Le premier officier de l'Enterprise était debout dans le noir, près de la porte. Il observait avec attention le petit lit à un mètre devant lui et la jeune femme qui y dormait à poing fermés. Le temps était venu de se rapprocher physiquement de sa partenaire d'accouplement.

Spock telle une ombre qui se serait matérialisée en plein nuit pour guetter les vivants, examinait avec attention la 3em classe Kot qui ronflait en toute quiétude sans se douter qu'elle était l'objet de tant d'attention. En t-shirt rouge et sous-vêtement réglementaires de même couleur, elle avait repoussé ses couvertures et dormait sur le ventre, bras et jambes écartés, dans une posture qui manquait quelque peu de grâce.

Spock n'accordait cependant aucune importance à ce détail. Il ferma les yeux et lentement, il leva les mains devant lui. Il se concentra sur le lien qui l'unissait à la mécano. Après quelques minutes, il entendit que la respiration de Kot s'accélérait et qu'elle se retournait sur le dos. Elle gémit confusément et s'agita si bien qu'il entendit choir ses couvertures par terre. Concentré, il desserra son emprise mentale et la respiration de la jeune femme redevint normale. À tour de rôle, il accrut son emprise et l'adoucit, arrivant à contrôler la respiration de sa femelle puis il reçut un étui à boulons par la tête.

- LUMIÈRE! hurla Kot d'une voix paniquée.

La jeune femme debout sur le lit, avait attrapé une clé à sectionner les câbles et ouvrait des yeux incrédules en le dévisageant d'un air halluciné. Il avait bien sûr calculé qu'une telle situation pouvait se produire mais il avait considéré que les chances étaient minimes. Surtout que parmi les ingénieurs, Kot était renommée pour son sommeil de plomb. C'était donc la moins probable des possibilités qui se révélait la bonne. Une situation regrettable mais plausible se dit-il tout en se concentrant pour faire disparaître la douleur de son front.

- Bon Dieu de merde ! Mais qu'est-ce que vous faites là !? lui cria t-elle.

- Je vous observais.

Elle l'observa à son tour avec un visage convulsé.

- Et vous observiez quoi au juste planté là comme une saleté de pervers?

Son agressivité devait être motivée par sa peur préalable mais la question manquait de pertinence puisqu'il y avait déjà répondu.

- Je vous observait vous.

- Et vous étiez en train de vous branler avec ça! cria t-elle ulcérée. Merde … je vais dégueuler… Vous savez ce que vous êtes? Un putain de CAUCHEMAR !

Selon Mccoy, lorsqu'une femelle lançait des objets dans votre direction, cela indiquait la nécessité de changer de stratégie. Malheureusement, comme c'était ainsi que l'entretient s'était engagé, le concept ne s'appliquait pas. Comme le docteur l'avait souligné, le degré de difficulté de telles opérations pouvait s'avérer surprenant.

À tout le moins, il semblait évident que sa partenaire ressentait le besoin de défendre son territoire. Désamorcer l'instinct territorial semblait donc une manœuvre pertinente.

- Je suis désolé de m'être introduit dans vos quartier sans permission. Je ne voulais pas vous effrayer.

- Ho monsieur est désolé! Il ne voulait pas m'effrayer! Merde! Mon coeur s'est presque arrêté de battre ! Vous avez l'air d'un putain de démon ! dit-elle en le menaçant avec la clé. Vous venez vous branler souvent dans ma chambre pendant que je dors?

Ses références à l'onanisme étant récurrentes, il valait mieux désamorcer cette obsession également.

- Il n'y a aucune connotation directement sexuelle à ma présence si c'est ce qui vous inquiète.

- Vraiment? Alors si vous n'êtes pas là pour vous astiquer commandant, qu'est-ce que vous foutez dans ma chambre à m'observer ? dit-elle en agrandissant les yeux avec une drôle d'expression.

Le ton plus clément et l'usage approprié de son grade, indiquait qu'il avait visé juste.

- Je vous observe car je dois initier un lien, le Koon-ut-so'lik qui est essentiel à la mission que vous avez accepté. La vidéo-surveillance n'est pas suffisante pour y arriver, c'est pourquoi j'ai pensé me rapprocher de vous physiquement. Il m'a semblé plus pertinent de le faire lorsque vous dormez. D'une part parce que vos défense mentale sont minimales et d'autre part, pour ne pas vous perturber.

Kot haussa les sourcils avec une grimace qui dénotait probablement de la surprise ou de l'incrédulité.

- Premièrement, je comprend foutre rien à votre Kon … Konnerie je sais pas quoi. Deuxièmement vous m'espionnez avec vos saleté de caméra ! Troisièmement vous avez le culot de vous pointer quand je dors parce que je ne peux pas me défendre ! Et quatrièmement votre plan, c'est de la merde parce que je suis salement perturbée ! Vous êtes vraiment … le pire des …

Elle le fixa en hochant la tête dans une posture qui laissait entendre qu'elle voulait de le frapper avec la clé puis semblant changer d'avis, elle soupira bruyamment, jeta son arme par terre et se laissa tomber sur le lit en position assise. Elle prit sa tête dans ses mains et se ramassa sur elle-même, ce qui indiquait un besoin de se sentir rassurée.

- Je n'avais pas l'intention de vous perturber.

Elle ne bougea pas, signe qu'elle n'accordait pas à cette affirmation toute l'attention escomptée. Heureusement, elle lui avait aussi présenté une série de points à clarifier.

- La cérémonie de Koon-ut-so'lik peut être décrite comme la forme vulcaine de vos fiançailles. Lorsque de jeunes vulcains sont promis l'un à l'autre, ils accomplissent une fusion mentale un peu comme celle que vous avez expérimenté. Cette fusion crée un lien et c'est ce lien qui, au moment du … au moment dit , poussera le mâle à retrouver sa femelle. Il est donc essentiel qu'il existe entre vous et moi ; mais bien sûr, sans nous fiancer pour autant.

La jeune femme lui jeta un regard. L'approche didactique semblait donner des résultats positifs.

- J'ai d'abord pensé que vous observer grâce au caméras de surveillance serait suffisant pour établir ce lien mais cette stratégie a échouée. Après avoir soupesé toutes les possibilités, l'initier au moment de votre sommeil m'a semblé avoir les meilleures chances de succès. C'est la raison de ma présence et c'est à ce titre que je vous observais.

Elle renifla et s'assit en indien, une posture plus détendue indiquant qu'elle était mieux disposée.

- Bien entendu, comme il ne s'agit pas de vraies fiançailles, ce procédé n'inclut pas de contact physique. Dans le cas contraire, je n'aurais rien entrepris sans votre consentement, ajouta t-il en supposant qu'elle voudrait des éclaircissements sur cet aspect.

Elle leva soudainement la tête et le fixa.

- Attendez un peu … dit-elle en fronçant les sourcils. Ça fait combien de fois que vous venez me mater la nuit ?

- Je suis venu quatre fois.

Elle se mit à compter lentement sur ses doigts en murmurant. Grâce à son ouïe fine, il put saisir quelques mots dont «chez mon ex-belle-mère» et «équipe de klingons». Elle le regarda en plissant les yeux.

- Ça fait quatre nuits de suite que je fais des rêves débiles où vous me baisez. C'est vous qui faites ça?

- C'est vraiment très intéressant, dit-il en l'observant.

- Mais MERDE! Vous allez fermer votre putain de gueule ?! Rien à foutre de vos saletés d'analyses!C'est vous ou pas?

Spock ne s'était jamais fait dire de «fermer sa putain de gueule» et une pointe de colère obscurcit son esprit. Un réflexe bien rodé s'interposa aussitôt. Sans presque y penser, il choisit de ne pas la ressentir et l'émotion disparut avant de faire effet.

- Mademoiselle Kot, je vous demanderais de surveiller votre …

- Excusez-moi commandant. J'avais l'impression que la mission était commencée, dit-elle en le toisant.

Il fronça les sourcils.

- J'assure mes «fonctions» quand vous venez m'implanter vos sales trucs vulcains. Pas vrai ?

Selon les termes de l'entente, il était en effet convenu qu'elle n'avait pas à respecter la hiérarchie. À ce titre, et faute de closes d'exception, les échanges pouvaient malheureusement descendre jusqu'à un niveau civil. Il hocha la tête, approuvant à contre coeur.

- Oui. Il est probable que ce soit moi qui induise ces rêves. Initier le Koon-ut-so'lik lors de votre sommeil a donné des résultats probants.

- Merde … alors c'est ça! C'est ça que je sens tout le temps! Je croyais que j'étais dingue!

- C'est à dire ?

- Je sens comme s'il y avait toujours un sale taré en train de m'espionner ! dit-elle en lui lançant un regard agressif.

Elle le dévisagea longuement puis soupira et se laissa tomber à la renverse sur le matelas. Elle fixa le plafond en pinçant les lèvres.

- Non … c'est pas ça, dit-elle d'un ton moins hostile. C'est comme …. c'est comme s'il y avait quelqu'un avec moi. Quelqu'un qui était tout le temps là. Presque avec moi dans mon corps … Vous voyez ?

- Oui, dit Spock en se retenant de souligner que c'était encore une fois très intéressant.

- Je le ressens, là, maintenant, dit-elle en relevant la tête pour le dévisager.

- Oui. Je le perçois également.

- Donc c'est ça votre truc ? Votre lien.

- C'est exact.

- Et vous comptiez me le dire quand au juste? Avant ou après que je demande un exorcisme ?! dit-elle d'un ton irrité.

- Je ne croyais pas que les humains pouvaient ressentir les effets du Koon-ut-so'lik avec autant d'acuité. Je vous présente mes excuses pour cette erreur.

Elle grogna, sans qu'il puisse déterminer ce que cela signifiait.

- Et vous allez rester combien de temps collé dans ma tête comme ça?

- Le lien disparaîtra une fois la mission terminée.

- J'espère que vous avez bien calculé cette fois parce que si je reste coincé avec votre putain de lien, je jure que je vous élimine pour régler le problème.

- Sans fiançailles, la connexion disparaîtra faute d'être alimentée par un intérêt. J'ai procédé à des essais qui se sont révélés concluants.

- Vous savez quoi? dit-elle avec un large sourire. Je crois que c'est la première bonne nouvelle que vous m'annoncez. Je me demandais si ça arriverait un jour.

Elle reposa la tête sur l'oreiller et soupira en passant vivement ses mains sur son visage comme si elle se débarbouillait.

- Comme votre Kon-machin a fonctionné, on va pouvoir baiser pour votre foutu mission?

- Oui.

Elle garda le silence quelques instants en le regardant fixement puis elle changea d'attitude de façon tout à fait inattendue. Elle souleva ses genoux afin de faire remarquer ses jambes puis se tourna sur le côté pour, estima t-il, mettre sa hanche en valeur.

- Et on pourrait baiser maintenant ?

Techniquement, la réponse était oui mais il n'en voyait pas la nécessité et il se contenta de d'observer son manège qui s'apparentait le plus probablement au rituel de séduction terrien.

- Non mais c'est que ces rêves … c'était vraiment bien alors… on pourrait le faire juste pour voir..., proposa t-elle en le dévisageant d'un air étrange.

Tout en le fixant, elle passa sa main sur son t-shirt en insistant sur sa poitrine.

- Allez quoi …

Il l'observa impassible et elle se mit à rire.

- D'accord, trop humain comme approche. Alors façon vulcain … hum … voyons voir, dit-elle en se grattant le nez. Ah voilà. Je crois qu'il serait avantageux de me faire voir un échantillon de ce qu'impliquera la mission en terme d'accouplement car les humains, très émotifs, répondent mieux aux situations extrêmes si on les y introduit progressivement.

L'argument aurait pu porter s'il avait été moins familier des stratégies terriennes.

- Tentez-vous de me manipuler afin d'obtenir un coït?

Elle le regarda un moment puis eut l'air blasée ou peut-être déçue.

- Vous êtes un champion pour casser l'ambiance commandant.

- Je crois que vous devriez prendre cette mission avec plus de sérieux 3em classe Kot.

Il s'attendait à ce qu'elle fasse preuve d'agressivité, une attitude récurrente lorsqu'il la rappelait à l'ordre, mais il n'en fut rien. Elle se retourna sur le dos et allongée, regarda le plafond sans montrer d'émotion particulière.

- Vous êtes totalement nul avec les femmes, monsieur Spock.

Il jugea inutile de l'informer que c'était également l'opinion du docteur Mccoy. Elle afficha une expression d'ennui puis elle posa son avant bras sur ses yeux comme si elle voulait s'aveugler volontairement. Dans cette étrange posture, elle resta immobile si longtemps qu'il se demanda si elle s'était rendormie.

- Allez-vous en, dit-elle enfin.

Spock se retourna vers la porte sans discuter.

- Et je ne veux plus vous revoir dans ma cabine sans ma permission.

- Non. Ce ne sera pas nécessaire.

Elle ne répondit pas et il sortit d'un pas alerte, très satisfait de leur échange.

Il suivit le couloir désert et ce n'est qu'au moment d'entrer dans l'ascenseur qu'il se rappela les conseils de Mccoy. Il était certain que l'entretient ne s'était pas terminé sur une note formellement positive. Il n'avait pas offert de cadeaux et n'avait fait aucun compliment. Elle n'avait pas vraiment sourit, du moins, pas sans qu'il suspecte une certaine ironie. Il n'avait pas remarqué non plus que ses yeux soient devenus brillants, à l'exception bien sûr des moments où elle criait. Cependant, comme les manifestations de colère indiquaient le plus souvent une émotion négative, il était peu probable que cet aspect doive être considéré.

Il revint sur ses pas jusqu'à la porte de Kot et appuya sur la touche réservée aux visiteurs. Un moment, il crut qu'elle n'ouvrirait pas mais les portes s'écartèrent avec un chuintement.

- Vous savez sonner ? Quelle surprise, dit-elle en croisant les bras sur son sous-vêtement. Qu'est-ce que vous voulez encore?

Il releva la tête et mit les mains derrière son dos.

- Je tiens à vous dire que malgré un langage déplorable, vous avez fait preuve d'un professionnalisme surprenant. Même si vous avez démontré des signes d'insatisfaction, vous n'avez pas menacé d'abandonner vos fonctions. Vous n'avez pas non plus brandi cette menace pour tenter d'obtenir des avantages ; une retenue des plus inattendues. Je vous félicite. Votre intégrité est exemplaire.

Malgré qu'il lui ait adressé des compliments, elle ne sourit pas et ses yeux ne brillèrent pas non plus. Elle le fixa plutôt un air ahuri en battant des cils ce à quoi on pouvait déduire qu'une stratégie plus ciblée serait sans doute pertinente.

- Souhaitez-vous être embrassée ?

- Vous voulez m'embrasser? répéta t-elle en n'y comprenant plus rien.

- Oui. Les terriennes apprécient ce genre d'attention.

Après un moment de stupéfaction, elle le jaugea avec une expression narquoise qui signifiait qu'elle doutait grandement de ses capacités à réussir quoi que ce soit dans ce domaine. II se composa un air digne mais il ne réussi pas à cacher que cette attitude hautaine l'agaçait. Kot s'en rendit compte et lui adressa un sourire caustique.

- Tentez-vous de me manipuler afin d'obtenir un baiser ?

- Non. En aucun cas.

L'expression de malice qui se peignit sur le visage de la jeune femme indiqua que sa réponse avait trahit ce qu'il pensait vraiment de cette embrassade : une déplaisante corvée. Elle sembla s'en réjouir et le fixa d'un air moqueur.

- Très bien monsieur Spock. Je brûle de curiosité. Faites-moi voir de quoi les vulcains sont capable, dit-elle en se payant ouvertement sa tête.

Réalisant à quel point sa partenaire était devenue inamicale, Spock se dit que les conseils de Mccoy se révélaient justes. Mettre fin à une interaction sans avoir au préalable obtenu une réaction positive pouvait être risqué. Il soupira intérieurement et passa la porte tandis qu'elle le regardait avec un air de supériorité tout à fait hors de propos.

- Et comme je me sens généreuse, je suis même disposée à épargner votre orgueil en acceptant un baiser typiquement vulcain*. Votre spécialité sans doute.

Il sembla tout d'abord étonné puis il acquiesça.

- Bien. Si vous voulez.

Tout de même soulagé de ne pas avoir à poser la bouche sur son visage, il s'approcha d'elle jusqu'à ce que l'espace entre eux soit réduit à presque rien. Il la fixa dans les yeux et elle soutint son regard ; le défiant de faire quoi que ce soit qui ait la moindre chance de lui plaire.

Dès qu'il se trouva près d'elle, le lien du Koon-ut-so'lik se fit plus présent et plus fort. Il fut d'abord surpris mais il se rappela que la première fois qu'il avait fait face à T'pring lors de leurs retrouvailles, le même phénomène s'était produit.

Une fraction de seconde, il lui apparut avec clarté que ce fil d'esprit qui l'avait accompagné presque toute sa vie, lui avait terriblement manqué. En tout temps, il avait ressenti la présence de T'pring à l'autre bout de ce ruban d'énergie et la disparition soudaine de leur lien avait créé un vide avec lequel il avait été troublant de composer. D'ailleurs, à ce titre, on pouvait se demander s'il avait été très logique de chercher à intensifier cette expérience en s'introduisant quatre fois de suite dans les quartiers de Kot. Il nia aussitôt la pertinence de cette question et s'intéressa plutôt à la jeune femme devant lui.

- Votre main, dit-il en levant la sienne.

- Voilà qui est original, dit-elle en sous-entendant que c'était mal parti.

Jo leva sa main et l'imita en repliant trois doigts de manière à ne laisser que le majeur et l'index dressés. En la regardant dans les yeux, il posa ses propres doigts à l'endos des siens.

Spock n'avait jamais touché sa fiancée vulcaine aussi, ce qui se produisit le prit totalement par surprise.

L'énergie du Koon-ut-so'lik qui les reliait prit aussitôt de l'expansion, elle s'agrandit autour d'eux et les entoura à la façon d'une bulle qui semblait les isoler du reste du monde.

L'impression était enveloppante et feutrée. Elle décuplait la communication télépathique. Spock perçut que Jo songeait aux cabanes de coussins et de couvertures qu'elle assemblait dans le salon de ses parents lorsqu'elle était enfant. Il se dit que cette comparaison était appropriée. Le Koon-ut-so'lik créait un espace intime et confortable. Un instant, il se demanda s'il devait interrompre le baiser mais ne ressentant aucune peur chez sa partenaire, il jugea approprié de continuer.

Tout en maintenant le contact visuel, il descendit lentement ses doigts le long des siens. La sensation était plus riche et subtile que tout ce qu'il avait pu connaître jusque là. Kot sembla le ressentir également à en juger par l'étrange chair de poule qui souleva le duvet de son avant-bras. Lorsqu'il effleura le dos de sa main, il perçut dans son propre corps le frisson qui la parcourut. Puis il suivit la courbe du poignet jusqu'à la peau délicate sous laquelle battait les veines. Ses recherches sur la sexualité humaine lui ayant appris que l'intérieur du poignet était une zone érogène, il s'arrêta à effleurer la peau fine et soyeuse du bout de ses doigts. Il perçut aussitôt le trouble érotique qui s'empara de sa partenaire et il jugea préférable de rompre le contact. Il éloigna sa main et le dôme d'énergie qui les entourait disparut.

Fascinant.

En quelque secondes, Spock venait d'apprendre beaucoup de choses sur la culture vulcaine. Dès qu'un couple uni par le Koon-ut-so'lik se touchait de cette façon, ils créaient leur propre univers privé. Chaque fois qu'ils unissaient leurs doigts le lien de couple était positivement renforcé. Il avait vu accomplir ce geste des milliers de fois par des centaines de gens et il ne s'était jamais douté de rien. Comme tous ceux qui n'étaient pas mariés, il avait cru que ce geste n'était qu'un toucher anodin, une simple tradition à laquelle se soumettaient tous les couples. Cependant, chez les vulcains les touchers étaient rarement anodins et celui-ci l'était visiblement encore moins que les autres.

Kot le regarda avec étonnement comme pour s'assurer qu'elle n'avait pas rêvé tout ça. Elle semblait également mieux disposée envers lui. À tout le moins, elle n'avait plus du tout l'irritante expression de suffisance qu'elle lui avait servie en acceptant son offre. Évidemment, le baiser vulcain s'était révélé de loin supérieur à ce qu'elle imaginait et ses moqueries apparaissaient infondées. Une petite victoire qui lui fit presque ressentir un élan d'orgueil ; élan qui fut aussitôt maîtrisé et anéanti par son esprit discipliné, ne laissant filtrer qu'un inoffensif contentement.

- Diriez-vous que cette expérience vous laisse sur une impression positive ? demanda t-il en l'observant.

Elle le regarda un long moment avec une expression indéchiffrable puis elle sourit timidement et hocha la tête pour signifier que oui.

Pour la première fois Spock ressentit une certaine attirance envers elle. Probablement en raison du Koon-ut-so'lik. Probablement aussi pour les qualités morales inattendues dont elle avait fait preuve. Cela lui sembla de bonne augure pour la mission et il la regarda un instant en silence.

- Mademoiselle Kot.

Il pencha la tête pour lui adresser un salut puis considérant inutile d'ajouter quoi que ce soit, il se retourna et sortit.

Les conseils du docteur avaient été suivis à la lettre, appliqués conformément à l'usage terrien et les résultats avaient été ceux escomptés. Suite à cette essai, on pouvait avancer qu'il était faux d'affirmer que les femmes étaient «compliquées». Du moins, elles ne l'étaient pas plus que les mâles qui dans l'ensemble se montraient tout aussi illogiques, imprévisibles et inutilement émotifs que les femelles. Un inconvénient récurrent qui venait avec les humains de tous les sexes.

Malgré ces difficultés typiquement terriennes, Kot avait réagit de façon optimale au Koon-ut-so'lik et Spock considéra dès lors que cette étape de la mission était terminée. Satisfait, il entra dans l'ascenseur et tandis qu'il quittait l'étage des tech, il prit soin de dresser une barrière mentale qui l'aveugla sciemment quant à son regret de ne plus pouvoir y revenir.


Note : Il semble y avoir quelques incertitudes canonique au sujet du toucher vulcain ou à tout le moins, je ne suis pas certaine si le fin mot de l'histoire est parfaitement clair pour moi.

D'une part, nous avons le toucher vulcain où les couples mettent en contact leurs index et leur majeur. Comme les parents de Spock dans Journey to Babel. Un toucher accompli en privé ou en public. Dans ce cas il ne s'agit pas d'un baiser à proprement dit. Selon monsieur Nimoy dans sa biographie I am Spock, il s'agit plutôt de l'équivalent terrien de se tenir la main.

Mais d'autre part, il y a le toucher de la main qui comprend une caresse et qui semble réservé à des moments plus intime. Dans The Enterprise incident où Spock et une capitaine romulienne sont présentés en pleine manœuvre de séduction, le toucher vulcain a clairement une dimension érotique. Fait intéressant, Gene Roddenberry avait prévu des baisers entre les deux individus d'espèces cousines mais Nimoy insista pour jouer un équivalent plus représentatif d'une relation extraterrestre. Dans ces circonstances, le toucher vulcain sensuel que l'on connaît est donc la version extraterrestre du baiser humain.

Par conséquent, j'imagine que le plus probable est qu'il existe deux touchers différents. Un tout à fait chaste qui est approprié à l'espace public (simple toucher des doigts) et un autre plus charnel réservé à l'espace intime (caresse de la main). C'est du moins de cette façon que j'ai réglé le dilemme dans le cadre de cette fanfic.

Je souligne également que les fonctions du lien du Koon-ut-so'lik présentés ici ne sont que pure extrapolation de ma part. C'est que je trouve ce lien très intéressant. Relier télépathiquement les couples dans leur enfance me semble une procédure fascinante à imaginer. Et que sait-on en réalité du Koon-ut-so'lik? Fort peu de chose.

À sept ans les enfants font une fusion mentale qui les relient l'un à l'autre. Lorsque l'un des deux entre en pon farr, l'autre le ressens par ce lien et les fiancés se rejoignent. À ma connaissance (qui est loin d'être parfaite) le seul autre élément d'importance à ce sujet est le si beau poème que Spock et T'Pring échangent lorsqu'ils se revoient pour la première fois via l'écran de l'Enterprise.

«Tu fais partie de moi, tout en ne le faisant pas, toi qui m'a toujours touché sans jamais me toucher.» (Parted from me and never parted. Never and always touching.)

De ceci, on peut tirer quelques déductions.

1- Certaines informations peuvent être transmises par ce lien.

2- Ce lien est essentiel lors du pon farr car il attire les conjoints l'un vers l'autre. Il fonctionnerait donc comme une sorte de géolocalisation du partenaire, de là son utilité concrète.

3- Ceux qui sont reliés par lui se «touchent» d'une certaine façon ce qui laisse croire que les partenaires peuvent se «ressentir» l'un l'autre.

Bien sûr ce ne sont que de simples déductions mais il y a de quoi broder pour un auteur motivé ;)