Il y avait maintenant trois jours que la fosse septique s'était volatilisée et l'Enterprise était au bord de l'implosion.

Tout d'abord, les ingénieurs devenaient fous. On l'aurait été à moins. L'humeur plus que massacrante de Scotty était à elle seule une source infinie de craintes. En apprenant qu'il n'était plus question de se rendre sur Vulcain pour quérir un nouveau réservoir, il avait affiché une tête d'enterrement mais trois jours plus tard, il en était presque à la crise d'apoplexie. À la moindre contrariété, des explosions de rage digne de l'ancienne Écosse frappaient au hasard d'innocentes victimes et ses hurlements s'entendaient d'un bout à l'autre du vaisseau.

Un entrepôt était maintenant rempli de déjections rangées dans tout ce qui pouvait servir de contenant. On en était à remplir les derniers caissons de transport qui étaient assez peu étanches et tout le monde pataugeait dans la mélasse. Personne n'avait jamais vu une gestion excrémentielle aussi atroce et Scotty jurait à qui voulait bien l'entendre, que si quelqu'un osait sortir un nouvel étron il le lui ferait avaler.

Bien entendu, chacun, chacune éprouvait une sourde angoisse assortie de culpabilité lorsque l'appel de la nature se faisait sentir. Malheureusement la nature ne souffrait aucune négociation à ce niveau et le tuyau septique glougloutait aussi industrieusement que d'habitude au grand dam de tous. En désespoir de cause, on avait drastiquement réduit les portions et l'équipage ne goûtait pas du tout ces privations soudaines. Affamé et de mauvais poil, tout le monde était à cran.

De son côté, Mccoy avait huit patients atteints de fièvre à force de faire joujou dans les coliformes. Il donnait le meilleur de lui-même, se baladant avec des capsules de désinfectant plein les poches et soupçonnait sans cesse qu'on ne prenait pas ses mises en garde au sérieux. Malgré tous ses efforts, les membres de l'équipe dévolue à la gestion de cette crise tombaient comme des mouches. Il n'arrivait pas à trouver la cause de cette épidémie et en devenait à moitié fou. Bien sûr il soupçonnait un virus ou une bactérie indétectable mais il commençait aussi à soupçonner qu'il y avait anguille sous roche.

Et en effet, il y avait anguille sous roche. Parce que, et oui, comme d'habitude, les membres de l'équipe de sécurité étaient ceux qui morflaient le plus. Pourquoi envoyer des ingénieurs barboter dans la bouse quand on avait tout plein de gars qui ne servaient qu'en cas d'urgence? Et en frais d'urgence on était servi. Le vaisseau était attaqué par une marée d'étrons qui faisait grandement regretter une infestation aux tribbles.

C'est pourquoi dans les bas fond de l'Enterprise, se faisait un commerce des plus lucratif : des pastilles de gerbe ferengi qui occasionnaient une colique inexplicable pour des raisons indétectables. La grande classe. Bien que ruinés, les huit chanceux qui avaient réussi à s'en procurer à gros prix étaient pour un temps bien à l'abri à l'infirmerie tandis que les autres jonglaient comme de pauvres tâcherons avec les immondes contenants qui fuitaient de partout. La colère grondait dans les coins et la frustration de l'équipe de sécurité était palpable.

Et sans contredit, il y avait de quoi. Être un membre d'équipage sacrifiable sur un vaisseau interstellaire c'était classe. Se faire tirer dessus en protégeant les collègues, c'était classe. Se faire arracher un bras par une créature sur une planète inconnue, c'était classe. Mais vomir son demi-déjeuner par terre à force de transporter de la chiasse ça non. C'était totalement merdique.

Et malgré que tous sachent fort bien que les gilet rouges avaient tendance à ne pas toujours revenir des expéditions, chacun insistait pour être de sortie de crainte de se faire coller à la corvée septique. D'ailleurs, tous ceux qui étaient descendu sur C-430 étaient revenu en un seul morceau. Cinq missions de reconnaissance et même pas un seul blessé. À part quelques insectes, il n'y avait rien sur cette planète. Ceci étant, c'était quasi la bagarre pour en être.

Et puis sortir du vaisseau c'était presque un privilège. Personne n'osait en parler mais ça commençait à drôlement puer là dessus ...

Kirk bien sûr se prenait de plein fouet cette tornade de frustrations fécales. Déjà que lui-même était plutôt sensible aux relents d'égouts, se coltiner tous ces braillards en plus de l'arôme allait bientôt lui faire exploser un fusible.

Sa belle humeur était lourdement entachée par tous ces drames biologiques incontrôlable. Pire que tout, rester là à remplir le vaisseau de «numéro deux» tandis qu'ils patrouillaient une planète déserte en pure perte commençait à devenir suicidaire. Bien entendu, ils auraient dû se rendre sur Vulcain. C'était la plus évidente des logiques. Sauf que comme d'habitude, il s'était fié à Spock. On pouvait toujours se fier à Spock. Mais en fait non. Maintenant il comprenait qu'il avait le meilleur second de Starfleet EXCEPTÉ une fois tous les sept ans. À ce moment là, il devenait complètement cinglé et ne valait pas un clou.

Kirk se retourna vers son second et lui lança un regard de reproche qui atteint son postérieur de plein fouet. Penché sur le scope, il observait la planète sans relâche depuis trois jours sans prendre une seconde de pause, aucune nourriture et aucun sommeil. Au début Jim avait hésité à le laisser sortir de crainte qu'il lui moleste son personnel de bord mais il s'était absorbé dans sa tâche et ne s'occupait de personne. C'était d'ailleurs le seul point positif de toute cette affaire. Spock était parfaitement calme. Malheureusement, de nouveaux enragés tout aussi agressifs faisaient le relais.

Il entendit l'ascenseur s'ouvrit avec un chuintement parce que bien sûr, quand on pensait au loup …

Le canidé rouge s'avança près de son siège et l'observa avec des yeux réduits à deux méchantes petites fente.

- Capitaine, dit Scotty avec un sourire tellement faux qu'il faisait peur.

Kirk le regarda en attendant ses nouvelles doléances.

- Je suis venu pour prendre conseil, dit-il faussement aimable.

- Oui monsieur Scott, dit Jim décidé à ne pas se laisser intimider.

- Nous avons presque utilisé tous les contenants disponibles. Je voulais savoir si nous avons votre feu vert pour remplir les combinaisons astronautiques.

Imaginer une combinaison spatiale remplie d'une telle matière avait quelque chose de profondément choquant et Kirk battit des paupières devant la possibilité de commettre un pareil outrage.

- J'ai de la difficulté à croire que nous en sommes là Scotty.

- Nous n'en somme pas loin capitaine, répondit l'ingénieur en se retenant de le lui crier par la tête.

Scotty se leva sur la pointe des pieds et retomba sur ses talons d'un air scandalisé tandis que Kirk se massait le front ne sachant plus que faire. En partant tout de suite, ils auraient à peine le temps de se rendre au port le plus proche avant d'être asphyxiés … mais ce faisant, il signait l'arrêt de mort de son meilleur ami en le sacrifiant à un tas de déjections. Autrement, il fallait vidanger dehors au risque de détruire la planète et bien sûr, se faire enfermer en prison pour des années

Jim fut prit d'un haut le coeur qui devait autant au parfum ambiant qu'à la situation désespérée.

- Il reste une dernière alternative, dit l'ingénieur à contre coeur. Arracher comme des barbares le revêtement du vaisseau et souder ces pauvres panneaux pour en faire des récipients inappropriés, dit Scotty qui visiblement, préférait se faire couper une jambe que d'en arriver là.

- Oui. Bonne idée. Faites donc, dit Kirk qui n'en pouvait plus

L'ingénieur le fusilla du regard.

- Par où souhaitez-vous que nous commencions capitaine?

Kirk soupira, lassé par les sensibleries de son foutu dingo d'ingénieur en chef.

- Je vous laisse le bon soin d'en décider Scotty.

- Merci capitaine. Que diriez vous que nous commencions par le revêtement de la passerelle?

Kirk le toisa avec l'envie de l'envoyer bouler dans l'ascenseur tandis que Scotty caressait pour sa part l'idée de le lancer tête première dans l'écran de surveillance.

- Capitaine! dit Spock. J'ai quelque chose!

000

Couchée sur la mousse confortable qui diffusait une apaisante lueur orangé, Jo ouvrit les yeux. Ça faisait deux fois qu'elle dormait d'un sommeil profond, ça devait donc faire environ trois jours qu'elle était là.

Elle sentit son pied s'agiter tout seul. Une fourmi faisait le grand nettoyage de sa botte de sécurité. C'était toujours la même fourmi qui s'occupait d'elle et elle l'avait surnommé Pouf. Ici, tout le monde avait une fourmi attitrée. D'ailleurs elles avaient des points en commun Pouf et elle. Tout comme elle-même sur l'Enterprise, la pauvre fourmi s'était ramassé le boulot le plus merdique du coin : elle.

De ce qu'elle en comprenait, les fourmis comme Pouf étaient des ouvrières qui avaient pour tâche de s'occuper des maîtres. La preuve, c'est qu'elles étaient jolies. Elles avaient un gabarit plus arrondi assez mignon et surtout de grands yeux noirs adorables qui semblaient vous regarder d'un air innocent. Une fois qu'on y était habitué, ces bestioles avaient vraiment des têtes sympathiques.

L'intérieur de leur mandibules était doux, velouté et étrangement pelucheux au centre. Fait pour caresser plutôt que pour mordre. Cette configuration permettait de masser, soigner et nettoyer leurs maîtres avec une incroyable efficacité. Surtout qu'ils étaient tous nus et sans le moindre poil.

De là toute la misère de cette pauvre Pouf qui pour l'instant ramait grave avec la fermeture métallique de ses bottes. Elle l'avait si bien nettoyé que la bottine noire brillait comme si elle avait été cirée. Sauf que Pouf n'avait jamais imaginé quoi que ce soit qui puisse ressembler à une fermeture métallique et elle mâchonnait tendrement la froide irrégularité d'un air dubitatif, du moins ses antennes qui tapotait nerveusement ses bottines le laissait croire.

Et ça ce n'était que la botte. Il fallait la voir mâchouiller sa combinaison sans rien y comprendre ou pire que tout, ses cheveux. Là, une mèche coincée entre les maxilles, elle tapotait des antennes comme une cinglée. Qu'est-ce que c'était que truc poilu dont des filaments vous restait coincés dans la bouche? Allez comprendre. Malgré toutes ces difficultés, Pouf n'abandonnait pas. Idéaliste, elle semblait considérer que tant que sa maîtresse n'aurait pas une peau parfaite d'un bout à l'autre, son devoir ne serait pas accompli.

Sauf que ce dévouement devenait vite casse-pied et Jo leva la main comme si elle voulait poser une question. Pouf avança sa tête à la manière d'un chien venant chercher une caresse et Jo fit une sorte de code morse sur sa tête. Tap/ tap-tap. Traduction : dégage. Pouf la caressa gentiment avec ses antennes puis lui tourna le dos et s'éloigna de quelques mètres socialiser avec une copine.

Jo bailla et s'étira de tout son long dans la mousse moelleuse. Après trois jours, elle avait une assez bonne idée de la situation. Ces humanoïdes vivaient dans des grottes et avaient été assez malins pour domestiquer des fourmis géantes. Les fourmis comme Pouf s'occupaient d'eux en les toilettant, en les soignant et plus surprenant, en sécrétant une sorte de drogue relaxante. La même qui l'avait envoyé dans les vapes. Tout le monde ici s'en envoyait des masses dès le berceau. D'ailleurs Pouf semblait déplorer sa sobriété car elle lui bavait des litres de came en agitant les mandibules d'un air tentateur. Sans succès car pour l'instant ce qu'elle voulait ce n'était pas se rouler en rigolant dans la mousse mais arriver à se sortir de là.

Il y avait aussi des fourmis ouvrières, les mêmes qui s'étaient occupé de vider la cuve septique. Elles nettoyaient tout, ramassant précieusement jusqu'au moindre bout de déjection de nourrisson et emportait tout ça quelque part. Des servantes cinq étoiles parce que tout était impec sans que personne ne fasse jamais rien.

Et enfin il y avait des fourmi guerrières avec les mandibules de luxe. Tant qu'à dresser de bestioles, il fallait avouer que ça faisait un sacré comité d'accueil. Pour l'impression générale, ça en était au point où les meutes de chiens enragés pouvaient aller se rhabiller.

Bref, cette bande de voleur était drôlement bien organisés et sortir de là ne serait pas une sinécure.

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Sur la planète désertique, cinq formes humaines masquées se matérialisèrent soudainement dans la poussière grise. L'équipe fut aussitôt bousculée par les rafales de vent violents qui les poussèrent de côté. Rob, l'un des deux hommes vêtu de rouge tomba par terre et Will, son compagnon écarlate, s'empressa de l'aider à se relever.

Aveuglé par la poussière légère qui tournoyait autour d'eux, Kirk réussi de justesse à rester debout en se retenant au bras de Mccoy. Spock avait vu quelque chose dans le coin mais à vrai dire, lui-même ne voyait absolument rien. De toute façon, il n'y avait rien sur cette terre froide, aussi morte que déprimante. Il y avait juste assez d'oxygène pour en faire une planète de classe M mais la poussière rendait toute respiration impossible. Seuls de minuscules scarabées enfouis dans la poudre du sol, semblaient se complaire dans cet environnement sinistre.

Jim replaça son masque pour tenter de voir quelque chose dans l'épais nuage gris-brun. Devant eux il distingua enfin une immense structure dont on devinait les formes fantomatiques au travers les nuages de poussière. On aurait dit une tour fait de poutres un peu comme l'ancienne tour Eiffel qui avait longtemps été un symbole de la France. Spock se précipita et les autres suivirent ses traces de peine et de misère dans la poussière volatile qui recouvrait le sol et qui atteignait presque un mètre par endroit.

Ils arrivèrent enfin aux pieds de l'étrange structure. Six immenses pieds de ce qui semblait être de la pierre, s'enfonçaient dans le sol et s'élevaient lourdement vers le ciel. La poussière empêchait de voir où les pattes se rejoignaient et encore moins de mesurer la hauteur de la tour mais considérant que la base faisait une centaine de mètres de circonférence, ce truc était gigantesque. Sans perdre une seconde, Spock s'empressa de lancer le tricordeur pour analyser sa composition.

- Alliage de carbone, cristaux et matériaux inconnus, annonça t-il impatiemment dans le moniteur.

Cette tour avait été construite par une civilisation avancée et tout le monde reprit espoir. Spock de retrouver sa femelle et les autres d'arriver à mettre la main sur le foutu réservoir septique. Tout le monde sortit les phaseurs, craignant l'attaque probable de créatures inconnues. Levant le moniteur devant lui, le vulcain se mit à marcher de long en large avec la plus grande attention.

- Là! cria t-il en pointant le sol au centre des six imposants pieds de la structure.

Aussitôt, il se jeta par terre et commença à gratter le sable comme un chien en faisant s'élever un épais nuage de poussière qui aveugla tout le monde.

- Spock bon sang! cria Mccoy qui reçut le résultat de cette industrieuse excavation directement sur lui.

Spock ne sembla pas s'en soucier le moins du monde. N'y voyant plus rien, il mirent leur vision en mode infra-rouge et s'approchèrent pour l'aider mais impatient, le vulcain cessa son fouissage.

- Reculez! hurla t-il.

Il tira dans le trou déjà imposant qu'il avait réussi à creuser. La poussière se leva comme un mur opaque qui les engloutit aussitôt. La vision infra-rouge permit de voir que le 1ere classe Will basculait dans le trou et que Spock sautait derrière lui sans la moindre prudence.

- Spock! cria Jim inquiet.

- Ce sacré vulcain va tous nous faire tuer, gronda Bones qui commençait à en avoir plein le dos.

Ils s'approchèrent et distinguèrent qu'au fond de la cavité, la déflagration avait ouvert un trou. Ils voyaient Will étendu au fond mais pas l'ombre de Spock. Soucieux de secourir son compagnon au plus vite, Rob se laissa courageusement glisser en bas, bientôt suivi par Jim et Bones. Ils réalisèrent que le phaseur avait percé un trou dans ce qui ressemblait à un tunnel enfoui dans la poussière et prudemment, se faufilèrent dedans.

- Il est parti par là, croassa Will poussiéreux en s'asseyant avec peine.

Il pointa les ténèbres du tunnel tandis que Mccoy passait le tricordeur médical au-dessus lui.

- Fémur cassé, annonça t-il.

- Remontez avec lui, ordonna Jim.

Sans attendre de réponse, il se précipita à la poursuite de Spock accompagné de Rob qui n'en menait pas large. Tous les gars de la sécurité savaient bien que quand il y en avait un qui morflait, les autres suivaient rapidement. Bien sûr, après trois jours de calme plat, il fallait que ça tombe sur lui.

000

Jo bailla, s'assit et se frotta les yeux et regarda autour d'elle. Elle était exactement là où elle s'était endormie la veille. Dans un ravin circulaire et lumineux. C'était ce qu'on aurait pu appeler le coin télé. Une femme était assis au centre et semblait raconter quelque chose dans sa drôle de langue cliquetante. Une histoire sûrement. Autour d'elle, des gens de tous les âges étaient assis sur la mousse confortable. Ils écoutaient avec attention en grignotant des champignons fluorescents et en s'envoyant de la bave de fourmi généreusement distribuée par des volontaires qui patrouillaient dans le public un peu à la manière de vendeurs de hot-dog dans les stades de base-ball.

Voyant qu'elle était réveillée, les humanoïdes assis autour d'elle lui sourirent amicalement. Elle leur sourit de même et se mit à grignoter de la mousse en frais de déjeuner. Tout était comestible ici. La mousse et les plantes. On aurait qu'il s'agissait de champignons qui avaient pris différentes formes. Ce n'étais pas mauvais, ce n'était pas un régal non plus mais à tout moins, c'était soutenant.

Jo étendit ses jambes devant elle en observant ses nouveaux compatriotes. Ils vadrouillaient sans hâte de ci de là, baisaient dans tous les coins sans aucune gêne, écoutaient des histoires ou se faisaient bichonner par leurs fourmis. La belle vie quoi.

À l'extrême droite de l'immense caverne un gros rocher plat surplombait avec majesté le superbe boisé lumineux. Dessus siégeaient en permanence un groupe de vieillards mâles et femelles. Les chefs sans aucun doute. Évidemment, la première chose qu'elle avait faite avait été de grimper là haut pour tenter de parlementer. Ils l'avaient regardé gravement tandis qu'elle gesticulait pour expliquer qu'elle s'était fait téléporter avec le réservoir septique qu'ils avaient volé et voulait retourner sur son vaisseau.

Ils s'étaient contenté de la regarder d'un air curieux. S'ils avaient compris son problème, ils se foutaient visiblement de l'aider. En fait, tout ce qui les intéressait c'était ses cheveux. Comme s'ils n'avaient jamais vu quoi que soit de semblable, tout le monde essayait de leur toucher. Elle passa les mains dans sa tignasse soigneusement mâchonnée par sa fourmi dévouée. Une horreur limite gluante. Ces bestioles n'étaient clairement pas les coiffeuse du siècle. Mais à leur défense bien sûr, elles manquaient de pratique. Elle tournoya son scalp échevelé dans un chignon serré qui tint en place tout seul tellement il était gominé.

Ces étranges humanoïdes étaient tout aussi fascinés par sa combinaison. D'ailleurs, depuis qu'ils avaient compris que ses vêtement étaient une sorte de «peau amovible» ils cherchaient à glisser leurs mains dessous de façon tout à fait inapproprié. Le problème, c'est que vu le foin qu'ils faisaient déjà avec ses cheveux, qu'est-ce que ça allait être si jamais ils découvraient le reste. Ne voulant risquer aucun tripotage, Jo avait réussi à garder sa combinaison hermétiquement fermée mais il y avait fort à parier que si elle s'éternisait ici, Pouf allait finir par mettre la mettre en lambeau et alors elle ne voulait pas trop imaginer le résultat.

En bref, elle n'était arrivé à rien avec ces humanoïdes sans poils qui ne voulaient visiblement rien savoir de la renvoyer chez elle et elle n'allait sûrement pas attendre le bon plaisir de ces gentils voleurs. Parce que le vaisseau était là. Elle en était certaine. Elle sentait faiblement le lien qui la reliait à Spock. Il était trop flou pour qu'ils puissent se voir mais il était quelque part … pas très loin. Elle en était certaine. Et comme c'était sûrement ces couillons qui brouillaient les communications, il lui fallait sortir de là au plus vite.

Elle se leva, se mit à collecter différentes herbes-champignons pour se bourrer les poches de nourriture et se prépara à entreprendre une énième tentative pour se sortir de ce merdier.

000

Kirk et Rob allumèrent leurs phares et suivirent le tunnel en courant. Il y avait beaucoup moins de poussière qu'à l'extérieur, À peine quelques pouces. Ils remarquèrent également que dispersés ici et là, d'étranges champignons diaphanes diffusaient une lumière bleuté sur les parois de roches grises. Plus ils avançaient, plus le tunnel semblait aménagé. La roche brute céda la place à des murs lisses garnis de colonnes de pierre verte gravés qui se joignaient gracieusement au plafond.

- Spock, répondez! cria Jim dans son micro.

Ne recevant rien, il pressèrent le pas. Le tunnel se termina abruptement et ils débouchèrent dans une grande pièce circulaire. Au milieu ils aperçurent enfin le vulcain qui observait son tricordeur sans prêter la moindre attention à ce qui se passait autour de lui. Phaseur à la main, les deux hommes ralentirent en jetant un œil prudent autour d'eux. D'immense sculpture de pierre couraient sur les parois rocheuses du grand espace circulaire. On aurait dit un bestiaire imaginaires où dominaient des bêtes puissantes recouvertes de pointes. Elles semblaient avoir une parenté avec les reptiles, peut-être aussi avec des insectes car on apercevait des mandibules ici et là. Au final toutes ces créatures semblaient assez peu avenantes. Kirk et Rob levèrent leur phaseurs, inquiet à l'idée de voir la version vivante d'un de ces monstres jaillir de l'ombre. Ils s'approchèrent du vulcain.

- Spock! Pourquoi vous ne répondez pas! dit Jim sévèrement.

Le vulcain ne lui prêta pas la moindre attention.

- Je vous ordonne de me répondre lorsque je vous parle! dit Jim scandalisé.

- LÀ! cria le vulcain en relevant la tête du lecteur.

Il courut vers une porte entourée d'étranges pseudo-reptiles de pierre verte.

- Attendez! cria Jim. SPOCK!

Mais son ordre fut sans effet et le vulcain rapide disparut dans l'ouverture. Kirk jura par devers lui et s'empressa de le suivre, Rob sur les talons.

- Pourtant ici, il n'y a plus d'odeur de mer … d'odeur d'égout, dit Rob abasourdi par la désobéissance du second.

Comme tout un chacun, il avait été informé que les vulcains devenaient fou lorsqu'ils étaient forcés de respirer le parfum des «numéro deux» dont débordait maintenant l'Enterprise.

- L'effet doit prendre du temps à se dissiper, improvisa Jim en courant.

Ils suivirent le nouveau couloir tandis que Spock s'entêtait à garder le silence-radio. Ils aperçurent enfin une lumière au loin et sortant du tunnel à toute vitesse, faillirent trébucher sur leur collègue figé devant un spectacle stupéfiant. Réalisant devant quoi ils se trouvaient, ils se figèrent à leur tour devant l'une des scènes les plus horrifiantes qu'on puisse imaginer.