Johann ramena une mèche de cheveux derrière son oreille en regardant son chef. Il était clair qu'avec ce type, les référents habituels foutaient le camp. Elle voulait bien croire qu'il n'étaient peut-être pas qu'un sale pervers mais des fusions mentales … à tout prendre, c'était encore plus délirant.

- Et qu'est-ce que ça fait une fusion mentale ?

- Vous accéderez à ma mémoire et à mon esprit. Il n'y a pas d'autre façon de le décrire.

- Et vous accéderez aux miens? demanda t-elle avec méfiance.

- Oui. Mais il n'est pas pertinent de sonder votre esprit.

- Et bien pour ça, je n'ai aucune garantie. Qu'est-ce que je connais aux vulcains? Vous avez peut-être des intentions louches qu'est ce que j'en sais?

Spock se recula dans son siège en la regardant gravement.

- Mademoiselle Kot, je suis commandant en second et la sécurité de l'équipage relève de mes responsabilités. Le règlement interdit à un commandant de faire quoi que ce soit qui puisse mettre en péril la santé physique ou psychique d'un membre de l'équipage quel qu'il soit.

- Sans vouloir vous contredire monsieur, votre «mission» me semble pleine de périls physiques et psychiques.

- Les missions répondent à des règles différentes.

- Ah! Vous voyez.

- Vous n'avez pas encore accepté cette mission.

Elle le dévisagea longuement puis baissa la tête en tapotant le dossier de la chaise, incertaine quant à savoir s'il vraiment digne de confiance.

- Vous savez sûrement au moins que les vulcains ne mentent pas, reprit-il.

- Bah ouais … c'est ce qu'on dit.

- Et c'est exact. Les vulcains ne mentent pas, dit-il avec sérieux. Ceci étant, je vous donne ma parole 3em classe Kot, que je ne sonderai pas votre esprit.

Les mains croisées devant lui, il la regardait d'un air parfaitement honnête. Jo soutint son regard. Ce type était complètement barge mais il fallait avouer qu'il y avait chez lui une sorte d'intégrité étrange. Il semblait vraiment sûr de lui alors … peut-être qu'au final elle se gourait sur ses intentions? Ça ne coûtait rien d'avoir le fin mot de l'histoire. Et puis aurait-elle jamais encore l'occasion de faire une fusion d'esprit vulcaine ? C'était tout de même classe comme truc.

- Bon … d'accord.

- Je vous demande de me donner votre parole que vous ne parlerez jamais de ce que vous verrez. À personne et surtout pas à moi.

- Mais enfin, ce sont vos souvenirs pas vrai? dit Jo prise au dépourvu.

- Nous n'en parlons jamais. Ce n'est …, il baissa les yeux, mal à l'aise. Me donnez-vous votre parole?

- Bah oui. C'est promis.

Il se leva, contourna le bureau et s'approcha d'elle.

- Je dois poser ma main sur votre visage.

Elle hocha la tête et par réflexe, il leva la main droite. Changeant d'avis, il leva la main gauche pour poser ses doigts sur sa joue la moins sale. Elle eu une pensée fugitive pour la fraîcheur de sa peau puis elle fut happée dans un cauchemar. Elle sentit ses veines bouillir et fut prise de tremblements irrépressibles. Elle entendit l'appel de Vulcain qui tordait ses entrailles tandis qu'un désir incontrôlable anéantissait son esprit. Elle ressentit l'envie de lacérer et de trucider avec une violence inouïe et fut prise d'un appétit de chair si terrible que tout son corps sembla se déchirer en deux.

Puis il y eut Spock devant elle, ses yeux noisette plantée dans les siens.

- Bon sang! C'est dingue! cria t-elle en reculant effrayée. Qu'est-ce que ...

- N'en parlez pas!

Elle recula jusqu'au mur et le dévisagea sous le choc. Elle comprenait maintenant. Que oui! Ça n'avait pas duré plus de trois seconde mais maintenant, elle comprenait parfaitement. Ce truc dément devait être assouvi, il n'y avait pas de discussion possible là-dessus.

- Vous montrer ceci est extrêmement embarrassant. Je préférerais ne pas avoir à recommencer avec une autre.

Spock lui tourna le dos et fit face à son bureau comme pour se donner contenance.

- Surtout que cette autre serait moins qualifiée que vous pour faire face à ... la situation. Il serait donc logique que vous acceptiez.

Tassée contre le mur comme pour se protéger de ce qu'elle venait de voir, Johann ressentit une profonde pitié. Bon sang! C'était parfaitement inhumain ce truc. …Qui serait assez sans cœur pour laisser qui que soit à un pareil tourment?

- Monsieur, dit-elle en tentant de rassembler ses idées. Si jamais je dis oui … Qu'est-ce qui va se passer ?

- Je ne sais pas, dit-il sans se retourner.

- Vous ne savez pas?

- Non.

- Avouez que ce n'est pas rassurant, dit-elle désarçonnée.

Il tourna la tête pour la dévisager.

- Non, en effet. Ça ne l'est pas.

Jo croisa les bras comme pour se protéger de la simple idée de ce qui pourrait se produire.

- Pourrez-vous vous contrôler? C'était tellement ...

- Je ne sais pas.

- Vous pourriez me faire du mal pas vrai?

- Oui. C'est possible même si je n'en ai pas l'intention.

- Mais enfin, c'est dingue! Vous pourriez me violer merde! Vous savez que les humains peuvent être traumatisés à vie quand ils se font agresser ?! dit-elle effarée.

- Certainement. C'est l'essentiel du problème.

Il contourna le bureau pour reprendre place sur son siège et posa ses mains devant lui.

- J'ai étudié la question de façon approfondie et il apparaît que les deux situations peuvent être perçues différemment. Pour une victime, le viol est semblable à se faire traîner dans la boue et les ordures tandis que le … ce que vous avez vu, pourrait ressembler à une tempête violente.

Jo renifla en le regardant gravement puis se rassit devant lui.

- Violente, c'est peu dire.

- Bien sûr, la différence peut être inexistante pour certaines personnes. Mais je crois que vous êtes capable de faire cette différence et sûrement d'en sortir sans dommages. J'ai analysé avec attention les dossiers des cent-douze membres féminins de l'équipage et votre profil psychologique est de loin le plus approprié pour cette mission.

Johann prit une profonde respiration pour s'obliger à revenir à la réalité. C'était du délire. Un vrai délire. Sans compter qu'il lui tapait salement sur les nerfs avec ses analyses.

- Écoutez … moi je voudrais bien vous aider mais vous comprenez que c'est effrayant votre truc.

Il baissa les yeux une seconde, comme pour acquiescer.

- Est-ce que … Est-ce que vous pourriez me tuer?

- Non. Je ne crois pas. Mais je pourrais tuer quelqu'un d'autre. Nous serons isolés pour l'éviter.

Jo le fixa en souriant.

- C'est vraiment charmant.

Spock l'observa avec attention

- Êtes-ce de l'ironie?

- OUI ! lui cria t-elle. Parce que si vous voulez vraiment le savoir, c'est la drague la plus merdique que j'ai jamais vu de ma vie!

Elle soupira en s'enfonçant dans son siège tandis que Spock l'observait.

- Désolé, je suis un peu à cran.

- Cette réaction était prévisible. Je vous aie en partie sélectionnée pour vos aptitudes combatives même si elles peuvent s'avérer déplaisantes.

- Déplaisante? Non mais je rêve. Franchement, j'espère ne pas vous décevoir mais quand on ne me propose pas de me violer, je suis plutôt sociable.

- En effet c'est d'ailleurs ...

- Laissez-moi deviner, coupa t-elle, ça fait partie des raisons qui me rendent si intéressante?

- Oui. J'estime que votre personnalité présente des dispositions agressives et pacifique dans des proportions idéales.

- Un petit coup de fouet par-ci, une petite papouille par là ...

- Je veux dire que votre réaction à l'accouplement sera le plus probablement équilibrée. C'est essentiel dans un contexte où les réactions inappropriées sont à éviter.

- Écoutez, sans vouloir vous offenser, vous êtes franchement crade avec votre «accouplement». Et puis … Et puis je fais quoi moi, si j'ai une «réaction inappropriée» et que vous pétez un câble ?

- Je crois que vous pourrez vous ajuster. Vos capacités d'adaptation sont excellentes.

- Dites donc, vous en savez des choses … Et vous savez aussi en quoi je peux être nulle à chier j'imagine.

- À mon sens, vous n'avez pas de faiblesses innées préoccupantes si c'est ce que vous voulez dire. Par contre au niveau circonstanciel, votre vulgarité m'indispose.

- Ah. Sans blague, dit-elle en croisant les bras . Et ce petit détail ne vous est pas passé par l'esprit lorsque vous avez décidé de vous taper un mécano d'entretien 3em classe ?

- Peu importe votre assignation, vous avez à vous adresser à vos supérieurs hiérarchiques de façon convenable.

- Parce que vous trouvez que votre projet est convenable peut-être? s'insurgea t-elle. Vu la nature de vos projets, ne vous attendez pas à ce que je fasse la cruche qui bave devant son «supérieur hiérarchique» et que je vous donne du «oui mon commandant»!

- Vous serez en mission mademoiselle Kot. Ne l'oubliez pas.

Elle le fixa intensément plusieurs secondes, incapable de répondre tellement tout cela était d'un absolu ridicule puis elle partit d'un grand éclat de rire. C'était parfaitement dément. Ce type était dément, la situation était encore plus démente et cette putain de mission dépassait en démence tout ce qu'on pouvait imaginer.

- C'est une excellente réaction, approuva Spock.

Jo cessa de rire et renifla.

- Ça va, arrêtez de m'analyser tout le temps comme ça, c'est énervant,

- Cette analyse est essentielle pour votre sécurité.

- Mais vous pouvez le faire dans votre tête pas vrai?

Jo soupira et observa pensivement ses mains aux ongle douteux.

- Avec tout le respect que je vous dois, ce que je veux dire monsieur, c'est que dans l'activité dont nous parlons les barrière hiérarchiques ne peuvent pas s'appliquer. Parce que dans le cas contraire vous seriez, Monsieur, un sale con.

Spock l'observa impassible.

- C'est comme le mec qui se tape sa secrétaire, voyez le genre?

- Les relations sexuelles entre les membres d'équipage de niveaux hiérarchiques différents ne sont pas proscrites.

- Il ne s'agit pas de ça. Il s'agit d'un type qui profite de la situation vous comprenez?

- Oui. Mais ce cas de figure ne s'applique pas à la mission.

Jo soupira en levant les yeux au ciel.

- Regardez, c'est très simple. Si je suis forcée de vous appeler commandant pendant que vous frétillez du manche, je vais devenir dingue. Sérieusement, ça ne se fait pas.

Spock leva un sourcil étonné.

- En fait, selon les documents que j'ai consulté, les pratiques sexuelles humaines peuvent impliquer des mises en scène de type hiérarchique.

- J'imagine ça peut arriver mais vous savez quoi? Après ce que j'ai vu dans votre tête, quelque chose me dit que les mises en scène de guignols ne s'appliquent pas à votre foutu mission.

Il hocha imperceptiblement la tête.

- Non. En effet, concéda t-il.

- Et c'est pourquoi, vu la situation particulière, la hiérarchie, à l'intérieur de cette mission précise, ne pourra pas être respectée, dit-elle comme si elle parlait à un enfant particulièrement obtus.

Spock réfléchit un instant comme s'il envisageait toutes les options possibles.

- Oui. C'est logique.

- Et bien il était temps, soupira Johann.

- Votre proposition est acceptée. Si vous participez à cette mission, vous n'aurez pas à respecter la hiérarchie dans le cadre de vos fonctions.

- Mes fonctions oui … C'est très délicat de votre part.

- Mais je crois que le vouvoiement pourra s'appliquer malgré tout, insista t-il.

Elle haussa les épaules, lassée de ses effarouchements hiérarchiques.

- Si vous y tenez.

Spock la regarda un instant sans rien dire puis il joignit les mains devant lui.

- Le capitaine a classé cette mission comme étant de niveau quatre. Ceci dit, je tiens à spécifier que je suis en désaccord. Je crois que cette mission devrait être classée niveau trois.

Considérant que plus le niveau de mission était haut, plus les chances d'avancement étaient bonnes, on pouvait en déduire que ce couillon n'avait aucune notion de galanterie.

- Ah oui? Et dans vos beaux calculs vous avez pris en compte que je pourrais sortir de là avec des dommages psychologiques à vie ?

- La différence entre une mission de niveau trois et une mission de niveau quatre est le risque de mort physique. Vu ce qui s'est passé il y a sept ans, il est compréhensible que le capitaine considère que ce risque est inhérent. Cependant, comme il est extrêmement rare qu'un mâle tue sa partenaire d'accouplement, je ne crois pas que ce danger vous concerne.

La jeune femme fit de grands yeux comme si elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle entendait.

- Ce serait contre-productif, crut-il bon d'expliquer.

Elle croisa les bras en le regardant méchamment.

- En ce qui me «concerne», votre mission implique que je me fasse enfermer à double tour dans un coin du vaisseau et que je me laisse monter comme une génisse par une créature hostile qui pète les plombs en période de rut ! Moi je dis que ça vaut bien un niveau quatre. Vous ne croyez pas?

Il releva la tête comme s'il accusait le coup et la fixa avec une intensité étrange. Le tranchant de ses oreilles verdit légèrement, ce à quoi elle réalisa qu'elle avait peut-être poussé le bouchon un peu loin.

- Désolé, je ne voulais pas … dire ça comme ça, s'excusa t-elle.

Johann frissonna en se rappelant la terrible vision et se cala dans le fond de son siège.

- J'aurais cru qu'un niveau trois vous semblerait préférable à un niveau quatre, dit-il comme si de rien n'était.

Elle hocha la tête pensivement.

- Oui. J'imagine que c'est exactement ce qui aurait dû se passer.

Considérant peut-être que cet illogisme n'avait rien de surprenant chez un humain, il n'en fit pas de cas.

- Je considère que vous avez toutes les informations utiles pour prendre une décision. Je vous laisse trente-cinq heures pour me donner votre réponse.

- Trente-cinq ? C'est un peu court non?

- Dans le cas d'un refus, je devrai assigner une autre fem … une autre personne. Toutes ont le même délai de réponse.

- Et par curiosité, vous en avez combien comme ça dans la file?

- Est-ce que cela vous importe ? demanda t-il en l'observant.

- Bah non … mais c'est juste que je me demande, qu'est-ce qui se passe si elles refusent toutes?

- Je devrai me rendre sur Vulcain pour un temps indéterminé.

Jo sourit aimablement.

- Donc, si je refuse … Vous n'en mourrez pas.

- C'est peu probable. Le prix à payer sera cependant élevé pour l'Enterprise. Et si l'une de vos collègues acceptait, elle le ferait au prix d'un risque plus élevé que celui que vous courrez vous-même. Je crois que ce dernier point mérite de retenir votre attention.

Jo hocha la tête comme pour approuver le raisonnement.

- C'est logique Monsieur. Quand on a un rabais, c'est la moindre des choses que de devoir payer pour tout le monde.

Elle le toisa d'un air effronté tandis qu'il se contentait de la regarder en silence. Un silence qui dura assez longtemps pour qu'elle sente le besoin de se racler la gorge et se réinstaller dans son siège.

- Avez-vous d'autres questions mademoiselle Kot?

Elle hocha la tête en se disant qu'elle en avait bien assez attendu pour la journée.

- Dans ce cas, vous pouvez disposer. Vous êtes relevée de vos fonctions pour trente-cinq heures.

Il se leva comme si de rien n'était et Johann ressentit une formidable impression d'irréalité. À le voir comme ça avec ses cheveux bien placés, tout droit dans son uniforme bleu impeccable, difficile de croire qu'il venait de lui offrir la baise la plus pourrie du siècle.

- Monsieur.

Comme dans un rêve, elle sortit, redescendit à l'étage des techs et s'enferma dans sa cabine. Elle resta debout au milieu de la minuscule cellule en désordre où s'empilaient des vêtements et des outils dans tous les coins et prit un moment pour tenter de se convaincre que tout cela était bien réel.

En levant les yeux, elle aperçut son reflet dans le miroir au dessus du petit évier et sursauta. Elle avait le visage barré d'une grosse tache d'huile brunâtre qui s'étendait du nez à l'oreille. On aurait dit qu'elle avait saisi un étron et se l'était passé sur la figure. Elle battit des paupières comme pour s'assurer qu'elle n'hallucinait pas et toucha le cambouis du bout du doigt. Non, ce n'était pas une hallucination.

Elle avait passé toute l'entrevue avec cette grosse merde en plein sur la tronche …

Elle frotta la saleté entre son pouce et son index d'un air pensif. Il fallait se rendre à l'évidence, la parole du commandant en second ne comptait pas pour des prunes. Quand ce type assurait qu'il n'avait rien à cirer que sa partenaire d'accouplement le branche ou pas, il était foutrement sérieux.

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