Johann entra dans la pièce où allait se passer la mission.

Lorsqu'elle y était venu la première fois, ce n'était qu'une pièce vide mais elle était maintenant aménagée. Jo remarqua tout de suite qu'on y avait installé une douche et des cabinets. Bien sûr, on avait pas eu le temps de construire une pièce à part mais on l'avait au moins séparés de la chambre principale par des rideaux. Contre le mur ouest, on avait mis une grande table sur laquelle se trouvait des fournitures. Vêtements, draps, serviettes et autres items du même genre ainsi qu'une boîte fermée comme celles qu'on distribuait à tous les membres de l'équipage et qui devait contenir des objets d'hygiène personnel. Un meuble en polymère luisant était placé juste à côté, pour la nourriture sûrement. Ça ne payait pas de mine mais toutes les commodités semblaient avoir été installées.

En face, contre le mur, on avait disposé un lit un peu plus large que ceux disponibles habituellement. Visiblement, on avait eu que le temps d'y mettre un drap car le couvre-lit rouge réglementaire était toujours plié sur la table. Sur le lit, Spock reposait inconscient. Torse nu, il portait toujours ses bottes et ses pantalons en lambeaux. Son corps était zébré de coupures vertes mais celles-ci semblaient avoir guéri en accéléré et même si les blessures étaient fraîches, on aurait dit qu'elles étaient déjà vieilles de plusieurs jours. Même celle beaucoup plus grave qu'il avait au bras, semblait presque guérie. Jo frissonna. Il avait l'air d'un foutu barbare torse nu, tout égratigné et en haillons.

- Mademoiselle Kot.

Mccoy qui était au chevet de son ami se leva à son entrée.

- Docteur, dit-elle en grimaçant un sourire.

Il s'avança vers elle et mit la main sur son épaule comme pour l'encourager.

- Vous tenez le coup ? demanda t-il soucieux.

- Ouais, ça va, dit-elle plus ou moins sûre.

Il lui adressa un sourire d'encouragement auquel elle répondit par une grimace. Elle avait envie de se mettre à chialer mais elle se retint en se disant que le docteur avait l'air si bouleversé qu'il risquait de se mettre à brailler avec elle et franchement, elle n'avait pas trop besoin de ça.

- Dites donc, vous avez drôlement bien arrangé la salle, dit-elle juste pour dire quelque chose.

- Monsieur Spock a supervisé l'installation. Il a insisté pour que vous ayez toutes les commodités et tout le confort possible, assura t-il comme pour mettre en balance le comportement déplorable de son collègue.

- Oui, c'est bien de sa part.

Mccoy regarda par terre, aussi mal à l'aise que le capitaine.

- Permettez que je vous montre ce que j'ai apporté pour vous, dit-il pour se donner contenance.

Il approcha la boîte de polymère qu'il ouvrit. Il lui présenta tous les items auxquels il avait pu penser. On y trouvait de tout, du lubrifiant personnel aux capsules de relaxant «au cas où ». Visiblement, elle pourrait s'envoyer dans la stratosphère si jamais besoin était. Finalement, il tira de la boîte une seringue hypodermique.

- Juste pour être sûr que cette mission ne donne pas lieu à un événement fâcheux, j'ai aussi apporté une dose de contraceptif en intraveineuse.

Bordel, se retrouver coincé avec un mini-vulcain en plus de devoir se taper le grand format, difficile d'imaginer pire.

- Oui. Merci docteur parce que ça, ce serait vraiment l'horreur.

Mccoy hocha la tête d'un air compréhensif et tira la seringue hypodermique de sa pochette. Elle tendit son bras et il y appuya la seringue. Le liquide transparent se déversa dans ses veines comme par magie.

- Deux boutons d'alerte sont dissimulés dans la chambre, dit-il en rangeant la seringue. Le premier se trouve dans le conduit de ventilation et le second derrière la tête du lit.

- Et il se réveillera dans combien de temps? demanda t-elle en jetant un regard craintif au commandant endormi.

- C'est difficile à dire avec les vulcains. J'estime que ce devrait être d'ici plus ou moins trois quart d'heure.

- Écoutez, sans blague, il faut vraiment que je prenne une douche parce que …

Elle passa la main dans ses cheveux baveux. Son chignon gominé se défit, libérant une chevelure mi-longue presque effrayante tellement elle était collante.

- Bien entendu. Allez-y sans crainte. Je resterai à son chevet pour m'assurer qu'il ne se réveille pas, offrit Bones compréhensif.

- Merci docteur.

- Monsieur Spock a insisté pour que la douche ne soit pas minutée. Prenez tout votre temps.

Jo sourit en se disant que c'était la première attention galante que le vulcain avait à son endroit et cette pensée la rassura un peu. Sauf que dans les faits, ce n'était pas le cas car cette décision venait surtout de l'impossibilité de modifier le minutage pour prévoir une douche à l'usage exclusif de deux personnes. Bones considéra inutile de le souligner. Elle prit des survêtements propres sur la table et ferma le rideau derrière elle. Elle retira ses vêtements poisseux avec un immense soulagement et sauta dans la douche.

Elle avait craint que la bave reste collée à ses cheveux mais elle disparut facilement. Tout en se savonnant, elle eut une pensée pour Pouf qu'elle ne reverrait plus jamais. Elle ressentit un élan de tristesse mais se ravisa car bien sûr, rien de mieux ne pouvait arriver à sa loyale fourmi. Elle traîna un bon dix minutes dans la douche, ce qui en fit la plus longue qu'elle ait prit en un an, et ne pouvant pas différer l'inévitable plus longtemps, elle et se rhabilla et sortit.

Mccoy se leva du lit où il s'était assis pour surveiller Spock.

- Merci de votre aide docteur. Ça va maintenant, je peux gérer.

Il lui adressa un regard inquiet comme si lui non plus n'arrivait pas à se résoudre à la laisser seule avec le vulcain enragé.

- Vous pouvez partir monsieur. Ça va aller.

Mccoy soupira gravement.

- Surtout, n'hésitez pas à sonner l'alarme si vous vous croyez en danger.

- Pour être en danger, je vais l'être mais si on l'empêche, monsieur Spock va crever pas vrai ? Alors même si je sonne je vois pas trop ce que vous pourriez faire. À moins que vous vouliez rester pour me tenir la main ?

Mccoy haussa les sourcils en ayant pour la première fois affaire au style particulier de Kot. Néanmoins, elle avait raison. Personne ne pouvait plus rien pour elle.

- S'il se montre trop violent, vous devez sonner. Peu importe les conséquences. Promettez-le moi.

Jo haussa les épaules.

- Vous inquiétez pas. Je sais me défendre.

Mccoy n'eut pas le choix d'approuver.

- Bien. Dans ce cas, je vous laisse. Donnez-nous des nouvelles dès que possible. Nous avons installé un interphone à cet effet.

- Je n'y manquerai pas monsieur.

Mccoy resta immobile en fixant le plancher comme s'il ne pouvait pas se résigner à partir. Il finit par se secouer, jeta un regard écœuré au vulcain inconscient et sortit d'un pas vif, tout à la fois furieux et inquiet.

Jo perdit son air frondeur et avala sa salive en réalisant que le grand moment était arrivé. Le commandant allait bientôt se réveiller et alors … Elle se surprit à souhaiter que le docteur soit finalement resté pour lui tenir la main puis elle secoua la tête. Bordel de merde, elle devenait complètement dingue.

Spock gémit et hocha la tête en fronçant les sourcils alors que le lien se mettait à tonner avec plus de force. Putain, il était temps de se magner! C'était maintenant ou jamais. Elle ouvrit la boîte et saisit le lubrifiant. Elle en versa une bonne quantité et glissa sa main dans sa culotte en l'appliquant de son mieux. Au moins, avec ça elle éviterait le pire.

Spock ouvrit les yeux mais il ne la chercha pas avec ses yeux, il la chercha avec le lien. Jo le sentit vrillé à elle comme jamais. Il se leva lentement à quatre pattes comme s'il était étourdi. Il s'agenouilla sur le lit et tourna la tête pour la fixer. Jo avala sa salive alors qu'il levait sur elle un regard de dragon.

- Monsieur, s'il vous plaît, restez calme cette fois.

Elle se recula contre le mur tandis qu'avec une lenteur inquiétante, il se mettait debout. Le lien se mit à battre plus fort. La jeune femme sentit vibrer tout son corps comme devant un immense système de son dont on aurait mis les basses au maximum. Elle remarqua la bosse significative qui déformait le pantalon et ressentit une sourde angoisse.

- Pas besoin de vous énerver d'accord ? Je suis là.

Avec un mouvement brusque, il enleva ce qui lui restait de vêtements et se débarrassa de ses botte de quelques coups de pieds. Jo jeta un coup d'œil et ressentit un immense soulagement. Outre sa teinte quelque peu verdâtre, l'organe qui la concernait le plus directement semblait assez normal d'un point de vue humain. Et par bonheur, la taille était raisonnable remarqua t-elle en remerciant le ciel. Bien sûr, elle avait craint de se retrouver devant un truc énorme ce qui vu les circonstances, aurait fait plus de mal que de bien.

Elle tenta de se rassurer en se rappelant la terrible vision qu'il avait partagé avec elle. C'était comme ça qu'il se sentait. Il brûlait sur pied et le besoin de s'accoupler anéantissait son esprit avec une telle force qu'il avait l'impression que son corps allait exploser. D'ailleurs, il avait exactement cet air là. Sauf qu'à bien y penser, ça n'avait rien de rassurant.

- On va baiser monsieur. C'est promis. Mais vous n'avez pas besoin d'être brusque. Vous êtes d'accord? tenta t-elle.

Complètement nu, il se redressa en la dévisageant d'un air inhumain tandis que les battements furieux qui traversaient le lien devenaient si fort qu'ils lui firent mal. Jo eut l'impression de se retrouver devant Priape, ce dieu grec débile qui bite à la main, faisait sa fête à toute créature munie d'un orifice qui avait la malchance de croiser son chemin.

- Vous ne voudriez pas me violer ... pas vrai? dit-elle en tentant de recourir au bon sens.

Il se mit à trembler et Jo réalisa que oui, il allait clairement la violer. Ce n'était rien d'autre qu'un putain d'animal en rut et derrière son regard fou, il n'y avait pas l'ombre d'un cerveau. Il voulait un trou et il allait l'avoir. Point barre.

Malgré tout, il n'était pas aussi effrayant que l'aurait été un homme. Dans son regard, il n'y avait pas de désir malsain, de concupiscence ou de perversité. Elle ne lisait même pas l'envie de la soumettre ou de la dominer comme ça aurait été le cas avec un criminel terrien. Dans son regard elle ne lisait qu'une seule chose, l'urgence de baiser. Il avait dit que la mission serait semblable à une tempête violente et c'était exactement ça. Une tempête violente.

Sans avertissement, il se jeta sur elle et la souleva de terre sans efforts. Il la coucha brutalement sur le lit en tentant de baisser ses pantalons. Bien entendu, la chose intelligente à faire était de le laisser se vider sauf que putain de bordel de merde, le mec qui allait la traiter comme ça sans morfler n'était pas encore né ! Elle leva son genoux pour lui écraser les couilles de toutes ses forces. Il se crispa en poussant un cri étouffé et elle réussi à se dégager.

Elle pensa à toute vitesse, roula sur le lit, se releva et se jeta sur la vanne d'aération. Elle l'ouvrit si brusquement que la grille vola à l'autre bout de la pièce. Il lui fallut une seconde pour atteindre la trappe du dessus, l'ouvrir et saisir la barre de duranium volante qui supportait l'auvent. Armée d'une barre de métal d'un bon vingt-cinq pouces de long, elle se retourna juste à temps pour le voir se relever.

- Calmez-vous! dit-elle fermement.

Contrôlant sa douleur, il sortit du lit et elle vit que l'injonction n'avait aucun effet.

- Restez où vous êtes, dit-elle menaçante.

Il se releva et darda sur elle un regard sans pitié.

- Si tu approches, tu vas le regretter pauvre taré! gronda t-elle prête à l'accueillir.

Nullement impressionné, il approcha et elle lui en balança un bon coup sur l'épaule. Il fut repoussé sur le côté. Ses yeux s'assombrirent et un éclair de violence les traversa. Il se recula et se mit en position de combat, prêt à se battre pour remporter le droit de s'accoupler. Le capitaine Kirk lui avait dit qu'il avait dû combattre le vulcain en rut et Jo comprit que c'était exactement ce qu'il se préparait à faire. Putain de merde! Ces cinglés ne se battaient quand même pas avec leurs femelles ! Juste à le voir les mains levées devant lui, la réponse était oui. Sans aucun doute. Réalisant qu'il allait l'étriper comme une crevette, elle laissa tomber la barre à ses pieds.

- Non! cria Jo en sautant sur le lit. Non, non! Pas besoin de se battre, assura t-elle en levant ses mains devant elle. J'ai accepté la mission. Vous vous souvenez? Je vous l'ai dit, on va baiser. Pas de soucis.

Il se releva totalement confus et se tint droit et indécis au milieu de la pièce.

- Juste, calmez-vous un peu d'accord ?

Décidant que finalement, il allait prendre la baise plutôt que la baston, il s'approcha d'elle d'un pas décidé et pas du tout calme. Elle sauta de l'autre côté du lit mais il la rattrapa avant même qu'elle ait touché terre et la saisit fermement par le bras.

- Commandant Spock ! cria t-elle avec toute l'autorité dont elle était capable. Selon le règlement de Starfleet, un commandant ne peut pas nuire physiquement ou psychiquement à un membre de l'équipage. Commandant !

Il la lâcha aussitôt et n'osant croire à sa chance, elle repassa vivement de l'autre côté du lit. Il fixa le vide un moment puis la regarda à nouveau avec son regard de prédateur et monta sur le matelas pour la rejoindre.

- Je porte plainte contre le commandant Spock ! cria t-elle aussi autoritaire qu'elle pu. Je porte plainte pour agression!

Il se figea, perdit son air de panthère et se mit à trembler plus fort. En y mettant un effort incroyable il recula, redescendit du lit puis il s'appuya contre le mur en joignant les main devant lui, les yeux révulsés. Il perdit son érection et le battement du lien s'estompa comme si on l'avait mis en sourdine.

Jo respira en observant le vulcain parfaitement misérable. Sa compassion fut la plus forte et malgré qu'il lui ait fait la peur de sa vie elle ne put s'empêcher de songer qu'il faisait vraiment pitié. Elle savait ce qu'il ressentait et à quel point c'était terrible.

- Êtes-vous capable d'être calme commandant ? demanda t-elle avec fermeté.

Il hocha la tête avec peine et elle supposa que ça voulait dire qu'il ferait de son mieux.

- D'accord. Voilà ce qui va se passer. Je vais m'installer et vous viendrez quand je vous le dirai, pas avant. En attendant, vous ne bougez pas.

Il hocha à nouveau la tête en tremblant dans son coin.

Elle se dénuda en laissant tomber ses vêtements par terre puis elle traversa la matelas avec circonspection. Même s'il était tout près, appuyé contre le mur, il ne bougea pas un muscle. Elle se demanda comment elle allait se placer. Une chose de certain, moins elle le verrait mieux elle se porterait. Dans les circonstances, se mettre à quatre patte était clairement le meilleur choix. Elle posa ses genoux sur le bord du matelas et se plaça selon les règles classiques.

- Ça va, vous pouvez venir. Et doucement, d'accord. N'oubliez pas.

Il se retourna et s'appuya contre elle. Il la pénétra sans brusquerie mais il tremblait comme une feuille, ce qui n'annonçait rien de bon. Jo ferma les yeux, serra les poings et se prépara au pire. Mais après un moment, elle les rouvrit.

Il était en elle mais il ne faisait absolument rien. Il était juste planté là et ne bougeait pas. Elle se dit que ce n'était qu'un répit avant qu'il se décide. Elle attendit un bon moment, à la suite de quoi elle se sentit complètement désarçonnée.

En quelque part, elle s'était faite à l'idée qu'il allait être barge. Et même, dans le pire des cas, qu'il allait être comme les connards dans les vieux pornos. De dégoûtantes tête de glands qui traitaient leur partenaire comme de la viande. Mais ça... Ça c'était vraiment trop bizarre. Même que ça faisait un sale court circuit avec sa préparation mentale.

Elle regarda derrière elle ce qu'il foutait. Les mains le long du corps, il regardait devant lui comme une statue de plâtre. Elle se remit en position, attendit encore quelques instants puis se retourna à nouveau. Il n'avait pas bougé.

Sans blague ? Tout ça pour ça ?... Et ben dit donc. Elle pencha la tête pour cacher son rire puis elle reprit son sérieux en se disant qu'on allait quand même pas y passer la nuit.

- Vous pouvez y aller vous savez. Ça va maintenant. Je suis prête, dit-elle à tout hasard.

Spock retenait à grand peine ce qui cherchait à sortir comme on retient au taureau furieux dans une cage. Tout en lui le poussait à se laisser aller mais une barrière puissante, aussi puissante que les ordres d'une prêtresse vulcaine l'en empêchait : il ne devait pas agresser sa partenaire. C'était contre le règlement. Et il sentait que lorsque les choses seraient engagées, il n'aurait plus aucun contrôle aussi, il attendait un signal, quelque chose, n'importe quoi.

En entendant ces mots, il ferma les yeux et ouvrit la cage.

Spock eut l'impression que l'énergie furieuse du Koon-ut-so'lik faisait éclater tout son corps et il cria de douleur. Jo elle, cria de frayeur en réalisant que tout ce qu'elle avait pu imaginer n'arrivait même pas à la cheville de ce que c'était vraiment.

Comme lorsqu'ils avaient mis leurs doigts en contact, le lien les entoura à la façon d'une bulle mais il n'avait plus rien d'une gentille cabane de couverture. Il était immense, terrible et furieux. Il s'étendait autour d'eux en vibrant d'une énergie monstrueuse et le rythme qui le traversait ressemblait à des coups tonnerre assourdissants qui terrifièrent la pauvre terrienne..

Autour d'elle, elle ressentait de la pure énergie, violente, incontrôlable, incompréhensible, qu'elle ne voyait pas avec ses yeux mais qu'elle ressentait et quand vous ressentiez ça, vous compreniez que vous n'aviez jamais rien ressenti vraiment de toute votre vie. C'était comme être prise dans un tourbillon d'électricité qui vous traversait tout le corps en détraquant votre esprit et en vous foutant des chocs.

Encore plus effrayant, elle ne percevait même plus son compagnon. Coincée seule au milieu de cette terrifiante barbarie, Jo paniqua. Elle eut l'impression de perdre l'équilibre et de s'enfoncer dans les bouillons furieux. Aussitôt, l'énergie la traversa avec une puissance inouïe, vaporisant son esprit, brûlant ses veines. Elle hurla, sûre qu'elle allait y passer.

Au travers ce délire incontrôlable, Spock qui se faisait tout autant malmener la cherchait en esprit dans la tempête mais ne la percevait pas. En l'entendant hurler, il s'arc bouta dans un effort survulcain et se battit contre lui-même pour reprendre le contrôle de son corps. Il réussi à se séparer d'elle et obéissant à un instinct venu d'un autre âge, il la retourna brusquement sur le dos, ouvrit ses jambes et s'allongea sur elle. Il poussa maladroitement pour s'introduire dans le corps de sa femelle et y resta sans bouger. Aussitôt, comme si deux fils dénudés s'étaient touchés, le contact se fit.

Jo le perçut aussitôt. Elle n'était plus seule, il était là. L'énergie démente du Koon-ut-so'lik se mit à tourbillonner autour d'eux, s'acharnant à les presser l'un contre l'autre plutôt qu'à les faire frire. Clairement, c'était cette position qui était adaptée à ce bordel et pas du tout l'autre. Jo eut une pensée fugitive pour l'ironie de la situation. Si elle l'avait laissé faire, ils auraient commencé de la bonne façon et elle aurait évité toute cette merde. Mais de toute manière, éviter était un bien grand mot car ils n'étaient pas encore sortis de ce cauchemar.

L'énergie furieuse du Koon-ut-so'lik tournoyait autour d'eux en les pressant avec une telle force qu'elle eut l'impression que Spock allait passer au travers elle. À sa plus grande stupéfaction, c'est exactement ce qui se produisit. Elle sentit qu'il la traversait et elle eut terriblement peur. Bordel, c'était quoi ce nouveau délire !

Elle n'avait jamais été trop adepte de spiritisme mais ce truc dément c'était exactement ça. C'était son «âme», son «esprit» ou son «corps d'énergie», enfin un truc du genre, qui tentait de passer au travers le sien. Sauf que putain de merde, elle avait accepté de baiser, pas de faire une séance de spiritisme extrême. Troublée, elle se ferma comme elle l'avait déjà fait quand elle sentait le vulcain trop clairement au bout du lien et il fut repoussé.

À peine conscient de ce qu'il faisait, Spock mit sa main sur sa joue et elle n'eut pas le choix. Ils fusionnèrent.

Tout s'arrêta. Le temps disparut. Il se fit un grand silence et ils ne ressentirent plus rien. Rien du tout. Aucune pensée n'affleura plus à leur esprit et ils furent privés d'émotions. Jo ne ressentit aucune frayeur car elle ne pouvait plus rien ressentir et ne possédait plus aucune pensée pouvant formuler cette absence. Elle ne faisait plus qu'être.

Ils étaient.

Uniquement.

Bien entendu, cet état méditatif typique de l'accouplement vulcain se révélait particulièrement intense lors du pon farr. Mais comme pour tout ce qui concernait le rut, nul n'en parlait jamais et chaque vulcain lorsque venait le temps des rapprochements, découvrait à sa grande surprise que c'était de l'état d'accouplement qu'était né l'enseignement de Surak.

Le maître s'était appuyé sur les dispositions biologiques naturelles de sa race pour développer sa discipline. Il avait en quelque sorte exploité ce moment sublime où la plus totale barbaries culminait dans son contraire absolu : l'absence de tout ce qui l'avait engendrée. Simplement, plutôt que d'y arriver par la violence et par le sexe, le grand maître avait proposé de l'atteindre avec discernement. Par la logique. Et chaque vulcain, chaque vulcaine trouvait une profonde satisfaction à rechercher en tout temps cet état de plénitude profond où culminait l'accouplement : l'absence de toute émotion.

Après un laps de temps impossible à évaluer, leurs esprits s'individualisèrent, se séparèrent et Jo réalisa qu'il lui était possible de penser et de ressentir à nouveau. Elle perçut le battement de tambour du Koon-ut-so'lik mais Dieu merci, la tempête s'était calmée. Aussitôt elle ouvrit les yeux, avide de s'extraire de l'abîme vulcain et retrouver son monde.

Spock était au dessus d'elle, les yeux fermés et son visage avait une telle expression de paix qu'il ressemblait presque à un ange. Elle l'observa un moment, étonnée par sa beauté. Il tenait sa main gauche serrée dans la sienne tandis que leurs index et leurs majeurs étaient en contact. Elle sentit également que les doigts de sa main droite étaient sur sa joue. Elle pouvait lire dans son esprit mais elle n'y vit aucune pensée, on aurait dit que sa tête était vide. Elle repoussa doucement ses mains.

Lentement, il ouvrit les yeux et la regarda sans la voir. Dans son œil, elle perçut une lueur qu'elle reconnut tout de suite. Celle du mâle qui avait totalement prit son pied. À vue de nez, elle ne voyait pas trop ce qui avait pu le mettre dans cet état mais le fait était là. Il avait un regard doux et feutré qui ne trompait pas. Il prit une profonde respiration comme pour revenir à la réalité puis il se retira lentement et roula sur le côté. Il resta couché sur le dos et ferma les yeux comme s'il voulait savourer encore les impressions que lui avaient procuré cet étrange accouplement.

Jo n'avait aucune idée de ce qui avait pu le faire jouir à ce point et pour sa part, elle se sentait beaucoup moins bien disposée. Elle s'était fait à moitié agressée puis électrocutée, avait fusionné sans qu'on lui demande son avis et tout ça pour aller se perdre aux tréfonds d'un vide sidéral alors franchement, elle ne se sentait pas trop en mode détente post-coïtale.

Elle réalisa que ses cuisses étaient étrangement mouillées. Elle s'assit et vit que les draps étaient trempés. Quelque peu inquiète, elle posa sa main devant elle et entra en contact avec un liquide visqueux. C'était plus liquide que la sauce humaine mais il n'y avait aucun doute. Bordel, il avait juté des litres! Elle se leva, quelque peu inconfortable à l'idée d'être étendue dans une mare de sperme.

Ce faisant, le reste s'échappa en bonne quantité, tellement que la jeune femme en resta stupéfaite. C'était au point où le terme mare était peut-être un peu faible. D'où est-ce qu'il avait sorti tout ça se demanda t-elle en évaluant ses noisettes. Une chose de certain, pour se faire faire un facial par un vulcain, il fallait une assurance contre la noyade.

- Bon sang, c'est dingue, dit-elle en regardant la flaque sur le lit.

Il lui accorda enfin un regard et observa le phénomène d'un air indifférent. Peut-être bien que lui s'en foutait mais pour ce qui la concernait, elle ne se coucherait sûrement pas là-dessus.

- Il faudrait enlever le drap parce que sans blague …, dit-elle troublée.

Il la regarda pensivement sans réagir.

- Vraiment, insista t-elle.

Il battit des cils pensivement puis il se leva comme s'il sortait d'un nuage. Jo retira le drap et fit une mine déconfite en voyant le matelas tout imbibé. Sentant que l'affection du vulcain commençait à lui couler sur les chevilles, elle s'en servit pour s'éponger.

- Il faudrait retourner le matelas aussi, lui dit-elle en s'essuyant.

Spock ne fit pas un mouvement et resta immobile les yeux dans le vague. Clairement, il valait mieux ne pas trop compter sur hercule. Elle retourna le matelas elle-même et y jeta un drap propre sans se soucier de l'arranger. Il ne fit pas un geste pour l'aider mais dès que la couche fut en place, il se rassit lentement à la tête du lit et étendit les jambes devant lui sans dire un seul mot.

Après tous ces efforts, elle s'épongea à nouveau en admirant son air d'allégresse. Il avait la tête d'un type qui a trouvé la paix; ou encore touché le nirvana. Ceci étant, on ne pouvait s'empêcher de remarquer que certains avaient plus de chance que d'autres se dit-elle quelque peu envieuse.

Elle se demanda combien de temps tout ça avait duré mais elle n'avait pas de tablette avec elle.

- Il est quelle heure?

Spock la regarda un instant et haussa mollement les épaules. Bordel, il n'y avait pas à dire, il était vraiment largué. Elle passa aux toilettes puis se dirigea vers l'interphone et appuya sur la touche.

-Kot.

- Mccoy/Kirk, j'écoute! répondirent-ils presque en chœur.

- C'est juste pour vous dire que tout va bien.

- Avez-vous besoin de support médical ? demanda le docteur.

- Non ça va.

- Vous êtes sûre?

Niveau physique elle était impec mais elle se demanda un instant s'il avait quelque chose contre les tempêtes d'énergie mentale.

- Oui. Tout est sous contrôle. Docteur, vous pouvez me dire combien de temps il s'est passé depuis que vous êtes parti ? demanda t-elle.

- Une heures treize exactement, dit Mccoy qui avait compté anxieusement chaque minute.

Ils étaient restés une heure comme ça ?! Bordel, c'était dingue !

- Merci.

- Nous restons à l'écoute au cas ou vous auriez besoin de quoi que ce soit. Surtout, n'hésitez pas.

- Bien reçu capitaine.

Elle enleva son doigt de la touche et réalisa qu'elle était affamée. Elle se dirigea vers le petit meuble de polymère luisant et ouvrir le couvercle. On y avait disposé toute la nourriture nécessaire. Elle prit une assiette sur la table et la remplie avec tout les cubes d'aliments synthétisés qu'elle préférait. Elle ajouta une bouteille de minéraux et vitamines et posa une serviette sur une chaise avant de s'y asseoir.

Après trois jours de diète aux champignons fluorescents, elle dévora le tout avec reconnaissance. Spock était toujours assis sur le lit et il n'avait pas bougé. Il regardait devant lui d'un air rêveur et elle se dit qu'il devait sûrement avoir faim.

- Tu en veux? demanda t-elle en désignant le contenu de son assiette.

Il la regarda en fronçant les sourcils.

- Vous vous êtes engagée à me vouvoyer.

Elle le dévisagea avec un air presque comique. Il était nu comme un ver, à moitié-couché sur un matelas qu'il avait fallu retourner tellement il l'avait couvert de décharge et il exigeait des vouvoiements. Non mais vraiment, ce type c'était un cas.

Elle haussa les sourcils, éblouie par sa vulcanité. Son rut devait se calmer et il redevenait aussi chiant qu'avant. Mais d'un autre côté, étendu comme un pacha sur le lit, il fallait avouer qu'il était drôlement canon.

Il était baraqué mais si grand qu'il semblait gracieux malgré tout. Le large duvet de sa poitrine s'affinait pour courir sur son ventre comme un fil puis s'élargissait à nouveau, mettant en valeur une jolie queue négligemment couchée sur le côté. Alangui de cette façon, il dégageait une impression de force nonchalante qui avait quelque chose de félin. Et puis il avait vraiment une belle gueule ce qui ne gâchait rien. Jo réalisa que le regarder comme ça, lui donnait pas mal d'idées.

Non mais c'est qu'il l'avait quand même allumé avec ses fusions tantriques. Ça avait été vraiment intime. Et puis elle s'était fait à l'idée d'une baise complètement dingue. En fait ça avait été dingue mais plutôt minimaliste d'un point de vue baise classique.

Tout en mâchonnant un cube de nourriture synthétisée elle songea à la meilleure façon d'obtenir ce qui manquait. Elle tenta de s'imaginer à quoi il réagirait le mieux et il lui vint une idée un peu culottée. N'en trouvant pas de meilleure, elle lui jeta un coup d'oeil. Il n'avait pas bougé et semblait méditer sur le sort du monde. Elle prit un air détaché.

- Je pourrais avoir un coït ?

Elle le regarda de côté, mine de rien. Il sembla pensif.

- Ce serait logique, ajouta t-elle comme si de rien n'était.

Il haussa les sourcils comme si après tout, ce n'était pas la fin du monde.

- Si vous voulez.

Elle sourit en croquant un cube rose. Et voilà comment on arrivait à convaincre un vulcain : il fallait jeter le pot de miel et les gants blancs pour foncer directement sur le but et shooter .


Notes :

Jo n'a rien retenu de ses cours d'histoire ancienne car le dieu Priape, qui possède un énorme engin constamment en érection, a bien tenté de violer de pauvres nymphes et d'innocentes déesses mais ce n'est quand même pas au point où il ferait leur fête à toutes les créatures qui passent.

Et aussi, une petite note juste pour spécifier, au cas où quelqu'un l'ignorerait, que canoniquement parlant nul ne sait rien de l'accouplement vulcain en tant que tel. À cet effet, on aura sûrement deviné que le lien que entre la philosophie de Surak et la sexualité vulcaine n'est que pure invention.