À l'étroit dans son réduit, Jo observait l'arme merdique qu'elle avait réussi à bricoler. Bien sûr, tout ce qu'elle avait c'était une soudeuse. Rien pour découper, pour sectionner, pour tirer. Même pas une pince minable. Il fallait tout arracher à la main, mains qui étaient d'ailleurs devenues bien saignantes au fil de l'exercice. Trois fois par seconde, ses outils lui manquaient terriblement. Juste avec un équipement minimum, elle aurait pu se faire une putain de bombe. Mais bien sûr, ça ne donnait rien de se morfondre vu que ça aurait pu être pire.

Malgré tout, elle avait réussi à trouver un bout de tuyau de polythane et y greffer des circuits électrique en duranium. Ce métal réagissait plutôt mal avec la soudure à induction et on évitait normalement de les combiner mais ici, cette propriété représentait une chance unique. Elle entoura le chalumeau avec les fils métalliques nichés dans le tuyau blanc, connecta la soudeuse au tuyau et se retrouva avec une sorte d'énorme fusil disgracieux et délirant. Elle appuya sur la détente. Une salve d'étincelle verte jaillit violemment du tuyau comme un feu d'artifice et arrosa le revêtement devant elle.

Impressionnant. Plus ou moins inoffensif mais impressionnant. Il restait à prier pour que ces saletés aient peur des phénomènes de cirque.

À part ça, elle avait réussi à trouver un morceau de tuyau en tritanium et avait donc un gourdin primitif qui ferait grande impression sur ces monstres gigantesques armés de mandibules de luxe. Mais pour tout de suite, la meilleure option c'était de rester là, se faire oublier et espérer qu'on la trouve avant qu'elle se transforme en squelette desséché.

Cette éventualité fut aussitôt réduite à néan car l'imposante coque de métal qui la séparait de ces horreurs se volatilisa soudainement devant elle, laissant un grand trou d'un bon mètre de diamètre. Elle hurla en s'extrayant de sa retraite devenu un cul de sac mortel. Paniquée, elle pointa son arme devant elle et comme un clown qui accompagne son entrée en scène d'effets spéciaux, elle envoya une salve de joyeuses étincelles autour d'elle. La lumière verte lui permit de réaliser que des dizaines et des dizaines de ces sales bestiaux s'affairaient autour de la cuve. Plusieurs tournèrent leur tête pâle vers elle en claquant des mandibules.

À la lueur de son pauvre pétard, ces atrocités semblaient avoir la même couleur que les affreuses araignées d'une pâleur maladive qu'on trouvait parfois dans les cabanons sombres ou dans les grottes. Mais à voir comment elles étaient baraquées et la façon dont elles balançaient leurs antennes, c'était des sortes de fourmis. Des fourmis de trois mètres de long avec une sale tête de cauchemar. Un peu la même que celle des larves de fourmilion, la sale bête hypocrite qui se cachait dans le sable et attrapait tout ce qui passait à portée.

Jo avala sa salive en réalisant que son gourdin était maintenant hors d'atteinte et terrifiée, elle menaça les monstres avec son jet d'étoile. Elle ressentit un incroyable soulagement lorsqu'elles reculèrent, semblant craindre le phénomène. Elles restèrent à bonne distance mais l'entourèrent en agitant les antennes et en claquant des mandibules. Des mandibules de très grand luxe. Longues et larges et bardées de pointes acérées sur tout l'intérieur. Elle réalisa soudain qu'elle allait se faire happer et couper en deux par la première de ces saletés qui réussirait à l'attraper et ressenti une profonde terreur.

Elle regarda derrière elle, il y avait tellement de fourmi sur la cuve qu'on ne la voyait même plus. Elles étaient des centaines. Putain de bordel de merde ! Elle ne sortirait pas d'ici vivante, à moins d'un miracle.

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Assis au bout de la table de conférence, Jim regarda Spock qui semblait perdu dans ses pensées. Il ne l'avait jamais vu comme ça. Il ressemblait à un amant éploré qui vient de se faire larguer et se remémore le bon temps qu'il a passé avec sa belle. Sauf que bien sûr, c'était plutôt étrange d'imaginer Spock dans une transe pareille.

- Capitaine? dit brusquement Scotty pour attirer son attention.

Scotty était d'une humeur massacrante. Que quelqu'un ait osé toucher à son vaisseau le rendait furieux mais visiblement, devoir s'occuper d'un problème aussi pourri lui plaisait encore moins.

- Scotty. Où en sont les réparations? demanda Kirk pour le lancer.

- Il n'y a pas de réparation possible capitaine. Il n'y a plus de réservoir, dit-il sèchement.

- Je veux dire le remplacement de la cuve.

- Dans le moment, nous somme aussi incapable de remplacer cette cuve que de remplacer les réacteurs s'ils venaient à disparaître subitement, dit-il furieux.

- Je veux dire, un remplacement temporaire bien sûr, dit Kirk déjà à bout de ce désagréable sujet.

- Personne n'a pensé à prévoir une cuve de rechange au cas où notre réservoir septique se ferait dévaliser capitaine. Il n'y a aucune procédure. Il n'y a même pas de précédents. J'estime qu'il doit s'agir d'une première dans l'histoire de l'ingénierie spatiale, dit-il en ouvrant des yeux tellement grands qu'ils semblèrent globuleux.

- Alors quel est votre plan, demanda Kirk en soupirant.

- Un réservoir septique a de nombreuses fonction. La plus importante est l'extraction de la masse liquide et la réduction de la matière en granulés compacts. En l'absence de ce procédé, nous sommes forcés de gérer directement … la matière première, dit-il en prenant clairement la chose comme une injure personnelle.

- Je vois, dit Jim qui en fait n'avait pas la moindre envie de voir quoi que ce soit. Alors comment allez vous gérer cette … matière première ?

- Vous avez mis le doigts sur le problème capitaine, dit l'ingénieur en le regardant de haut.

Kirk grimaça un sourire en se disant qu'il ne mettrait pas le doigt là dessus pour tout l'or du monde.

- En tant que médecin, je me permet de souligner que cette situation implique des risques sanitaires et surtout bactériologiques, intervint Mccoy. C'est un danger qui doit être pris très au sérieux. Surtout sur un vaisseau.

- Dans ce cas, j'imagine que nous pourrons exceptionnellement vidanger à l'extérieur, supposa Kirk.

- Impossible. Rejeter des déchets biologique, surtout des déchets de cette nature, est un crime grave, dit Scotty.

- Interdiction par le règlement C-1820-E, intervint Spock qui sortit soudainement de sa torpeur. Des peines de prison sont prévues dans le cas de déversement intentionnel.

- Excusez-moi mais je ne vois pas très bien pourquoi ce serait si grave, dit Jim qui commençait à perdre patience. Dans le pire des cas, tout serait désintégré avant de tomber sur le sol.

- C'est ce qu'on croyait jusqu'à l'incident de l'Arcadium, expliqua Spock. Ce règlement fut adopté conséquemment à la destruction de la biodiversité de la planète D-25 quatre ans après le déversement de ….

Il se tut et releva la tête comme s'il écoutait quelque chose.

- Peu importe, reprit Scotty, le fait est que nous sommes forcés de stocker ces déchets «non transformés» sur le vaisseau et que nous n'avons pas de contenants appropriés à une telle matière. Ni assez de contenants inappropriés pour tenir très longtemps, dit-il avec un regard appuyé.

- Vu la situation d'urgence, ne pourrait-on pas sacrifier un réservoir moins important ? suggéra Kirk qui ne voyait plus par quel bout prendre le problème.

- Nous avons le choix entre le réservoir de purification des liquides qui fournit l'eau potable ou le réservoir d'eau potable. J'avoue que j'hésite capitaine, dit Scotty comme s'il le défiait de choisir.

Jim expira bruyamment d'un air embêté. En tant que capitaine, les détails du recyclage n'avaient jamais retenu son attention mais aujourd'hui, il réalisait avec une certaine déception que la dernière des nécessité biologiques était capable de redéfinir vos priorités de façon aussi soudaine que brutale. Il fallait se rendre à l'évidence, ils étaient complètement dépassés par le problème.

- Je pourrais peut-être ajouter un agent constipant aux boissons de l'équipage, improvisa Bones.

Scotty haussa les sourcils et sembla reprendre espoir tandis que Kirk se trémoussait sur sa chaise, peu friand de tels détails.

- Par contre, si on venait à manquer du traitement en question, j'imagine que nous pourrions faire face à une soudaine mise à niveau, songea Bones.

Scotty le regarda comme s'il n'était pas sûr de comprendre.

- Autrement dit, tout ce qu'on aura réussi à éviter ou plus précisément, à retenir sur le long terme ressortirait à très court terme, dit Mccoy l'air embêté. Avec plus de quatre-cent personnes à bord, il pourrait s'agir d'un volume assez considérable et … assez soudain.

Le visage de Scotty se décomposa en imaginant l'atroce tsunami.

- Alors peut-être qu'au fond, il vaut mieux gérer tout ça à mesure, supposa Mccoy.

- Oui, j'imagine que ce sera plus … sécuritaire, dit Kirk troublé.

- Je serais d'accord si une gestion était possible, dit Scotty en les ramenant à la dure réalité. Et sans vouloir en rajouter, dites vous bien que d'ici peu de temps, il sera impossible d'éviter … vous savez ...

Comme s'il n'osait même pas prononcer le mot, Scotty se contenta d'indiquer son nez, siège de l'odorat.

C'était l'information de trop et Kirk se recula dans le fond de son siège. Il se massa le front en se disant qu'à la lumière de ces informations, il devait revoir ses déduction sur les possibles responsables de ce vol. Finalement, il n'était peut-être pas exclu que ce soit les romuliens qui aient fait le coup. La perte de ce réservoir se révélait tellement dramatique qu'une guerre intersidérale ne semblait pas trop cher payé pour réussir à s'en procurer un.

Sans avertir, Spock se leva brusquement en bousculant sa chaise et resta debout en regardant droit devant lui.

- Monsieur Spock ? Quelque chose ne va pas? demanda Mccoy qui avait sursauté.

Il ne répondit pas et resta debout avec un air catastrophé.

- Spock? dit Kirk soudain inquiet.

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Jo faisait des pieds et des mains pour tenir les monstres à distance. Ayant peut-être réalisé que l'étrange créature aux étincelles représentaient un danger, les fourmis firent cercle autour d'elle et se contentèrent de la tenir à l'oeil durant ce qui lui sembla une éternité. Soudain, le cercle s'ouvrit pour laisser place à une fourmi avec des mandibules plus petite et celle-ci se précipita aussitôt sur elle.

Avec un grand cri, Jo lui balança un bon coup de soudeuse pétillante entre les yeux, la sale bête se recula en claquant des mandibules d'une drôle de façon. Plus guère impressionnées par son pétard, les grosse fourmis du cercle se jetèrent alors sur son arme qui lui fut promptement arraché des mains.

Aussitôt, le monstre se précipita sur elle. Elle sentit la kératine dure de ses pattes qui griffait sa combinaison et l'emprisonnait comme dans un étau. L'immonde créature referma ses mandibules autour de sa tête et Jo se crispa en comprenant qu'elle allait se faire écrabouiller le crâne. Un liquide moussu l'étouffa en l'empêchant de respirer et jo comprit qu'elle allait plutôt se faire noyer dans ce poison dégueulasse.

Malgré elle, elle en avala une bonne lampée et tout fut fini.

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- Monsieur Spock? demanda Jim à nouveau.

Debout devant sa chaise, il les regarda gravement.

- La 3em classe Johann Kot est décédée.

Un silence pesant s'abattit autour de la table.

- Comment pouvez-vous en être sûr? demanda Mccoy stupéfait.

- Je le sais, dit Spock qui regardait gravement devant lui.

- Et comment le savez-vous ? insista Kirk.

-Je le … sens, dit-il à contre coeur.

- C'est à dire? demanda Bones.

- Je le SENS! hurla t-il en tapant violemment des poings sur la table.

Le meuble se brisa en deux et ses trois collègues se levèrent pour éviter la table qui s'effondrait par terre. Jim et Bones eurent la même réaction. Ils ouvrirent de grands yeux et se regardèrent catastrophés.

- Bien sûr, il fallait que ça arrive aujourd'hui, dit Mccoy fataliste.

Jim baissa la tête comme s'il se demandait ce qu'il avait fait pour mériter que Spock saute les plombs en plus de tout ça tandis que Scotty les regardait alternativement tous les trois en essayant de comprendre quelque chose à ce délire.

-Monsieur Spock ! dit Jim avec autorité.

Le vulcain ne bougea pas un cil. Il demeura dans une immobilité parfaite et fixa la table comme si ses amis n'existaient pas.

- Bien, dit Kirk en reprenant la situation en main. Considérant ce nouvel élément je crois que le mieux est de nous rendre sur Vulcain immédiatement. Il regarda Scotty avec un drôle d'air. Pour pouvoir nous procurer un nouveau réservoir, ajouta t-il comme si cela expliquait tout.

Kirk regarda son second.

- Monsieur Spock?

Il fixait toujours le meuble démoli.

- Spock !? Combien de temps pour s'y rendre ? dit-il en tentant de le secouer.

Soudain, le vulcain empoigna sa chaise et avec un grand cri de rage, la lança contre le mur. Elle enfonça le revêtement avant de s'écraser sur la table détruite avec un bruit infernal. Kirk, Bones et Scott se reculèrent prudemment contre le mur tandis que Spock regardait fixement le renfoncement dans le revêtement de polymère puis sans leur accorder un regard, il se précipita vers la porte et sortit.

Sous le choc, ils restèrent tous immobile un instant.

- Ne vous en faites pas Scotty, dit Mccoy d'un ait plus ou moins naturel. C'est cette histoire de matière première. Les vulcains ne peuvent pas supporter … hum... ce genre de chose.

Scotty ouvrit de grands yeux et acquiesça, prêt à croire n'importe quoi qui puisse donner un peu de sens à ce délire.

- Je vais … je vais donc tenter de faire au mieux pour éviter d'empirer les choses. Dans la mesure de l'impossible.

- Oui merci Scotty, dit Kirk faussement détendu.

Dès que l'ingénieur fut sorti, il se tourna désemparé vers son compagnon.

- Bones, qu'est-ce qui vient de se passer?

- C'est son …, vous savez.

- Oui. Je sais. Mais il était vraiment …

Léonard, tout aussi désemparé hocha la tête

- La dernière fois, il a fallu plusieurs jours avant qu'il se mette à casser le matériel, dit Jim. Vous croyez qu'il est dans cet état depuis longtemps ?

- Non. Il n'aurait jamais attendu que ça empire. Il était très soucieux de la sécurité de mademoiselle Kot.

- Alors qu'est-ce qui se passe ?

Léonard haussa les épaules impuissants à expliquer quoi que ce soit.

- Si vous voulez mon avis, dit-il, même les vulcains ne savent pas trop à quoi s'en tenir alors imaginez un pauvre terrien...

Jim le regarda d'un air de confidence.

- C'est peut être …

Bones le dévisagea.

- Il l'aimait vous croyez?

Léonard eut un mouvement de recul puis il hocha la tête avec conviction.

- Non, assura t-il comme s'il ne miserait même pas un vieux franc là dessus. C'est autre chose.

- Oui, vous avez sûrement raison. De toute façon allons-y avant qu'il assomme quelqu'un.

Ils se précipitèrent à l'étage. Les mines interloquées des gens sur leur passage indiquèrent assez clairement que l'état de Spock avait déjà attiré l'attention. En arrivant ils entendirent des éclats de voix et pressèrent le pas. Devant la porte du second, un ingénieur était affalé par terre et se frottait la tête.

- Le commandant a poussé Erik sans aucune raison! assura un l'ingénieur accroupi près de son ami. Il ne faisait que passer.

Mccoy s'agenouilla pour examiner le pauvre homme tandis que Kirk stupéfait par la violence du vulcain, s'approchait de la porte.

- Spock! Ouvrez.

Ne recevant aucune réponse, il pressa une touche et la porte s'ouvrit.

- C'est moi, dit-il en s'avançant prudemment.

Il l'aperçu assis sur son lit, l'air pensif.

- Spock? Ça va?

Ce dernier resta immobile, les yeux dans le vide comme s'il ne l'entendait pas.

- Écoutez, je suis vraiment désolé pour votre partenaire. Je comprend que …

- Non. Vous ne comprenez pas, dit-il d'une voix éteinte

Jim hocha la tête et garda le silence un instant.

- Je peux?

Ne recevant pas de réponse, il s'avança dans sa chambre et après quelques secondes d'hésitation s'assit près de lui.

- Écoutez, je ne veux pas vous embêter avec ça mais… Cette fille … est-ce que vous aviez de l'affection pour elle ? demanda t-il en tenant encore à son idée.

Spock le regarda avec un tel mépris qu'il eut l'impression que c'était la chose la plus stupide que le vulcain ait jamais entendu de sa vie.

- Non. Bien sûr que non, en conclu Jim. C'est juste que je me demandais …

Il s'éclaircit la gorge et se replaça sur le bord du lit.

- Parce que la dernière fois, il a fallu plus de temps avant que vous vous mettiez dans cet … état.

Spock garda le silence et spontanément, Jim leva la main pour la poser sur l'épaule du vulcain puis il se dit que si ce genre d'attention n'était pas trop bienvenue lorsqu'il était dans son état normal, il allait encore moins apprécier aujourd'hui.

- Écoutez Spock, je veux que vous sachiez que je suis là, dit-il en baissant son bras inutile. Nous feront ce qu'il faut faire, quoi que ce soit. … Enfin, bien sûr, si cette fois nous pouvions éviter les combats à mort ce serait quand même une bonne chose.

- Spock? dit Mccoy en jetant un coup d'oeil prudent dans la pièce.

Ce dernier leva la tête vers lui.

- Monsieur William est-il blessé? demanda Spock.

- Il s'en remettra, assura le docteur.

- Je représente un danger pour l'équipage. Je demande à être isolé dans mes quartiers.

- Oui, bien sûr, dit Jim.

- Et qu'est-ce qu'on fait maintenant? demanda Bones.

- Quatre-vingt-douze heures, dit Spock en regardant fixement devant lui.

Mccoy le regarda sans comprendre mais Jim approuva et se leva aussitôt.

- Merci monsieur Spock, dit-il soulagé d'avoir enfin quelque chose d'intelligent à faire. Nous mettons le cap sur Vulcain.

Kirk sortit donner les ordres tandis que Léonard s'attardait un instant dans l'embrasure de la porte.

- J'ai dit que c'était hum … la disparition de la cuve qui vous mettait dans cet état. Officiellement, vous ne pouvez pas supporter les relents d'égout.

Spock n'eut aucune réaction.

- Avez-vous besoin de quelque chose ? De quoi que ce soit?

Spock ne répondit pas et joignit ses mains pour les empêcher de trembler.

- Je pourrais peut-être demander au docteur Chapel de refaire cette fameuse soupe. Celle que vous aimiez.

Spock se leva comme un ressort et Léonard surpris se dit que ce bouillon lui faisait vraiment un sacré effet.

- Kot est vivante, dit-il en regardant dans le vide comme s'il écoutait quelque chose.

- Quoi? Vous en êtes sûr?

- Oui. Nous n'allons plus sur Vulcain.

- Tout à l'heure vous étiez tout aussi sûr qu'elle était morte, lui rappela brusquement Mccoy. Vous en avez cassé la table en deux.

- Un phénomène d'origine inconnu m'a induit en erreur. Elle est vivante. C'est une certitude, dit-il en le dévisageant avec le plus grand sérieux.

- Vous êtes vraiment certain cette fois?

Il lui lança un regard noir tout à fait effrayant et Bones battit en retraite. Il ouvrit la porte et se précipita à la poursuite de Jim.

Lentement, Spock se rassit sur le lit, ressentant faiblement mais avec clarté, le fil d'énergie qui le reliait à son salut.

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Jo ouvrit les yeux et eut tout d'abord l'impression qu'elle venait de se réveiller dans sa cabine. Mais elle était si calme …. bon sang. Drôle de sensation. Puis tout lui revint en mémoire, le réservoir, les monstres et tout le reste. L'adrénaline couru de peine et de misère dans ses veines droguées et elle tenta de se relever. Tout était si lent … Elle ne réussi qu'à se mettre à genoux et écarquilla les yeux lorsqu'elle vit la bande d'enfants.

Une vingtaine de mômes à poil l'entouraient en l'observant fascinés. Ils avaient des traits humains. Pas de doute là dessus. Sauf que leur nez était minuscule et leurs yeux immenses gris et pâle, étaient presque blancs. On aurait dit une nouvelle sorte d'humain qui avait évolué à part sur un continent perdu. Ils étaient tout pâles, d'un blanc rosé bizarre et surtout, ils n'avaient pas un cheveu sur la tête. Ils la regardaient avec l'air curieux qu'ont tous les enfants.

Ces gamins étaient clairement inoffensifs mais où étaient leurs parents?

Elle fit un nouvel effort et réussi à se relever en titubant. Elle regarda autour d'elle. Elle était dans une grotte. Un vaste espace d'une trentaine de mètre de haut et si large, qu'elle ne pouvait pas en voir la fin. Une immense cavité remplie de rochers qui faisaient ici et là de grosses et de petites collines. Plus étonnant, l'environnement semblait lumineux et luxuriant. Une mousse qui diffusait une douce lueur orangée poussait un peu partout. De gros champignons ici et là illuminait comme des néons bleus à côté de d'arbrisseaux aux feuilles roses et épaisses desquelles émanait de brefs rayons lumineux à intervalle régulier. Il y avait tellement de plantes lumineuses un peu partout qu'on se serait cru dans une véritable foire.

C'est alors qu'elle les vit. Dispersés ici et là dans ce boisé étonnant, une centaine d'humanoïdes l'observait avec curiosité. Ils étaient semblables aux enfants. D'une pâleur maladive, nez minuscules, immenses yeux gris-blancs et à poil. Enfin, façon de parler puisqu'ils n'en avait pas un seul. Ni cheveux, ni sourcils ni rien. Même pas de pilosité aux endroits stratégiques. Il y en avait partout, juché sur les rochers, les champignons, rassemblé sur la mousse orange et ils l'observait calmement.

Alors c'était eux les salopards qui avaient fait le coup. Ils ne semblaient pas agressifs mais allez donc savoir avec des créatures pareilles.

C'est alors qu'elle entendit un claquement derrière elle. Elle se retourna et se retrouva face à une sale bestiole aux mandibules. Son coeur manqua un battement, elle cria et tenta de s'enfuir. Malheureusement, la drogue faisait encore effet et elle chut misérablement sur son postérieur. La fourmi se jeta sur elle en agitant les antennes et Jo lui balança des coups de pieds en évitant ses terrifiantes mâchoires.

C'est alors qu'elle entendit un immense éclat de rire. Tout en faisant de son mieux pour tenir la créature à distance, elle ne put manquer les enfants qui riaient de toutes leur dents en la pointant du doigt. Un peu partout, les adultes se marraient également et certains trouvaient la scène tellement désopilante qu'ils se roulaient même par terre en se foutant de sa gueule.

Pas besoin d'être un génie pour capter le message. Elle cessa de se défendre et aussitôt, la bestiole saisit habilement son bras avec ses pattes de devant. Elle le souleva à la hauteur de ses maxilles buccales et entreprit de nettoyer sa main blessée.