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L'histoire derrière l'histoire :

Entre vouloir et pouvoir

Par: Alyss

Épisode 4

Avertissements : Rien ne m'appartient.

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Chapitre 1

Les mots qui touchent à tes lèvres

(P.O.V Regina)

'Qu'est-ce que tu ne me dis pas, Gold ?' Debout devant le comptoir de sa boutique, je le fusillai du regard.

J'étais arrivé un peu avant l'heure d'ouverture, sa voiture était garée non loin et je savais qu'il y était. Il avait fini par m'ouvrir sans doute curieux de me voir là de si bon matin.

'Mais rien que tu ne saches déjà, ma chère.' Me répondit-il en affichant un petit sourire en coin.

'Arrêtes de jouer et dis-moi ce que je veux savoir.' Je lui adressais mon regard le plus vilain. 'S'il-vous plaît.' Lui lâchais-je lentement pour l'agacer.

Il leva les mains. 'Puisque tu insistes et puisque tu le demandes si gentiment.' Il marqua une pause. 'Qu'est-ce que je pourrais bien te dire à son propos...' Il fit mime de réfléchir. 'Qu'elle est orpheline... Que pendant toute sa jeunesse, elle est passée de foyer en foyer, qu'elle a eu une adolescence difficile...'

Je lui fis signe de la main pour qu'il accélère, je connaissais déjà ces informations.

Il reprit. 'Que sa vie d'adulte n'est qu'errance. Qu'elle ne passe jamais plus de deux ans au même endroit... Ces dix dernières années, elle a déménagée sept fois. Tu devrais lui demander ce qu'elle aimait tant à Tallahassee... Cette fille va de rupture en rupture pour éviter la suprême épreuve : être rejetée... De la psychologie à quatre centimes, ma chère.'

Je me contentais de rester silencieuse, mais lui semblait fier comme un pou.

'Cela va mal se terminer pour toi... quoi que tu fasses, Regina... Tu devrais rompre pendant qu'il est encore temps.'

Je serrais les mâchoires et plissais les yeux. Comment diable, pouvait-il savoir ?

'Oui, Majesté, je sais que tu n'as pas su t'empêcher de la prendre... dans ton lit.'

Majesté ? Le salaud.

'Je le savais ! Tu n'as jamais perdu la mémoire ! Sale petit lutin arrogant !'

'Oh.. oh... Dit plutôt que ça t'arranges, là maintenant. Quoi qu'il en soit, combien sont déjà passés entre tes draps ?'

Je ne répondis rien, lui dire combien était chose impossible, je n'avais jamais compté. Je m'empourprais.

Il rit en secouant la tête. 'Tu n'en as aucune idée, pas vrai ? Moi, je dis qu'elles se comptent par cen...'

'Quoi d'autre ?' Dis-je pour couper court.

'Il n'y a rien d'autre à dire. Tu en sais autant que moi.'

Menteur. S'interjeta ma petite voix.

Gold sembla réfléchir un instant puis leva l'index comme s'il avait entendu. 'Ah, non, majesté, c'est vrai, j'ai oublié de te mentionner... Savais-tu que ta douce Emma a emménagée avec Mademoiselle Blanchard ? Cette nuit, tout juste après avoir déserté ton lit...'

'Quoi ?' Cette déclaration me fit l'effet d'une bombe. Si la magie avait été présente dans ce monde, Gold aurait terminé sa vie de gobelin en barbecue.

'Elles ont vraiment l'air de beaucoup s'apprécier... de beaucoup, beaucoup s'apprécier... même...'

'Que...' Je secouais la tête sous le choc. Emma et Marie-Margaret ? Je plissais les yeux, il se moquait de moi là ? Folle de rage, j'empoignais sa cravate et le tirais brutalement pour lui souffler au visage. 'Explique-toi !'

'Tu sais... Elle et toi... toi et elle... elle et elle... tu sais... Regina.' Avait-il cantonné à la tracassin en faisant aller ses doigts de lutin casse-pieds.

J'éclatais de rire, il essayait de m'embrouiller.

'Pauvre fou ! Blanche a retrouvé son prince ! Elle n'a pas mes penchants pour...'

'La perversité ? En es-tu absolument certaine ? Oh! Excuses-moi, très redouté reine, mais n'est-ce pas toi qui s'est empressée de balancer son prince dans les bras d'une autre femme ? Maintenant, la gentille Marie-Margaret est si éplorée... N'as-tu pas remarqué ce lien si spécial qui semble les lier l'une à l'autre elle et... Emma...'

Je me mordis l'intérieur de la joue pour m'empêcher de le tuer. Néanmoins, ses insinuations s'immiscèrent dans mon esprit tel un lent poison corrosif. Un coup fatal. Une violente douleur, comme si on me rouait de coups, me fit vaciller un instant. Je secouais la tête pour tenter de chasser ses incongruités. Se pouvait-il que j'ai été aveugle à ce point ?

J'allais finir par passer à la trappe, c'était une question de temps... Moi... Une reine...

'Impossible.' Murmurais-je plus pour moi-même que pour lui.

Il réussit à dégager sa cravate et entreprit de la défroisser.

'Impossible... pas impossible... qui sait vraiment ? Tu te ramollis, on dirait bien, ma chère. Peut-être devrais-tu te poser les bonnes questions et faire les choix qui s'imposent. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai du travail.' Me lança-t-il platement.

Voilà qui me ramenait à la raison première de ma présence ici.

'Qui est Emma ? Bon sang ! Réponds-moi pitoyable kobold !' Rageais-je.

'Personne. Au revoir.'

Il ne me dirait plus rien et je lui lançais un regard noir avant de tourner les talons et prendre congé en claquant la porte de sa boutique. De toute façon j'avais mon compte.

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Gold devait avoir raison. Ainsi vont les choses. J'allais devoir emprunter une route tortueuse et sombre. Route que je connaissais cependant par cœur.

Cette fois-ci n'était pas différente, ce n'était qu'une question de temps avant qu'Emma ne nous laisse Henry et moi. Que pouvais-je faire d'autre ? Elle allait finir par rompre, mais je n'allais pas lui octroyer ce plaisir.

J'allais simplement le faire à sa place.

En passant la rue transversale, je la vis un peu plus loin marchant en compagnie de mon fils. Cela ne fit rien pour me calmer.

J'avais beau retourner la question dans tous les sens et une seule solution s'imposait.

Elle allait me détester pour ça.

Je souris en y repensant. 'Et dire que c'était moi qui étais censé la détester !' Murmurais-je à voix haute à l'intention de mon reflet dans le rétroviseur. Quelle ironie du sort !

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(P.O.V Emma)

'T'es sûr qu'on peut se montrer ?' Me demanda Henry.

'Oui, on arrête de se cacher. Si c'est un souci pour ta mère que je t'accompagne à ton bus scolaire, je serai ravie d'en débattre avec elle.'

Je souris intérieurement. Ça allait même me faire un énorme plaisir... D'autant plus s'il lui prenait l'envie de me punir à nouveau...

'Tu es courageuse. On va en avoir besoin l'opération Cobra. D'ailleurs, tu crois qu'il nous faut des noms de code ?'

'C'est pas Cobra notre nom de code ?'

'C'est le nom de la mission. Je parlais de nous. Il me faut un nom pour toi.'

'Oh... Ah... Bien, je ne sais pas... Tu peux m'appeler Emma pour l'instant.'

'D'accord, on se voit plus tard Emma.'

Le shérif Graham me barra le chemin avec sa voiture de police en faisant hurler la sirène. Je roulais les yeux au ciel et restais les bras croisés à attendre qu'il vienne me dire ce qu'il voulait. On ne savait jamais. Peut-être que Regina avait décidé de me faire arrêter, avec elle, tout était possible. Des bribes de nos ébats d'hier me revinrent en force et mon corps tressaillit.

'Pourquoi la sirène ?' Demandais-je au shérif Graham.

'Pour attirer ton attention.'

'C'est réussi. Tu m'arrêtes encore?'

'Je te remercie... Pour m'avoir aidé à retrouver ce patient dans le coma. Nous avons une énorme dette envers toi.'

'Qu'est-ce que ça m'apporte, une recommandation ? Une clé de la ville ?'

'Pourquoi pas un boulot ? J'ai besoin d'un adjoint.' Me répondit-il tout à fait sérieux.

'Merci mais j'ai déjà un boulot.'

'Comme garante de caution ? On n'y fait peu appel par ici.'

'On fait aussi peu appel à la police, on dirait.'

'C'est l'occasion de le découvrir. Super couverture dentaire. Réfléchis s'y... Restes un peu parmi nous.'

Il me tendit sa carte et il repartit comme il était venu.

Je me dirigeais chez Granny pour prendre un petit déjeuner et un choco. Le journal du matin racontait l'histoire de David Nolan. On pouvait voir une photo de lui en première page.

'Merci.' Dis-je à Ruby quand elle déposa ma boisson devant moi.

Puis après que j'eus testé le goût de la crème fouetté en pensant à Regina, elle était si... si délicieuse... Comme pour faire écho à mes pensées, elle entra au Granny's et vint s'asseoir directement devant moi. Des papillons de la taille d'un building se mirent à me vriller le bas-ventre.

'Comment était ta promenade avec Henry ?' Me dit-elle en souriant.

Elle portait un chemisier rouge vin sous un blazer titane en lycra, une courte jupe noire et des escarpins également noirs. Ravissante et tirée à quatre épingles comme toujours. À sa vue, toutes mes cellules se mirent à danser, un genre de mémoire sensorielle qui en sa présence anticipait ses attentions. C'était comme si toutes les fibres de mon corps se mettaient au garde-à-vous, attendant qu'elle leur dicte le moindre de ses caprices. Une pure trahison. Mon cœur se mit à cogner comme un tambour au souvenir de ce qui arrivait aux vilaines filles.

Merde.

'Oui. Je sais tout...' Me répondit-elle comme si elle avait lu en moi. Elle afficha un autre sourire qui n'atteignit cependant pas ses yeux. C'était mal barré. Je commençais à assez bien la connaître pour savoir qu'elle avait parfois ce langage crypté qu'il fallait décoder.

'Mais du calme. Je m'en fous.' Dit-elle ensuite.

Oh... ça c'était mauvais... j'aurais préféré qu'elle m'engueule.

'Vraiment ?' Lui répondis-je en la gratifiant d'un petit sourire incertain.

'Non, car tu ne m'inquiètes plus mademoiselle Swan. Tu vois, je me suis renseignée sur toi et ce que j'ai appris m'a rassuré.'

Maintenant, elle avait toute mon attention.

'Cela se résume au nombre sept.'

'Sept ?'

Qu'est-ce qu'elle allait me sortir encore ?

'C'est le nombre d'adresses que tu as eues ces dix dernières années.'

Je ne répondis rien, je n'avais jamais compté. Ça sentait la putain de montagne russe !

'Tu ne restes jamais plus de deux ans au même endroit. Vraiment, qu'est-ce qui a bien pu t'attirer à Thallahassee ?'

Je repris le journal pour fuir son regard et regardais le frontispice les joues en feu.

Merde.

'Si ça t'intéresse, j'ai trouvé un logement en ville.' Lui lâchais-je timidement pour essayer de couper court.

'Je sais, chez mademoiselle Blanchard.' Me répondit-elle contrariée, elle avait appuyé sur le nom de ma nouvelle coloc avec un peu trop de véhémence pour que je ne le remarque pas. Avec Regina, je ne savais pas toujours sur quel pied danser... Et puis comment pouvait-elle être au courant ? C'était carrément délirant, à peine huit heures que j'avais emménagé avec Marie-Margaret. Storybrooke était une petite ville... mais pas à ce point. Elle me faisait suivre ou quoi ?

'Quelle est la durée de ton bail ?' Elle me sourit. 'Ah, c'est vrai. Tu n'as pas signé de bail.' Hargne et sarcasme étaient au rendez-vous. Elle me lança un regard chargé de sous-entendus. 'Tu vois mon point de vue ?' Finit-elle par conclure.

J'étais un peu dans le cirage et trop occupé à essayer de décoder. Elle ne se fit pas prier pour m'éclairer voyant que ça ne venait pas.

'Pour que quelque chose pousse, mademoiselle Swan, il faut des racines. Et toi, tu n'en as aucune. Les gens ne changent pas. Ils se persuadent seulement qu'ils le peuvent, mais ce n'est pas vrai.'

Mais pourquoi elle me faisait du rentre dedans ce matin ? 'Tu ne me connais pas.' Lui certifiais-je pour contrer.

'Non, je crois que si. Tout ce que je demande, c'est que tant que tu continues ta petite vie volage, tu penses à Henry et à ce qui est le mieux pour lui. Considère peut-être une rupture nette. Cela finira par arriver de toute façon.'

Mais de quoi elle parlait ?

'Bon choco.' Me lança-t-elle durement avant de se lever et partir.

Je restais une minute extatique. C'était fou comme à chaque fois où elle prenait congé, j'avais l'impression de sombrer. Je ne voulais pas qu'elle parte, je voulais être avec elle à toutes les foutues secondes de la journée. Puis le décryptage qui s'était fait attendre se présenta...

Non ! Je plissais les yeux en saisissant pour de bon ses insinuations.

Venait-elle de me larguer ? N'y croyant pas, je me levais dans le but de la poursuivre et lui faire une scène, mais dans l'état de confusion où je me trouvais, je renversais mon breuvage sur moi. Plus j'analysais plus je réalisais que, oui, c'était exactement ce qu'elle venait de faire... elle venait de rompre.

Ma bonne humeur s'envola et fut remplacée par autre chose.

Moi qui étais prête à tout lui donner ! Elle n'avait pas le droit de faire ça ! C'était abject. Hier, elle avait prétendu me punir. Mais en réalité, c'est maintenant qu'elle le faisait.

En colère et hors de moi, je filais à la buanderie du restaurant. Oh ! Comme elle se trompait si elle pensait pouvoir me jeter comme ça !

J'entrais dans la buanderie totalement furax et me débarrassais de mon pull et ma camisole. Si elle pensait que j'allais me laisser faire...

Je malmenais un peu la lessiveuse en jurant dans ma tête. J'avisais un chemisier bleu suspendu à sécher et entrepris de le passer. Regina... Ça allait chauffer... Je serrais les dents. C'était quoi son problème de toute façon ?

'Non, non, non.' Vint la voix d'une fille que je n'avais pas vu comme si elle entendait mes pensées.

Mais j'étais trop énervée pour y faire vraiment attention. Madame le maire me connaissait très mal contrairement à ce qu'elle croyait. Dans mon champ de vision, je remarquais que la jeune femme avait l'air bouleversé.

'Ça va ?' Lui demandais-je un peu abruptement.

'Les draps, ils sont roses.'

Quelle dinde cette blondasse... Il y avait pire que des draps roses dans la vie. Une Regina qui vous largue par exemple.

'Tu as essayé le javel ?'

Je vis son énorme ventre. Elle attendait un bébé. Cela me radoucit à peine.

'Oh.'

Regina allait m'entendre.

'J'ai eu des contractions hier soir, et le docteur a dit, que le bébé pouvait arriver à tout moment.'

Elle ne pouvait pas faire ça...

'C'est génial.' Répondis-je sans vraiment m'en soucier.

'C'est juste que quand le bébé arrivera, personne ne pense que je puisse assurer.'

Je la comprenais. Regina en pensait apparemment autant de moi. Je soupirais de dépit. Merde pauvre fille, on était dans la même situation.

'Personne ne pense que je puisse faire quoi que ce soit.' Elle marqua une pause. 'Ils ont peut-être raison.'

'Qu'ils aillent se faire foutre.' Lui répondis-je.

'Quoi ?'

'Qu'ils aillent se faire foutre.' Répétais-je plus durement. 'Quel âge as-tu ?'

'Dix-neuf.'

'J'en avais dix-huit.'

'Quand tu... Quand tu as eu un enfant ?'

'Oui, je sais comment c'est. Tout le monde aime te dire ce que tu dois faire ou pas, spécialement avec un enfant, mais au final, peu importe ce que tu comptes faire... Ou abandonner... c'est ton choix.'

'Ça n'est pas vraiment ce que tu crois...'

'Ça ne l'est jamais. Les gens vont te dire qui tu es toute ta vie. Tu dois juste riposter et dire – non ! ça... c'est qui je suis... - Tu veux que les gens te regardent différemment ? Montre-leur. Tu veux changer les choses, tu vas devoir les changer toi-même, Parce que les bonnes-fées ça n'existent pas dans ce monde.'

Je devais l'avoir ébranlé, parce qu'elle pleurait, enfin elle essayait de se retenir, mais n'y arrivait pas très bien.

Tout ce que je lui avais dit, je le pensais. C'était tiré de mon expérience passée et présente. J'avais parlé en pensant à Regina parce qu'elle occupait toutes mes pensées, comme toujours, mais néanmoins, je n'en pensais pas moins. Et c'est exactement ce que j'allais faire avec elle. Enfin... ne pas faire... Elle voulait une rupture nette comme elle avait dit... j'allais lui en donner une...

Elle avait mentionné que je n'avais pas de racines... que rien ne pouvait pousser sans racines. Une façon biaisée de me faire savoir que notre relation était vouée à l'échec le cas échéant. Eh bien, j'avais des petites nouvelles pour elle. J'allais prendre racine, ici à Storybrooke. Ça allait lui river son clou.