Bonjour la populace ! On dirait bien que je suis sortie de ma tombe... Malheureusement, pas pour offrir une suite à "Cet été là" mais pour lui donner un petit coup de jeune avec "Un été pour tout changer". Je vous avoue que plus de 4 ans plus tard, je n'arrivai plus à écrire un fin. Il y avait trop d'incohérences, trop de passages qui ne me plaisaient plus du tout... Néanmoins, je restais très attaché à cette histoire et c'est pourquoi j'ai envie de la remettre au goût du jour.

Elle restera identique à la précédente dans les grandes lignes. Mon style d'écrire a quelque peu changé et j'espère que ce sera plus agréable à lire.

Bref, j'arrête de raconter ma vie.

Bonne lectures mes chatons.


Chapitre 1

23/12/2021 – Clarke

Clarke avait toujours aimé la période de Noël. De bons repas, des rires, de la musique, des chocolats chauds au coin de la cheminée, des films romantiques enroulé dans un plaid… Oui, pour elle, cette période avait toujours été synonyme de magie. Plus que tout, elle permettait à la jeune femme de retourner en enfance pour quelques jours et de profiter de sa famille. Elle revenait alors dans la maison de campagne de sa mère, manoir perdu et paradisiaque dans un coin de Bretagne. Rien à voir avec son petit appartement noyé en plein cœur de Paris.

Clarke chérissait précieusement ces moments en famille. Comme cet instant qu'elle aurait voulu graver dans sa mémoire. Sa mère était allongée dans le canapé, plongée dans un énième roman policier. Marcus, son beau-père, buvait un thé en observant à tour de rôle le film qui passait à la télévision, auquel il portait peu d'attention, et sa femme. Clarke, elle, semblait plongée dans ses pensées, son chat ronronnant sur ses cuisses. Ça n'était pas une grande famille, mais c'était la sienne. Elle était fille unique, au sens biologique du terme, puisqu'en réalité, elle pouvait ajouter trois joyeux compagnons à sa fratrie. Elle n'avait ni oncle, ni tante, ni grands-parents. Son père était décédé il y a de cela huit ans d'une crise cardiaque. Cette épreuve avait été dur pour elle. Plus que son géniteur, il était son modèle et son meilleur ami. Elle avait toujours mal en y repensant, mais la douleur oppressante dans sa poitrine avait laissé la place à la mélancolie des souvenirs. Aujourd'hui, elle pouvait dire qu'elle s'était relevée et qu'elle était heureuse.

- Oh maman, interpella Clarke, j'ai oublié de te dire que tu avais reçu une lettre.

Abigail remonta ses lunettes sur l'arrête de son nez.

- Depuis quand c'est toi qui vas chercher le courrier ? s'étonna-t-elle.

- En fait, cette lettre m'a été remise en main propre, sourit Clarke. Je l'ai posé dans l'entrée.

La quinquagénaire s'étonna d'autant plus et se leva pour se diriger jusqu'à l'entrée et au petit meuble sur lequel trainait quelques clés, une paire de gants et une lettre cartonnée dans une enveloppe aux liserés dorés. Elle l'ouvrit minutieusement et en lu le contenu.

« Octavia Blake et Lincoln Trikru ont le plaisir de vous inviter pour partager leurs vœux et le repas qui suivra la cérémonie de mariage le 03 juillet 2022 aux Bois dorés à Polis. »

- Ils vont se marier ?

- Oui ! s'extasia Clarke qui s'était relevé pour voir la réaction de sa mère. O' voulait te l'annoncer en personne mais elle a eu un empêchement… Retourne la lettre.

Abigail retourna la carte et y trouva une note manuscrite. Elle lui était destinée.

« Ma très chère Abi, voilà plusieurs dizaines d'années maintenant que nous nous sommes rencontrées… Ta fille a été plus qu'une sœur pour moi. Et toi, plus une mère que tu ne peux l'imaginer. Je ne me vois pas passer ce moment sans toi. Pour cela, toi et Marcus êtes conviés, en plus du mariage, à passer les quelques jours qui le précéderont dans la maison de vacances que nous louons pour l'occasion. Nous nous retrouverons tous… en famille, comme au bon vieux temps. Si tu l'acceptes, ça me toucherait énormément. Octavia. »

Le cœur d'Abi s'emballa et elle sourit les larmes aux yeux.

- Oh maman ne pleures pas ! rit Clarke.

- Je parierai qu'elle m'a écrit cette lettre au lieu de me le dire en personne parce qu'elle aurait été trop émotive ! rit à son tour la brune.

- Ça ne fait aucun doute. Et tout le monde sait…

- Qu'Octavia ne pleure pas !

Les deux femmes sourirent et se prirent dans leurs bras.

- Attends… souffla Abi. Tu étais au courant depuis longtemps ? Et Raven savait aussi ?

- Hm… réfléchit la blonde. Disons qu'elle nous a demandé d'être ses demoiselles d'honneur il y a quelques semaines déjà…

- Oh les filles !

14/06/2022 - Bellamy

- Bon sang Octavia, bouges ton cul ! cria Bellamy en déposant l'énorme valise de sa sœur dans son coffre, entrainant le regard réprobateur de quelques passants dans la rue.

La jeune Blake leva les yeux au ciel et grogna en fermant la porte de chez elle à clé. Son frère était un véritable impatient. Elle se mit à courir dans la petite allée de sa maison avec un sac sur le dos et deux petites valises dans chaque main pour rejoindre la voiture de son frère. Elle faillit glisser sur les trois petites marches qui la séparaient du trottoir et finir sur les fesses mais se rattrapa de justesse.

Non, passer son mariage et ses vacances avec une jambe cassée n'était pas dans ses projets.

- Pas encore des bagages ! s'exclama son frère les yeux grands ouverts lorsqu'il la vit arriver.

- Quoi ? le dévisagea-t-elle en haussant les épaules. Tu t'attendais à quoi ? A ce que je me marie en maillot de bain ? On part trois semaines qui plus est ! Il faut être paré à toute éventualité. Et je ne connais que trop bien mes demoiselles d'honneur alors j'ai prévu le coup pour elles.

Le jeune homme leva les yeux aux ciels et dans un grognement typiquement familial, prit les valises pour les mettre dans le coffre. Il ne valait mieux pas argumenter maintenant. Ils étaient en retard. Leur avion partait dans deux heures et ils avaient… plus d'une heure trente de route. Si Octavia loupait son vol, Bellamy ne donnait pas cher de sa peau. Le futur mari de sa petite sœur risquait de le tuer.

La brunette s'installa du côté passager et se mit directement à l'aise. Elle brancha son téléphone, alluma la musique et retira ses chaussures pour poser ses pieds sur le tableau de bord.

Elle se prit rapidement un coup dans les jambes.

- Bell ! s'exclama-t-elle. Laisse-moi tranquille !

- Bouge tes pieds de là O' ! C'est ma nouvelle voiture.

Elle souffla mais retira ses pieds en s'excusant ironiquement auprès de la voiture. Certes, le nouveau petit bijou de son frère était une BMW, sportive, relativement canon, mais ça restait une voiture… Une voiture à plusieurs dizaines de milliers d'euros…

Octavia n'avait jamais jugé son frère avec sa passion pour les gros bolides. Elle-même aimait un tout autre genre de bolide à deux roues. Cependant, il était plutôt clair qu'elle ne pouvait pas transporter ses nombreux bagages sur sa moto, alors elle n'allait pas commencer à critiquer.

- Je vois que tout se passe bien pour toi financièrement ces temps-ci si tu as réussi à t'acheter cette voiture.

- Oui, plutôt bien en fait, sourit Bellamy. Murphy a enfin réussi à faire signer le gros poisson que nous chassions depuis plusieurs mois.

- Attends… tu veux dire… Tu ne me parles quand même pas de ce mec qui détient la plus longue liste d'hôtels de la planète que vous chassiez depuis le début d'année ? Qui avait soi-disant signé chez vos concurrents directs il y a trois semaines ?

Bellamy ne put pas retenir son excitation plus longtemps.

- Eh oui madame ! Dit-il en sautillant sur son siège. Notre nouveau projet d'hôtels verts l'a emballé au-delà des mots. Il voudrait que nous le mettions sur pied pour la fin d'année. Il veut des hôtels partout dans le monde ! Partout, tu te rends comptes ? C'est l'occasion en or dont nous rêvions…

Bellamy, du haut de ses 32 ans, avait monté avec son meilleur ami et cosignataire Murphy l'une des plus grandes entreprises du moment « Murphamy & Co' ». Ils s'occupaient principalement des projets de bâtiments pour des grandes entreprises, mais cette chaine d'hôtels était vraiment l'occasion rêvé pour les faire évoluer au niveau international.

- C'est génial ! S'exclama Octavia. Je suis tellement fière de toi ! Tu le mérites.

- Merci O'. Tu n'imagines pas à quel point je suis heureux ! Ça tombe parfaitement pour les vacances et ton mariage en plus. On va pouvoir passer quelques semaines tranquilles avant d'attaquer ce nouveau projet. D'ailleurs…

Son excitation retomba légèrement pour laisser place à une certaine inquiétude, mais ses yeux brillaient toujours de sa joie débordante.

- D'ailleurs ? Demanda la brunette.

- Ton mariage… hm, dit-il en se raclant la gorge et se grattant l'arrière de la nuque. Je sais que toi et Lincoln vous êtes réellement saigné pour qu'il soit parfait… Pour louer cette villa et qu'on profite de semaines de vacances entre amis avant que vous ne vous disiez oui… Et d'habitude c'est aux parents des mariés d'aider… mais là… enfin voilà, j'aimerais t'aider financièrement pour le mariage. Enfin, te rembourser une partie.

- Non. Refusa catégoriquement la jeune fille.

- Oct-

- C'est hors de question.

Elle secoua énergiquement la tête en signe de négation.

- Mais laisse-

- J'ai dit non, claqua la jeune femme. Tu veux que je te le dise en espagnol ? « NO. » Je refuse. Tu t'es occupé de moi depuis que maman… est partie. Tu as tout sacrifié pour que je puisse faire des études convenables alors que tu sortais juste du lycée ! Grâce à toi, je n'ai pas eu à déménager loin de mes amis ou à être trimbalé en familles d'accueils jusqu'à mes dix-huit ans. J'ai eu des cadeaux à chaque anniversaire et chaque noël. Et même si je n'étais pas habillé à la dernière mode, tu as rendu ma vie plus belle ! Merci. Je ne pourrais jamais remboursée ma dette envers toi pour tout ça. Alors ne commence à rajouter ça à la longue liste de ce que je te dois ! Nous travaillons dur avec Lincoln pour nous payer ce mariage de rêve depuis des années. Nous avons largement de quoi le financer dans son entièreté.

Bellamy resta sans voix, choqué, fixant tout de même la route pour éviter d'avoir un accident. Sa sœur n'était pas du genre à s'épancher sur ses sentiments et qu'elle lui fasse ce petit discours lui mettait les larmes aux yeux.

A seulement 18 et 12 ans, les fins de mois n'avaient pas toujours été facile mais les frère et sœur Blake s'en étaient toujours sortis. Bellamy avait sacrifié beaucoup de sa personne pour sa petite sœur, mais il n'avait jamais été seul. Abigail et Jake Griffin avaient été des piliers pour eux. Ils les avaient recueillis après le décès de leur mère. Puis les deux jeunes, refusant de vivre aux crochets d'autres, avaient trouvé un endroit où vivre. Même après ça, la mère de la meilleure amie d'Octavia ne les avait pas vraiment lâchées, surveillant toujours s'ils avaient de quoi pour manger et payer le loyer. Puis Bellamy avait déménagé pour son travail et Octavia l'avait suivi pour sa première année en faculté de droit. Ils faisaient pourtant toujours partie de la famille Griffin. Abigail et Jake furent les parents qu'ils n'avaient jamais eus. La mort de ce dernier avait d'ailleurs été bien difficile à traverser pour tous. Bellamy aimait profondément sa famille de cœur, mais Octavia restait une partie de lui, son sang.

Il se gara alors sur la chaussé pour prendre sa passagère dans ses bras.

- Ma sœur, ma responsabilité. Je n'ai jamais vu les choses autrement. Tu n'as aucune dette envers moi et encore moins besoin de me remercier. Je te serais éternellement reconnaissant d'exister.

Ils restèrent quelques minutes ainsi, puis le jeune homme se racla la gorge et redémarra dans le silence. Ils n'avaient pas l'habitude d'être si démonstratif l'un envers l'autres. Ces moments à cœur ouverts finissaient toujours dans une gêne étrange. Ils s'aimaient et étaient chacun le pilier de la vie de l'autre mais ils le savaient. Ils n'avaient pas besoin de mots.

- J'ai envie de faire pipi… souffla Octavia cinq minutes plus tard.

- Non O' ! grogna Bellamy. Tu n'avais qu'à y aller avant de partir. On a déjà perdu assez de temps avec ton petit discours alors tu attendras d'être arrivé à l'aéroport !

Je vois que le moment tendresse est passé… murmura la brune, un léger sourire pointant au bout de ses lèvres.

14/06/2022 - Murphy

- Comment ça tu n'as pas encore démarré ? s'énerva Bellamy au téléphone.

- Si on a besoin d'être précis, j'ai démarré, la voiture n'a pas suivi le mouvement, grogna Murphy.

- Si seulement tu avais pu être près plus tôt, je serais venu te chercher après Octavia ! Je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as pas voulu.

- Et manquer l'occasion de croiser Emori au café pour lui dire qu'on lui a volé Wallace ? s'esclaffa le jeune homme. Jamais de la vie ! Je louperais tous les avions du monde pour la voir s'énerver !

- Et ?

- J'ai dû changer de chemise et me laver les cheveux. Son café était brulant au passage.

Il entendit Bellamy ainsi qu'Octavia rire au bout du fil. Murphy roula des yeux.

- Haut parleur bordel… Traitre. Faux frère.

- Bon, appelle un taxi mon pote ! claqua Bellamy. Et arrête de nous rabâcher les oreilles avec ta copine.

- Déjà fait ! Et ce n'est pas ma copine.

- T'as pas intérêt à louper l'avion. Je ne peux pas passer les vacances et le mariage de ma petite sœur entourés d'enfants sans– Aïe Octavia !

- Je ne suis plus une enfant ! J'ai 26 ans Bellamy Blake ! Et aux dernières nouvelles, tu apprécies mes amis.

- Ouais, ouais… Ne sois pas en retard Murphy, je ne vais pas draguer le pilote pour retarder l'avion.

Il raccrocha.

Murphy se mit à rire seul à ce souvenir lorsqu'il vit son taxi arriver. Bellamy essayait à chaque fois de lui sauver la mise. Le bilan était qu'il s'en sortait toujours plutôt bien avec les femmes.

14/06/2022 – Jasper et Monty

- Jasper !

- Monty !

- Pourquoi tu cris mon nom ?

- Toi, pourquoi tu cris mon nom ?

Monty passa la tête par la porte de la chambre de son colocataire.

- Parce qu'il est précisément 8h25, qu'on doit être partit dans cinq minutes et…

Il coupa sa phrase en observant plus attentivement Jasper.

- Tadaaaa ! s'exclama ce dernier.

- Mon pote, c'est quoi ça ?

- Ça quoi ?

- Je ne sais pas ce qui m'exaspère le plus entre le masque de ski, le marcel sur ton corps de lâche, le bermuda démodé ou que tu ais mis des chaussettes avec tes claquettes.

- Je ne vois pas du tout ce que tu veux dire…

Monty souffla avant de se retourner et de lui balancer un sac.

- Tu as cinq minutes montre en main pour être présentable et on y va !

Jasper rit et obtempéra. Finalement, cinq minutes plus tard, il était près. Les deux amis quittèrent leur appartement et montèrent dans leur voiture. Même s'ils étudiaient deux matières bien distinctes, leurs écoles étaient proches l'une de l'autre. Cela permettait aux deux inséparables de… rester inséparables.

Jasper étant ce qu'il était, il s'était changé mais avait gardé ses lunettes de ski.

- T'es quand même au courant qu'on part en Corse ? rit Monty. Soleil. Pas neige.

- Yep.

- Par moment, je me demande comment tu fais pour être si stupide. Ils ne demandent pas un certain niveau pour entrer dans ta secte de botaniste ? Sans blague, je ne sais toujours pas comment tu fais pour garder Maya ! J'aurais fui à sa place.

- Mon pote, pour un génie informatique, tu n'es pas une lumière ! Maya m'aime et je l'aime. C'est ça l'amour, tu comprendras quand tu seras grand.

- En attendant, tu ressembles plus à un Hippie qu'à un adulte.

- Roule ma poule !

14/06/2022 - Lincoln

- Rappelle-moi pourquoi je dois venir avec vous pour ces semaines de « vacances » pré-mariage ? grogna la brune.

- Parce que tout le monde sait que c'est toi qui mets l'ambiance.

Lexa regarda Lincoln avec son habituel air blasé. Ce dernier rit en lui avançant une raison plus valable.

- Parce que tu es mon témoin et que tu n'as pas vraiment le choix.

- Tu marques un point, concéda la brune.

Le silence se fit dans la voiture. Lincoln remarqua l'air pensif et les petites rides se former entre les sourcils de sa sœur de cœur et se sentit obligé de la rassurer.

- Tu ne seras pas seule. Il y aura euh… moi et Octavia ! Anya et Echo arrivent dans quelques jours.

- Linc… souffla-t-elle la boule au ventre. Sérieusement je… je n'ai parlé à aucun d'entre eux depuis plus de six ans.

- Je sais… mais C-

- Ne prononce pas son nom.

- J'avais presque oublié cette règle, souffla-t-il. Tu sais que tu vas passer presque trois semaines avec elle ? Tu ne pourras pas l'esquiver, crois-moi.

- Tu m'en crois incapable ?

Le jeune homme quitta la route des yeux une seconde pour observer l'air déterminé de Lexa. Ses grands yeux verts étaient durs et froids, fixés sur la route devant elle, imperturbables. Il souffla et posa une main sur l'épaule de la brune. Elle se tendit une seconde lorsqu'elle sentit sa large paume sur elle et ses doigts presser son articulation. Lincoln était bien plus imposant qu'elle. Elle détestait ce sentiment d'infériorité. Elle n'était pas une petite chose à protéger et à rassurer. Elle n'était pas faible. Tout le monde le savait. Tout le monde la craignait. Bien évidemment… tout le monde sauf lui. Lincoln la connaissait mieux que personne. Les murs qu'elle avait bâti au cours des années n'étaient que feuilles de papiers face à lui. Il ne servait à rien de tricher.

Elle était terrifiée et il le savait bien.

Lincoln était son ainé de quatre ans. Plus qu'un ami, il était son frère, dans son cœur et au sens légal du terme. Les parents de Lexa étaient décédés peu de temps avant son premier anniversaire. Elle n'avait plus aucun souvenir d'eux et pas de famille. Il ne lui restait plus rien. C'était alors qu'Indra Woods était entrée dans sa vie. Si elle ne l'avait pas adopté, elle ne savait pas ce qu'elle serait devenue. Son destin aurait pu être tout autre. Elle remerciait le ciel chaque jour de la chance qu'elle avait eu de tomber dans cette famille atypique, certes dure sur certains aspects, mais plus loyales que n'importe quelle autre. Lincoln était le fils biologique d'Indra. Le père de ce dernier était parti, mais cela n'empêcha pas sa mère d'agrandir la famille. En effet, elle avait adopté Anya deux ans avant elle. Puis il y avait eu Echo, adoptée après elle, de deux ans sa cadette. Anya était aussi froide que sa mère adoptive, de six ans l'ainée de Lexa, elle fut pourtant un mentor pour la jeune fille. Echo ressemblait au parfait cliché de la petite sœur, à la fois une plaie et une bénédiction au quotidien.

La fratrie avait développé des liens très forts. Ils avaient grandi ensemble et partageaient leur passion pour les sports de combat. Anya avait d'ailleurs suivi les pas de sa mère en s'engageant dans l'armée. Après son baccalauréat, Lincoln n'avait pas tardé à faire de même. C'était lors d'une permission de ce dernier, alors que Lexa sortait avec ses nouveaux amis du lycée, qu'il avait rencontré Octavia. Le coup de foudre fut immédiat. Ils n'officialisèrent pourtant leur relation que trois ans plus tard. La différence d'âge ne semblait pas être un problème pour Octavia, mais Lincoln savait qu'un jeune adulte de vingt ans profitant d'une gamine de seize ans aurait pu faire couler beaucoup d'encre… Il voulait être sûr de lui. Ainsi, il avait attendu. Ils étaient d'abord devenus amis. Lincoln s'était même plutôt bien intégré au petit groupe de sa sœur. Puis les choses avaient évolué alors que la jeune Blake sortait du lycée. Même si Lexa avait été jalouse, à la fois de devoir partager son frère et son amie, elle avait vite compris qu'elle n'avait rien perdue dans cette nouvelle situation. Elle avait gagné une nouvelle sœur.

A cette époque, elle avait tout gagné.

Tout aurait pu être parfait.

Elle avait tout gâché.

- Arrête de repousser tout le monde, dit Lincoln en serrant une nouvelle fois ses doigts sur l'épaule de sa cadette. T'isoler ne t'aidera pas à oublier.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, grogna-t-elle en repoussant sa main.

- Lex… Je lis en toi comme dans un livre ouvert. Tu penses que t'ouvrir aux autres ne va faire que raviver les plaies que Cla-

- J'ai dit… ne prononces pas son nom. S'il te plait. Laisse-moi encore quelques heures de répits.

Lincoln acquiesça et se concentra à nouveau sur la route. Le silence se fit pendant de longues minutes jusqu'à ce que le jeune homme reprenne la parole.

- Merci Lex… d'être présente pour ces jours si importants pour nous. Nous savons ce que ça représente pour toi de venir.

Afin de détendre l'atmosphère, Lexa décida de rire de la situation.

- Je ne manquerai pas une occasion de t'humilier le jour de ton mariage alors que chaque invité racontera des histoires embarrassantes sur ta future femme !

- Ma future femme… rit Lincoln, un sourire rêveur aux lèvres.

14/06/2022 - Raven

La jeune ingénieure fit un dernier tour dans son garage avant de partir. Elle inspecta ses petits bijoux à moteur, vérifia que tout était à sa place et éteignit toutes les lumières. Elle embarqua dans sa plus vieille bécane, son plus fidèle compagnon de route et démarra le moteur capricieux.

Il ne lui fallut que quelques minutes pour se retrouver dans les embouteillages parisiens. Pour passer le temps, elle décida d'appeler Abigail Griffin.

La quinquagénaire avait toujours été une bienfaitrice au grand cœur. Comme elle l'avait été pour les Blake, elle était une mère pour Raven Reyes. La latina n'avait pas encore fêter son sixième anniversaire lorsqu'elle avait croisé le chemin d'Abigail à l'hôpital. La petite y faisait un séjour forcé pour malnutrition sévère. Elle avait dû subir une opération d'urgence et le seul chirurgien de garde cette nuit-là n'était autre que le docteur Griffin. Elle n'était pas spécialisée en pédiatrie. Pourtant, elle continua de suivre la petite Raven dans son parcours, particulièrement touché par son histoire. Un procès était engagé contre la mère biologique de l'enfant. L'administration étant ce qu'elle était, la jeune fille resta sous la tutelle de sa génitrice. Puis Raven revint à l'hôpital deux ans plus tard pour coups suspects de maltraitance. Finalement, la mère perdit la garde et la petite fut placée en famille d'accueil. Abigail Griffin continua de prendre de ses nouvelles sans relâche. C'est lorsqu'elle la revit à l'hôpital pour de la maltraitance qu'elle prit sa décision. Cet enfant ne souffrirait plus des mains d'une famille qui ne la méritait pas. Avec Jake, ils l'adoptèrent, au plus grand bonheur de Clarke.

- Heureuse de voir qu'une de vous daigne me donner des nouvelles, railla Abigail au bout du fil, bien qu'on puisse entendre la joie dans sa voie d'avoir l'une de ses filles au téléphone.

- Clarke n'a pas appelé ? s'étonna la brune.

Elle est bien trop occupée à préparer l'enterrement de vie de jeune fille d'Octavia, rit la quinquagénaire. La dernière fois, elle m'a raccroché au nez au bout de cinq minutes, parce que, tu comprends, en plus de son travail, elle a des choses à gérer !

Raven se mit à rire, ne connaissant que trop bien sa sœur.

- Je vais la chercher, nous prenons l'avion dans quelques heures. Je lui dirai de t'appeler, assura-t-elle.

- Dis-lui qu'elle a intérêt sinon je lui botte les fesses !

- Ça va de soit man' !

- Bon, raconte-moi ta semaine ? Tout s'est bien passé avec le lancement du satellite ?

- Oh si tu savais toute la merde qu'on s'est pris dans la gueule ! rit Raven, bien consciente de son langage.

L'hispanique partit dans ses explications, plus que ravie d'avoir enfin une oreille attentive sur sa passion. Pour ça, elle pouvait toujours compter sur sa mère.

22/06/2022 - Clarke

Clarke pestiférait des insultes à tout va en descendant les trois étages sans ascenseurs qui la séparait du rez-de-chaussée. Elle avait les bras encombrés de valises. Elle ne devait rien oublier. Entre ses propres affaires et tout ce qu'elle avait prévu pour Octavia, elle ne savait plus où en donner de la tête. Lorsqu'elle franchit enfin la porte d'entrée et qu'elle aperçut Raven appuyé contre le coffre de sa voiture, elle lâcha tout et couru pour lui sauter dans les bras. La brunette la rattrapa du mieux qu'elle put et l'enlaça à son tour.

- Oh tu m'as manqué blondie.

- Toi aussi Ray… J'avais tellement hâte de partir et de couper un peu les ponts avec la réalité !

Raven ne put qu'acquiescer. Les deux jeunes femmes vivaient toutes deux à Paris, à moins d'une heure de transports en commun l'une de l'autre, mais très prises par leurs études respectives, elles avaient beaucoup de mal à se voir régulièrement.

- Moi qui m'attendais à te voir descendre avec une dizaine de valise, je suis agréablement surprise ! s'exclama Raven de façon ironique.

- C'est ça, moque-toi. En attendant, O' aura le meilleur EVJF de sa vie !

- Le seul qu'elle connaitra, je l'espère !

- J'espère aussi pour Linc, rit Clarke.

Elles montèrent en voiture et commencèrent à discuter des projets des prochains jours. Au bout d'une dizaine de minutes de route, Raven grimaça en se frottant le haut du genou gauche.

- Tu veux que je conduise ? demanda gentiment sa passagère.

- Non, c'est bon. Il ne nous reste qu'une petite vingtaine de minute.

Clarke ne rajouta rien mais souffla tout de même pour montrer son exaspération. Elle savait que la jambe de sa sœur commençait à la faire souffrir mais n'ajouterai rien. Personne n'était plus têtu que Raven Reyes sur cette terre. Il y a de cela quatre ans, Raven, accros aux modules de courses, avait eu un grave accident et ses jambes n'en étaient pas sorties indemnes. Avec une fracture ouverte du fémur à droite et un genou en miette à gauche, les médecins s'étaient montrés peu optimistes quant à ses chances de remarcher sans aide technique. C'était sans compter sur la détermination sans faille de la jeune femme.

Avec le soutien inconditionnel de son chirurgien orthopédique favori, Abigail Griffin, elle était passé trois fois au bloc. Lors de la dernière opération, il y a deux ans, son genou gauche avait été entièrement remplacé par une prothèse de nouvelle génération. Elle pouvait maintenant marcher et trottiner. La jeune femme considérait que c'était déjà mieux que rien. Elle n'était pas passé très loin de l'amputation. Elle pouvait conduire à nouveau et tout faire par elle-même. La position assise de la voiture, avec l'action de l'embrayage, se trouvait étonnamment être la plus gênante avec son genou artificiel.

Alors que les bouchons se faisaient de plus en plus dense et que la voiture était à l'arrêt complet, Raven attrapa son attelle et l'enfila prestement. Mieux maintenu, elle se senti immédiatement soulagé. Clarke remarqua l'apaisement sur le visage de sa sœur et sourit.

- Mieux ?

- Mieux, confirma Raven. Et toi ?

- Moi ? s'étonna Clarke en fronçant les sourcils.

- Je sens ton stress traverser mon corps, railla la brune. C'est véritablement désagréable et j'aimerai que ça stop, donc décharges toi.

- Je ne stress pas, nia la blonde.

- A d'autre. Je sais que tu as dit à maman que c'était le mariage en général, tu as dit à Octavia que c'était l'EVJF, tu as dit à qui voulait bien l'entendre que c'était la surdose des cours et de l'internat… maintenant, passons à la vérité veux-tu. Comment te sens-tu vraiment à l'idée de la revoir ? Tu t'es enfermée sur toi-même depuis que tu sais qu'elle sera là, comme si ça ne te touchait pas. Je te connais, ça n'est pas parce que tu caches tes émotions à l'intérieur de ton petit cœur qu'elles ne sont pas présentes.

Clarke resta bloqué une seconde. Bien évidemment, Raven lisait en elle avec une facilité déconcertante.

- Je… Je ne sais pas si j'ai envie d'en parler, finit-elle par murmurer d'une voix à peine audible.

Raven posa une main réconfortante sur sa cuisse.

- Il vaut mieux que tu te décharges maintenant ma belle. Dans quelques heures, tu devras faire face.

Une larme silencieuse roula sur la joue de la blonde.

- J'ai tellement peur Ray… souffla-t-elle. Six ans. Six ans sont passés et… je… Je vais bien. J'aime ma vie. J'aime mon travail. Je suis heureuse. Je suis en couple avec un homme que j'aime. Je me suis relevée… vraiment relevée. Je suis passée par toutes ces foutues étapes de deuil. J'ai cru que je ne pourrais plus jamais… aimé. Mais je l'ai fait. Aujourd'hui, je vais bien et j'ai peur d'ouvrir une vieille cicatrice.

- Tu l'as dit toi-même blondie, aujourd'hui tu vas bien, la rassura Raven. Tu as tourné beaucoup de pages depuis ce jour. Tu es une nouvelle personne. Même si ça me fait mal de l'admettre et mal de te le dire, elle a également avancé. Tout ce qui a pu se passer entre vous est du passé, d'accord ? Vos cicatrices sont bien refermées. Vous serez comme deux inconnues… deux vieilles connaissances. Tout se passera bien. J'ai confiance. Et dans tous les cas, je serai là, à chaque instant.

Le cœur de Clarke se serra dans sa poitrine. Deux inconnues… si seulement ça pouvait être possible. Si seulement sa cicatrice n'était pas encore infectée jusqu'à l'os.

22/06/2022 – Aéroport Paris Charles de Gaulle

« L'embarquement pour le vol n°54678 en direction d'Ajaccio va bientôt se terminer, nous vous prions… »

Clarke pesta en entendant la voie dans le micro.

- Je jure que si je ne vois pas la tête de John Murphy passer cette porte dans les dix secondes à venir, je pars sans lui ! exulta Clarke.

- Du calme, murmura Octavia en pressant les épaules de sa meilleure amie.

- Comment se fait-il que tu sois calme toi ?

- Ce n'est pas encore le dernier appel, rit la brune. Dès qu'ils seront prêts à fermer les portes, alors nous embarquerons. Et si Murphy, mon futur mari et son témoin ne sont pas là, ils prendront le prochain avion !

Clarke acquiesça et souffla pour évacuer sa boule de stress. Pour être honnête, ça n'était pas le retard de Murphy, ou même de Lincoln qui la faisait stresser à ce point. La boule qui grandissait à l'intérieur de son estomac, remontant jusqu'à son cœur, n'avait qu'une origine : Alexandria Woods.

Plus de six ans sans la revoir. Plus de six ans sans lui parler. Plus de six ans qu'elle avait quitté sa vie pour lui promettre de ne plus jamais y entrer. Elle redoutait plus que tout au monde de revoir son visage. Elle redoutait de ne plus la reconnaitre. Plus encore, elle redoutait que rien n'ait changé.

Clarke n'eut pas le temps de développer ses peurs. Trois jeunes gens, courant à toute allure entre les passagers, se matérialisèrent devant eux. Contrairement à ce qu'elle imaginait, son cœur ne partit pas à toute allure. Il s'arrêta une seconde, puis se calma, enfin serein, enfin à sa place. A contrario de son estomac, qui se tordit dans tous les sens, près à lui faire rendre son petit déjeuner, lorsqu'elle croisa les iris vertes de celle qu'elle avait considéré à une époque comme l'amour de sa vie.

- Regardez qui on a trouvé sur la route ! En panne avec son taxi ! Rit Lincoln, un grand sourire sur les lèvres et un bras autours d'un Murphy bougon.

- J'ai la poisse, grogna ce dernier.

Tous se mirent à rire. Les retrouvailles furent pourtant de courte durée puisque le dernier appel pour leur vol se fit entendre dans les micros. Octavia, qui avait gardé un semblant de sérénité jusqu'ici, s'agita et pressa tout le monde jusqu'à l'embarquement sous le regard bienveillant de Lincoln.

Lexa croisa Clarke et lui sourit, lui adressant au passage un bonjour d'une voix calme et franche. Sa voix remua le cœur de la blonde qui fit de son mieux pour garder contenance, sourire et rendre un bonjour à son tour. Au pas de courses, elles suivirent le petit groupe dans un silence pesant.


Fin de ce premier chapitre ! Alors, qu'avez-vous pensé du retour de notre bande favorite ?