Rien n'est trop beau pour tes yeux

Haaaaaan ! Ma santé mentale !

Elle s'échappe… si loin… si vite…

Et bonsoir, au passage !

Alors… qu'est-ce que c'est que cette chose, me demanderez-vous ? Eh bien, vous êtes face au dixième défi de la Ficothèque Ardente, qui trainait depuis pas mal de mois. Au début, j'avais une vague idée, puis je l'ai laissé tomber (façon, j'étais pas inscrite) et récemment… j'ai redécouvert ce défi en croyant qu'il avait été pris par d'autres candidats. Et me voilà !

C'était la petite explication fort sympathique.

Je vous copie-colle ci-dessous, bien sûr, les consignes du défi.

Mais un mot avant de vous abandonner là-dessus :

ARGH !

Voilà, ça résumé l'état mental dans lequel je suis. Vous allez perdre la vôtre, d'ailleurs. Parque, putain, je suis partie loin ! XC Je comprendrais très bien que vous n'aimiez pas !

Cet OS contient du sexe, des transformations physiques (bah oui, c'est le but du défi, ma grande) et du Hétéro!Fruk

Par ailleurs, j'ai foutu là-dedans une vraie réflexion sur la relation homme/femme et la question du troisième genre. Du coup, j'espère ne heurter personne dans cet OS, ce n'est pas le but et je ne pense pas l'avoir fait (mais je préfère mettre les choses au clair, sait-on jamais).

Voilà, tout est dit, je pense.

Donc (j'espère) : Bonne lecture !


Citation :

"En ce qu'ils ont de commun, les deux sexes sont égaux ; en ce qu'ils ont de différents, ils ne sont pas comparables."

Jean-Jacques Rousseau

Contraintes :

L'un de vos personnages change de sexe/genre (tu le sens, le bon gros défi qui a déchiré ma santé mentale ? Est-ce que tu le sens ?).

Mots interdits : changement, intérêt et regard (et c'est dans ces moments-là que je déteste Mimichan)

Mots obligatoires : étrange, senteur, manie et découverte

(J'ai mis les mots obligatoires en gras)


Au risque de passer pour le petit ami hystérique et compulsif, Francis se sentait très clairement délaissé. Il aimait Arthur du plus profond de son cœur, il le lui répétait autant que faire se peut, il se coupait en quatre pour lui faire plaisir, mais il avait la sensation embarrassante que son amour ne lui était pas justement rendu. Evidemment, Arthur n'était pas du genre à courir dans ses bras pour inonder son visage de baisers, mais serait-ce vraiment trop lui demander de répondre, une fois de temps en temps, autre chose que « arrête de dire des choses gênantes, you git » ?

C'était dans son caractère, c'était normal, il le savait bien, mais ça restait dur à vivre, à la longue. Quand un couple se compose d'un grand romantique et d'un type froid à outrance, évidemment que ça fait des étincelles, et ils aimaient cette sauvagerie dans leurs amours. Ils aimaient se chamailler, se disputer pour mieux se réconcilier après, mais Francis restait sur sa fin.

Son mari jouait les gentlemans en société, quitte à le laisser derrière, serrant la main d'un homme d'affaire ou baisant celle d'une jolie jeune demoiselle. Francis était cruellement jaloux qu'Arthur fasse autant d'efforts pour cacher son asociabilité devant les autres, et pas devant lui. Lui, il avait le droit aux « tss », « dégage », « laisse-moi lire », « va toucher autre chose », « je ne suis pas ta chose » ou ce genre de joyeusetés. C'était lassant.

Que ne donnerait-il pas pour un « je t'aime »…

Alors, au fil du temps, il avait commencé à se remettre lui-même en question. Si cet ancien empire insulaire se montrait si distant, c'était peut-être qu'il ne trouvait plus son compte avec lui. Pour la première fois, Francis se retrouva dans la délicate situation de critiquer son propre corps.

Il s'était enfermé dans la salle de bain, à l'abri des petits yeux curieux, et s'était entièrement dévêtu pour faire face à son reflet dans le miroir.

Son identité sexuelle avait toujours été quelque chose de compliqué à définir. Si Hongrie s'était crûe homme dans sa jeunesse, lui avait beaucoup oscillé entre les deux sexes. Parce qu'il les aimait tous les deux, les avait toujours aimés et les aimerait toujours. Ça l'embêtait de devoir choisir entre homme et femme alors que chacun avait des prédispositions que l'autre n'avait pas. Et Francis voulait tout avoir. La douceur, la force, l'élégance, la fougue et tout le reste. Plus les siècles avançaient et plus les genres se mélangeaient. En tout cas, c'était un phénomène que Francis avait observé dans son pays, et ça lui faisait plaisir que les gens luttent d'eux-mêmes contre les clichés stipulant qu'une femme doit être élégante mais jamais forte, et un homme fougueux mais jamais doux. En prenant le meilleur des deux sexes, les Hommes deviendraient plus complexes, plus ambigües, plus polyvalent, et ça, c'était tout bonnement génial !

Mais pour une fois, cet androgynéité lui posait problème.

Arthur en avait peut-être assez de ne pas savoir à qui s'adresser, il avait l'air de souhaiter un partenaire ayant fait un choix sur sa sexualité. Homme ou femme ? Quelles valeurs Francis défendait-il le plus ?

Car en faisant un choix, il deviendrait peut-être le meilleur parti qui soit pour son cher époux.

Alors homme ou femme ?

Francis avait le choix, puisqu'il n'était actuellement ni l'un ni l'autre à 100%.

Choisir serait donc synonyme d'abandon. Il serait obligé de lâcher la moitié de sa personne, ou plutôt de la travestir dans des valeurs féminines ou viriles. La question qu'il devait se poser était alors : quelle partie de sa personnalité lui tenait le plus à cœur ? Le problème de cette question, c'était qu'il allait devoir définir ce qu'était un homme par rapport à une femme. Et pas question de dériver sur l'entrecroisement des genres (qui était justement son souci personnel). Non, il devait les définir selon leurs descriptions archaïques.

Que faisait l'homme ? Eh bien, la guerre.

Et la femme ? Par opposition, elle restait en paix.

Alors, Francis était-il plutôt guerrier ou pacifiste ?

Impossible d'y répondre. Il avait fait les deux. Il avait aimé les deux. Quoiqu'au XXIème siècle, il serait plutôt d'avis de préférer la paix, justement parce qu'il avait trop abusé des guerres (une grosse partie de son Histoire). Donc, il tournerait plutôt femme ?

Et son physique ? Homme ou femme ?

Il s'était laissé pousser la barbe au XVIIIème siècle afin de rompre avec son image de petite fille et jouer les grands frères, mais là encore, ce n'était pas sa sexualité qui avait parlé. C'était sa fibre familiale, paternelle et fraternelle. Sinon, il se serait aussi coupé les cheveux. Or, les seules fois où il avait accepté de se débarrasser de ses belles mèches rebondies, c'était lors de la première guerre mondiale, dans les tranchés. En période de guerre donc. Couper ses cheveux et faire la guerre, comme un homme. Renoncer à sa part féminine pour jouer les mâles virils.

Et pourtant, son corps d'homme n'avait jamais pris autant de plaisir qu'avec des hommes. Certes, il aimait les rondeurs naturelles des femmes, mais c'était sa main d'homme qui les aimait. S'il avait été une femme, la donne aurait été différente. Alors, plutôt que de pencher sur les corps qu'il aimait toucher, il se demanda par quels corps il aimerait être touché.

Là encore, la question était épineuse. Il était déjà beaucoup trop attaché à la peau d'Arthur pour en aimer une autre. C'était l'homme de sa vie, celui avec lequel il ne voulait faire plus qu'un. Pour un meilleur emboitement, il lui faudrait peut-être mieux être femme. Parce que le monde n'était toujours pas assez familier avec l'homosexualité. D'ailleurs, Francis se gardait bien de montrer son affection dans les lieux bondés. Les baisers, c'était pour la maison ou à la volée, derrière un mur, en pleine nuit, loin des yeux curieux.

Contrairement à ce qu'il avait cru, Francis tenait un peu plus de la femme que de l'homme.

Surtout, s'il avait été une femme, Arthur se serait sûrement comporté différemment. Il oserait l'embrasser en pleine rue, il aurait plus de scrupules à se battre avec lui, à cause de tous ses préjugés. Personne ne s'étonne quand une femme gifle un homme, on en rigole, on se dit qu'il a joué au con, mais dès qu'un homme frappe une femme, tout de suite, on crie au scandale, on appelle des services d'aides et on juge l'homme coupable sans se préoccuper de la raison de ce geste. Francis pourrait utiliser cette peur du monde occidental pour obtenir quelques douceurs de la part de son mari.

Etre femme lui retirerait quelques avantages, mais ça ne le dérangeait pas de se battre à leurs côté contre la tyrannie masculine. Il voulait une société égalitaire. Il voulait l'égalité devant la loi pour tous. Et force est de constater que les représentantes du Beau sexe en étaient les principales victimes, à cause de valeurs archaïques dont on ne devrait même plus parler dans cette société en pleine mutation.

Alors femme ?

Devait-il abandonner toute sa partie homme ? Puis, c'était quoi concrètement une femme ? Une douce créature supposée vivre à l'écart des hommes ? Non, certainement pas. Même si Francis essayait de se définir par rapport à de vieilles définitions, il n'empêche qu'il vivait au XIXème siècle et que, non, une femme n'a pas à s'exclure de la vie mondaine au profit de ces messieurs.

Finalement, malgré le fait que son corps soit homme, Francis se sentait plus enclin à pencher vers sa part féminine. Restait à imaginer comment Arthur réagirait face à cette décision. Se débarrasserait-il de lui ou comprendrait-il que ce sacrifice était justement pour lui faire plaisir ? Et dans la mesure où il aurait honte de Francis, qu'adviendrait-il ensuite ? Le sacrifice fait, nul doute qu'il le vivrait comme une trahison si Arthur le lâchait. Pour que l'action soit réversible, Francis était prêt à utiliser de la magie. Il avait les moyens de l'utiliser, ce serait bête de ne pas en profiter, surtout que passer d'un sexe à un autre était un processus long. Avec une potion, ça serait l'affaire de quelques heures.

Mais ses angoisses étaient toujours là.

Le rejet. Que ferait-il face au rejet ? Il reprendrait certainement sa forme d'origine, mais le mal serait fait. Quitterait-il Arthur après ça ?

En même temps, il n'avait plus vraiment le choix. C'était tout ou rien. Il n'en pouvait plus de vivre dans cette situation d'éternelle insatisfaction, où son Arthur n'avait même pas l'air heureux.

Face à son corps nu, son corps d'homme, Francis prit la décision de tenter le tout pour le tout. Devenir un être purement féminin pour plaire à son époux, pour devenir complémentaire avec lui, et ne plus osciller entre deux genres qu'il avait toujours aimé superposer.

Ce fut avec les mains tremblantes qu'il avait toqué à la porte de son désormais beau-frère, Allistor Kirkland, l'Ecosse en personne, qui l'avait fixé avec un air très sceptique. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre que quelque chose de louche se préparait, surtout que l'habituel joyeux lascar qu'était Francis s'était métamorphosé en une biche incertaine, avec des gestes hésitants et des paroles creuses, comme s'il essayait de trouver une manière naturelle d'annoncer quelque chose d'incroyable. Mais comment annoncer naturellement une transformation qui ne l'était pas ?

Ecosse avait été son plus vieil ami, celui sur lequel il pouvait se reposer les yeux fermés, et donc le plus susceptible de l'aiguiller. Surtout qu'il était le frère d'Arthur, qu'il le connaissait donc bien, en plus du fait que ce grand rouquin s'y connaissait en magie et sortilèges. Avec son appui, Francis avait plus de chance d'arriver à ses fins.

Il lui expliqua donc le problème et ce qu'il avait prévu de faire.

Dans un premier temps, Allistor fut absolument scandalisé de cette décision. Il n'arrivait pas croire que son cadet ait merdé au point de forcer inconsciemment son amoureux à se remettre en question alors qu'il était plus que certain que le problème ne venait pas de lui. Ecosse essaya de lui faire entendre raison, de lui expliquer qu'un tel sort aurait des conséquences sur sa vie quotidienne, plus qu'il ne pouvait le penser. Il voulait lui faire prendre conscience que jouer avec son corps pouvait dérégler ses mécanismes et le perturber psychologiquement. Mais Francis ne voulait rien entendre. Dans l'espoir de rendre Arthur heureux, il voulait faire cet essai et tirer lui-même les enseignements de cette expérience.

Allistor fut donc forcé, au nom de l'amitié et du respect qu'il devait à son allié, de lui accorder ce caprice et de l'y aider. Mais il avait maintenant une telle hargne contre son frère qu'il se doutait que leur prochaine réunion de famille parlerait de ça. Et il se fichait éperdument d'afficher les problèmes de couple de son frère devant le reste de sa famille. Tant mieux, même, si Arthur se sentait gêné et coupable. Il le méritait. Puis si jamais par malheur il quittait Francis suite à ça, il aurait l'Ecosse sur le dos pour encore des siècles et des siècles. Parce que jeter autant d'amour aux orties, ce serait juste atroce, surtout après un tel sacrifice.

Ils descendirent à la cave où ils prévoyaient de s'enfermer pour les vingt-quatre prochaines heures. Ecosse n'avait jamais fait ça, même s'il avait déjà vu la formule quelque part, et encore moins sur son meilleur ami. Quelque part, il avait une déchirure au cœur en pensant à tout ce que cet idiot était capable de faire pour plaire à un gamin capricieux et froid, incapable de se rendre compte qu'à trop jouer avec le feu, il risquait de perdre beaucoup. Allistor n'avait même pas envie de rire de la bêtise de son cadet, comme il le faisait normalement. Là, il n'y avait rien de drôle. C'était gravissime.

Seuls dans la cave, Allistor dépoussiéra un de ses vieux grimoires et fouilla le sommaire, à la recherche de la potion miracle. Mais rien qu'à voir sa tête, on sentait qu'il n'appréciait pas du tout la tournure des événements. Déjà, faire ça en secret, c'était un peu moyen, surtout que le résultat pourrait potentiellement briser la vie de son ami. Pour un être aussi tendre et passionné, perdre son amour serait un glas terrible.

Attentivement fixé dans ses moindres faits et gestes, Ecosse commença à préparer la décoction dans une immense marmite en cuivre. Selon la description, il en fallait une quantité assez phénoménale, rien que pour un seul sujet. Les ingrédients se succédèrent donc agilement dans le chaudron bouillant, alors que Francis ravalait au mieux sa salive en réalisant ce qu'il était en train de faire. Puis son ami ne se gênait pas pour lui poser la même question toutes les cinq minutes : « tu es sûr de toi ? » Evidemment qu'il était sûr de lui. Il était au pied du mur.

Allistor déclara ensuite qu'il fallait laisser reposer la potion. Il mit donc ce temps à profit en lisant les consignes de la métamorphose à son ami. Tout d'abord, la potion n'était pas définitive à la première utilisation. Il fallait en boire un litre par jour la première semaine, puis cinquante centilitres la deuxième, vingt-cinq la troisième, puis repasser à cinquante la quatrième, puis repartir à vingt-cinq pendant deux semaines, puis dix centilitres, puis plus rien. Tout ça pour que le corps s'habitue au produit. La contre-potion nécessitait le même traitement. D'ailleurs, Ecosse avait déjà commencé à corner sa page pour la retrouver facilement, dans l'espoir que Francis revienne sur sa décision, même après la transformation.

Bien sûr que c'était compliqué de changer de sexe, même pour de la magie. Le corps restait une entité forte qui avait la fâcheuse manie de fabriquer des anticorps pour tout et rien. Donc, il fallait absolument habituer l'organisme à ces modifications génétiques. Cela passait donc par une consommation abusive du breuvage, qui devenait alors une sorte de traitement choc. Les effets secondaires pouvaient être des vomissements, des étourdissements, des dérèglements hormonaux temporaires, des saignements de nez ou des pertes de connaissance assez violentes. Ecosse faisait cependant confiance à la force naturelle de son ami pour passer outre ces problèmes.

Et il jura plusieurs fois après son frère.

Par ailleurs, il crût tomber des nues en lisant que la grossesse était possible pour le sujet métamorphosé, et mit donc Francis en garde contre les dangers d'une procréation trop précoce. Ce serait aussi dangereux pour la « mère » que pour l'enfant. Il fallait au moins une bonne année pour que le corps s'y habitue, mais Allistor espérait que Francis renonce à l'idée et reprenne son apparence d'origine d'ici-là.

Cela fait, l'Ecossais reçut la commande qu'il avait faite quelques heures auparavant et, sous le nez déconfit de sa fratrie, il tira une immense caisse de bouteilles vides jusqu'à sa cave. Vive le service rapide par internet. Quand Pays-de-Galle tenta de descendre pour voir ce qu'il trafiquait, le frère aîné condamna la porte à coup de baguette magique en disant qu'il avait une commande importante pour quelqu'un d'important. Ça entretenait le mystère mais, au moins, il était débarrassé des témoins gênants pour le reste de la journée. Il eut une pensée pour Arthur, qui allait rentrer dans le foyer qu'il partageait avec son mari sans trouver celui-ci. Avec un peu de chance, il allait angoisser, et c'était bien fait pour lui.

Ainsi, Ecosse et France remplirent une à une toutes les bouteilles, certaines d'un litre, certaines de cinquante centilitres, et d'autres de vingt-cinq seulement. Au final, le compte était bon. La mixture était mordorée et pas totalement liquide, mais c'était sans doute à cause de l'œuf qu'il avait fallu rajouter. Encore une potion qui promettait d'être dégueulasse au goût.

Ils se retrouvèrent donc tous les deux dans une situation embarrassante.

Ecosse était là, les bras ballants, n'osant pas scruter son meilleur ami dans les yeux, et l'autre le fixait avec la bouteille entre les doigts, pas plus avancé que lui sur la marche à suivre. Allistor soupira donc sincèrement et partit en quête d'un édredon qu'il allongea sur le sol de sa cave, un peu à l'arrache. Pour éviter toute chute ou incident, il était préférable que Francis soit couché à même le sol, sait-on jamais.

Demandant à son ami de lui tenir la potion le temps qu'il se mette en place, le Français se dégagea de tout vêtement, finissant nu comme au premier jour de sa vie, puis reprit le breuvage qu'il but d'une traite pour ne pas se laisser le temps de détester le goût, et enfin il s'allongea et attendit patiemment les effets.

Ecosse attrapa un carnet de note et un crayon pour noter toutes les mutations qu'il pourrait observer. Son attention était maintenant portée sur son corps en tant qu'objet d'analyse purement scientifique. Il ne voulait rien manquer pour être sûr que tout se passait bien. Après tout, il était entièrement responsable des conséquences de cette potion, puisqu'en étant le créateur.

Les résultats se firent attendre une bonne heure, mais c'était normal, parait-il. Le corps avait besoin de faire glisser la mixture jusqu'à l'estomac puis de se répandre à tous les points de son organisme par saccades. Mais passé ce temps, la transformation s'enclencha. Et elle dura quinze heures sans discontinuité. A jeun.

Lorsqu'il sentit les premiers effets, Francis eut le mécanisme incontrôlable d'arquer son dos et de courber ses jambes comme s'il hésitait à les ramener contre sa poitrine. Mais la rigidité de ses muscles l'empêcha d'en faire trop, seuls ses réflexes pouvaient encore le faire bouger. Ce n'était pas qu'il souffrait le martyr ou quoi, mais il sentait que quelque chose se passait en lui.

Pendant les premières heures, les modifications organiques rendirent la métamorphose invisible à l'œil nu, puisque tout se passait à l'intérieur.

Puis enfin, un quelque chose se fit voir.

Les seins se mirent à pousser doucement, d'abord imperceptiblement, puis on ne put bientôt plus les ignorer. Ecosse le note sur son calepin. En même temps, la musculature du jeune homme sembla fondre et s'adoucir vers une peau plus lisse, plus douce, plus fine… Un vrai buste féminin, ni trop mince ni trop large, un bon équilibre. Ecosse se fit la réflexion que puisque Francis était bel homme au naturel, il n'y avait aucune raison qu'il perde sa fraicheur et sa splendeur en devenant une femme.

La poitrine ne semblait pas vouloir s'arrêter de gonfler, promettant une paire de seins bien formés, bien ronds et assez gros pour assouvir tous les fantasmes. Francis avait toujours été un appareil à fantasme, y avait pas de raison que ça change.

Il bascula la tête en arrière pour étirer son corps au maximum, soupirant profondément comme pour évacuer une pression contraignante. Son pénis d'homme avait l'air de se rétracter, de rétrécir peu à peu pour ne former plus qu'un petit bouton de chair, qui disparut ensuite sous les grandes lèvres de son nouveau sexe, sûrement pour former le clitoris. En même temps, ses hanches commencèrent tout juste à s'arrondir et à s'élargir, s'égalisant avec ses seins rebondis.

Les cuisses s'affinèrent un petit peu puis s'arrondir vers une forme plus douce et plus ronde, les muscles s'effacèrent et il sembla perdre quelques pointures de chaussure. Tout cela fut très long et fastidieux, tant pour celui qui le vivait que pour celui qui notait les transformations.

Lorsqu'il sembla évident que la métamorphose arrivait à son terme, Ecosse recouvrit le nouveau corps de son… amie, avec un drap épais, pour la tenir au chaud. Il ne voulait pas risquer de la déplacer maintenant, même si elle avait l'air plus légère qu'avec son corps masculin. Au cas où, il allait la laisser parterre pour le reste de la nuit.

Ecosse la quitta donc pour préparer quelque chose qui les nourrirait tous les deux, ignorant passablement les interrogations de sa fratrie, intriguée qu'il soit resté plus d'une vingtaine d'heures sans manger ni boire, dans une cave humide, après avoir commandé une armée de bouteilles vides. Il els envoya donc se faire foutre, clamant qu'il était de mauvais poil et qu'il allait tuer Arthur sous peu, ce qui eut le mérite de calmer tout le monde.

Puis, en silence, il rejoignit Francis et déposa un plateau repas à ses côtés pour qu'elle puisse se restaurer en se réveillant. Lui mangea et s'endormit sur sa chaise de travail, épuisé tant physiquement qu'émotionnellement.

0*O*o*O*0

Il était déjà dix heures et demie du matin. Francis avait disparu depuis une bonne trentaine d'heures. Arthur s'était sincèrement demandé pourquoi cet envol discret, pourquoi il ne lui avait rien dit et où il pouvait être allé. Quelques heures auparavant, il avait reçu un message très déplaisant de son grand frère écossais, très bref mais très froid, un simple :

'C'est de ta faute'

… qui ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout. Puis quand il avait essayé de l'appeler pour lui demander ce qu'il entendait par là, il était juste tombé sur le répondeur. Allistor ne voulait pas lui parler ? Très bien ! A la prochaine réunion familiale, tout éclatera. En attendant, Arthur avait d'autres préoccupations que les délires imbéciles de son frère. Son mari s'était évanoui dans la nature sans rien dire, sans piste, sans rien. Et Arthur ne savait pas par où commencer ses recherches. Il avait peur que Francis ne revienne pendant que lui le chercherait, alors il n'osait pas bouger du domicile familial. Et plus le temps passait et plus il hésitait.

Alors il resta assis dans le fauteuil, face à la télévision éteinte, à juste attendre en se rongeant les ongles et en réfléchissant à toute allure.

Il ne sut pas combien de temps il resta dans cette position, mais ses efforts furent récompenser quand la porte d'entrée s'ouvrit derrière lui. Son dos se tendit, ses épaules s'affaissèrent et sa respiration fut plus profonde. Juste à quelques pas, en arrière, l'enfoiré avait enfin daigné revenir. Arthur n'arriva même pas à se retourner, par crainte de ne déclencher un scandale et de lui sauter à la gorge.

« Trente heures, Francis. Trente… »

Silence.

« Je suis parti faire des courses et quand je suis revenu, la maison était vide. Tu trouves ça normal ? Tu trouves normal de disparaitre sans prévenir, sans me prévenir ? Je souhaite au moins que tu te sois bien amusé, oui, parce que je suppose que tu es parti t'amuser. Après tout, vivre avec un mec aussi chiant que moi doit te peser à la longue. Tes amis sucent bien j'espère. Oh j'imagine sans mal la superbe journée que tu as passé loin de moi ».

Soupir triste.

« Si tu ne veux plus t'encombrer de ma présence, dis-le clairement ».

Francis avança dans l'appartement. Un claquement de talons aiguilles retentit, étonnant Arthur qui craignit un instant de ne pas parler à la bonne personne. Pourtant, seul Francis avait un double des clés. On le lui aurait volé ?

Faisant volte-face, Arthur bondit du fauteuil pour agrandir la distance qui le séparait de cet inconnu.

Mais lorsqu'il vit son visage et qu'il le reconnut, l'Anglais se décomposa sur place.

« F-F-Francis… ? »

Une beauté sans pareille lui faisait face, incarnée dans le visage de son mari, quoique les traits fussent incommensurablement plus féminins. Une belle Aphrodite au corps souple et aux rondeurs gracieuses, dissimulée dans un veston et une chemise cintrés, rentrés dans un pantalon raide, lui-même retenu par une petite ceinture élégante. Les longues boucles, tirant vers le châtain, étaient réunis en un chignon serré et impeccable, sans aucune bosse ni imperfection. Le maquillage était discret mais bien présent, relevant les pommettes, illuminant le teint et faisant ressortir les sublimes yeux bleus qui, eux, n'avaient pas changés d'un pouce.

Heureusement, les yeux étaient les mêmes, éternels, immuables, magnifiques.

Arthur faillit trébucher sur un tabouret, lui permettant de se rendre compte qu'il avait bien reculé vers le mur sans s'en apercevoir.

La silhouette face à lui rougissait, clairement embarrassée. Et d'ailleurs, elle avait baissé les yeux vers les pointes de ses chaussures, triturant sa veste dans une attitude nerveuse. Ça la rendait adorable mais Arthur était bien trop choqué pour s'en faire la réflexion. Il craignait une blague du BFT, ou juste un délire de sa part, mais force était de reconnaitre que tout cela était réel.

L'Anglais avança prudemment de quelques pas, donnant un frisson d'anticipation à… sa partenaire. Son index se leva vers le visage un peu rouge de la jeune femme, frôlant la joue pour descendre au menton. Elle se laissa faire, appréciant le contact timide comme s'il la rassurait. Ses beaux yeux se fermèrent et elle écarta ses deux lèvres rosées pour soupirer doucement, se sachant étroitement jugée par deux orbes verdoyantes.

« Francis… mais qu'est-ce que t'as fait… ?

_ Je voulais essayer autre chose… quelque chose de différent… d'un peu étrange mais qui, j'espère, te plaira… ça te plait, hein… ? Tu… aimes mieux cette apparence, je suppose… J'ai bien compris qu'être enlacé par un autre homme te gênait, du coup… c'est mieux en femme… Et je me suis faite belle pour te plaire… »

Les quatre yeux se rencontrèrent. Arthur ravala sa salive, comprenant soudainement ce que ce fameux « c'est de ta faute » signifiait. Ecosse devait le haïr en cet instant précis.

Pour être tout à fait honnête, Angleterre en savait pas quoi penser de cette situation. C'était étrange, certes, mais pas atroce en soit. Habitué au corps de Francis tel qu'il le lui avait toujours connu, le choc était total, mais pas absurde. En vrai, l'androgynéité naturelle de cet homme jouait en sa faveur, car finalement, les deux corps paraissaient cohérents avec sa personnalité. Puis dans les faits, cette métamorphose avait été faite dans le but de plaire à une seule et unique personne, son tendre époux. Epoux qui s'apercevait de ce qu'il avait fait subir à son Français pendant plusieurs mois. Parce que pour en arriver à une telle extrémité, Francis devait avoir couvé un mal-être depuis quelques temps. Et lui n'avait rien vu venir.

Mais quel con.

Comment réagir face à ça ?

Arthur avait l'impression que, s'il l'acceptait comme tel, il passerait pour un fou, et s'il le rejetait, il passerait pour un monstre. A choisir, il préférait qu'on le croit dingue plutôt qu'atroce. Mais ça restait une situation insolite dont il aurait du mal à s'habituer.

Son visage s'avança délicatement alors qu'il maintenant la tête de la jeune femme d'une poigne qui se voulait ferme. Lorsque son nez toucha la peau chaude et douce du cou, il en huma l'odeur pour redécouvrir cette personne qu'il aimait tant.

Senteur fleurie et printanière, délicate et raffinée, loin d'être écœurante, plutôt succulente. Et juste derrière ce parfum, il y avait l'odeur naturelle du corps, mais d'un corps qu'il ne connaissait plus. Ce n'était pas désagréable mais juste… curieux. C'était un corps. Un nouveau.

Il huma ensuite les cheveux, faisant trembler d'excitation sa nouvelle compagne un peu gênée d'être passée au peigne fin de la sorte. Surtout qu'elle ne savait toujours pas ce qu'en pensait Arthur. Puis lui non plus n'avait pas l'air de savoir précisément ce qu'il en pensait.

Tel un prédateur sur sa proie, l'anglais tourna autour de sa victime pour la contempler sous toutes ses coutures, prenant le temps d'apprécier les courbes affriolantes de son corps délicieux. Il se plaça alors derrière elle afin de lui ôter sa veste, la jetant sans vergogne sur le canapé.

« Arthur…

_ Chhhht… »

Elle se laissa faire, le corps un peu replié sur lui-même, dans un geste d'embarras manifeste. Francis n'était pas encore tout à fait à l'aise avec ce qu'il était devenu, et ne pas savoir si Arthur l'aimait, ça le rendait fou. Mais les yeux qui glissaient sur lui ne semblaient pourtant pas malveillants, ils étaient juste intrigués et sérieux. Elle essaya donc de se détendre, abaissant ses épaules et inspirant à plein poumon. Cette action eut pour effet de faire remonter ses seins, étirant sa chemise, ce qu'Arthur nota avec gourmandise.

Le Britannique glissa sa main sur une des hanches rondes de sa compagne, remontant subtilement sous la chemise pour tester l'élasticité de la peau, sa douceur, ses formes. Il sentait un point dur, l'os des coxis sûrement, suivit par le creux du ventre, puis par l'autre extrémité du coxis. Toujours aussi doux au toucher. Ça, ça n'avait pas changé d'un corps à l'autre, même si celui de l'homme avait des angles avait des angles un plus marqués et raides. Chez la femme, les courbes sont plus douces.

Les boutons partirent un à un. Arthur s'était caché dans le dos de sa partenaire pour continuer d'apprécier son parfum depuis sa nuque tremblotante. Le tissu tomba des épaules, coulissant sur les bras fins, puis se retrouva parterre, abandonné de tous.

La finesse de la lingerie rajoutait un grain de superbe à cette silhouette déjà plus qu'attrayante. Arthur perdit son doigt sur la nuque, le laissa glisser vers l'attache du soutien-gorge, l'ignora cyniquement, puis dévala le reste de la colonne vertébrale pour s'arrêter au bas du dos, la faisant frissonner. Ses deux mains entourèrent les hanches puis l'intégralité du corps, pour venir se poser sur le ventre plat, qu'il caressa tendrement alors qu'il déposa un baiser sur la tête de sa jolie partenaire, juste à côté du chignon qui commençait à le gêner.

L'expérience était surprenante. Toucher un corps inconnu alors qu'on lui avait déjà fait l'amour… C'était un peu comme redécouvrir l'autre.

L'Anglais ouvrit la bouche et croqua sans vergogne dans la pince à cheveux, qu'il tira comme un loup sur un bout de viande, libérant les longues mèches ondulées de la jeune Française. Cela fait, il la cracha au sol en humant à nouveau son champoing, remontant ses mains vers les seins.

« Arthur ! »

Elle fut choquée de cette initiative érotique mais ne fit rien pour l'arrêter. Après tout, c'étaient les mains de son homme qui la caressaient. Par contre, elle avait du mal à comprendre pourquoi Arthur semblait osciller entre tendresse et bestialité. C'était à se demander s'il ne rêvait pas de lui faire sauvagement l'amour mais hésitait car voulant prendre son temps pour apprécier ce corps qui s'offrait peu à peu à sa vue.

Elle se tendit quand ses mamelons roulèrent entre les doigts joueurs de son mari, qui contemplait la scène par-dessus son épaule. S'il y avait bien une partie chez la femme qui était encore plus douce que le reste, c'était bien les seins. La peau y était plus fine, voire plus fragile. Arthur trouva la texture amusante, le poids raisonnable et la forme alléchante.

Où était son Francis là-dedans ?

Il la poussa en avant jusqu'à ce qu'elle bascule contre le dossier du fauteuil, dans un petit cri étonné.

Même sa voix n'avait plus rien à voir. La transformation avait rayé tous les repères d'Arthur, tout ce qu'il pensait connaitre par cœur, tout ce qu'il avait appris à aimer. Il devait maintenant réapprendre tout ça. Et pourtant, le fantôme du corps masculin rôdait toujours contre le sien, là, quelque part. Il avait quitté un homme taillé en V pour une femme conçue en X. Il avait quitté l'eau de Cologne virile pour un lilas timide et délicat. Mais pourtant, c'était toujours Francis derrière tout ça. Si son corps d'homme s'était un jour ramené avec un parfum de lilas, Arthur n'en aurait pas été choqué tant ça lui ressemblait.

C'était parce qu'il était capable d'endosser les deux rôles que ce travestissement n'était pas si aberrant que ça.

Merde, mais c'était quand même dingue de penser comme ça, non ?

Arthur embrassa le dos qui lui faisait face, tombant à genoux pour continuer de grignoter sa peau, ôtant la ceinture et le pantalon du même geste. Le fessier rebondi était traversé par un fil, la mettant presque à nue. Elle portait donc un string. Typiquement Francis que de profiter de son nouveau corps pour bien le mettre en valeur. L'Anglais mordilla une fesse puis descendit plus bas pour caler de doux baisers papillons sur les cuisses entrouvertes, créant un ou deux suçons à la volée.

La Française soupirait par saccades, appréhendant l'éventuel moment où son mari déciderait d'honorer une autre partie – plus bouillante – de son corps.

Arthur se remit debout et retourna sa partenaire. Il prit un instant pour apprécier l'indécence de sa tenue, car les lanières du soutien-gorge passaient maintenant au-dessus des seins, ne soutenant donc plus rien. Il les avait relevés lorsqu'il s'était amusé à jouer avec les pointes durcies de sa belle poitrine chatoyante. Pour la débarrasser de cette corde qui lui sciait les aisselles et le décolleté, il ôta le tissu et l'envoya rejoindre la veste au sol.

Il ne lui restait donc plus que le bas – si on ne comptait pas ses talons aiguilles –, qui restait la partie la plus intéressante de cette nouvelle anatomie.

Le sexe.

La différence majeure entre homme et femme.

Comment allait-il réagir en le découvrant ? Il ne l'avouerait jamais mais celui de Francis l'avait toujours comblé lors de leurs ébats, avait toujours été l'origine de ses orgasmes, et que même en étant deux hommes, il l'acceptait. Alors que faire d'un sexe de femme ? Pourrait-il l'apprécier autant que l'autre ?

Le dernier sous-vêtement glissa sur les hanches de la belle Française, exposant une nudité totale qu'elle-même avait encore du mal à accepter pleinement. Les yeux d'Arthur détaillèrent les caractéristiques de son sexe, ce qui la rendit un peu hésitante. La jeune femme éprouvait quelques craintes avec ce bouleversement dans sa sexualité, car on ne pouvait pas faire l'amour de la même manière avec un pénis ou un vagin. C'était encore trop nouveau pour elle, elle avait un peu peur des sensations que cela produirait sur elle, mais d'un autre côté… Arthur avait tous les droits sur son corps. Sur ses corps. Elle se donnerait volontiers toute entière à son amour, mais là encore, aimerait-il cette transformation ? Elle ne le savait toujours pas précisément.

Une petite langue vint alors la titiller et elle eut le réflexe de se cacher la bouche avec une main, comme si elle craignait de lâcher un son qui la trahirait. Arthur était en pleine expérimentation, elle n'allait pas l'arrêter pour pleurer sur son sort. Mais quelle angoisse c'était !

Les pouces écartèrent ses grandes lèvres, aidant la langue à glisser vers le clitoris, cette boule de chair qui détenait la clé de la jouissance féminine. Elle ne s'entendit pas crier – et pourtant, c'était le cas – tant elle était concentrée sur son plaisir. Arthur testait sa chaleur intime, ses réactions, lui lançant parfois un petit coup d'œil d'en bas – soit, dans une position qui l'excitait davantage – sans stopper ses coups de langue. De toute façon, il avait déjà eu du sexe oral avec Francis, alors ce n'était pas ça qui allait le dégoûter. Mais bien sûr, les deux sexes n'avaient absolument pas le même goût, quoiqu'on pouvait ouvrir les débats sur la différence entre cyprine et sperme, tous deux un peu salés, même si le sperme est plus âpre et plus fort. Après, ça dépend toujours du partenaire, mais pour le cas de Francis, Arthur connaissait maintenant ses deux goûts. Et en effet, sa cyprine était moins amères et, avouons-le, la texture du sperme est souvent un peu plus agaçante car plus épaisse. Mais pourtant, Arthur ne les trouvait pas désagréables. Bon, il n'en boirait pas des litres chaque matin comme pouvaient le faire quelques sadomasochistes – libres de faire ce qu'ils veulent bien sûr – mais pendant l'acte, avaler ne lui faisait rien.

Il s'égarait, là.

Revenant au goût de sa compagne, il commença à insérer un doigt en elle pour comprendre comment fonctionnait les réflexes et mécanismes de son corps. Elle arqua le dos au moment où il frôla son clitoris du bout des doigts. Ça, il avait bien repéré que ça lui faisait plaisir. Il s'étonna de l'élasticité du vagin, moins serré que l'anus – avait-il réellement eu cette réflexion… ? – et se surpris à vraiment s'intéresser à ces histoires de différences. Les gémissements à peine dissimulées de sa partenaire l'excitaient et lui donnaient vraiment envie d'aller plus loin dans son expérimentation.

Il voulait faire l'amour avec elle malgré le souvenir de l'homme qu'elle était vraiment.

Cette pensée lui parut étrange mais elle était sincère.

Il se redressa et la souleva, étonné de sa légèreté, pour la conduire au lit conjugal, avide de cette découverte sexuelle qu'il allait vivre. La jeune femme se remettait doucement de ses émotions, suffisamment pour ne pas se rendre compte de l'endroit où elle avait. Cependant, elle reconnut vite ses draps frais contre son dos nu et la chaleur naturelle de son amour la recouvrir. D'habitude, c'était elle qui le chevauchait, mais cet échange des rôles ne lui déplut pas. Comme depuis le début de cette expérience, les différences étaient curieuses mais pas foncièrement désagréables. Du moment qu'ils étaient ensembles, rien ne pouvaient être désagréable.

Humide des caresses sur son intimité, elle se sentit immédiatement prête à l'accueillir – impatiente même. Elle connaissait bien Arthur, lui faisait entièrement confiance, et ses baisers étaient parvenus à la mettre en confiance malgré ses craintes. Elle fut donc heureuse de le sentir ouvrir son pantalon pour accoler leurs deux sexes l'un contre l'autre. D'un mouvement qui se voulait impatient, elle enroula ses jambes autour de ses hanches pour l'inviter à la pénétrer. Arthur roula donc des hanches pour se frayer un chemin en elle, intrigué par la simplicité avec laquelle son pénis entrait dans sa cavité suintante. Les sécrétions naturelles de la jeune femme agissaient comme le meilleur des lubrifiants.

Un soupir commun leur échappa lorsque l'Anglais fut entré jusqu'à la garde, bloquant leur union à ce contact chaud et intense. La Française tirait sur la chemise pour la retirer, souhaitant que son homme colle sa peau à la sienne. Un peu d'égalité, en ce bas-monde ! Il comprit la demande implicite et se débarrassa de ses vêtements, faisant bouger leur point de contact dans la manœuvre. Puis lorsqu'ils furent enfin tous deux dans leur plus simple appareil, ils s'échangèrent un baiser réconfortant et entamèrent enfin une danse érotique qui les firent grimper au septième ciel. Il fallait bien se l'avouer, Arthur n'était plus habitué à être dans la position du « pénétrant », mais sa compagne comptait sur lui alors pas question de flancher maintenant. Francis était toujours très réactif au lit, ça ne changeait pas d'une forme à l'autre, et l'Anglais retrouva dans ses cris une tonalité qu'il connaissait bien, un petit quelque chose qui lui conforma que, oui, c'était bien son Francis Bonnefoy à qui il faisait l'amour en ce moment même.

A chaque fois qu'il revenait en elle pendant ses va-et-vient, la jeune femme soulevait ses hanches pour approfondir le contact, démultipliant les sensations de leur union charnelle. Elle soupira de plaisir quand Arthur vint titiller ses mamelons de sa langue, avide de goûter sa chair après l'avoir humée et touchée.

Cependant, elle rit sous cape en sentant que son amant fatiguait dans son rôle de dominant et renversa les positions. Arthur en fut déboussolé mais apprécia à sa juste valeur l'angle à la fois sublime et masturbatoire qu'il avait sur elle. Du dessous, les courbes de son corps semblaient plus marquées, plus divines même, et il se fatigua un peu moins à la voir descendre et remonter sur sa verge palpitante. Il venait à la rencontre en basculant ses hanches vers le haut, adorant les mouvements de ses seins qui rebondissaient selon le rythme de leurs ébats.

Leurs doigts se rejoignirent pour s'enlacer amoureusement, juste au moment où ils se sentirent grimper encore davantage dans l'échelle de la jouissance. L'extase approcha, transformant leurs quelques mots d'amour en cris incontrôlables. Dans un élan de lucidité, la Française s'écarta pour rompre le contact et acheva l'orgasme de son amant en caressant son pénis avec sa main. Il se déversa donc contre sa cuisse et entre ses doigts tandis qu'elle frotta une dernière fois son clitoris de son index pour atteindre sa propre jouissance.

Vannée de leur activité physique intense, ils s'écroulèrent l'un sur l'autre en respirant maladroitement, le corps suintant de leurs liquides naturels. L'odeur su sexe les envahit mais ils n'en avaient rien à faire, trop obnubilés par l'instant de pure extase qu'ils ressentaient.

La fatigue ne tarda pas à venir, surtout après le stress des derniers jours et c'est enlacés qu'ils furent fauchés par le sommeil.

0*O*o*O*0

« Il faut qu'on parle… »

Francis, dans son corps de femme comblée, peina à émerger pleinement du monde des rêves. Mais la voix de son cher et tendre l'invita à ouvrir les yeux, ne serait-ce que pour contempler la splendeur de son visage et de ses yeux. Elle lui sourit amoureusement, le faisant rougir et toussoter de gêne.

« Francis… Je… je suis vraiment désolé que tu en sois arrivé là à cause de moi… Je veux dire… tu t'es senti délaissé, n'est-ce pas ? Et tu croyais qu'en tant que femme, je t'accepterais plus facilement… Pardon… J'ai été nul…

_ Je ne t'en veux pas, mon amour.

_ Tu as utilisé une potion faite par mon frère, n'est-ce pas ?

_ Allistor a été très compréhensif. Je crois que j'ai beaucoup abusé de sa gentillesse, il faudra que je l'invite à la maison pour rembourser ma dette.

_ Et… tu comptes rester sous cette forme indéfiniment ?

_ Comme tu veux. Ce corps est à toi et veut te plaire. Dis-moi celui que tu préfères.

_ Euh… bah…, rougit l'Anglais qui peinait toujours à répondre dignement à autant d'affection. Tu sais… je suis… plus habitué à… l'autre…

_ Ohhh… Mon petit Thuthur préfère les barres bien dures ?

_ Francis ! Pas dans la bouche d'une jeune femme ! Change de sexe avant de me refaire ça !

_ Une femme n'a pas le droit de faire des sous-entendus salaces ?

_ Bien sûr que si… Mais une beauté venant de faire l'amour, non ».

Francis rougit en attrapant son amant pour l'enlacer. C'est fou à quel point il l'aimait.

« Et… une autre question…, rougit l'Anglais en sentant la poitrine nue de sa compagne contre son torse. A la fin de… de notre…

_ … partie de baise ?

_ Francis, bon sang ! Mais euh… oui… bref ! A la fin de ça… tu t'es retiré… euh…

_ Oh oui ! C'était pour ne pas risquer de tomber enceinte. Allistor m'a prévenu que mon corps n'était pas prêt pour ça. Et, de toute façon, puisque je vais redevenir un homme, il faut mieux que je n'attende pas d'enfant. Puis je crois que j'aurais du mal à m'y faire…

_ Attends… tu veux dire que la potion est suffisamment puissante pour te permettre de procréer ?!

_ Il semblerait ».

Arthur eut des yeux gros comme des soucoupes alors qu'il fixait leurs deux corps enlacés. Puis une petite lueur illumina ses orbes verts.

« Et, juste comme ça… Il te reste combien de fioles de potion… ?

_ Euh… Arthur… ? Tu ne penses pas à… ?

_ …

_ Arthur… »

Francis se fit la réflexion qu'il fallait mieux se débarrasser de ces fichus fioles avant de se réveiller nu, le corps attaché à la rambarde du lit, avec un Arthur transformé en femme au-dessus de lui. Pas qu'il ne voulait pas s'occuper du probable fruit de leur amour, mais pour l'heure, il voulait juste profiter un peu d'un repos bien mérité. Changer de sexe, c'est bien joli, mais ça coûte de l'énergie et pas mal de moral.

Pour les enfants, on verra un autre jour.


Oui, je suis partie en sucette. Oui. Oui, j'ai passé un bon gros paragraphe à comparer le goût du sperme et celui de la cyprine. Oui. Oui, ma santé mentale est morte. Et oui, parfois, c'était bizarre. Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? XD

Du coup, je vais me barrer tant qu'il en est encore temps…

Biz' !