Titre : Une peur bleue
Fandom : Les Tuniques Bleues
Personnages/couples : Pas de couple, mais vous retrouverez bien sûr ces chers Sergent Chesterfield et le Caporal Blutch, accompagné d'Arabesque, d'une farandole de personnages secondaires et même quelques OC mineurs.
Rating : Je l'ai mis en M principalement à cause des scènes de combat. Trigger Warning: guerre, sang, mutilation et violence envers les animaux (pardon)
Disclaimer : La bande dessinée originale appartiens aux éditions Dupuis, ainsi qu'aux créateurs, Raoul Cauvin (scénariste), Willy Lambil (dessinateur) et Louis Salvérius (feu le dessinateur)
Défis : Aucun, à part me motiver à achever cette fic (qui, à ce jours, compte 10 chapitres)
Nombre de mots : 1.151 mots pour le premier chapitre
Note : Je publierais un chapitre tous les deux jours. Je poste avec un jour d'avance sur le forum dédié aux Tuniques Bleues (premier site dans les recherches google) si vous êtes absolument pressé.


Chapitre 1

Les chevaux piaffaient, prêts à se dégourdir les jambes, mais les hommes restaient silencieux. C'était une bataille qui s'annonçait très, très juste – l'armée nordiste était légèrement supérieure en nombre, mais les confédérés avaient l'avantage du terrain : leur artillerie était installée en hauteur, et ils avaient un excellent point de vue sur le creux de la large vallée ou se déroulerait bientôt les affrontements sanglants.

L'ordre de réduire à néant leur batterie de canon avait été diffusé parmi les hommes de la troupe, et si une stratégie avait été pensée par les hautes pontes du quartier général, ils n'étaient au courant de rien.

« Ils comptent sur quoi ? Qu'on traverse les lignes ennemies pour aller tout faire sauter ? » Ironisa un caporal, plutôt petit, perché sur sa belle monture, une jument grise mouchetée.

« Ce n'est pas comme si on ne l'avait pas déjà fait… » Lui rétorqua son supérieur direct, un grand rouquin qui arborait les barrettes de sergent-major.

« Oui ! Mais en secret ! Là on va foncer en plein dans la bataille…

-… Je vais foncer en plein dans la bataille et cette pauvre Arabesque souffrira d'un subit et étrange malaise…

-Laissez Arabesque en dehors de ça ! » Il flatta la bride de sa jument. « N'écoute pas cet empâté de cergent… Il n'a pas toute sa tête, tu le sais bien…

-J'entends ce que vous dites, Blutch ! » Le caporal en question ricana, puis repris son observation de la colline, estimant l'amplitude de feu de ceux d'en face.

« Chesterfield ! Sergent Chesterfield ! » Appela la voix d'un fantassin. Il arrivait à toute vitesse, depuis le QG.

« Qu'-y-a-t-il, soldat ?

-Le clairon de la 22ème de Cavalerie est toujours à l'infirmerie, Sergent. Le général Alexander m'envoie, avec son instrument, pour lancer la charge.

-Vous n'y pensez pas ! Un fantassin qui annonce la charge, c'est un coup à ce que Stark ne veuille pas partir !

-Mais c'est une excellente idée, ça…

-Blutch ! Taisez-vous ! Non, mieux, c'est vous qui soufflerez dans le clairon ! Avec un peu de chance ça rendra votre vieille carne sourde, et elle n'entendra pas les balles ! »

Le caporal arracha le clairon aux mains du fantassin, qui partit sans demander son reste. Un chapelet d'injure l'accompagna jusqu'à sa propre unité.

« Vous feriez mieux d'espérer, espèce de sous-officier de mes fesses, qu'Arabesque s'évanouisse… On ne sait jamais, un peu plus loin dans la mêlée, une balle pourrait se perdre si facilement…

-Entre mes deux omoplates, je sais, vous me menacez de ça depuis des siècles ! Maintenant, tenez-vous prêt, il fait soudain très calme… »

Le général Alexander était sortit sur la terrasse du QG, et les regards des capitaines, lieutenants et clairons étaient tournés vers lui (à l'exception notable du capitaine Stark, qui ne regardait jamais ailleurs que vers les lignes confédérées à l'approche du combat). Il écrasa tranquillement son cigare et leva un bras. C'était le signal.

Les différents clairons sonnèrent la mélodie typique de la charge, sauf celui du vingt-deuxième de cavalerie, qui entonna un Yankee Doodle enjoué, ce qui n'empêcha pas Stark de s'élancer en hurlant un mémorable « CHARGEEEEEEEEZ ! » et à tous les cavaliers de partir en trombe à sa suite… Enfin, presque tous. Le sergent Chesterfield n'eu même pas besoin de se retourner en entendant le bruit caractéristique d'un cheval qui s'écroule derrière lui, mais n'eu pas non plus le temps de pousser un soupir : déjà, les balles fusaient autour de lui, l'artillerie ennemie les pilonnait sans répits, et l'avancée se faisait difficile.

Aux alentours, ses camarades tombaient un par un, tellement nombreux qu'il ne les voyait plus. Une petite voix dans sa tête (qui, curieusement, ressemblait beaucoup à celle de Blutch) lui chuchota qu'il devenait insensible. Mais comment faire autrement, lorsqu'on côtoyait quotidiennement la mort et la désolation ? Comment se protéger ? Il avait vu bien des hommes hébétés, rendu fou par les horreurs de la guerre, alors, ces horreurs, il avait décidé de ne plus les voir. Il les regardait défiler devant ses yeux, mais ne les voyait plus.

Soudain, un boulet de canon passa à moins d'un mètre de lui, et son cheval dévia un peu de sa trajectoire, se retournant à moitié. Il fut éclaboussé par du sang, des bouts de chair et – non, il ne voulait pas voir ça – des morceaux de cervelle. Par réflexe, il regarda sur le côté. Le boulet qui l'avait manqué de peux avait arraché le crâne et la moitié du visage d'un simple soldat anonyme. Il semblait jeune, plus jeune même que Blutch, et cette vision lui retourna l'esprit comme une chaussette.

Se détournant des cadavres des deux camps qui jonchaient le sol, il leva les yeux vers le surplomb rocheux ou se tenait l'artillerie sudiste. Il fallait faire cesser cette boucherie, il le fallait absolument. Le sergent donna un coup d'éperon dans les flancs de son cheval, et il galopa à travers les lignes, évitant le corps à corps et tentant d'atteindre la base de la colline sans se préoccuper du reste. C'était sans compter un autre boulet de canon, qui vint s'écraser sur lui, ou plutôt sur son cheval. La jambe arrière arrachée, celui-ci s'écroula, entraînant Chesterfield dans sa chute.

Péniblement, il se releva un peu et constata rapidement qu'il était presque seul. Les combats avaient lieu derrière, et les seuls confédérés entre lui et l'artillerie étaient blessés ou morts. Il resta abaissé, tentant de ne pas se faire repérer par les observateurs en hauteur, et entama de ramper vers son objectif. Un hennissement le fit stopper dans sa progression. Il osa un regard en arrière, et il croisa celui de son cheval, suppliant. « J'ai compris, mon beau », chuchota-t-il en saisissant prudemment son fusil. Il visa entre les deux yeux. Le coup de feu fit peu de bruit dans le vacarme environnant. « Pardon. »

Progressant lentement parmi les corps, le Sergent arrivait presque au bas de la colline lorsqu'un premier canon explosa. « Ah ! » pensa-t-il, « Nos gars de l'artillerie sont peut-être dans une mauvaise posture mais ils ont de la ressource. » Ensuite, les autres canons explosèrent tous en même temps, car la réserve de poudre c'était enflammé. Chesterfield se leva et recula rapidement pour ne pas se faire écraser par un éboulement, et se retrouva derrière les confédérés qui reculaient. Se refusant de tirer dans le dos de ses ennemis, il les dépassa et tenta de rejoindre sa propre ligne de front, lorsqu'une douleur fulgurante transperça son dos, pile entre les deux omoplates. « Ils m'ont eu. » il s'écroula. « Et en plus, de dos, on va croire que je fuyais. Merde. »

Sa dernière pensée avant de sombrer dans l'inconscience fut pour le Caporal Blutch. « Il n'aura pas le plaisir de me descendre lui-même, en tout cas… »


Et voilà pour ce premier chapitre! rassurez-vous, il y a moins de combats dans les prochains. N'hésitez pas à reviewer, à critiquer, ou tout simplement me faire coucou, ça fait toujours plaisir.

PS: Si Blutch a un petit cœur au dessus de sa tête dans la couverture de cette histoire... Cela n'a rien à voir avec le contenu. C'est juste que c'est le petit dessin que m'a fait Cauvin (je peux fangirler? oui? YEAAAAAAH CAUVIIIIIN) sur l'une de mes BD.