Spock releva la tête et prit l'air sérieux qui s'imposait pour informer la 3em classe Johann Kot qu'elle devrait affronter la cour martiale pour avoir agressé physiquement un supérieur mais c'est alors que se produisit un petit miracle.

Comme si un bon ange était descendu du ciel pour lui éviter de s'embourber de manière irréversible, Spock entendit la voix de Bones dans sa tête. «Vous avez été parfaitement logique mais maintenant elle pleure. Qu'est-ce que vous pouvez en déduire Spock ?» Il s'arrêta à y penser un instant. Si les conseils de Mccoy étaient juste, cela voulait dire qu'il lui avait fait du mal. «Vous devez terminer cette interaction avec une réaction positive. Vous vous rappelez? le tança Bones. Tant que vous ne l'avez pas obtenue la mission n'est pas finie !»

Spock baissa la tête en soupirant. Les informations que lui avait données Mccoy s'étaient toutes révélées justes. Il était logique de les prendre en considérations encore une fois. La mission n'était donc pas encore tout à fait terminée et Kot était toujours sous sa responsabilité. Il se remémora la procédure à suivre en cas de pleurs et s'approcha du lit.

- Très bien. Je vous écoute, dit-il en croisant les mains derrière son dos.

Elle lui jeta un regard venimeux et essuya ses joues mouillées.

- Rien à foutre. Dégagez de ma vue.

Il l'avait écouté, maintenant il s'agissait de prendre le blâme.

- Tout est de ma faute bien entendu.

Jo fit de gros yeux comme si c'était le moins qu'il puisse dire. Il pinça les lèvres en ayant quelque difficultés à passer à la dernière étape.

- Veuillez … m'excuser, dit-il avec déplaisir.

Elle renifla.

- Et vous vous excusez pourquoi au juste ? Je parie que vous n'en avez aucune idée.

- C'est exact, avoua t-il.

Jo le fixa un long moment et soupira en appuyant son menton sur ses avant bras. Clairement, les vulcains ne comprenaient rien à rien. Mais au fond, est-ce que c'était vraiment de leur faute? Peut-être que c'était naturel. Parce qu'à voir cet échantillon, on pouvait parier qu'ils étaient tous de parfaits crétins.

- Votre nez. Vous avez hum ..du sang. Ben vert mais …

Kot se souciait maintenant des blessures qu'elle lui avait infligées. Elle était donc dans des dispositions plus positives. Spock se dit que les conseils de Bones se révélaient encore une fois efficaces. Il prit une serviette pour éponger le sang tandis qu'elle le regardait pensivement.

- Quand je ne pouvais pas comprendre ce qui allait vous arriver. Vous avez fait une fusion d'esprit pour me le montrer. Vous vous rappelez?

Il approuva en baissant les yeux comme s'il n'aimait pas trop en parler.

- Je crois que ce serait bien que vous regardiez dans ma tête à moi aussi. Vous pouvez faire ça? Parce que j'aurais vraiment besoin que vous compreniez. Sans blague.

Il sembla y réfléchir un instant puis acquiesça. Jo se leva et se plaça devant lui en essuyant ses dernières larmes.

- Vous êtes prête? demanda t-il en se disant que mieux valait ne pas la brusquer.

Elle acquiesça. Il posa ses doigts sur sa joue et fusionna à son esprit. Immédiatement, il ressenti sa peine.

Elle avait l'impression qu'il l'avait utilisé pour ensuite la jeter sans aucune considération et Jo compris qu'il n'avait rien fait de tel. Il avait simplement agi de manière professionnelle et n'avait pas prévu que l'accouplement rendait les terriennes aussi émotives. Une conséquence dont par ailleurs, il ne saisissait pas très bien la logique.

Au demeurant, il n'avait aucune idée de la procédure à suivre pour terminer l'interaction de façon positive. Il lui demanda l'accès à ses pensées et elle le lui permit. Avec doigté, il s'avança dans sa psyché afin de comprendre ce qu'elle attendait de lui. Il se glissa dans la nébuleuse de ses fantasmes secrets et de ses instincts amoureux. Jo lu en lui qu'il comprenait que l'affection était la clef. Elle vit également qu'il avait toujours repoussé celle de sa mère. Pour lui, ce besoin n'était que la preuve de la faiblesse innée de son humanité et … Il lui soustrait aussitôt cette pensée.

Elle éprouva une certaine gêne à l'avoir vu, elle n'avait pas voulu fouiner dans sa tête Elle comprit qu'il l'avait simplement sous-estimé, n'ayant pas cru qu'elle pourrait naviguer seule dans son esprit. Il ne lui en voulait pas. De toute façon, il n'était pas intéressé à éprouver ce sentiment.

Il éloigna sa main de sa joue et ils restèrent un instant sans rien dire comme si après la précision des pensées, les mots semblaient trop vagues et trop lourds.

- Que symbolise la carte du deux de pique ? demanda Spock.

- Hein ?

- Vous pensez que la cuve sceptique est semblable à un deux de pique.

- Ah. Vous avez vu ça …, dit-elle soudain embêtée.

- Je cherchais ce que vous attendiez de moi et il y a quelques jours, vous espériez que je vous éloigne du réservoir sceptique. Réservoir que vous comparez à un deux de pique.

- Le deux de pique ben .. c'est la carte la plus minable. Ça représente ce qui est merdique.

Jo hésita puis se dit que rendu là, mieux valait jouer carte sur table.

- En fait, si vous voulez tout savoir vous m'avez félicité parce que je ne vous avais rien demandé en échange de la mission mais c'est juste que j'avais pas eu le temps.

- Je sais. Selon votre image, vous hésitiez entre échanger votre assignation contre un nouveau poste ou bien la garder en soupçonnant que cela vous servirait lorsque vous seriez avec moi.

Jo baissa les yeux et aurait sûrement rougit si elle avait été le genre de personne à rougir.

- Dites donc, les fusions mentale ça peut vous mettre dans de beaux draps, réalisa t-elle mal à l'aise.

- Au contraire, vous avez bien joué vos cartes.

- Bah oui mais c'était pas vrai que je voulais rien …, dit-elle embarrassée.

- Malgré tout, c'est grâce à cela que j'ai pu être attiré par vous. J'estime que votre stratégie était excellente puisque c'est probablement ce qui a permit à la mission de réussir.

- Alors j'imagine que maintenant vous n'êtes plus attiré du tout, dit-elle pour le narguer.

- Non mais ça ne change rien. Dans l'ensemble, vous ne m'attirez pas, assura t-il.

Elle grimaça un sourire en se disant qu'il pouvait bien se foutre un deux de pique dans le sous-bassement.

- Alors finalement, reprit-elle pour changer de sujet, ça vous a donné une idée de comment on pourrait terminer tout ça de façon civilisée ?

- Oui. Mais je ne peux pas vous assurer que vous serez satisfaite.

Jo haussa les sourcils.

- Au point où on en est, je vous garanti que je ne serai pas difficile.

- Bien. Dans ce cas, habillez-vous.

- On sors?

Il acquiesça et Jo se dit que sortir de là était une sapré bonne idée. Il lui fallut un peu de temps pour rassembler ses vêtements considérant que tout avaient été lancées un peu partout mais enfin, elle fut prête. Elle tournoya ses cheveux emmêlés dans un chignon tandis que Spock restait assis sur le lit d'un air pensif.

- On va où? demanda t-elle.

- C'est une surprise, dit-il en se levant.

Jo haussa un sourcil. Dans sa bouche, ce mot semblait parfaitement inapproprié et même limite inconvenant.

- Vous allez me faire une surprise?

- Oui. Vous aimez les surprises.

Jo le regardant en esquissant un sourire.

- Alors c'est vrai. Vous allez vraiment vous forcer pour moi?

Il hésita au vu la formulation puis y ayant réfléchi approuva.

- Oui.

- Et ben, c'est pas trop tôt.

Il évita de relever l'ironie et ouvrit la porte puis se poussa pour la laisser passer. Il suivit le long couloir jusque dans l'aile ouest, prit l'ascenseur et déboucha dans la coupole. Il enfila dans un dédale de petit couloir qui les menèrent à ce qui ressemblait à un ensemble infini de mur de panneaux électriques rangés l'un à côté de l'autre comme des bibliothèques.

- On est où, je suis jamais venue ici.

- Normalement, seuls les électriciens viennent ici mais le secteur est accessible aux mécaniciens.

- Bordel, c'est un vrai labyrinthe.

- Vous avez obtenu 14 sur 20 à votre test de reconnaissance spatiale et votre sens de l'orientation est classé B-8/10. Vous reconnaîtrez le chemin si vous cessez de parler et que vous y portez attention.

Jo se le tint pour dit et le suivit en tentant de mémoriser le trajet. Après quelques détours, il la conduit devant une longue échelle de service qu'il grimpa. Ils débarquèrent dans un vaste espace où des îlots de grosses boîtes électriques clignotantes étaient reliées par des passerelles qui passaient au dessus du vide. Elle estima qu'ils devaient se trouver dans ce que les techs appelaient les rotondes, les cœurs électriques du vaisseau. Le lieu était impressionnant mais étrangement sinistre. Bordel, qu'est-ce qu'ils foutaient dans ce trou perdu? Jo se sentit quelque peu inquiète. Si jamais il voulait se débarrasser d'elle, c'était l'endroit idéal. Elle ne voyait pas trop pourquoi il ferait ça mais allez donc savoir ce qui se passait dans la tête d'un vulcain. Peut-être qu'ils se débarrassaient de leurs maîtresses une fois qu'elles avaient servies qu'est-ce qu'elle en savait?

Elle le suivit avec circonspection sur les passerelles de grillages qui traversaient le vide entre les îlots, s'approchant de plus en plus du mur ouest qui se trouvait sûrement être la coque du vaisseau. Finalement, Spock contourna une immense boîte électrique clignotante et au bout de la passerelle Jo eut la surprise de découvrir une grande fenêtre. Elle faisait au moins cinq pied par cinq, un carreau vraiment énorme pour un vaisseau spatial. Spock s'avança vers la vitre, mit les mains derrière son dos et l'observa tandis qu'elle s'approchait impressionnée.

- Pourquoi il y a une fenêtre ici?

- C'est le meilleur endroit pour avoir une vue d'ensemble de l'aile ouest du vaisseau. Si tous les instruments venaient à manquer, quelqu'un peut y être mis en poste en dernier recours. Vingt-quatre fenêtres de ce type sont dispersés sur L'Enterprise. Considérant votre profil social et psychologique, j'ai calculé que cet endroit était susceptible de vous plaire.

Un autre mot qui ne lui allait pas du tout.

- Me plaire?

- C'est ce que vous souhaitez. Que je fasse quelque chose susceptible de vous plaire.

Jo resta silencieuse un moment puis approuva de la tête.

- Pour ça, j'avoue que ça ne fait pas de tors, assura t-elle

Elle se tourna vers la fenêtre et réalisa que c'était la première fois en un an qu'elle voyait autre chose que des murs de polymère sur l'Enterprise. Elle s'approcha et remarqua qu'ils était toujours dans le système solaire. Au loin elle voyait la planète grise autour de laquelle tournaient les astéroïdes investis par les fourmis. Le vaisseau s'était prudemment éloigné pour se mettre en orbite autour d'une des trois lunes qui entouraient la planète, probablement le temps de faire les réparations les plus urgentes. Le petit satellite était d'un turquoise splendide et les deux autres, l'un violet et l'autre vert, tournaient paresseusement au loin, entourées de millions d'étoiles

- C'est pas croyable, putain je rêve, dit-elle enchantée.

- Est-ce que cela vous plaît mademoiselle Kot? s'informa le vulcain incertain de la signification de ces jurons.

Jo le regarda et lui sourit.

- Oui commandant. Ça me plaît vraiment.

Spock hocha la tête, satisfait de sa réaction.

- Et juste pour savoir, vous avez d'autres idées comme ça?

- Oui. J'ai prévu de vous embrasser.

Le romantisme vulcain ... une approche vraiment unique en son genre. Elle haussa un sourcil.

- À la terrienne ou à la vulcaine?

- Terrienne évidemment, dit-il comme si ça allait de soi dans les circonstances.

Bien sûr ce ne serait pas l'embrassade du siècle mais sans blague, un baiser de lui donné volontairement, elle en avait vraiment besoin après cette traversée du désert.

- Puis-je? demanda t-il.

Jo accepta d'un signe de tête. Il s'approcha et posa ses lèvres sur les siennes. Il ferma les yeux et entoura ses épaules en la pressant amoureusement contre lui. Il communia tendrement à sa bouche, lui donnant presque l'impression qu'il était touché par la passion. Puis il mit fin au baiser et la regarda comme s'il l'aimait.

Jo le regarda sans pouvoir y croire. Non mais sans blague, comment est-ce que cette crevette de la pelle pouvait soudain embrasser comme un Dieu ?

- C'est … heu. C'était quoi ce baiser ? demanda t-elle stupéfaite..

- Sherk 23.

- Shrek 23 ? répéta t-elle sans comprendre.

- Oui. Votre baiser favori.

Elle eut l'air parfaitement inintelligent jusqu'à ce qu'elle réalise. Il lui avait donné exactement le même baiser que dans le film. Quand Shrek sous forme humaine embrasse Fiona qui est toute embarrassée d'être coincée en ogresse pour l'occasion. Jo battit des cils. Sans déconner ... Il l'avait vu dans sa tête et le lui avait servi en vrai.

Elle dévisagea le vulcain avec surprise et se mit à rire de bon coeur. Et pourquoi pas? À tout prendre, c'était bien mieux que ce qu'elle avait espéré et en plus c'était tout à fait approprié comme personnages. Un baiser de Shrek …

Il considéra que c'était une réaction positive et s'éclaircit la gorge.

- En dernier lieu, je crois que vous apprécierez un enlacement.

Jo sourit et hocha la tête.

- Bah oui. C'est logique. Faisons tout à l'envers jusqu'au bout.

Spock sembla avoir un doute.

- Est-ce inapproprié?

- Non. C'est juste que pour les humain c'est le contraire. Ça commence par un enlacement et ça fini par une baise. Mais c'est pas grave. J'ai de super facultés d'adaptation, dit-elle à la blague.

Il la regarda incertain.

- Est-ce de l'ironie?

- Non. Au contraire monsieur. J'apprécie vraiment, dit-elle sérieuse.

- Donc, voulez-vous être enlacée?

- Oui. C'est une très bonne idée.

Il s'approcha et mit ses bras autour d'elle puis il l'attira contre lui. Elle entoura sa taille et réalisa aussitôt que c'était ce qui lui avait le plus manqué dans cette mission. Un câlin. Elle se laissa aller contre sa poitrine et ressentit un agréable bien-être. C'était bien de se trouver dans ses bras, contre son grand corps félin et surtout d'avoir l'impression qu'il avait un peu d'affection pour elle.

- Vous voulez bien me serrer contre vous.

Il la serra contre lui.

- Juste pas aussi fort, croassa t-elle.

Il desserra sa prise et Jo ne put s'empêcher de rire contre sa poitrine. Ce vulcain, c'était vraiment un cas mais il fallait avouer qu'il était mignon tout empêtré dans ce geste d'affection qui n'avait rien de familier pour lui. Il appuya sa joue contre ses cheveux comme s'il se montrait tendre à son endroit et elle ferma les yeux. Bien sûr, elle savait qu'il ne faisait que se conformer ce qu'elle souhaitait qu'il fasse mais ça ne faisait rien. C'était quand même magique. Nichée dans ses bras alors que les comètes tournaient en scintillant autour de la planète d'argent, elle éprouva le sentiment du devoir accompli. Elle avait réussi la mission. Il était tiré d'affaire et elle s'en sortait sans dommage. Il avait bien choisi et elle avait drôlement assuré.

Ils restèrent longtemps enlacés dans les étoiles ; aussi longtemps que la jeune femme le désira. Enfin, elle s'éloigna doucement de lui, sincèrement reconnaissante.

- Y a t-il autre chose que je doive faire ? demanda t-il à tout hasard.

Autre chose ? Sûr. Il aurait pu lui dire qu'il avait apprécié ces moments avec elle, qu'elle avait été un super coup ou au à tout le moins qu'elle avait fait un excellent rat de laboratoire et puis il aurait pu lui dire merci pour lui avoir sauvé la vie. Mais bien sûr, il ne fallait pas trop en demander.

- Non commandant, vous avez été très bien.

- Est-ce que ceci vous laisse sur une impression positive mademoiselle Kot ?

Elle hocha la tête.

- Oui commandant. Très positive.

- Bien. Suite à cette intervention, considérez-vous qu'un départ serait inapproprié ?

- Non monsieur.

- Je vais donc m'en aller et cette mission sera officiellement terminée.

- Bien monsieur.

- Souhaitez-vous me suivre afin de retrouver votre chemin?

- Non mais si je ne réapparais pas d'ici demain, ça voudra dire que j'ai eu tors.

Il acquiesça comme quoi il vérifierait qu'elle s'en était sortie.

- Mademoiselle Kot, dit-il en penchant légèrement la tête pour lui adresser un salut respectueux.

- Commandant, fit-elle en lui rendant la politesse.

Il suivit la passerelle, tourna à gauche et s'en alla. Jo écouta le bruit de ses pas jusqu'à ce qu'ils disparaissent. C'était fini et une chose était certaine, elle n'aurait plus jamais l'occasion d'être intime avec lui. Elle ressentit une fugitive pointe de regret. Il était complètement con mais sans blague, ce vulcain était un super coup. Et puis il lui avait offert une fenêtre secrète. Et ça, c'était vraiment génial.

Elle se retourna vers la fenêtre d'aluminium translucide et y posa les mains comme pour toucher à l'immensité de l'espace. Un sourire se dessina sur ses lèvres et ses yeux se mirent à briller.

Une réaction formellement positive.


Pour info, une suite à cette fiction est maintenant en ligne : Kir'kan, classé M
Elle ignore les deux derniers chapitres et commence à partir de celui-ci.