appel de la Marque. Il vit dans ses yeux qu'elle avait compris son dilemme.

—Je vais rester là professeur, la potion est bientôt terminée, la phase la plus délicate est passée. Vous pouvez me faire confiance, je sais exactement ce qu'il reste à faire.

Il l'avait considérée un instant, pesant manifestement le pour et le contre. Il savait qu'elle en était capable. Il aurait préféré surveiller leur création jusqu'au bout, l'exactitude absolue du moment où elle arrêterait le feu déterminerait les qualités optimales de la potion. Mais il avait l'impression qu'un acide rongeait son bras jusqu'à l'os, et il savait qu'il ne pouvait retarder plus sa réponse à la convocation.

—Bien, lorsque vous aurez terminé, placez-là sous stase, afin que je puisse la vérifier à mon retour. Nous la mettrons en flacons demain. Son regard se voila légèrement. « Je pense que nous aurons l'occasion de faire des test préliminaires plus tôt que prévu ! »

Après avoir terminé la potion et remis le laboratoire en ordre, la jeune fille ne se résignait pas à rejoindre sa salle commune. Les mots du professeur tournaient dans sa tête. Qu'avait-il voulu dire par 'nous aurons l'occasion de faire des tests plus tôt que prévu ?' Certes plus l'année s'étirait, et plus la liste des victimes des Mangemorts s'allongeait de manière préoccupante, mais cette potion était censée traiter les séquelles graves du Doloris, et hélas, lorsqu'on tombait aux mains des Mangemorts, on en sortait rarement vivants.

Severus avait obtenu l'autorisation d'Augusta Londubat d'effectuer des tests cliniques, à Ste Mangouste, sur les parents de Neville. Alice et Franck Londubat avaient été torturés par les Lestrange jusqu'à en perdre la raison, et survivaient, dans un état semi-végétatif depuis la fin de la première guerre. Mais cela était prévu de longue date, alors pourquoi cette réflexion ? Elle n'aurait pas su expliquer son inquiétude, mais elle ne pouvait se résoudre à quitter le laboratoire.

Lorsqu'il n'y eut plus rien à nettoyer, plus rien à ranger, qu'elle n'eut plus aucun prétexte pour rester là plus longtemps, elle se résigna, à regret, à partir, d'autant qu'un coup d'œil à la pendule de la cheminée lui fit prendre conscience que l'heure du couvre-feu était proche. Elle allait sortir lorsqu'un bruit attira son attention sur un renfoncement dans l'un des murs de la partie la moins éclairée de l'immense laboratoire. S'approchant avec précaution, elle se rendit compte qu'une partie de la cloison avait pivoté, révélant une ouverture noire qui semblait donner sur un étroit corridor… un passage secret ! Ce qui ressemblait à un tas de tissu sombre en obstruait l'entrée. Elle tomba sur ses genoux. « Professeur ! » Elle lança un Lumos et recula instinctivement à la vue de l'homme écroulé sur le sol. Des traces écarlates maculaient le sol autour de lui, provenant sans aucun doute de ses vêtements imbibés de sang. Il semblait inconscient, mais tout son corps était secoué de tremblements convulsifs.

A quatre pattes, elle se rapprocha de l'homme et posa une main sur une de ses épaules.

—Professeur ! Vous m'entendez ?

Il ouvrit brusquement des yeux hantés, qui s'accrochèrent aux siens comme à une bouée.

—Gran-ger…

—Oui professeur, c'est moi. Tenez bon, je vais vous aider.

Répondit-elle en relâchant le Lumos, et en amorçant un mouvement du poignet. Il comprit ce qu'elle s'apprêtait à faire, et tenta un mouvement maladroit vers sa main.

—P-pas…léviter !

Sans discuter, elle appela une chaise d'un Accio et relança son Lumos, avant de remettre sa baguette dans sa poche, la laissant légèrement dépasser pour garder le sort actif, et de s'accroupir près de lui.

—Vous allez devoir vous mettre à quatre pattes pour pouvoir prendre appui sur la chaise, accrochez-vous à moi, je vais vous aider à vous retourner, puis à vous relever.

Après plusieurs essais, il réussit à se mettre debout, appuyé de tout son poids contre la jeune fille qui chancelait sous la charge. Dès qu'il eut pu faire un pas à l'intérieur de la pièce, le passage se referma silencieusement derrière eux. Hermione reprit sa baguette et transforma la chaise en banquette, sur laquelle elle l'aida à s'allonger.

—Je peux faire léviter la banquette ?

—Oui… pas… moi.

—J'ai compris professeur. Elle savait que la magie aggravait l'effet de certains maléfices.

Elle amena le divan près de la cheminée où elle raviva le feu.

—De quoi avez-vous besoin ? Dois-je prévenir Madame Pomfresh, ou le professeur Dumbledore ?

—Régénération sanguine… Force… Personne !

Une fois qu'il eut avalé les deux potions qu'elle lui avait apportées, il réussit à s'assoir, mais les tremblements continuaient et l'empêchaient de se lever.

—Je crois que le moment est idéal pour effectuer notre premier test clinique ! Fit-il après trois essais infructueux pour tenir sur ses jambes.

—Professeur ! Nous n'avons encore fait aucuns tests sur animaux et…

—Au cas où vous l'ignoreriez encore, Granger, nous sommes des animaux ! Et ce n'est ni la première, ni la dernière potion que je testerai sur moi… j'ai déjà fait plusieurs essais avant de mettre au point cette préparation, mais avec le temps et l'accumulation des sorts, elles ne sont plus assez efficaces. Sur qui croyez-vous que je les ai testés ?

Après plusieurs minutes de polémiques, il avait fini par la convaincre. Elle n'avait finalement accepté qu'à condition qu'elle resterait près de lui pour surveiller ses réactions et prévenir tout risque. Depuis cette nuit-là, leurs rapports avaient subtilement changés, et peu à peu, ils s'étaient rapprochés, reconnaissant en l'autre leur propre solitude, leurs incertitudes et leur mal-être. Le professeur s'ouvrait un peu, et elle apprenait à découvrir un être fondamentalement différent de ce qu'il laissait apparaître en public.

Lorsqu'il devint évident que leur complicité était en train de se transformer en autre chose, il avait essayé de l'éloigner. Elle était son élève, ils avaient presque vingt ans de différence, il n'était jamais sûr de vivre jusqu'au lendemain, et il serait certainement obligé de faire des choses qu'elle ne pourrait pas comprendre… pas pardonner. Elle n'avait rien voulu entendre. Elle était majeure, la guerre était à leur porte, personne n'était sûr de vivre longtemps, et en tant que née-moldue, elle moins qu'une autre. Au début du printemps, il avait fini par rendre les armes, et malgré l'incertitude des temps, ils avaient vécu les deux mois qui avaient suivi comme un rêve, une parenthèse enchantée au cœur de la tourmente, dont Severus savait qu'elle ne durerait pas longtemps. Ils s'étaient aimés fébrilement, dans l'urgence, comme si chaque fois était la dernière… jusqu'au soir du dernier voyage de Harry et Dumbledore…

Il l'avait avertie, mais elle n'avait jamais pensé qu'il pourrait en arriver à faire une chose pareille. Et pourtant, le premier choc passé, elle n'avait pas pu s'empêcher de penser qu'il y avait autre chose caché derrière cette nuit affreuse où les Mangemorts avaient pu pénétrer le château et où il avait tué Dumbledore. Elle se souvenait de son regard désespéré, lorsqu'il avait quitté ses appartements après avoir stupéfixé le professeur Flitwick. C'est le cœur transformé en glaçon qu'elle avait suivi Harry et Ron dans la recherche des Horcruxes. Elle avait même essayé d'accepter les avances de ce dernier, mais le flirt avait tourné court. Elle ne ressentait plus rien, c'était comme si Severus avait emporté son cœur et son âme avec lui.

Elle se sentait coupable, mais elle ne pouvait s'empêcher de l'aimer quand même, et de chercher sans relâche les raisons qui l'avaient poussé à cet acte. Elle avait bien remarqué que Dumbledore s'affaiblissait de jour en jour depuis que sa main avait été blessée. Et si tout cela faisait partie d'un plan ? Et si Dumbledore, sachant qu'il était en train de mourir, avait fait de cette tragédie un atout, en mettant en scène un assassinat qui conforterait la place de Severus auprès du Seigneur des Ténèbres et lui donnerait ainsi un énorme avantage au moment du dénouement final ? Plus le temps passait, et plus elle était persuadée que le vieux mage était bien capable d'avoir fomenté un plan aussi machiavélique !

Elle ne pouvait se confier à personne, la simple mention du nom de Severus mettait ses amis dans un était inimaginable. Mais petit à petit, elle en était arrivée à se persuader qu'elle avait raison. Lorsqu'elle le revit, moins d'une année s'était écoulée, et pourtant il semblait avoir vieilli de dix ans. Son cœur se déchira lorsque indifférent à tout le reste, son regard la trouva et s'accrocha au sien, dédaignant tous les autres membres de l'Ordre et le danger qui le guettait. Elle essaya de mettre dans ses yeux tout l'amour et toute la confiance qu'elle lui avait conservés. L'échange n'avait duré qu'une seconde, mais il fut suffisant, et elle sentit la chaleur qui l'avait désertée, revenir en elle lorsqu'elle lut la même chose dans les siens.

Après cela, tout alla très vite. Les acclamations des élèves et les cris de victoire de Minerva lui donnèrent la nausée. La vieille sorcière ne s'était même pas rendue compte qu'il n'avait non seulement répliqué à aucun de ses sorts, mais qu'avant de partir, il avait réussi à les débarrasser des Carrow, afin de leur laisser l'entier contrôle du château, sans même qu'ils aient à combattre. Après tout ce qu'il avait accompli pour eux, le dernier mot qu'il avait entendu avant de partir était « lâche » !

Elle n'avait pas compris immédiatement comment elle avait pu garder un tel apparent sang-froid dans la cabane hurlante, alors que tout son être se révoltait et hurlait intérieurement contre le sort. Quelque chose la retenait, et elle s'était soudain rendu compte qu'il avait perçu sa présence, et que c'était lui, qui lui imposait son emprise. Et lorsque tout fut accompli, elle comprit qu'il n'aurait pu en être autrement, et qu'il avait toujours su quel sort serait le sien à la fin. Il semblait parler à Harry, mais c'était elle qu'il regardait, c'était à elle qu'il demandait de recueillir ses souvenirs, c'était encore elle qu'il regardait lorsqu'il prononça ses derniers mots, et c'est les yeux rivés aux siens qu'il rendit ce qu'ils avaient pensé être son dernier soupir. Elle avait haï Harry de tout son cœur, de pouvoir le tenir entre ses bras à ce moment-là.

Lorsqu'ils avaient quitté la Cabane, elle était restée en arrière, les incitant à ne pas l'attendre, elle ne souvenait même plus sous quel prétexte, mais pour une fois, ils l'avaient écoutée sans discuter, et elle avait enfin pu embrasser une dernière fois ses lèvres exsangues. Un fol espoir avait inondé son cœur lorsqu'elle avait alors senti un souffle presque imperceptible, et il avait soudain rouvert des yeux voilés par la mort prochaine. Sa voix n'était plus qu'un souffle lorsqu'il avait murmuré son nom.

—Hermione… jure… reste… vie !

Elle avait juré, la mort dans l'âme, alors qu'elle ne souhaitait déjà que le rejoindre. Depuis ce soir-là, elle le cherchait. Elle avait parcouru le monde, des sommets de l'Himalaya au plus profond de l'Afrique, mendié de l'aide auprès des sages du Népal, des fakirs indiens et des chamanes des cinq continents. Mais sa quête était restée vaine.

Elle l'avait pourtant aperçu une fois, brièvement, quelques années plus tard, un soir où grelottante de fièvre, elle avait failli baisser les bras, face à la pneumonie qui la rongeait. Il n'avait rien dit, se contentant de la fixer d'un regard triste et réprobateur. Alors elle s'était accrochée, elle s'était battue, et elle avait guéri.
Pour lui.
Pour ne pas faillir à sa promesse.
Mais ce soir, en regardant le trait de lumière verte filer vers elle, comme au ralenti, elle souriait. Personne n'avait jamais réchappé d'un sort de Mort, et elle n'était pas Harry Potter.

Personne n'avait jamais su ce qui était advenu de Rodolphus Lestrange. Personne ne se souvenait de l'avoir aperçu après la mort de Bellatrix, on supposait qu'il avait fui le champ de bataille après la chute de son maître, comme beaucoup d'autres, mais malgré les recherches entreprises, il n'avait jamais été retrouvé. Après toutes ces années, il était présumé mort, malgré l'avis de recherche imprescriptible toujours actif, délivré contre tous les Mangemorts connus.

Pourquoi était-il revenu ? Pourquoi maintenant, après tout ce temps ? Elle n'aurait jamais la réponse à ces questions. Elle l'avait immédiatement reconnu lorsqu'il était entré dans la boutique qu'elle avait ouverte sur le Chemin de Traverse après l'obtention de sa Maîtrise. Cette officine, qui avait été le rêve secret de Severus. C'était le seul endroit où elle se sentait bien, elle y avait toujours un peu l'impression d'être à ses côtés, lorsqu'elle travaillait dans son laboratoire, comme pendant ces deux années, où ils avaient partagé celui du Maître des potions, à Poudlard.

—Tu te souviens de moi, sang-de-bourbe ?

Comment aurait-elle pu oublier les yeux déments de cet homme, rendu aussi fou que sa femme par son long séjour à Azkaban, après la première guerre ? Comment aurait-elle pu oublier son rire, pendant que Bellatrix gravait l'insulte infâmante dans sa chair ?

Allongé sur le sol, son corps inerte n'était plus animé que par les soubresauts incontrôlables, provoqués par tous les Doloris qu'elle avait reçus. Elle se souvenait de l'état des Londubat, et elle se demandait comment il se faisait qu'elle soit encore lucide. Peut-être était-ce grâce à la potion qu'ils avaient élaborée tant d'années auparavant, et que Severus lui avait faite prendre régulièrement, afin d'améliorer sa résistance au maléfice, ainsi qu'on le fait pour immuniser son corps contre un poison. Cela lui avait permis de récupérer bien plus rapidement que la normale lorsqu'elle avait été torturée par Bellatrix, au manoir des Malfoy.

Pourquoi elle ? Il ne le lui avait pas dit. Le hasard, peut-être, tout simplement. Ou le souvenir de l'humiliation infligée à Bellatrix lorsqu'elle s'était fait passer pour elle pour dévaliser le coffre des Lestrange afin de récupérer la Coupe de Poussouffle… Encore une question qui resterait sans réponse. Il avait arrêté de la torturer et il la regardait de ses yeux de fou. Il leva sa baguette, et elle sourit, lorsqu'elle entendit les premières syllabes du Maléfice suprême.

Elle souriait toujours lorsque le trait vert l'atteignit en plein cœur.

Elle souriait toujours lorsqu'elle Le vit s'avancer vers elle, les bras tendus.

Elle souriait toujours alors qu'il la serrait contre lui, faisant renaître la chaleur.

Elle n'aurait plus jamais froid.

Elle l'avait retrouvé.

FIN


La Quête (J. Brel – L'homme de la Mancha)

Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d'une possible fièvre
Partir où personne ne part

Aimer jusqu'à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D'atteindre l'inaccessible étoile

Telle est ma quête,
Suivre l'étoile
Peu m'importent mes chances
Peu m'importe le temps
Ou ma désespérance
Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner
Pour l'or d'un mot d'amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux

Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile