Spock, Jim et l'agent de sécurité 2em classe Rob observaient stupéfait le spectacle cataclysmique que révélait les lumières de leurs lampes.

La vaste pièce était traversée par une rangée de gigantesques colonnes et sur les murs de pierre lisse on pouvait voir des sculptures comme celle du hall d'entré. Par terre se trouvaient des centaines d'affreuses momies.

Des humanoïdes à la peau étirée, relevaient les lèvres sur leurs dents jaunies avec des expressions cauchemardesques. Ils étaient emmêlés à des créatures repoussantes qui ressemblaient à de grosses fourmis pâles aux mandibules énormes. Comme si tout le monde s'était figé en plein combat, on voyait des armes de métal plantées dans la kératine des insectes desséchés. Des pieux, des haches recourbées ou des pointes ouvragées traversaient les monstres de toutes part. Le climat sec de la planète avait conservé les cadavres de façon exceptionnelle, tellement qu'on aurait cru que la bataille venait à peine d'avoir lieu.

Ici, une créature avait à moitié coupé un humanoïde en deux au moment où une hache recourbée lui avait ouvert la tête. Là une patte griffue ressortait de l'amoncellement de cadavres avec un crâne grimaçant fiché au bout. Plus loin un enfant avait été écrasé alors que la moitié du corps de sa mère s'accrochait encore à son meurtrier. Partout, des jambes, des bras, des pattes et des têtes coupés avaient été sectionnés à leurs propriétaires et jonchaient le sol comme de macabres trophées.

L'ampleur de l'effroyable carnage qui s'était déroulé en ce lieu semblait à peine imaginable.

Spock leva son tricordeur pour analyser les cadavres puis lut les données.

- Ils ont des centaines d'années. Peut-être des milliers, annonça t-il.

Jim revint de sa surprise en entendant la voix du vulcain. Il fut heureux de la retrouver telle qu'il l'avait toujours connue. Calme, posée et sans aucune émotion. Spock leva la lumière de sa lampe pour observer les frises du plafond.

- Ils ont été attaqués par ces insectes? demanda Jim troublé par l'atrocité du tableau.

- Cela pourrait aussi être une rébellion, dit le second en pointant une sculpture de sa lumière.

On y voyait un humanoïde qui chevauchait une énorme fourmi semblable à celles qui se trouvaient en pièces par terre.

- Il peut aussi s'agir de l'attaque d'une cité rivale, supposa t-il encore.

En bref, ils n'en sauraient jamais rien et Jim avala sa salive en ayant l'impression d'avoir vainement dérangé de terrifiants fantômes.

- Sortons d'ici, ordonna t-il inquiet malgré lui.

Spock retourna au hall d'entrée d'un pas pressé. Il leva le tricordeur, le tourna sur 360 degrés puis étudia attentivement les données. Ses épaules s'affaissèrent. Il baissa la machine comme si elle était soudain trop lourde pour lui et resta à regarder le vide.

- Elle n'est pas ici, dit-il avec un air que Jim ne lui avait jamais vu.

Le 2em classe Rob, certain qu'il parlait de la cuve sceptique, regarda son capitaine et remarqua qu'il avait l'air tout aussi désespéré que le second. D'ailleurs, lui-même se sentait dans de sombres dispositions. La simple idée de se retrouver à nouveau sur ce vaisseau puant lui donnait des hauts le cœur.

Soudainement, Spock tomba à genoux et hurla de rage. On aurait cru entendre le grondement désespéré d'un animal sauvage. Jim se sentit encore plus mal à l'aise que devant les cadavres de l'atroce tombeau. Il songea que sept ans plus tôt, Spock lui avait tout de même semblé un peu plus en contrôle. Sauf que bien sûr, sept ans plus tôt, une fiancée l'attendait patiemment sur Vulcain. Il n'était pas en train de devenir fou à la chercher vainement dans les recoins d'une immonde planète jonchée de poussière et de cadavres.

Le tricordeur s'envola subitement et explosa sur le nez d'une sculpture de fourmi. Rob illumina la fin du pauvre instrument et tandis que les pièces bondissaient par terre dans un ultime voyage, il ne pu s'empêcher de penser qu'il avait de la chance d'être humain. Visiblement, retourner sur l'Enterprise avec un odorat vulcain, c'était de loin encore pire comme torture.

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Jo suivit le sentier des ouvrières et sortit de la grotte boisée réservée aux maîtres. Comme à chaque fois, Pouf sembla désapprouver ses pérégrinations et lui colla au basque tout en la tapotant nerveusement avec de ses antennes. Jo avait de la peine pour elle. Vraiment, cette pauvre Pouf n'avait pas de chance de s'être retrouvée avec une terrienne habillée, chevelue et fugueuse. Sauf que justement, si elle arrivait à se tirer de là sa gentille fourmi serait affectée à un humanoïde moins bizarre et c'était ce que n'importe qui ayant un soupçon de compassion pouvait lui souhaiter.

Cette grotte était un foutu labyrinthe. Remplie de tunnels, de détours et d'ouvrières qui ne faisaient aucun cas de sa présence. Grâce à la présence de Pouf, elle devait avoir un genre de laissez-passer VIP pour se balader où elle voulait. Comme les autres fois, il ne lui fallu pas plus de quinze minutes pour se perdre irrémédiablement. Elle ne s'en soucia pas, sachant d'expérience qu'il lui suffisait de grimper sur le dos de sa fourmi pour aussitôt se faire reconduire à la maison.

N'empêche vagabonder dans les tunnels lui avait permis de découvrir des choses vraiment intéressantes. Par exemple, une fois, elle s'était retrouvé devant un grand espace tout rond qui sentait la merde à plein nez. Elle avait jeté un œil en croyant qu'elle venait de trouver le dépotoir mais au contraire, elle s'était retrouvée dans une pouponnière à semis. Les ouvrières utilisaient les déjections pour cultiver les plantes qu'on retrouvait dans le boisé et un peu partout dans les tunnels. Elle les portaient habilement dans leurs mandibules et les semaient dès qu'il en manquait.

Jo avait dû se rendre à l'évidence. Finalement ces couillons savaient ce qu'ils faisaient. c'était bien le contenu du réservoir qui qui avait attisé leur convoitise. Ce qui veut dire mon cher Watson que tout ça c'était la faute du connard de bleu qui avait bousillé le système électrique et laissé le réservoir se remplir jusqu'au bord. C'était ça qui les avait attiré. Putain … Ça c'était quand même quelque chose à sortir comme histoire à la taverne du coin. L'ovation assurée! … Mais ça, c'était si jamais elle revoyait une taverne un jour.

Elle marcha au hasard un bon moment puis se retrouva devant un tunnel sombre qui ne lui disait rien. Elle décida de tenter sa chance de ce côté mais s'arrêta aussi soudainement, frappée par la foudre.

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- Monsieur Spock, dit Jim en s'approchant prudemment du vulcain agenouillé par terre.

Il tremblait violemment et il tint ses mains contre lui pour tenter de s'en empêcher. Comme si le phénomène était fouetté par sa détresse, le rythme qui faisait le battre le lien s'amplifia, lui faisant ressentir une douleur indescriptible sur laquelle il n'avait aucun contrôle.

Soudain, comme si la puissance du Koon-ut-so'lik fracassait le bouclier de protection des ravisseurs et se faufilait dans leur repère, il perçut Kot et releva la tête.

- Je sais où elle est.

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Jo cria de surprise lorsque le lien du Koon-ut-so'lik lui vrilla tout le corps avec une force si stupéfiante qu'elle dû se retenir contre la roche pour ne pas tomber par terre.

Elle réalisa qu'il avait changé. Comme si le fil d'énergie était parcouru de chocs électriques, il battait comme un tambour ou comme un coeur puissant. Elle savait ce que c'était. Elle l'avait perçu lorsque le commandant lui avait fait une fusion mentale. Il était en rut. Elle arrivait même à percevoir qu'il n'avait qu'une idée en tête : la retrouver et la baiser.

Mais il était loin. Vraiment très loin. Des centaines de kilomètres plus bas.

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Spock, Kirk et Rob se matérialisèrent sur l'Enterprise. Sans perdre un instant, le vulcain sauta vers la porte et disparut aussitôt. Kirk et Rob relevèrent leur masques et eurent un mouvement de recul assorti d'une grimace. Ne pouvant se résoudre à respirer, ils remirent leurs masques en priant pour que personne ne les force à l'enlever.

L'ascenseur étant trop lent pour lui, Spock bifurqua vers l'échelle qu'il gravit aussi rapidement qu'un gecko. Il se précipita sur la passerelle devant l'équipage stupéfait. Tout le monde le fixa avec envie. Le commandant avait un masque! Ils se jetèrent tous des regards plein d'espoir. Sûrement que la distribution des masques allait enfin commencer ! Spock se jeta sur le scope et se mit à scruter attentivement la ceinture d'astéroïde. Machinalement, il saisit une disquette, bloqua le viseur et inséra brusquement la plaquette bleue dans la console.

- Transférez à l'écran.

Jim et Mccoy, confortablement masqués eux-aussi, arrivèrent juste à temps pour admirer la comète qui faisait de plusieurs kilomètre de large.

- Elle est à l'intérieur de l'astéroïde, dit Spock.

Uraha, un mouchoir parfumé sur le nez, se tourna vivement vers l'écran.

- Il parle de la cuve septique? chuchota Tchekov en regardant Sulu.

- Oui. Sûrement, répondit Sulu qui avait besoin d'espoir plus que tout.

- Vous voulez dire que …, dit la voix étouffé de Jim.

Mais sans l'écouter, Spock arracha la disquette bleue de sa niche, marcha jusqu'à l'ascenseur d'un pas décidé et s'y engouffra sans se soucier de personne. Jim et Léonard eurent à peine le temps de le suivre avant que les portes ne se ferment. Jim soupira gravement appréciant peu de se faire ignorer de cette façon et Bones lui tapa l'épaule pour l'encourager à garder son calme. L'ascenseur s'arrêta et Spock en sortit à la vitesse d'une balle de fusil. Il courut jusqu'à la salle de téléportation et poussa hors de son chemin le technicien qui faisait des réglages sur la console. Celui-ci percuta le mur assez fort pour en tomber à la renverse.

- Spock, bon sang! s'écria Mccoy en se précipitant pour examiner le pauvre ingénieur.

Kirk arracha son masque en retenant sa grimace de dégoût.

- SPOCK! cria t-il sévèrement.

Ce dernier leva la tête et le dévisagea en lui lançant un regard noir.

- Qu'est-ce que vous faites?

- Je me téléporte sur l'astéroïde.

- Seul?

- Oui, dit-il en insérant brusquement la disquette bleue dans la console du transporteur. Cet astéroïde est protégé par un champ de force que nous ne pouvons pas percer. Le téléporteur est aveugle.

- Avez-vous perdu l'esprit?! Je ne permettrai pas que vous vous sacrifiez inutilement!

- Je ne me sacrifie pas. Je dois la retrouver.

Il arracha sa botte, la lança sur la plate forme et abaissant la manette, il fit la disparaître et revenir aussitôt. N'y tenant plus, Jim en profita pour remettre son masque et respira avec soulagement un bon coup d'air propre. Spock monta sur la plateforme, saisit sa botte et l'observa d'un œil expert. Satisfait, il la remit. Il pouvait se téléporter.

- Dans votre état, c'est du suicide, dit Jim. Je viens avec vous.

- Nous ne pourrons peut-être pas revenir. Dans ce cas, c'est vous qui vous sacrifiez, dit Spock en le fixant.

- Je dirais que me faire sacrifier aux sept ans sur l'autel de la biologie vulcaine devient un incontournable. Inutile de discuter. Je ne vous laisserai pas y aller seul.

- Je viens également, dit la voix étouffée du docteur qui faisait bien sûr partie du trio septennal. Vous aurez besoin de moi, ajouta t-il en relevant l'ingénieur quelque peu sonné.

Spock resta immobile un instant. Considérant l'intérêt de l'Enterprise, il n'y avait aucune logique à risquer la vie du capitaine et du docteur en chef en plus de celle du commandant. Sauf qu'il n'avait aucune envie de s'attarder pour les convaincre. Retrouver sa femelle était tout ce qui importait et il perdait du temps. Il calcula que le plus rapide serait d'assommer tout le monde ce qui lui permettrait de partir aussitôt.

- Si nous ne pouvons pas revenir avec le transporteur, nous pourrons faire une ouverture dans l'astéroïde et sortir par là, proposa Jim. Il nous faut seulement des combinaisons. Je les fait apporter tout de suite.

Spock se mit à trembler. Le lien battait si fort que tout son corps lui donnait l'impression de devoir se déchirer et il n'arrivait plus à penser calmement. Il avait surtout envie de frapper ces humains stupides et ce désir il lui donnait des envies de carnage. Heureusement, un reste de logique s'accrochait encore aux bouillons de son esprit dément et il hocha la tête pour accepter. Évidemment, prévoir une retraite était la chose intelligente à faire.

- Quatre combinaisons. Immédiatement, ordonna Jim.

Mike repris sa place derrière la console en se frottant la tête d'un air rancunier. Il pesa sur la touche de l'interphone et fit connaître les ordres.

Aux yeux du vulcain, il s'écoula plusieurs heures mais dans les faits, il fallut à peine une minute. La porte s'ouvrit et Scotty entra dans la pièce l'air penaud. En voyant sa tête, Jim eut un très mauvais pressentiment.

- Où sont les combinaisons? dit-il soudain inquiet.

Scott sourit d'un air désolé.

- La stratégie de souder les panneaux de revêtement a échouée et vous étiez absent. J'ai dû prendre une décision. Je suis désolé capitaine.

Jim eut un mouvement de recul en fixant Scotty avec de grands yeux stupéfaits.

- Vous n'avez pas osé …., dit-il en refusant d'y croire.

- Apportez immédiatement quatre combinaisons, dit Spock avec un regard si meurtrier que Scott ressentit aussitôt une crainte instinctive.

Mais l'ingénieur était issu de la noble race écossaise, un peuple qui ne s'en laissait pas facilement imposer. Lui non plus ne pouvait supporter cette odeur cauchemardesque !Dans les conditions inhumaines actuelles, il se trouvait dans un tel état de désespoir que rien ne pouvait plus l'impressionner. Rendu là, il était prêt lever le kilt et à balancer sa virilité à la face de l'univers tout entier !

Ce joyeux trio n'avait pas l'air de réaliser que c'était sur lui que retombait la responsabilités de gérer cette crise dégoûtante. On en était au point où l'équipage était prêt à sombrer dans la mutinerie! Tout le monde savait qu'en partant tout de suite, ils en avaient au moins pour cinquante heures avant d'arriver où que ce soit et vidanger! CINQUANTE HEURES! Et ces zigotos voulaient aller se balader dans les astéroïdes !

Non mais parce qu'à chaque heure, le fumet empirait. Dans dix heures d'ici on pourrait à peine respirer. On avait vérifié et l'équipage avait des masques pour vingt-six heures à peine. Après ça, bonne chance. Ils en avaient pour des heures de pur tourment à se faire asphyxier dans le Channel «numéro 2» sans aucune protection.

Et ça allait ressembler à quoi ce tourment ? En cette ère civilisée, nul n'en avait aucune idée. Mais déjà, cinquante heure plus tôt, personne n'en pouvait plus alors on pouvait au minimum parier sur les dommages psychologiques.

Et voyez donc un peu qui se baladait avec un masque sur le nez ?! En les regardant gaspiller du bel oxygène, Scott eut la soudaine envie de les étrangler tous les trois. Il devint si rouge que tout le monde senti le malaise passer.

- Je suis désolé pour votre petite ballade monsieur Spock mais les combinaisons sont affectées à une tâche plus urgente, dit-il avec un regard tout aussi meurtrier que celui du vulcain.

Spock se mit à trembler violemment en fixant Scotty d'un air peu amène et Jim craignit que son imbécile d'ingénieur en chef se fasse écrabouiller sans autre forme de procès. Mais ce fut encore le pauvre Mike qui fit les frais de la fureur vulcaine. Le second se jeta sur la console en repoussant le sous-ingénieur qui embrassa une nouvelle fois le revêtement de polymère avec un clong sonore. Il bloqua la cible et sans trop se poser de question sur les risques d'une téléportation aussi mal fichue, il engagea un décompte de trois secondes. Avant que quiconque ait pu l'arrêter, il bondit sur le transporteur, s'illumina et disparut.

Tout le monde fixa la plateforme vide d'un air stupéfait et Scotty dû se rendre à l'évidence. Spock devenait tellement cinglé qu'il était peut-être bien possible que finalement, quelqu'un souffre plus que lui.