Mccoy faisait les cent pas dans l'infirmerie en repassant mentalement tous les arguments qu'il avait préparé et attendait Spock de pied ferme. À son avis cette histoire tenait pratiquement de la démence et si Jim n'avait pas déjà amèrement regretté d'avoir donné son feu vert, il lui aurait passé un sacré savon. Malheureusement cette stupide mission aurait lieu et si une seule chose était sûre, c'est que la partenaire de Spock serait celle qui paierait le gros prix pour cette erreur.

En tant que médecin et psychologue de surcroît, son devoir était maintenant de minimiser les dommages que le vulcain infligerait forcément à sa pauvre partenaire. Il leva la tête en entendant la porte s'ouvrir avec un chuintement.

- Monsieur Spock. Venez, venez. Entrez.

Le vulcain, s'avança quelque peu sur ses garde devant un accueil aussi chaleureux.

- Dois-je comprendre que le capitaine vous a mis au courant de la mission?

Mccoy eut un sourire crispé, ennuyé d'avoir été percé à jour aussi facilement.

- Oui. C'est bien le cas. Je crois que nous devrions avoir une conversation à ce sujet.

Spock haussa un sourcil blasé.

- Est-ce bien nécessaire monsieur Mccoy?

- Oui. Tout à fait nécessaire, dit-il d'un ton tranchant. Asseyez-vous.

Spock prit place sur la chaise mais Mccoy, au lieu de s'asseoir de l'autre côté du bureau, se plaça près de lui en s'appuyant négligemment contre le meuble. Il sourit au vulcain qui le regarda suspicieux.

- Vu la situation, et en tant que médecin, j'aimerais que nous ayons une conversation entre hommes … ou entre mâle si vous préférez.

Il sourit de nouveau en affichant un air entendu auquel le vulcain ne sembla pas très sensible.

- Je crois qu'il pourrait être utile de vous donner quelques conseils. Question de pallier à votre ... manque d'expérience avec les femmes.

- J'ai déjà eu des relations rapprochés avec des humaines. Une terrienne et une sarpeidienne pour être exact.

- Je suis sûr que cela s'est révélé très instructif mais si je me souviens bien, dans ces cas, soit vous étiez drogué, soit vous étiez confronté à un retour de barbarie vulcaine.

Mccoy sourit comme si ça ne valait même pas la peine d'en parler.

- En fait, je me demandais si vous aviez plutôt remarqué que lorsque vous êtes vous-même, il arrive souvent que les femmes soient indisposées, fâchées ou même insultées lorsque vous avez affaire à elles.

Spock haussa un sourcil incrédule.

- Et même que certaines vous évitent de crainte que vous leur disiez des choses désagréables, ajouta t-il.

- Je ne vois pas de quoi vous parlez.

Bones soupira et jugea inutile de tourner d'avantage autour du pot.

- Spock, depuis le temps que nous nous connaissons vous et moi, je vous assure que le fait est là. Vous manquez cruellement de savoir faire avec les femmes.

- Dans ce cas, je ne suis pas sûr que vous soyez la meilleure personne pour y remédier. Vous n'avez pas beaucoup de succès dans ce domaine. Vos relations se sont toutes soldées par des échecs ou des drames. Je pense par exemple à ce vampire de sel qui vous a aisément berné.

Mccoy ravala une réplique bien acerbe sur le jour où il avait perdu son cerveau et se contenta de lui lancer un regard courroucé.

- Contrairement à vous Spock, je me suis marié et croyez-moi c'est plus que suffisant pour pouvoir donner des conseils.

- En fait, vous êtes divorcé.

Spock le regarda l'air de rien et Mccoy qui s'était bien promis de garder son calme quoi qu'il arrive, faillit échouer d'entrée de jeu. Il dû se rappeler que la santé mentale d'une patiente dépendait de cette conversation pour rester en contrôle et n'y parvint que de justesse. Il contourna le bureau et reprit sa place habituelle pour se donner plus d'autorité.

- Vous vous croyez malin peut-être, dit-il en s'asseyant, mais j'étais là Spock. Il y a sept ans, j'étais là et j'ai vu ce qui vous est arrivé. Alors dites moi, qu'est-ce qui va se passer avec cette femme quand vous serez seuls tous les deux ? En avez-vous la moindre idée?

Ce fut au tour de Bones de viser dans le mille et Spock détourna le regard.

- L'intimité avec une femme est une situation complexe que je maîtrise beaucoup mieux que vous. Si vous voulez bien cesser vos insinuations et perdre vos grands airs, vous seriez bien avisé de m'écouter pour une fois. Dans votre propre intérêt et surtout, dans celui de mademoiselle Kot.

Spock releva la tête et le dévisagea.

- Vous voulez parler d'accouplement ?

- Bien sûr. Avez-vous des questions à ce propos? demanda t-il d'un ton professionnel.

- Non.

Mccoy soupira.

- Puisque vous semblez si bien informé, reprit-il, j'imagine que vous brosser le tableau des meilleures façons de s'y prendre avec les femmes vous sera plus utile. De toute façon, dans votre cas, je crois que c'est ce qui serait le plus important.

Spock le dévisagea froidement, attendant la suite. Mccoy joignit les mains devant lui comme s'il se préparait à poser un diagnostic.

-Il y a sept ans sur Vulcain, votre fiancée m'a semblé, comment dire, … plutôt stoïque.

Le second fronça un sourcil.

- Sans aucune émotion, spécifia t-il.

Spock le regarda avec une lueur d'intérêt.

- Mais les femmes sont très différentes sur ce point.

- Bien entendu, dit-il en perdant toute lueur d'intérêt.

- Premièrement, il faut savoir qu'elles sont très émotives et plutôt compliquées … c'est au point où il arrive que même leurs mâles n'y comprennent rien alors imaginez un vulcain. Mais heureusement, avec le temps, on découvre que certaines approches fonctionnent mieux que d'autres.

Spock ne sembla pas des plus impressionné.

- Sauf que bien sûr, le problème c'est qu'on ne peut pas savoir d'avance ce qui fonctionnera ou non.

- Ce conseil n'a aucune utilité, décréta le vulcain.

- Au contraire, un mâle averti en vaut deux monsieur Spock. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut être à l'écoute de ce qui a des répercussions positives et éviter ce qui donne de mauvais résultats.

- Autrement dit, vous me conseillez d'appliquer la méthode d'apprentissage dans son plus simple appareil.

Bones le fixa et fit un immense effort pour rester calme et posé.

- Ça semble simple mais ce ne l'est pas. Surtout que vous n'êtes pas tellement du genre à vous soucier répercussion émotives de vos interventions sur les collègues ; et ce qu'il faut comprendre Spock, c'est que dans un contexte intime avec une femme c'est quelque chose que vous ne pouvez pas vous permettre.

Spock soupira en croisant les bras.

- Dans votre cas, je crois que le plus efficace sera de rester à l'écoute des réactions de votre partenaire, dit Mccoy en ignorant sciemment son ait ennuyé. Certaines attitudes ne trompent pas. Par exemple, si elle sourit ou que ses yeux deviennent brillants, vous êtes sur la bonne voie. Par contre, si elle vous lance des objets à la figure, vous devez changer votre approche rapidement.

- Cela relève d'une logique élémentaire.

- C'est ce qu'il semble mais croyez-moi, vous pourriez être surpris par la difficulté de telles opérations, dit Bones en connaisseur.

Spock le regarda plus ou moins convaincu.

- Mais je crois que le plus important pour vous, ce sera de toujours vous rappeler que vous devez vous efforcer de ne pas conclure une interaction tant que votre partenaire n'a pas eu de réaction positive, dit Léonard qui avait longuement pensé à la meilleure façon de parer au plus pressé.

- Vous voulez parler d'une interaction physique?

- Peu importe le niveau d'interaction. Souvenez-vous que quoi qu'il arrive, il faut éviter de conclure tant qu'une femme ne semble pas positive. Si elle sourit, semble heureuse, vous pouvez y aller. Dans le cas contraire, vous terminez l'interaction à vos risques et périls.

Spock le regarda dubitatif.

- C'est un peu la même procédure qu'avec le transporteur, expliqua Bones. On ne peut pas se téléporter tant qu'on a pas obtenu un test de sécurité probant. Ici, une réaction positive est un test probant. Que ce soit avec les transporteurs ou les femmes, si on ignore ces précautions, on peut le regretter amèrement.

Spock lui accorda enfin un regard intéressé.

- Pour obtenir une réaction positive il y a différentes stratégies, reprit-il. Pour vous je crois que le mieux sera de vous concentrer sur des valeurs sûres. Par exemple, toutes les femmes aiment recevoir de l'attention, des petits cadeaux et aussi des compliments ; surtout, ne jamais se montrer avare de compliments, insista t-il. Elles apprécient qu'on les prennent dans nos bras ou qu'on entoure leur taille, vous voyez, elles aiment se faire caresser doucement et se faire embrasser.

Spock haussa les sourcil avec l'air typique qu'il affichait toujours lorsque les comportements humains lui semblaient aberrants.

- Les humaines embrassent toujours lorsqu'elles veulent initier un rapprochement, fit-il remarquer. Presser son visage contre celui de quelqu'un d'autre me semble une étrange pratique.

- Peu importe vos impressions, les femmes y tiennent beaucoup donc cette étape est incontournable si vous devenez intime avec une terrienne.

Spock regarda ailleurs comme si cela l'ennuyait.

- C'est de cette manière que les humains montrent leur affection vous comprenez ? dit-il avec patience.

- Je n'en vois pas l'utilité.

- C'est parce que vous êtes un animal à sang froid Spock, dit le docteur qui en fait n'avait pas des masses de patience. Vous êtes comme un lézard qui essaie de séduire une souris et ce que j'essaie de vous expliquer, c'est que les souris aiment le fromage et n'ont rien à faire de vos moucherons.

- Nous parlons d'une mission. Ça n'a rien à voir avec votre séduction.

Mccoy se massa le front avec la furieuse envie de laisser ce gobelin découvrir lui-même à quel point il se fourvoyait. Mais bien sûr, en toute bonne conscience, il ne pouvait pas laisser cette pauvre fille aux bons soins de ce glaçon avant d'avoir tout tenté pour lui éviter le pire.

- Pouvez-vous imaginer Spock, dit-il d'un ton faussement calme, pouvez-vous seulement imaginer que pour une femme, ça ne fait aucune différence. Pas la moindre.

- Pourtant la différence est indiscutable.

- Pas pour elle, répéta t-il sèchement.

- La différence n'en est pas moins là.

Mccoy se leva pour faire passer son envie de l'étrangler et se mit à marcher de long en large, cherchant une nouvelle approche.

- Reprenons du début, dit-il bien décidé à lui faire entendre raison. Vous avez vous-même choisi cette partenaire avec soin j'ai cru comprendre.

- En effet.

- Et vous avez choisi mademoiselle Kot parce qu'elle a les meilleures chances de s'en sortir avec le minimum de dommage, c'est bien cela?

- Oui. C'est mon premier critère de choix.

- Et toute cette attention que vous avez mis dans la sélection indique que vous ne voulez pas faire de mal à votre partenaire n'est ce pas?

- Bien sûr que non.

- Et bien croyez-le ou non, et aussi fou que cela puisse vous paraître, si vous ne lui montrez pas d'affection, vous lui en ferez tout de même.

Spock le regarda songeur.

- Pourquoi cela ?

Mccoy compris qu'il était enfin en bonne voie de marquer un point.

- Pour les terriens, l'accouplement et l'affection vont ensemble. C'est inséparable.

- Pour quelles raisons?

- N'essayez pas de comprendre. C'est illogique. Tout ce que vous avez à faire, c'est de vous souvenir de ce que je vous ai dit et de l'appliquer. Je vous ai indiqué les principaux signes d'affection qui vous permettrons d'interagir avec votre partenaire et d'éviter une catastrophe.

Spock leva un sourcil en ayant enfin l'air de le prendre au sérieux.

- Bien. Je m'en souviendrai.

- Vous avez intérêt, dit-il en se rasseyant dans son siège. Maintenant, il reste une situation sur laquelle on doit se pencher parce que votre partenaire finira sûrement par être indisposée par vos façons.

- Ce sont des spéculations gratuites.

- Pas du tout. Imaginons que vous êtes seul avec mademoiselle Kot. Vous venez de dire ou de faire quelque chose de tout à fait logique mais elle se met soudain à pleurer. Qu'en déduisez-vous?

- Qu'elle fait montre d'une émotivité déplacée.

- De votre point de vue, sûrement. Mais il ne s'agit pas de vous, il s'agit d'éviter de faire du mal à votre partenaire. Alors? Pourquoi pleure t-elle?

- Il peut y avoir diverses raisons tout aussi illogiques les unes que les autres.

- Non. C'est tout à fait logique. Elle pleure parce que vous lui avez fait de la peine … ou plus facile à comprendre pour vous, parce que vous lui avez fait du mal.

- Il pourrait y avoir d'autres raisons, assura le vulcain.

- Laissons un dix pourcent de probabilités pour les autres raisons, dans quatre-vingt-dix pourcent des cas vous serez en cause.

- Et d'où sortez-vous ces chiffres docteur ?

- D'une longue observation et je vous assure que selon les données dont je dispose, cette situation est inévitable. Pour la sécurité de votre partenaire, vous devez donc savoir comment réagir en pareil cas.

- Très bien. Je vous écoute, dit Spock hautain.

- C'est une excellente formulation. Souvenez-vous en car lorsqu'elle se calmera, vous devrez l'écouter. Normalement, elle ne se fera pas prier pour vous dire en quoi vous avez torts. Parfois, ça suffit mais si elle reste dans de mauvaises dispositions, peu importe ce qu'elle vous reproche, vous devrez prendre le blâme.

- Je commet rarement des erreurs. Je ne vois pas pourquoi prendre un blâme s'il ne me concerne pas.

- Peu importe puisque le reproche sera illogique et que vous n'y comprendrez rien. Contentez-vous juste de prendre le blâme sans vous poser de question.

Spock soupira puis hocha la tête, ayant hâte d'en finir.

- Ensuite, le plus important, vous vous excusez.

Le vulcain fronça les sourcils, peu enthousiaste.

- C'est malheureusement indispensable, assura Mccoy.

- Bien, dit-il avec déplaisir.

- Parfait! dit-Mccoy content de son élève. Et maintenant, récapitulons. Pouvez-vous me résumer les points importants ?

- Ce ne sera pas nécessaire monsieur Mccoy.

- J'insiste monsieur Spock.

Le vulcain n'avait visiblement aucune envie de s'abaisser à répéter des sornettes pareilles mais Mccoy affichait un air tellement buté qu'il dû s'y résoudre.

- Il faut complimenter, caresser et embrasser les femmes, dit-il comme si ces mots lui brûlaient la bouche. Leur offrir des présents et éviter de conclure une interaction sans avoir obtenu de réaction positive préalable, défila t-il à contre coeur.

- Et quelles sont ces réactions?

Spock prit un air buté et Mccoy lui fit de gros yeux.

- Sourire et des yeux brillants, dit-il de mauvaise grâce.

Le visage de Mccoy s'illumina d'un sourire victorieux.

- Bien. Très bien.

Spock lui lança un regard noir.

- Maintenant, si cette conversation-entre-mâle est terminée, des choses plus importantes requièrent mon attention.

- Je vous en prie, dit Mccoy en désignant la porte.

Spock se leva sans daigner le remercier pour ses précieux conseils.

- Et j'ai bon espoir que vous réussissiez à faire bonne impression pour une fois.

Spock sortit sans demander son reste et Mccoy soupira.

- Mais il serait plus réaliste d'espérer que vous n'en fassiez pas une trop mauvaise, ajouta t-il pour lui-même.