NEW LEGEND – Le Mythe Réécrit

Crédits : Les personnages employés dans cette fanfic' appartiennent à Masami Kurumada.

Bonjour ! Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Wolfkiry, une putain de fujoshi qui adore écrire des romances aussi adorables qu'épiques, enchantée ! :D

Ça fait un bout de temps que je veux écrire une histoire sur Saint Seiya, mais je n'avais pas encore trouvé l'inspiration (ni la motivation ^^). Mais maintenant qu'elle a enfin daigné se montrer, je ne vais pas attendre plus longtemps !

Voilà, j'espère que ça vous plaira ! :)


Le vin coulait déjà à flot bien avant que la nuit ne tombe. Lorsque le ciel fut finalement paré d'une épaisse couleur encre, les invités, eux, rayonnaient toujours autant. Ils riaient et dansaient encore alors que plus aucune musique ne planait dans l'immense salle de bal carrelée de marbre et sculptée d'or, environnée de statues et des peintures superbes. Seules leurs voix doucereuses et vives emplissaient leur monde bourgeois en cette heure. Sous leurs maquillages princiers et leurs tenues somptueuses de plusieurs épaisseurs de pierreries, des sourires figés s'échangeaient.

Malgré le fait qu'il ait passé toute sa vie dans ces lieux nobles, à nager parmi les odeurs de parfums trop fleuris et les compliments ternes, Andromède n'avait jamais pu s'acclimater parfaitement à ce milieu, d'où il se sentait toujours affreusement étranger.

Il n'était pas comme ces hommes cuirassés de diamants, parfaitement coiffés ou ces femmes à la poitrine dénudée et au rire strident. Il ne lui avait pas fallu longtemps étant enfant avant de comprendre qu'il ne partageait pas leur enthousiasme à boire, à acheter et à baiser sans arrêt tout en se noyant dans une vie superficielle basée sur le paraître. Andromède, lui voulait ressentir, dire la vérité et profiter simplement de l'instant.

Adossé à un mur, entouré de sa foule habituelle de courtisans dont il ne connaissait pas les noms ni la couleur des yeux, le jeune prince sirotait la même coupe de vin rougeâtre depuis près de trois heures en espérant secrètement qu'une météorite tombe sur lui pour abréger ses souffrances. Il se serait déjà éclipsé depuis longtemps si cette fête ne se déroulait pas dans le palais de ses parents, où sa présence était évidemment mandée.

De nouveaux musiciens débarquèrent sur l'estrade qui leur était réservé, tout fringants, puis entamèrent une nouvelle série de couplets mélodieux emprunts d'une mélancolie délicate. Les invités relevèrent alors la tête et poussèrent des cris d'excitations, choisissant avec fureur leur partenaire pour valser de nouveau.

Comme d'habitude, ce fut la débandade pour celui qui obtiendrait Andromède pour lui seul le temps d'une danse. Des dizaines d'hommes -et mêmes quelques femmes- de tous âges fondirent vers lui en lui tendait des mains affamées. Plusieurs disputes éclatèrent alors parce que les voix et les épaules se chevauchaient maladroitement au détriment de l'étiquette de la bienséance.

Andromède ne pouvait pas refuser malheureusement, son père le cernait de son regard inquisiteur depuis son trône « Choisi et dance » lui ordonnait-il silencieusement sans remuer le moindre cil. Le jeune homme ne savait pas qui prendre. Tous les hommes se ressemblaient pour lui, lui portaient les mêmes regards avides et ouvertement intéressés tous crocs sortis. Quelques soit leurs âges ou leurs expériences en matière de séduction, ces personnes ne cherchaient pas à le connaître mais à le charmer rudement pour en recueillir les avantages financiers et sociaux que cela offrait. Ils étaient tous des prédateurs sans personnalité ni chaleur.

Andromède poussa un léger soupir puis posa sa main au hasard dans une tendue près de lui. Aussitôt des protestations fusèrent, bientôt dépassés par les cris accordés des instruments à vent ou à corde qui signalaient le début de la danse.

Le jeune prince se retrouva donc dans les bras d'un énième militaire assez émérite pour être invité au palais de son souverain. L'homme était plus grand que lui d'une bonne tête et portait les stigmates de nombreuses guerres sur le menton et la gorge. Ses tempes commençaient à griser et il sentait très fort le tabac et l'orgueil.

- Quel honneur vous me faites, répéta-t-il encore une fois de sa voix grave et doucereuse en l'entourant de ses bras épais.

Andromède lui souria avec la même douceur de façade comme il avait si bien appris à le faire puis se laissa mener par le militaire aux sons de la danse rythmé.

Dire que Shun avait depuis toujours espéré mener la danse…On le traitait comme une petite chose fragile alors qu'il avait assez de force pour assommer un homme d'un seul coup de poing. Cela devenait de plus en plus insupportable de jour en jour. Surtout que bientôt, Andromède aurait atteint l'âge maximum pour choisir un époux. Cette idée le faisait frissonner à chaque fois qu'il y pensait. Il ne voulait pas prendre quelqu'un à ses côtés pour le reste de sa vie alors que ce n'était même pas par amour mais par obligation. Il ne voulait pas être prince, il ne voulait pas être une perle royale comme d'autres, mais un être humain reconnu pour son caractère et la valeur de ses actes.

Andromède tressaillit lorsque la danse prit un rythme plus cadencé et que son partenaire décida d'en profiter pour glisser sa main le long de ses reins. Il était vrai que le prince portait une tenue plutôt affriolante si l'on pouvait le dire. Une tunique longue et légère, idéale pour la danse, brodée de perles et en formes de sigles anciens avec des fils d'or. Les manches et le bas de la tenue étaient évasés et à ourlets, mais assez cintré au niveau de sa taille si mince. Heureusement qu'il portait un long gilet par-dessus tout cela sinon les regards affamés des hommes de la cour le figerait constamment tant qu'ils l'empêcheraient de respirer.

Enfin, la danse se termina, et Andromède s'éloigna de son cavalier d'un pas vif en le remerciant comme cela se devait.

Il était déjà prêt à devoir subir une nouvelle rencontre avec un autre prince ou fils de n'importe qui d'influent lorsque la voix tranchante et vive de son père les stoppa tous sur place.

- Mes amis, encore merci de votre présence ici ce soir. Je suis heureux de pouvoir accueillir des personnes de votre trempe chez moi, vous y serez toujours les bienvenus !

Le roi Cephée portait sa couronne la plus imposante, et semblait à Andromède ridicule car elle lui donnait un air de cervidé avec ses pics en or en forme de bois de cerfs. Le souverain leva sa coupe de nouveau pleine puis souria de toutes ses dents. Sa femme et mère de Shun, la reine Cassiopée, venait de le rejoindre à ses côtés, elle aussi risiblement superbe dans ses habits de fêtes et sous sa couronne prépondérante.

- Nous fêtons ce soir cette nouvelle victoire contre ces fous d'occidentaux. Ils ne sont pas près de nous avoir ! tonna-t-elle avec une voix délurée par l'alcool.

La foule aussi éméchée qu'elle, héla ses paroles en grondant vivement comme si c'était eux qui avaient combattus directement leurs ennemis. La reine, emportée par ce soutien incroyable, continua alors sa litanie.

- Nous sommes un pays puissant, que dis-je insubmersible ! Nous sommes une dynastie descendante des plus grands. Rien, pas même la foudre des dieux ne peux nous faire tomber.

Encore une fois, les gens crièrent des « tout à fait », se complimentant eux-mêmes et enorgueillissant toujours plus la reine.

Cette dernière n'avait jamais connue la soif et la faim, elle ne faisait que brûler les économies de son pays selon ses envies, pour que toujours plus de gens respectent ses paroles et la suivent aveuglément. Elle but de nouveau dans son verre et expira avec bonheur.

Lorsque ses yeux gris se posèrent sur Andromède, aussi immobile que les autres dans la foule. Le jeune homme, qui ignorait depuis un bon moment les compliments que les hommes près de lui glissaient langoureusement à l'oreille, sentit sa gorge se serrée alors que la reine lui souriait de toutes ses dents.

- Nous possédons les plus grandes armés, les plus belles cultures, nous dominons les plus belles plaines ! Le Destin à lui seul ne peut nous guider parce que c'est nous qui choisissons ce que ce monde va devenir.

Un orage de chaleur se mit alors à gronder dans le ciel, assez puissamment pour que cela soit entendu de derrière les fenêtres épaisses du solide palais.

- Et regardez ce que la liberté des hommes peut créer, continua-t-elle en tenant un doigt vers Andromède à quelque mètres de lui.

Ce dernier sentit alors des centaines d'yeux se poser sur lui.

- Un joyau, capable de figer une colombe en plein vol. Notre fils est plus rayonnant encore que le soleil.

- Mère…lui murmura Andromède sur un ton suppliant.

La reine s'approcha de son fils et le contempla un instant d'un regard passionné, celui que le sculpteur offre à son œuvre finie. La liesse encore fébrile du public l'aida autant que son vin à continuer de parler.

- Ne sois pas timide, mon fils, tu le sais aussi bien que toutes les personnes présentes ici, ta beauté est plus qu'enviable.

Aussitôt, des injonctions significatives et rauques confirmèrent les dires de la reine.

- Tout comme ta personnalité. Tu seras un grand souverain. Je sais que l'avenir de notre radieux royaume le restera lorsque je ne serais plus là, commenta le roi en hochant la tête.

- Ne soyons pas timides sur les mots, reprit la reine. Andromède, ta beauté doit dépasser de loin celle des plus beaux dieux et déesses de l'Olympe. Ils doivent ronger leur frein de jalousie rien qu'en te voyant de dos.

Andromède leva les yeux au ciel et resta silencieux avec froideur. Sachant pertinemment que contester sa mère serait totalement inefficace. Il aurait tout donné pour ne plus être là. Dehors les nuages ne faisaient que de continuer à gronder dangereusement et à s'agglutiner dans le ciel cendreux.

- La sculpture parfaite de la jeunesse est capable de tout abattre. Mêlé au sang pur et royal la perfection est atteinte. C'est à se demander pourquoi ce ne sont pas nous, les êtres divins ! Regardez mon fils et osez me dire que l'on ne serait pas prêt à égorger les dieux pour ses beaux yeux.

La reine parlait avec évidence et force, mais elle s'arrêta immédiatement lorsqu'elle aperçut une silhouette légèrement courbée qui venait d'apparaître entre les invités. Son visage comme le reste de son corps était encapuchonné par du tissus sale et couvert d'ombres.

- Qui oses s'introduire ici ?! hurla alors le roi avec toute la fierté que sa fatigue saoule lui permettait d'avoir. Gardes ! gardes !

Mais personne ne semblait déterminé à approcher l'arrivant aux fripes déchirées. Lorsque ce dernier enleva sa capuche – ce fut plutôt cette dernière qui glissa du haut de son crâne- une atmosphère étouffante de peur se répandit parmi les gens. Cet homme semblait à la fois vieux et impitoyable, mais également calme et jeune. Ses cheveux mi-longs étaient aussi blancs que la neige après la pluie, des fine rides parsemaient les coins de ses joues et de ses yeux. Il était relativement beau en somme, ses grands yeux gris luisaient autant que de l'or. Mais le pire restait son sourire, car tout simplement il n'y en avait pas. Cette homme avait l'air emplit de haine.

- Qui es-tu ? Demanda la reine Cassiopée d'une voix légèrement étranglée.

Cette question sembla grandement amuser l'arrivant. Il souria enfin, avec froideur.

- Puisque l'apparence passe avant tout pour vous, apprenez donc à voir le vrai visage des hommes.

Aussitôt, l'homme perdit sa cape, la laissa tomber autour de ses chevilles sèchement. Il dévoila une tenue de guerrier de couleur or et argent, dont les courbes harmonieuses semblaient respecter parfaitement les formes de sa silhouette avec un soin incroyable, comme si on avait taillé l'armure à même son corps. Une cape élégante voletait derrière lui alors qu'il n'y avait pas de vent. Il fit claquer ses bottes sur les dalles en s'avançant vers la reine elle aussi figée sur place, complètement muette par la prestance dominante que dégageait cet homme nettement peu humain.

- Toi, une simple mortelle dont l'esprit est aussi obtus que perfide, a osé proférer des propos que je ne juge même plus comme affronts ou insultes, mais comme déclarations explicites de guerre. Même ceux qui ne craignent pas la mort n'osent pas aller aussi loin que tu l'as été ce soir en parlant avec autant d'orgueil. Votre souffle même est un cadeau de l'olympe et pourtant vous nous avez insultez.

- Qui…êtes-vous ? Dit la reine les larmes aux yeux, dénuée de toute confiance.

L'homme souria de nouveau, comme on sourie quand on accule une proie dans un coin.

- Tu n'as toujours pas deviné ? Je suis Zeus, l'un des plus puissants dieux de toute la création, si ce n'est le plus puissants de tous. Je suis là pour moi-même mais aussi pour représenter mes frères et sœurs, que tu as tout autant offensés qu'énervés. Si je n'avais pas été si bon je les aurais laissés t'abattre d'un coup d'éclair ou de glace comme ils le souhaitaient. Mais j'apprécie les hommes, je sais qu'ils ne sont pas tous foncièrement mauvais comme toi, c'est pourquoi je suis là debout devant vous et que vous tous êtes également encore là vous aussi, toujours vivants.

Ce fut peut-être parce que l'orage grondait maintenant avec une fureur exemplaire pour paver des paroles de cet homme ou bien parce que cela était dû à sa prestance hors norme, dans tous les cas personne ne douta de son nom, de son statut et de ses dires.

- Ô Zeus, balbutia alors le père d'Andromède en s'inclinant maladroitement, les mains encore pleines de coupes de vin, pardonne-nous je t'en conjure, nous…

- Garde ta salive pour tes discours à tes moutons. Supplier sera inutile ce soir parce que j'ai déjà pris ma décision et que rien ne pourra me faire changer d'avis. Même si ces mots n'étaient pas la vérité de vos pensées, ils ont été prononcés et c'est bien assez.

Aussitôt les dernières torches et flambeaux de la pièce perdirent de leur panache, diminuèrent leur illumination de moitié. Les invités poussèrent des cris d'effrois dignes des plus belles poules et les ombres froides de la nuit se répandirent dans l'immense salle de bal comme des serpents langoureux et mortels.

Zeus tourna alors son regard glacé vers Andromède et le jeune homme se sentit aussitôt happé par la puissance du dieu, capable de dévaster un monde d'un claquement de doigts. L'entité le scruta minutieusement durant un instant puis rouvrit la bouche, des volutes de fumées s'échappant à présent du bord de ses lèvres pleines.

- Si vous voulez que votre pays continue de subsister dans la paix et la prospérité, il va falloir vous faire pardonner autrement qu'en vous inclinant et en s'excusant. Je veux plus.

- Tout ce que vous voulez, ô dieu des dieux...commença la reine Cassiopée d'un ton suave.

- La ferme, chienne ! cria furieusement le roi en faisant ronfler le tonnerre au-dessus du château. Dans deux jours, Poséidon ,mon frère, va libérer de ses abysses les plus profondes un monstre marin qui ira s'abattre sur votre ville, faire fondre vos murailles infranchissables et embraser vos toits, empoisonner vos rivières, vos plantations et dévorer votre peuple pour qu'il ne reste plus rien de ce pays et de la cité d'Argos à part un tas de cendre et d'os.

Un murmure paniqué se répandit alors parmi les hommes. Le ton seul de Zeus promettait que toute cette histoire se révèle bientôt vraie.

- Pitié ! dit alors le roi Céphée en tombant à genoux. Pitié, que pouvons-nous faire pour vous apaiser ? Nous sommes prêts à tout vous céder, nos plus belles bêtes, notre meilleur vin, la plus grande partie de nos récoltes, même nos trésors de guerre ! pitié pour nos vies !

- L'idée est bonne, souria alors atrocement le dieu sans divulguer sa répugnance, mais je ne veux rien de tout cela.

Son regard ne lâchait pas Andromède. Le jeune prince sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine.

Zeus tendit alors subséquemment un doigt dans sa direction.

- Vous aviez bien dit que la beauté de votre fils dépassait de loin celle des divins immortels eux-mêmes ? je pense qu'il doit bien être la seule pierrerie méritant de l'intérêt dans cette sordide salle. (Il reposa de nouveau les yeux sur le prince mais cette fois avec un voile nouveau, affamé et intéressé) Il est vrai que son charme est des plus appréciables. C'est un beau morceau que vous avez composé.

Sentant le danger gonfler derrière ces mots, la garde personnelle de la famille royale réagit enfin. Se projetant entre le prince et le dieu, les quelques soldats brandirent leurs armes comme unique salut.

Le dieu s'arrêta un instant, les dévisagea curieusement avant de leur sourire sombrement. D'un coup de doigt il les fit tomber au sol, parfaitement inconscients ou les genoux rompus. Andromède se glaça un peu plus en entendant leurs hurlements fusés dans la salle immobile.

- Pour que les dieux s'apaisent il faudra que vous me cédiez votre prince dont vous êtes si fiers. Lorsqu'il sera la propriété de l'Olympe tout ira mieux.

Andromède s'y attendait, étrangement. Vu que les yeux empoisonnés de Zeus s'étaient plantés en lui, il ne fut pas tant surpris que ça lorsque ce dernier se mit à le menacer ouvertement de mort. Autour de lui l'espace avec les autres hommes s'agrandissait peu à peu.

Personne ne répondit à Zeus, ce dernier ne s'en offusqua cependant pas d'avantage.

- Choisissez humains. Destruction ou sacrifice.

Enfin les nuages se crevèrent et déversèrent leurs torrents de pluies sur le sol en crépitant. Une foudre aussi blanche que les os se mit à craquer, et éblouir le palais d'une lumière aveuglante. La silhouette de Zeus s'entoura d'un halo doré et lorsque l'éclair disparu, lui aussi l'était. Il ne restait plus rien de son passage, à part peut-être une odeur traînante de souffre.


Après la pluie diluvienne qui venait de s'abattre pendant toute le reste de la nuit il ne restait au matin qu'un silence endolori qui subsistait dans les environs du palais. L'aube était froide, et l'horizon, composé de montagnes inaccessibles et de toits arrondis et raffinés, luisait comme un œil.

Assis sur sa fenêtre, Andromède avait passé toute la pluie à réfléchir confusément autour du fait qu'il allait mourir bientôt. Ce n'était pas comme s'il n'avait appréhendé l'idée de disparaître aussi brusquement, après tout être prince engageait de tels risques. Mais il avait toujours pensée que si cela arrivait, ce serait pas accident, ou par assassinat. Mais pas par obligation, avec le soutien de toute sa famille, qui plus est.

Secrètement, Shun l'avait toujours su. Il allait un jour finir par devoir se sacrifier pour ces fous, ces pourris nobles sans cœur ni réel honneur pour faire pardonner leurs erreurs. L'idée le révulsait, mais si cependant, dans ce procédé cela permettait à des milliers d'innocents et d'honnêtes personnes de pouvoir voir de nouveau le jour se lever sur Argos sans crainte, alors il savait que ça en valait entièrement la peine.

Au moins on l'avait laissé tranquille jusqu'à maintenant. Depuis la veille et cette soirée tumultueuse, plus personne n'était venu au chevet d'Andromède se proposer en mariage ou pour partager un repas, pas même sa mère, dont la faute semblait avoir été oubliée par le peuple bourgeois. Tout le monde faisait le sourd, se cachait la tête dans le sable, et espérait que tout cela se passe sans autre violence ni interruption courroucée.

Andromède avait terriblement peur, était en colère et frustré comme on peut l'être quand on se retrouve prisonnier d'un cul de sac qui se rempli peu à peu d'eau. Mais il s'était finalement fait une raison face à l'énormité de la menace qui planait maintenant sur tout leur peuple et qui demandait son sacrifice. C'est pourquoi, après avoir essuyé ses dernières larmes d'angoisse et de rancœur, il s'était assis sur la fenêtre de sa chambre pour attendre et observer en toute quiétude.


Ikki venait à peine de rentrer d'une expédition éreintante dans les confins de leurs terres les plus sauvages lorsqu'il apprit la nouvelle.

Ce fut par messager direct. Un jeune homme qu'il connaissait assez bien venait de tuer à moitié son cheval en le faisant parcourir en moins d'une demi-journée un chemin qui demandait deux jours entier de voyages, tout ça seulement pour retrouver le prince aîné. Il était fort probable que l'animal ne se relève pas de sitôt. Son cavalier avait couru comme un dératé vers les tentes de l'équipe d'Ikki qui portaient les sigles de la famille royale et de l'escouade du prince héritier, projetant des lapées de sables à chaque enjambées dans le terrain désertique où ils campaient.

- Majesté ! haletait-il avec peine en s'avançant vers l'homme qu'il cherchait. C'est terrible !

- Qu'y a-t-il ? lui demanda Ikki en abandonnant son repas parmi ses hommes pour venir à sa rencontre. Pourquoi le roi me fait mander ?

- Ce n'est pas de lui que j'ai reçu ma mission, mais de sa majesté Andromède ! il va… il va… !

- Quel est le problème ? parle !

- Ils vont…le sacrifier votre altesse, répondit le messager en tombant à genoux. Demain matin ils vont l'offrir à uns des monstres de Poséidon, pour faire pardonner aux dieux leur orgueil.

-QUOI ? quelle est cette lubie ?! Oridiastre, prépare mon cheval et le tien, nous partons sur le champ à Argos.

Aussitôt, le coéquipier d'Ikki appelé ainsi couru chercher leurs destriers pour les préparer alors que le prince secouait le messager avec force.

- Et toi, parle ! pourquoi tout ceci se passe sans que je sois au courant ?!

- C'est…arrivé si vite, altesse. Personne n'a pensé à le faire, je suis désolé…

- Je me fiche bien de tes excuses, pourquoi Andromède ?

- C'est une longue histoire. Je comptais déjà vous aller retrouver pour vous avertir, lorsque le prince votre frère m'a donné cette lettre à vous porter, pour que vous seul la lisiez…Je crois qu'il ne voulait pas que vous retourniez à la cité.

Le messager sortit alors de sa poche arrière un petit parchemin qu'il tendit fébrilement au prince qui le lui arracha des mains en grognant.

- C'est ça, comme si je vais me mettre à obéir à un gamin qui pèse la moitié de mon poids ! bon, Oridiastre, il vient ce cheval ?!

La voix d'Ikki était aussi tranchante qu'une lame alors qu'il martelait ses pas dans le sable avec force tout en se dirigeant vers Oridiastre. Lorsqu'enfin, il eut en face de lui un cheval prêt à partir, le prince bondit en selle. Il talonnait déjà l'animal alors qu'il parlait encore à ses compagnons de voyages et subalternes.

- Je vous laisse finir ici, moi j'ouvre la voie. On se retrouvera à Argos.

Avant qu'on lui réponde distinctement Ikki était déjà loin. Il pouvait entendre les pas du cheval de son ami Oridiastre retentir derrière lui, puis grinça des dents tout en ouvrant d'une main le parchemin écris par son petit frère.

Ikki,

Je ne sais pas quand tu liras cette lettre, j'espère en tout cas que tu n'as pas trop malmené celui qui te l'a apportée. Il a eu le courage d'aller contre la volonté de nos parents et c'est plus que respectable. Je sais de quoi je parle parce que moi-même je ne suis pas capable de le faire.

Il y a peu de chance que l'on se voit avant le jour où je serai sacrifié, il te reste trop de terres à parcourir, c'est pourquoi je t'adresse cette missive en tant que mes dernières volontés, je sais que tu les respecteras. Honnêtement, j'ai peur que les parents continuent à ne rien respecter même après mon départ c'est pourquoi je ne leur parlerai pas de cette lettre ni du dégoût profond que me communique leur attitude. Ils ne le méritent pas.

S'il te plaît, cependant ne leur en veux pas. Et ne fais pas subir au royaume ce que seuls nos parents sont responsables. Ils ne sont pas méchants, seulement aveugles. Tu es le dernier prince à présent, c'est pourquoi tu dois rester calme. Je trouve risible de te faire ainsi la morale, alors que tu en sais bien plus que moi sur le fonctionnement de ce monde, mais il faut que je te le dise. Je sais qu'à l'avenir tu feras un très bon roi, qui sauras respecter les dieux, nos traditions tout en nous faisant avancer dans le progrès.

J'aimerais te dire bien d'autres choses, plus futiles et sentimentales au point que cela te ferait lever les yeux au ciel comme tu sais si bien le faire, mais les mots me manquent présentement. Et tu sais que je t'aime et tout ça… donc je vais te laisser sur ces derniers mots.

La vie n'est pas juste, mais ce n'est pas une raison pour arrêter de se battre. C'est justement une raison de rester plus fort. Tu ne peux pas vivre dans le regret éternellement. Ce qui est fait est fait, je ne le regrette pas. Je suis même content d'être mort aussi utilement. Brûle un de nos cierges à la lavande bénie en mon souvenir et passe à autre chose, lâche prise. Il y a une belle vie qui t'attends maintenant, Phénix. Moi, je serais toujours avec toi.

Ton frère qui te suivra jusqu'en enfer et qui est le premier à croire en toi,

Shun.

Il avait signé de son vrai nom. Celui qu'on lui interdisait de porter parce que ce n'était pas celui du prince d'Argos. Ikki sentit sa gorge se nouer douloureusement alors que son cheval entamait une descente raide vers une terre moins sablonneuse entrecroisée de racines d'arbres.

Il passa le reste de la journée à cheval, à tailler son chemin vers Argos sans même penser à reprendre son souffle. Il s'accorda une pause au milieu de la nuit, plus pour son cheval et Oridiastre que pour lui. Il chronométra les moindres instants passés immobiles, froissant la lettre de Shun entre ses doigts à cause de la puissante colère qui grondant alors en lui, sursautant au crissement du papier.

Ils repartirent enfin après une courte heure de pause, sans même se servir de torches. Ikki connaissait le chemin par cœur, une passion angoissée lui donnant des ailes et la capacité de voir dans la nuit d'huile qui l'entourait.

Aller, supplia-t-il silencieusement lorsqu'il vu les premières lumières de l'aube percer le voile de nuit.

Il arriva devant les portes de la ville alors que cette dernière semblait muette, déserte, recroquevillée sur elle-même. Il continua galoper dans les rues étroites couvertes de dalles poncées d'Argos, frôlant les toits et les murets, le souffle court. Il arriva presque à cheval dans la salle d'audience du palais. Il sentit ses jambes vaciller sous son poids, mais continua d'avancer, hurlant à quelqu'un de se montrer.

- C'est comme ça qu'on accueille un prince ?!

Une tête barbue sortie alors de derrière une colonnade, affichant une expression confuse.

- Phénix, c'est vous, altesse ! que faites-vous ici…?

Ikki reconnu rapidement le regard immense et éperdu de l'ancien commandant d'infanterie de l'armée royale, relégué ces dernières années au rang de simple garde du château.

- Amène-moi voir Andromède. Maintenant.

- Altesse, je ne crois pas que ce soit possible de le voir...Il est arrivé un malheur, Zeus à lancé son courroux sur la ville après que la reine aie malencontreusement proféré des menaces à l'encontre des dieux...ils veulent en échangent qu'Andromède leur soit délivré sinon Argos sera détruite.

- Je ne t'ai pas demandé si je pouvais le voir, je t'ai demandé de m'emmener le voir, rétorqua froidement Ikki en croisant les bras. Dépêche-toi avant que je ne m'énerve vraiment.

Le commandant hésita un instant puis afficha une expression douloureuse et lui ouvrit la voie vers les catacombes du palais. Ils descendirent quelques escaliers sombre en silence avant qu'Ikki n'intervienne de nouveau, prêt à le tuer pour de bon.

- Ne me dit pas que vous l'avez enfermé ici ? grogna le prince lorsqu'il vit les alentours humides et moussus des geôles.

- Je…Je suis désolé.

Ikki se retint de couper une oreille à cet homme sans caractère ni esprit de rébellion. Il le suivit de près avant qu'ils s'arrêtent enfin devant une solide porte en bronze sculptée. Le commandant regarda du coin de l'œil Ikki qui crépitait de rage derrière lui, et ouvrit la porte d'un tour de clé bref.

Le phénix le dépassa aussitôt que la porte fut ouverte. Une fois enfoncé dans la cellule plutôt propre et sombre, il évalua avec soin les alentours à la recherche de son frère. Mais ne vit rien.

La porte se referma alors dans son dos et la clé tourna de nouveau plusieurs fois dans une résonance creuse.

- Est-ce que tu es bien sérieux, là ? dit alors Ikki en se retournant, la voix emplie de poison.

- Je suis désolé, répéta le vieux garde en le regardant à travers la petite fenêtre porte barrée de fer sur la porte du cachot. Ce sont les ordres de ses majestés. Ils ne croyaient pas vraiment que vous seriez de retour si tôt, mais ils ont préférés prendre des mesures de précautions…

Ikki s'abattit alors sur la porte de métal avec l'impétuosité d'un étalon fou. Le fer vibra, gronda, mais resta parfaitement glacé et figé. Pourquoi la seule arme qu'il avait pensé à prendre en partant de son campe avait été cette épée à peine capable de fissurer le métal ? la précipitation l'avait perdu.

- Laisse-moi sortir ou je te jure que je te tuerais. Toi et toute ta famille je vous éviscérait !

Mais le commandant était déjà loin dans le couloir, promettant de lui ramener de l'eau, des couvertures et des vivres chauds. Il abandonna le prince héritier à la pénombre huileuse de la cellule et alors que ce dernier continuait de fracasser ses poings et ses chevilles sur les moindres parcelles de sa prison dans l'espoir qu'une fissure se forme, que quelque chose lui cède. Rapidement, il fut couvert de son propre sang et hurla alors à plein poumon en appuyant son front contre le fer oxydé de la porte. Sa voix chevrotante et éraillé retentit un bon moment dans les environs avant de s'éclipser pour de bon.

Non, non, s'il vous plaît… ! Pria Ikki pour la première fois de sa vie. Il ne mérite pas de mourir si jeune, de sacrifier son cœur si pur et innocent à ces vautours avides et pécheurs. S'il vous plaît, dieu, Hadès, Zeus, Père, n'importe qui… sauvez-le.

A suivre...


Ce chapitre est tellement joyeux ! (^0^') Désolé de commencer avec de si mauvaises hospices, mais je suis une adepte des débuts rapides et violents.

Qui va bien pouvoir sauver Andromède ?! Réponse dans le prochain chapitre !

D'ailleurs je ne sais pas encore comment je vais me débrouiller au niveau des délais, la plupart du temps j'arrive à sortir un chapitre par semaine, mais je ne sais pas encore si j'y arriverais vraiment pour cette fanfic'...l'avenir nous le dira !

N'hésitez pas à commenter ! :) Sur ce, à bientôt !

Bisou, Wolfkiry.