Jo était assise au milieu d'une salle assez vaste éclairée par des champignons bleus et de bulbes roses qui scintillaient. Elle était revenue sur ses pas en se disant que cet endroit serait approprié pour une téléportation. Parce que dans les petits tunnels, c'était quand même risqué.

Spock l'avait trouvé et il venait la chercher. Elle le sentait vrillé à elle et son seul objectif était de la rejoindre. Elle tourna la tête en voyant un flash de lumière sur sa gauche. Malheureusement, ce n'était qu'un flash. Est-ce qu'elle avait rêvé ou bien elle avait vraiment vu une botte? Après trois jours dans cette foutue grotte, elle était bien capable d'avoir des hallucinations.

Elle soupira tandis que Pouf essayait de profiter de la pause pour nettoyer à nouveau sa combinaison. Jo repoussa sa fourmi en lui tapotant la tête et elle s'éloigna à contre cœur, trouvant que sa maîtresse était loin d'être assez propre. Soudain elle sut qu'il arrivait. Il fonçait vers elle. Il était là. Un forme lumineuse scintilla là où elle avait déjà vu le flash. Elle se leva sans presque oser y croire. Ce merveilleux enfant de salaud l'avait retrouvé … Bon sang! C'était un vrai prince charmant ce foutu vulcain!

Spock se téléporta un pied plus haut que le sol et atterrit sans difficultés

Il s'immobilisa et lui fit face en la dévisageant. Elle eut envie de lui sauter au cou mais se retint tellement il avait l'air sérieux.

- Vous m'avez retrouvé ! … J'arrive pas à y croire ! dit-elle soulagée au-delà de tout.

Spock retira son masque qu'il laissa tomber par terre et le lien se mit à battre entre eux avec une puissance redoublée, presque douloureuse.

- Dites, c'est normal que le lien déconne comme ça? Parce que c'est quand même intense, ajouta t-elle en se disant qu'il avait l'air drôlement barge à la fixer avec ses grands yeux écarquillés.

Il se contenta de la dévisager, hypnotisé. C'est à ce moment que Jo réalisa que le vulcain n'avait absolument rien d'un prince charmant. Effrayée tant par son regard de prédateur que par l'énergie furieuse qui émanait de lui, elle se recula prudemment.

- Commandant ? dit-elle craintive.

Spock s'avança vers sa partenaire qui se sentait de moins en moins rassurée. Comme pour lui donner raison, il saisit le devant de sa combinaison qu'il déchira de haut en bas d'un coup.

- Ça va pas! cria t-elle.

Sans prêter la moindre attention aux invectives de sa femelle, Spock l'agrippa brusquement tandis que sur leur gauche, deux formes se matérialisaient dans un scintillement de lumière.

- Regardez! Vos potes arrivent! dit-elle en espérant détourner son attention.

Aucunement intéressé, il ne tourna même pas la tête et avec un regard fou, il tenta de baisser sa combinaison rouge en la faisant glisser d'un geste brusque par dessus ses épaules. Non mais bordel de merde, il n'allait quand même pas la baiser sur place !

- Putain! C'est pas le moment pauvre connard ! cria Jo en le repoussant de toutes ses forces.

Kirk et Mccoy apparurent quelques mètres plus loin que le vulcain et si Mccoy se posa comme une fleur, Kirk eut pour sa part le malheur d'atterrir au beau milieu d'un gros rocher. Coincé jusqu'à la taille, il était entouré de champignons bleus fluorescents qui lui faisaient une sorte de joli piédestal festif.

- JIM! cria Bones en le voyant en vilaine posture.

Il se jeta sur lui et le tira brusquement.

- Je suis coincé ! croassa Jim en ayant l'impression que ce fichu docteur était décidé à le casser en deux.

Mccoy retira son masque et le regarda avec une vive inquiétude mais son attention fut aussitôt attirée par un cri de détresse. Dans la lueur des champignons et des bulbes roses, Spock tenait Jo contre le mur de roche et tentait de retirer sa combinaison à moitié déchirée. N'osant croire à ce qu'ils voyaient, les deux amis restèrent complètement stupéfaits.

- Spock! Laissez-là, ordonna Jim sévèrement.

Il retira son masque.

- SPOCK ! Laissez-la ! répéta t-il.

Le vulcain ne semblait pas l'avoir entendu ou du moins, il l'ignora sciemment.

- Bones ! Faites quelque chose! cria Jim en tentant vainement de s'extraire de son bloc de roche.

Comme réveillé d'un coup de fouet, Mccoy se précipita sur son ami qu'il tira brusquement en arrière, espérant libérer sa pauvre partenaire. Autant essayer de faire bouger un aéronef. Tout en tenant Jo d'un bras, le vulcain se retourna en le dévisageant d'un air sauvage.

- Mais bon sang arrêtez! cria Mccoy scandalisé. Vous agissez comme une bête !

- SPOCK! Libérez Kot immédiatement, tenta Jim à nouveau.

Le vulcain se désintéressa d'eux. Ces mâles n'avaient aucun droit sur sa femelle. Il se tourna à nouveau vers la pauvre terrienne qui couina, terrifiée. N'écoutant que son courage, Mccoy lui sauta sur le dos et tenta une prise plus ou moins réussie. Il fut repoussé comme un moustique et roula dans la poussière. Aussitôt, le vulcain fit entendre un grondement sourd. Un mâle se posait en concurrent disposé à lui disputer sa femelle. Il lâcha sa victime et se ramassa sur lui-même, prêt à l'attaque. Réalisant qu'il était maintenant dans de beaux draps, le docteur se releva en tenant les mains devant lui.

- Spock, prenez sur vous, l'encouragea Bones d'une voix inquiète. C'est moi, Léonard.

Malheureusement, en l'absence du cadre vulcain extrêmement strict et ritualisé, Spock était laissé à ses instincts et ceux-ci étaient tout sauf civilisés. D'ailleurs, si le mariage entre lui et T'Pring avait été conclu sept ans plus tôt, il se serait aussitôt accouplé à son épouse devant tout le monde sans se poser la moindre question sur l'indécence de la chose. Évidemment, à part les humains présent, tout le monde s'était attendu à ce que la cérémonie se termine de cette façon puisque bien entendu, c'était la tradition.

Réalisant le danger dans lequel Bones se trouvait, Jim hésita un instant à assommer Spock avec son phaseur tandis que Jo s'empressait de monter sur le dos de Pouf pour s'éloigner vite fait de ce débile lubrique. Malheureusement, elle ne savait pas trop comment la diriger et tapota au hasard la tête de la pauvre fourmi qui, n'y comprenant rien, entreprit de grimper sur la paroi rocheuse.

Spock leva la tête en réalisant que sa femelle était sur le point de s'échapper. Paniquée, elle se trouvait à au moins à cinq mètres du sol et se maintenait comme elle pouvait en enlaçant Pouf comme un bébé singe s'accroche à sa maman. Forcément, elle allait se casser la gueule ou pire, le cou. Mais elle n'eut pas à s'en soucier longtemps car Spock se retrouva à sa hauteur en à peine trois bonds.

- Merde.

S'accrochant habilement aux rochers poreux, il la saisit par la taille et l'arracha à sa fourmi. À cette hauteur, elle se retint à son cou même si elle n'en avait pas la moindre envie. Voyant que tout partait en sucette, Pouf se retourna en bavant de la came question de calmer tout le monde. Malheureusement, son invitation n'eut pas beaucoup de succès car n'y prêtant aucune attention, Spock ramena sa femelle par terre d'un seul bond souple.

- Je ne savais pas qu'il pouvait faire ça, dit Léonard impressionné.

- Moi non plus, dit Kirk tout aussi impressionné.

- Jim! Regardez ! dit Mccoy en levant son pistolet.

En clair obscur à la lumière des champignons bleus et roses, un bataillon de fourmis soldats arrivait dans le tunnel ouest en claquant des mandibules. Visiblement, elles appréciait peu cette intrusion. Kirk pâlit soudainement en reconnaissant les même monstre qui avait fait un carnage dans la grotte qu'il avait visité.

Tandis que Jim et Bones regardaient ébahis les monstres géants qui s'avançaient à leur rencontre, le vulcain réussit à arracher le vêtement de sa femelle qui trépassa avec un bruit de déchirure. Il reçut un coup de poing dans la figure pour sa peine et tandis que la combinaison s'effondrait par terre comme un vieux chiffon, Jo eut une pensée de gratitude pour son survêtement qui la protégeait encore.

Elle l'avait frappé de toutes ses forces mais il n'avait même pas bronché. Elle réalisa qu'elle ne réussirait pas à le repousser, que les jeux étaient faits et qu'il n'y aurait nul échappatoire. Elle se recula contre le rocher en se faisant à l'idée. Elle allait y passer. Rien de plus certain. Elle chercha Pouf question de s'envoyer une dose avant de passer à l'abattoir mais elle repéra sa loyale dealer qui vagabondait sur le mur, beaucoup trop loin. Effrayée, elle se débattit à peine lorsque Spock la saisit brusquement par le col de son chandail. Il la maintint immobile d'un bras tandis que de l'autre, il entreprenait de baisser ses pantalons avec un regard fixe et sans âme parfaitement terrifiant.

- SPOCK! cria Mccoy sous le coup d'une inspiration subite. Regardez un peu qui vient pour vous prendre votre femelle!

C'était probablement la seule chose capable de distraire le vulcain de ses projets et il se retourna alors qu'à une cinquantaine de mètre devant eux, l'affreux bataillon de soldats arrivait en trombe. Voyant qu'il ne pourrait arriver à ses fins avant d'avoir jeté ces monstres hors de son chemin, Spock laissa Jo et se précipita au devant d'eux sans la moindre prudence.

Bien entendu, les guerrières ne projetaient rien de plus méchant que de garder ces brebis égarées à l'œil le temps que des ouvrières les prennent en charge mais Spock était quant à lui dans des dispositions beaucoup moins pacifiques. Il se jeta sur les innocentes fourmis avec un grand cri sauvage qui résonna sur les rochers. Il attrapa les mandibules de la première à sa portée et la lança au bout de ses bras. La pauvre bête fut jetée en l'air où elle tournoya comme une crêpe. Spock qui la guettait attentivement la saisit au vol par les pattes arrière et profitant de son élan, la balança sur ses collègues. Les soldats se mirent aussitôt à s'envoler dans tous les sens.

Jo s'approcha du capitaine et du docteur. Tous fixèrent la scène avec stupéfaction.

- Putain de bordel de merde …, souffla la mécano.

Peut-être parce que rien d'autre ne pouvait mieux qualifier la folie du vulcain, les deux autres approuvèrent en regardant Spock projeter la pauvre guerrière dans la foule de ses collègues, les faisant bouler à la ronde comme des quilles.

- Vous savez, il y a sept ans, j'ai presque gagné contre lui, dit Jim en ressentant une soudaine fierté pour sa performance.

Jo lui jeta un coup d'œil incrédule.

- Mais il m'a tué bien sûr, avoua t-il humblement au milieu des champignons.

- Je dirais surtout qu'il vous a épargné, dit Bones en fixant le ring avec stupéfaction.

Spock s'était mis à assommer les fourmis à grands coups de poing sur la tête. Le sol fut bientôt jonché de guerrières KO et les deux hommes comprirent soudain à quel point le vulcain s'était retenu pour ne pas écrabouiller son capitaine lors du Kon-ut-kal-if-fee. En plein milieu du titanesque combat, Spock sembla se souvenir qu'il était armé et il sortit son phaseur. Il se mit à tirer sur les monstres en faisant beaucoup plus de dommages qu'avec les poings.

Ce fut la goutte qui fit déborder le vase. Cet humanoïde agissait comme un ennemi, c'était donc un ennemi et comme tous les ennemis, son destin était d'être éliminé. Les soldats qui avaient déjà été plus que patients, changèrent soudainement de stratégie. Ils se relevèrent sur leurs pattes tandis que leurs mandibules menaçantes s'écartaient, prêtes à mordre. Cependant, il ne s'avéra pas si facile de mettre en pièce le vulcain gonflé à bloc. Quelques soldats réussirent à arracher des bouts d'uniforme mais les coups pleuvaient aussitôt sur les habiles guerrières. Le sang vert se mit tout de même à couler des innombrables coupures que le fou furieux ne réussit pas à éviter.

- Il faut faire quelque chose! cria Bones en levant le phaseur à son tour. Jim! Elles vont le tuer!

Encore plus inquiet que le docteur car il avait déjà vu de quoi ces fourmis étaient capable, Kirk pointa les assaillantes avec son arme et tira au hasard dans la masse grouillante des redoutables bêtes. Bones l'imita aussitôt et ils en assommèrent une bonne quantité. Malheureusement, les soldats arrivaient en masse par le tunnel ouest, toujours plus nombreux.

Spock fut bientôt submergé et une fourmi réussi à attraper son bras. Il cria tandis que le soldat s'acharnait à sectionner l'appendice. Nul doute qu'il y fut parvenu si les os vulcains n'avaient pas été si résistants. Le sang vert se mit à couler par terre et en désespoir de cause, Spock la saisit par le milieu du corps avec son autre main et utilisa la guerrière comme bouclier. Horrifiés, Jim et Bones réalisèrent que c'était la dernière fois qu'ils voyaient leur ami.

S'apercevant que le commandant allait se faire dépiauter sur patte, Jo comprit qu'elle était la seule chance du vulcain et prise par l'urgence de la situation, elle courut vers la bagarre. Elle arriva juste à temps pour voir Spock perdre pied et tomber par terre, englouti par la masse des guerrières qui tentaient vainement de lui trancher la tête. Elle se jeta sur lui et le protégea de son corps en refusant obstinément de considérer la possibilité qu'elle se fasse elle-aussi trancher en rondelle. Elle était devenue la maîtresse de ces bestioles non ? Comme elle l'avait espéré, les soldats pris au dépourvu par l'odeur de la fourmilière, cessèrent leur attaque pour tapoter nerveusement les humanoïdes enlacés avec leurs antennes.

Jo ouvrit les yeux et fixa Spock qui lui rendit son regard. La lueur de violence qui brillait dans son œil disparut soudainement, remplacée par une lueur presque plus inquiétante, sans parler de la bosse qu'elle sentit soudain contre son ventre. Fouetté par leur proximité, le rythme qui parcourait le lien se mit à tonner avec plus de force.

- Ne bougez pas! lui ordonna t-elle tandis que les fourmis hésitaient à attaquer.

Spock eut l'air de comprendre la situation et tenta de prendre sur lui. Malheureusement, il n'y réussi pas très bien. Il glissa les mains sous l'élastique du survêtement de mécano et essaya d'arracher ses pantalons de façon fort peu galante.

- BORDEL! Tenez vous tranquille pauvre taré! cria t-elle en remontant ses pantalons aussi sec.

Elle avait dû descendre ses bras pour protéger sa vertu et voyant que la tête de l'ennemi était à nouveau accessible, un soldat s'empressa de fondre sur Spock pour l'alléger de son cerveau. Les terrifiants ciseaux se refermèrent sur sa tête mais n'eurent pas le temps de terminer leur macabre besogne car Pouf qui cherchait anxieusement sa maîtresse venait de la localiser et de tout son poids, elle repoussa brusquement son imposante collègue qui mordit la poussière.

La loyale fourmi s'avança par dessus Jo qui de peine et de misère, tentait de contrôler l'autre cinglé. Elle claqua de ses douces mandibules à la face du bataillon, bien décidé à protéger son humain. Voyant que tout était sous contrôle de ce côté, les soldats lui répondirent de même et abandonnèrent leur proie pour changer de cible.

- Jim … je crois que nous allons avoir de la compagnie, dit Mccoy en voyant la marée de soldats se précipiter vers eux.

Ils se mirent à assommer les fourmis avec leurs phaseurs. Mal leur en prit car ils furent aussitôt considérés comme des humanoïdes à abattre. Rendues méfiantes après avoir subit les foudres du vulcain enragé, elles entourèrent prudemment les deux hommes qui se mirent aussitôt dos à dos. Découragés, ils se rendirent compte que des dizaines, peut-être même des centaines de soldats les entouraient et que leurs chances de survie semblait relativement minces.

- Jim, ce fut un honneur de servir sous vos ordres, dit Léonard en frais d'épitaphe.

- Nous ne sommes pas encore morts Bones, répondit Jim refusant de se laisser abattre.

- Si vous le dites, répondit le docteur quelque peu pessimiste devant les immenses ciseaux bardés de pointes qui cliquetaient devant eux.

Jo qui avait toute les misères du monde à garder ses pantalons sur elle et en était quasiment rendu à se battre avec le vulcain complètement barge, se sentit soudainement décoller de terre. Enfin! Ils les téléportaient sur le vaisseau! Bordel c'était pas trop tôt! Elle ferma les yeux pour se retrouver sur l'Enterprise, dans la salle de transportage et voir derrière la console, ce sale teigneux adorable de Mike.

L'impression cessa et elle ouvrit les yeux. Malheureusement, ce n'était pas l'Enterprise, ce n'était pas la salle de transportage et ce n'était pas Mike.

C'était le maître des lieux.