Jo leva la tête et ouvrit de grands yeux incrédules. Spock sur lequel elle était toujours couchée semblait tout aussi abasourdi, tellement, qu'il en oublia ses manœuvres graveleuses pour fixer leur hôte avec stupéfaction. Mccoy et Jim avaient été téléportés juste à côté avec une grande précision et tout aussi impressionnés, fixaient incrédules le spectacle qui s'offrait à leurs yeux.

Ils se trouvaient dans une grotte gigantesque, couverte de champignons fluorescents de toutes les couleurs. L'ensemble donnait l'impression de se trouver dans un monde de pure féerie. Partout des fourmis de tous les types s'affairaient, transportant des champignons, des sphères blanches, vagabondant au plafond et sur les murs tandis qu'au milieu de ce royaume, se tenait la plus majestueuse créature qu'on ait vu de mémoire d'homme.

La reine de la fourmilière observait calmement les intrus qu'elle venait de téléporter devant elle.

Elle faisait au moins dix mètres de haut et était aussi pâle que ses filles. Ses pattes immenses semblaient faites de métal luisant tant la kératine en était dure et brillante. On voyait ses organes s'activer paresseusement à l'intérieur de son abdomen gigantesque et presque transparent. Sur elle, de petites fourmis aux mandibules soyeuses patrouillaient, légères et affairées, sur leur souveraine impeccable.

Reprenant ses esprits, Jim toucha ses jambes comme s'il s'assurait qu'elles lui avaient été rendues dans leur intégralité tandis que la jeune femme n'osait pas bouger comme si elle craignait de déchaîner la fureur de leur hôte. Changeant complètement de stratégie à son endroit, Spock la repoussa sans ménagement et l'envoya rouler par terre de façon fort peu galante. Jurant intérieurement, elle se releva avec précaution en se disant qu'un bon jour elle arracherait la tête de ce foutu vulcain.

Hypnotisés par la stupéfiante créature qui les dévisageait avec curiosité, les quatre intrus se tinrent immobiles à une vingtaine de mètre devant elles tandis que les fourmis qui les entouraient de toutes part s'arrêtaient pour les fixer, semblant attendre le décision de leur souveraine pour réagir.

Tous les quatre se crispèrent lorsque la royale créature s'avança lentement vers eux. Voir un être aussi énorme se déplacer dans votre direction donnait des sueurs froides et trois phaseurs se levèrent aussitôt. Elle s'immobilisa à une dizaine de mètre devant eux et son énorme tête pâle, se tourna vers chacun quelques instants. Son attention sembla se fixer sur Spock qu'elle observa plus longuement.

Jo perçut que le rythme qui tonnait dans le lien s'affaiblissait soudainement. Dieu merci, Spock semblait reprendre sur lui ou peut-être bien aussi qu'il avait trouvé une femelle plus à son goût. C'était bien ce qu'il semblait tellement il regardait la reine avec un air ébloui. Il s'avança vers elle sans aucune crainte.

- Spock! Non!

Jim se jeta devant son ami et l'empêcha d'avancer en menaçant la souveraine de son arme. Lui vivant, personne ne toucherait à un cheveu de Spock !

- Tout va bien capitaine, dit le vulcain calmement.

Jim dévisagea l'impératrice avec suspicion, hésitant à laisser son ami seul et à sa merci.

- Elle ne m'attaquera pas, l'informa le vulcain. J'en ai la certitude.

Jim hésita.

- Nous n'avons pas le choix capitaine.

Rassuré par la voix de Spock qui semblait parfaitement normale, Jim se poussa à contre cœur pour le laisser passer.

Le minuscule vulcain s'avança et se tint bien droit devant la gigantesque impératrice. Elle pencha la tête vers lui et Jim se crispa en l'imaginant refermer ses mâchoire sur lui mais elle ne fit que le caresser de ses antennes qui parcoururent son corps mutilé. Toutes les fourmis de la grotte levèrent leurs antennes à l'unisson. Aussitôt d'adorables créatures tel que Pouf s'assemblèrent autour de lui et bavèrent généreusement sur les blessures qui cessèrent de saigner et se refermèrent aussitôt.

Mccoy haussa les sourcils devant un aussi remarquable remède et ce faisant, réalisa que quelqu'un d'autre pouvait avoir besoin d'aide. Prudemment, il s'approcha de Jo.

- Mademoiselle Kot? Avez-vous été ... blessée? demanda t-il en chuchotant.

- Non. Ça va. Il ne m'a pas … enfin, vous voyez…

Bones lui adressa un sourire plein de sollicitude, n'arrivant pas toujours pas à croire qu'il avait vu son ami agresser la jeune femme. Ce dernier qui avait perdu tout intérêt pour sa conquête, se tenait toujours devant la reine et dès que les ouvrières eurent terminées leur office, elle pencha la tête vers lui comme si elle tentait de lui dire quelque chose.

Il leva ses mains ouverte et la fourmi y posa le bout de ses gracieuses antennes. Ils restèrent ainsi quelques instants.

- Son Altesse vous salut, les informa Spock. Elle regrette que vous ayez été attaqués.

Jo regarda les autres qui semblaient un peu moins surpris qu'elle.

- J'ai moi-même attaqué vos suivantes. Je vous présente mes excuses, dit Spock en parfait gentlemen. J'ignorais qu'elles n'avaient aucune intention belliqueuse.

- Il lui parle vraiment? demanda Jo au docteur resté près d'elle.

- Il peut parler à toutes sortes de créatures. Et si tout se passe comme d'habitude, nous devrions bientôt nous faire comparer à ces fourmis à notre détriment, assura t-il.

- Je vous présente le capitaine Kirk et le docteur Mccoy, mes compagnons, dit Spock.

La reine tourna la tête vers eux et ils s'inclinèrent respectueusement.

- Ce sont des terriens et ils ne peuvent malheureusement pas communiquer autrement que par son, spécifia Spock.

Après avoir longuement détaillé ses invités, la souveraine leva la tête et toutes les fourmis de la loge royale qui s'étaient tenues immobiles jusque là, retournèrent à leurs tâches, ne prêtant plus la moindre attention aux visiteurs.

- Merci capitaine, vous pouvez vous retirer. Sa majesté souhaite s'entretenir avec moi seul.

N'ayant pas tellement le choix, Kirk s'inclina avant de rejoindre les deux autres. La gigantesque fourmi caressa à nouveau les mains du vulcain de ses antennes.

- C'est exact, reprit Spock qui était visiblement en grande conversation. Nous sommes là pour récupérer le réservoir et la 3em classe Johann Kot.

- ... Je rêve ou selon sa liste je viens après la cuve septique? dit Jo insultée.

Bones la regarda l'air de dire que c'était le genre de chose à laquelle il fallait s'attendre avec Spock.

- Si vous acceptez de nous remettre le réservoir et notre terrienne, nous pouvons vous donner en échange de nombreux contenants de déjections, assura le vulcain.

- Bordel …, dit Johann qui se sentait de plus en plus minable.

Kirk la regarda d'un air compréhensif.

- Ne le prenez pas mal, l'encouragea t-il.

- Vous vous êtes déjà fait échanger contre de la merde vous ? dit-elle troublée.

- Il faut avouer que cette fois, il se surpasse, convint Bones.

Spock sembla écouter attentivement.

- Sa majesté accepte de rendre le réservoir et le bétail, dit-il posément.

- Le bétail? … Il parle de moi là? dit Jo qui commençait à en avoir plein le dos de ses insultes.

Déjà qu'avec son fichu nom russe, elle avait eu droit à toutes les blagues imaginable sur les poulets, s'il fallait se farcir les vaches en plus, elle ne répondait plus de rien.

Spock qui l'avait entendu, se tourna vers elle.

- Oui, je parle de vous. Elles élèvent les humanoïdes. Vous faites maintenant partie de leur troupeau. C'est très généreux de la part de la reine d'accepter de vous rendre.

- Les humains ne sont pas les maîtres ? demanda la jeune femme stupéfaite.

- Bien sûr que non, dit-il comme si c'était inimaginable. Mademoiselle Kot, diriez-vous que ces humanoïdes sont bien traités ?

Jo leva des sourcils qui à eux seuls voulaient tout dire.

- Pour ça oui, dit-elle sans le moindre doute. Mieux que des terriens. J'ai jamais vu des gens aussi heureux.

Spock sembla satisfait mais guère surprit et regarda la reine du royaume avec une sincère admiration. La souveraine retira ses antennes des mains de Spock et se mit à marcher autour de lui comme si elle l'observait. C'était un spectacle étonnant de voir le vulcain minuscule et enchanté, qui se tenait tout près des pattes immense qui auraient pu l'écraser d'un seul faux pas. On aurait dit un poisson rouge faisant la cour à un requin. La reine s'immobilisa devant lui et lui tendit une antenne qu'il saisit avec révérence. Il hocha la tête, visiblement amusé.

- Non. Je suis vulcain, dit-il. De ce que vous m'en dites, vos humanoïdes ressemblent d'avantage à des terriens comme ceux que vous voyez ici présents.

La reine détailla à nouveau les terriens avant de revenir à Spock.

- Oui. Droguer les humanoïdes est sûrement la meilleure option. Laissés à eux-même, les terriens démontrent eux-aussi une vaste panoplie de comportements autodestructeurs.

- Ah! Qu'est-ce que j'avais dit! jubila Mccoy avec l'air satisfait de celui qui l'avait prédit.

- Ce sont eux qui ont détruit la planète par leurs activités ? Ça ne me surprend pas, dit Spock comme si l'affaire était entendu. D'ailleurs, nous avons visité une grotte où s'est déroulé une bataille où ils ont été impliqués.

Il écouta attentivement alors que la gigantesque fourmi le regardait d'un air intelligent. S'ensuivit une conversation parfaitement surréaliste.

- Je comprend. Un bétail aussi agressif est difficile à domestiquer, même si cela le sauve d'une mort certaine. Les humanoïdes ne comprennent pas toujours où se trouve leur intérêt.

Jim jeta un coup d'oeil blasé à Mccoy qui lui répondit de même.

- D'ailleurs, installer vos élevages dans les astéroïde est une stratégie très impressionnante.

La reine sembla apprécier le compliment car ses jolies antennes se firent plus caressantes.

- Du sulfate de zink? Vraiment? Il y a quelques milliers d'années, il n'y avait pas de meilleure façon d'éviter la contamination mais nous n'avons détecté aucun polluant de cette sorte dans l'atmosphère. Puis-je demander pour quelle raison vous n'avez pas réintégré la planète?

La reine tourna sa tête gigantesque comme si elle se lançait dans une explication complexe. Les deux extraterrestres restèrent immobiles, les yeux dans les yeux, un long moment.

- Fascinant. Et y a-t-il d'autre colonies installées dans ces astéroïdes ?

Spock semblait ébloui et il hocha la tête en écoutant attentivement.

- Votre civilisation démontre une créativité exceptionnelle. Et d'ailleurs, sa souveraine force l'admiration.

Jo sursauta lorsque que le lien qui la reliait à Spock disparut subitement. Au même moment, l'impératrice eut un brusque mouvement de recul. Elle releva la tête et ses antennes s'aplatirent sur son crâne comme si elle était prise par surprise. Les fourmis de la loge furent parcourues d'un frisson et s'immobilisèrent.

Spock s'agenouilla humblement devant sa nouvelle bien-aimée et lui tendit sa main ouverte. L'étonnante créature hésita un instant puis elle lui céda le bout d'une antenne.

- Je vous présente toutes mes excuses Altesse. Normalement, jamais je n'aurais osé …, dit-il terriblement contrit. Puis-je espérer votre pardon?

- Heu … il veut la sauter ou quoi ? demanda Jo qui n'en revenait pas.

Jim s'éclaircit la gorge mal à l'aise.

- La culture vulcaine est différente de la nôtre. J'imagine que les choses ne sont peut-être pas ce qu'elles semble, tenta t-il pour défendre son ami.

- Je sais pas vous mais moi ça me semble plutôt évident, insista Jo.

- Comme dit le capitaine, il vaudrait mieux ne pas trop spéculer sur cette affaire, dit Mccoy en lui faisant de gros yeux.

Jo compris qu'elle avait intérêt à garder ses doutes pour elle mais elle savait bien ce qui se passait. Il s'était lié à la reine comme un con et elle l'avait renvoyé sur les roses. Il n'y avait qu'à le regarder tout désespéré à ses pieds pour voir de quoi il retournait. Il resta longtemps en silence à fixer le sol, sa main ouverte levée vers la souveraine.

- Merci majesté. Je vous suis très reconnaissant, dit-il en se relevant.

Il se retourna vers ses compagnons.

- Son Altesse royale nous permet de communiquer avec l'Enterprise pour annoncer notre arrivée. Nous seront téléportés avec la cuve dans la salle des machines. Demandez aussi à ce que le hangar soit évacué.

Kirk soulagé saisit le communicateur qui fonctionna parfaitement et donna les ordres. Pendant ce temps, Spock offrit ses derniers hommages à la reine qui l'avait tant impressionné.

- Majesté, ce fut un grand honneur. Avec votre permission peut-être ceux de ma races seraient-ils intéressés à en apprendre d'avantage sur votre remarquable civilisation. Il va de soi que nous tairont votre existence aux humanoïdes comme ces terriens.

La stupéfiante créature resta immobile mais Spock sembla ravi.

- Je vous en sait gré Majesté.

Il s'inclina profondément et il vint rejoindre ses compagnons. Tous se mirent en ligne et attendirent le bon vouloir de la reine.

Jo regarda le vulcain qui, les yeux levés vers sa belle, semblait perdu dans ses pensées

- Dites donc, vous avez essayé de me tromper là ou quoi ? dit-elle à la blague.

Spock leva la tête comme s'il se rappelait soudain de ce qu'il faisait là et le lien réapparut pour se vriller à sa femelle si brusquement qu'elle cria de surprise. Il la fixa d'un air de prédateur et elle recula instinctivement.

- Cela eut mieux valu pour vous, dit-il dans un dernier sursaut de conscience.

Il disparurent alors qu'il levait le bras vers elle comme pour l'agripper et que Jim levait le sien pour l'en empêcher. Ils réapparurent sur l'Enterprise dans la même position mais il fut impossible de continuer le mouvement car ils se matérialisèrent dans la salle des machines, le lieu le plus odorant de tout le vaisseau. Aussitôt, ils mirent tous la main sur leur nez, presque étouffés par le terrible fumet qui les prit à la gorge.

- ILS L'ONT FAIT ! ILS L'ONT RAMENÉE! hurla Scotty comme un dément.

Une ovation magistrale raisonna dans la salle des machines en vrillant tous les tympans. Averti de l'arrivée imminente du réservoir, une centaine de techs s'était rassemblé au lieu dit. L'équipage qui avait attendu anxieusement de le voir pour y croire, célébrait maintenant la fin de leur affreux tourment à gorge déployée. On se serait presque cru à la finale mondiale de soccer alors que le but de la victoire venait d'être compté. Rarement avait-on vu pareil débordement d'allégresse chez un équipage aussi discipliné mais bien sûr, la situation s'y prêtait sans aucun doute.

Oubliant toute réserve, Scotty se jeta sur son capitaine et le prit dans ses bras pour le lever de terre en riant aux éclats. Les sauveurs furent aussitôt entourés d'une marée de maillots rouges qui leur tapa dans le dos, leur ébouriffa les cheveux et les bouscula joyeusement de toute part en riant. Jo sentit que ses collègues au comble de la joie, la soulevaient avec l'intention de la porter en triomphe et réfléchit à toute vitesse.

Le lien battait furieusement entre elle et le vulcain cinglé ce qui indiquait trois choses. Un : dès que le commandant la verrait il lui sauterait dessus. Deux : sa carrière ne survivrait pas à une agression publique de cette nature. Trois : il était capable de tuer tout ceux qui tenteraient de l'en empêcher.

Pas question de festoyer. Il fallait agir et tout de suite.

- Commandant Spock! cria t-elle.

Il leva la tête par dessus la foule comme un lion affamé qui sortirait subitement sa tête des broussailles. Il la vit et elle s'enfuit sans demander son reste. Avec un peu de chance, tout le monde penserait qu'ils avaient une mission urgente, ce qui à tout prendre était bien le cas. Elle courut le plus vite qu'elle pu et sortit de la salle des machines en jetant un œil derrière elle. Il arrivait lancé à fond de train comme un guépard courant derrière une gazelle. Putain de merde. Fouettée par l'adrénaline, elle fila dans le corridor en pensant à toute vitesse.

Il fallait juste un endroit où personne ne le verrait faire. Parce que ce qu'il allait faire … Non! Il ne fallait pas y penser. NE PAS y penser. Juste courir ! … MERDE ! Et trouver une saleté de coin sombre au plus vite. Malheureusement, elle ne fut pas assez rapide et le vulcain lui mit la main dessus en plein milieu du couloir où il l'arrêta brusquement.

- Monsieur! Pas ici! On peut nous voir monsieur! tenta t-elle tandis qu'il l'agrippait fermement par son survêtement.

Spock ne sembla pas touché par la logique de l'argument et d'un geste, il arracha son propre chandail déjà en lambeau avec l'intention évident de consommer le buffet sur place.

- Putain! Vous allez me lâcher oui !?

Sans aucun égard, Spock repoussa sa femelle contre le revêtement de polymère et elle ferma les yeux, terrifiée non seulement à l'idée de ce qui l'attendait mais aussi de ce qui arriverait à la première personne qui tenterait d'y mettre un terme.

Il la lâcha soudainement et elle se dit que justement un innocent arrivait et que le pauvre allait morfler. Elle ouvrit les yeux avec crainte mais Spock n'était plus devant elle. Il était inconscient par terre et au dessus de lui, Mccoy essoufflé le regardait, une seringue hypodermique à la main.

- Mademoiselle Kot, êtes vous blessée? dit-il inquiet.

- Non. Ça va, dit-elle en regardant avec crainte le vulcain effondré à ses pieds.

Pendant que Mccoy se penchait sur le vulcain pour vérifier ses signes vitaux, Jim arriva en courant.

- Jim! Une civière! dit Mccoy en lisant les données du tricordeur.

Kirk se précipita aussitôt vers l'interphone et Jo se secoua. Son cerveau reptilien lui ordonna de fuir pendant qu'il en était temps et sans s'occuper de personne, elle fila dans le couloir pour s'éloigner de ce cauchemar.

Elle revint dans la salle des machines et se retrouva devant la cuve autour de laquelle les ingénieurs festoyaient toujours en raccordant joyeusement la machine. Ils chantaient, lançaient des blagues, se tapaient dans le dos et certains allaient même jusqu'à exécuter de petites danses. Pour sa part, Scotty en était à enlacer amoureusement le réservoir septique et Jo remarqua même qu'une bouteille de scotch circulait à la ronde.

Leur joie éclatante fit un étrange contraste avec la terreur qui vrillait les entrailles de la pauvres jeune femme. Elle s'appuya discrètement sur un tuyau en les observant, regrettant fugitivement de ne pas pouvoir se réjouir avec eux. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle ne put les empêcher de déborder.

- Mademoiselle Kot.

Elle sursauta en se retournant. Jim vit son visage baigné de larmes et mal à l'aise, baissa les yeux. Il réalisa soudain qu'il allait se commettre une agression sur son vaisseau, sous son autorité et avec son consentement. Il eut un haut le coeur.

- Mademoiselle Kot. Je suis terriblement désolé, dit-il gravement.

- Pas autant que moi capitaine, dit-elle en essuyant ses larmes avec la manche de son survêtement froissé.

- Il est …, il se racla la gorge. Il est malheureusement trop tard pour retourner sur Vulcain. Je le regrette amèrement. Jamais je n'aurai pu imaginer qu'il serait aussi ... Il regarda par terre embarrassé. Et lui non plus. Sûrement pas.

- Je sais bien capitaine, dit-elle d'une voix blanche. J'ai vu ce que c'était, vous savez, dans sa tête. Je sais qu'il ne me veut pas de mal. Je vais … je vais le faire. C'est juste que c'est vraiment effrayant. Vous comprenez ?

Kirk approuva.

- Oui. Je suis bien placé pour comprendre. Comme je vous disais, la dernière fois je devais juste l'accompagner comme garçon d'honneur et finalement, il m'a presque tué.

Il réalisa soudain ce qu'il était en train de dire.

- Pardonnez-moi je ne voulais pas dire qu'il allait ...

- Non. Il ne me tuera pas. Selon lui, ce serait … hum, contre productif.

Jim hocha la tête gravement en reconnaissant sans doute possible marque de Spock.

- Mais ceci… C'est vraiment … inacceptable, dit-il en ne pouvant se résoudre à une telle situation.

Voir le capitaine aussi inquiet et désespéré, lui redonna du courage et Jo renifla gracieusement.

- Cette décision était la mienne capitaine et selon le commandant, je suis la plus qualifiée pour cette mission. Monsieur Spock a toute ma confiance. Du moins … quand il n'est pas … enfin, qu'il est normal. HEY! LE TARÉ !

Jim sursauta tandis William qui ramait dans les tuyaux releva la tête en reconnaissant son affectueux patronyme.

- C'est celui de gauche, dit Jo en pointant un tuyau.

Le dénommé William raccorda aussitôt le bon tuyau. Jo se souvint soudain de la coque qui avait disparut lorsqu'elle s'était réfugiée à l'intérieur et elle s'avança vers ses collègues.

-Yan! Examine la coque extérieure au tricordeur. Entre la pompe de vidange et le panneau électrique. Il y a peut-être des raccords qui ont sautés.

Le dénommé Yan prit une gorgée de scotch, passa la bouteille au suivant et s'empressa pour vérifier le revêtement.

- Ah! Et aussi, la trappe d'accès intérieure! J'ai enlevé un câble, taille10, et les circuits de duranium du contrôleur! Danna! Vérifie ça.

Danna se précipita aussitôt, impatiente de voir le fichu réservoir en état de marche.

- Capitaine! s'écria joyeusement Scotty en l'apercevant.

Jim ressentit spontanément l'envie de s'enfuir puis il se rappela que son ingénieur en chef était dans de bien meilleures dispositions qu'une heure plus tôt.

- Êtes vous enfin satisfait monsieur Scott ? dit-il en éprouvant quelque difficulté à lui en vouloir tant son bonheur faisait plaisir à voir.

- Tout à fait capitaine! dit-il avec un sourire splendide. Surtout que le hangar où nous avions rangé les hum … contenants inappropriés s'est vidé comme par magie. Comment est-ce que ...

- Et si nous parlions plutôt des combinaisons spatiales Scotty, dit Jim soudain beaucoup moins amical.

- Le coup des combinaisons, ce n'était que du bluff bien sûr, dit-il avec un sourire de gamin.

Kirk soupira tout de même soulagé.

- Capitaine?

Le lieutenant Rick White s'avança devant eux avec une mine réjouie.

- Capitaine, le docteur Mccoy vous demande à l'interphone.

- Merci lieutenant. Excusez-moi Scotty.

Jim se faufila parmi les techs festifs jusqu'à l'interphone et il pressa la touche.

- Kirk.

- Nous sommes prêts, dit Bones d'une voix sombre.

- Merci. Nous arrivons.

Jim retira don doigt de la touche et hésita un instant comme s'il ne pouvait se résoudre à livrer la jeune femme au vulcain puis il soupira et s'avança vers le réservoir. Penché sur le sol, Jo vérifiait les branchements et les raccords des tuyaux en donnant des conseils. Elle leva la tête à son arrivée.

- Mademoiselle Kot, je crains qu'ils doivent se passer de vous.

Elle se figea et le regarda gravement. Un instant, elle s'était laissée absorber par son travail et avait presque oublié ce qui l'attendait. Elle avala sa salive en réalisant qu'il n'en serait rien. Elle se leva lentement avec un ait d'outre tombe.

- Soyez certaine que je préférerais mille fois vous voir à la tête de cette équipe, dit Jim sincèrement.

Non seulement parce qu'elle y aurait été en sécurité mais aussi et surtout parce qu'il ne doutait pas qu'elle était la plus qualifiée pour régler le problème, et régler ce problème était pratiquement devenu une question de vie ou de mort. Presque. Contrairement à Spock pour qui la mort était une certitude.

- Si vous permettez monsieur, il y a juste quelques trucs importants à faire avant, dit Jo avec l'espoir d'échapper encore un moment à son sort.

Jim s'approcha d'elle afin que personne d'autre n'entende.

- Il y a déjà trois jours qu'il est dans cet état et plus nous attendrons et bien … pire ce sera pour vous pensa t-il sans oser le dire.

Jo lut la fin de la phrase dans son regard et elle hocha la tête.

- Rick! cria t-elle en se retournant. Quand Luc arrivera, dis-lui que le système électrique est foutu. J'ai même pas fini la soudure. Il faut vérifier le panneau 2-C. C'est celui qui déconne!

Rick hocha la tête comme quoi il en prenait note.

- C'est bon, allons-y, dis Jo en passant devant lui.

Dans un silence pesant, ils descendirent à la salle N-28 et Jim s'arrêta devant la porte.

- Je vous laisse ici. Le docteur Mccoy souhaitera sûrement s'entretenir seul avec vous.

Jo grimaça un sourire en fixant ses bottines et Jim resta silencieux un instant, ne sachant pas quoi dire. «Bonne chance», s'appliquait plus ou moins et l'encourager à la prudence aurait été du plus mauvais effet. Il opta donc pour la sincérité.

- Votre courage force l'admiration mademoiselle Kot. Je n'oublierai jamais ce que vous faites pour sauver la vie de mon meilleur ami.

Jo eut un sourire contrit.

- Vu la situation, essayez quand même de ne pas trop penser graphique.

Le capitaine haussa les sourcils et elle réalisa qu'elle venait encore de dire une belle connerie.

- Excusez-moi, je crois que je suis un peu nerveuse, dit-elle d'un air embêté.

Il eut un sourire en coin et approuva de la tête.

- Vous pouvez compter sur ma discrétion graphique, lui assura t-il avec un sourire entendu.

Elle lui sourit en retour et il ouvrit la porte.

- Donnez-moi des nouvelles dès que possible, dit-il alors que la jeune femme disparaissait dans l'ouverture.

La porte se ferma et Jim ressentit une sourde angoisse. Kot avait vraiment un sacré cran. Lui-même aurait eut peur de passer cette porte dans les circonstance. Malgré qu'il l'aurait fait. Pour sauver Spock, il aurait été prêt à faire bien des choses et peut-être même que … s'ils n'avaient vraiment pas eu le choix … Mais bien sûr, ça ne servait à rien d'y penser. Il soupira et s'en fut pour reprendre son poste où il le savait, il se rongerait les sangs jusqu'à ce que cette mission soit terminé ; … et finisse sans doute en catastrophe.