Je continue dans ma lancée 2017 pour reprendre là où je m'étais arrêté dans cette fic', dieu ce que je suis inspirée sur celle-ci ! *P*

Shun andromde Ton sixième sens est de bonne qualité ! ;) Désolé pour l'absence !

Bonne lecture, les gars !


Les gardes ne revinrent heureusement pas immédiatement faire leur tour dans les cachots, ce qui permit à Shun, Seiya et Hyoga de quitter les couloirs embourgeoisés et sinueux du château de Phinée sans plus de contraintes que leur propre appréhension à se retrouver de nouveau rattrapés par leurs hôtes.

C'était une situation assez étrange, d'errer sur la pointe des pieds, l'échine et les genoux tendus comme des arbalètes, dans ce château somptueux à l'atmosphère néanmoins lugubre, comme des adolescents faisant le mur pour aller observer la nuit et se bécoter. Sauf qu'ici, s'ils se faisaient rattrapés, ils se feraient littéralement battre, voire tuer.

Ils parvinrent finalement à sortir en dehors des murs en passant par une petite porte réservée surement aux domestiques. Ils durent cependant continuer à frôler les murs et les ombres de la forteresse, jugeant les alentours d'un œil inquiet. Dans la petite cour plutôt crasseuse et vide où ils avaient atterri, et qui semblait fort servir à un dépotoir pour les cuisines et un centre de pause pour les valets, des appentis en bois et en tuiles s'étendaient largement par-dessus leurs têtes pour protéger des pluies et des dizaines d'amas de bois confus jonchaient le sol.

Hyoga, qui n'avait toujours pas lâché la main de Shun le tira à sa suite tout en chuchotant.

« Vite. Il faut trouver des montures pour être sûr qu'ils ne nous rattrapent pas.

- Ils doivent bien les garder. » ajouta Seiya qui marchait tout près d'eux, les yeux perdus dans les alentours.

« Nous verrons bien si la chance tourne. »

Ils finirent cependant par n'avoir pas d'autre choix que de quitter le plus gros du domaine à pieds, parce que les chevaux étaient en effet très bien gardés. Enfermés dans des stalles closes à clés et parsemées d'aller et venues de soldats et de serviteurs, il n'y avait pas moyen qu'ils puissent s'emparer d'un seul cheval, même de la plus minable monture.

Les trois fugitifs dévalèrent la colline sur laquelle le château se trouvait -la région étant surtout composée de collines et de vallées pentues leur chemin ne serait sûrement au final résumé qu'à ce genre d'exercice- pour commencer ensuite à emprunter la descente qui menait vers la forêt la plus proche. Entre les deux reliefs une forte distance difficilement calculable s'étendait, sur une plaine d'herbe verdoyante mais aussi boueuse que s'il venait d'y pleuvoir.

Shun, Seiya et Hyoga venaient de traverser un guet remplis d'une eau stagnante lorsqu'un son ronflant et lourd cri se mit à sonner dans les airs, les perdurant durant de longues secondes.

« Ça, c'est un cor d'alerte, ou je ne m'y connais pas. » dit Seiya en serrant les mâchoires.

« Cela devait bien finir par arriver. » dit Hyoga en relevant la tête en direction du château fumant dans le jour gris.

Sans même se concerter, ils se mirent à courir. Peut-être que l'éclatement soudain de cris et de roulements métalliques derrière eux venaient de les y pousser d'un commun accord implicite.

Hyoga tirait avec force Shun dans son sillon, car même si les opposants n'étaient pas encore visibles, ils ne tarderaient pas à l'être et rien ne signifiait pas qu'une nouvelle rencontre se terminerait aussi doucement que la première avec ces gens.

Shun haletait du rythme cadencé imposé par Hyoga, l'homme avait de grandes jambes et l'énergie du désespoir comme combustible, c'était difficile de tenir cette mesure mais Shun ne voulait pas se plaindre, il n'en avait pas ce luxe.

Le roulement des sabots se mit à tonner derrière eux. Tournant les yeux par-dessus leurs épaules, les trois fugitifs eurent le sang glacé en apercevant déjà les trainées de fumées grisâtres que les cavaliers lancés à pleins galops élevaient en courant dans leur direction.

« Oh non… »

Il n'y avait ni banderoles ni plastron étendus devant les têtes casqués des soldats colériques, leurs attitudes et figures prostrées de détermination leur servait de drapeau et faisait un effet pareil à n'importe quelle pancarte.

« Ne ralentis pas ! » ordonna Hyoga à Shun en le tirant vivement près de lui « Regarde devant, la forêt n'est plus très loin. Concentre-toi là-dessus. »

Ils n'avaient pas mangé depuis la veille, la faim, la soif et la fatigue les tiraillait de même que la peur et le terrain gadoueux sur lequel ils couraient, et qui leur donnait la mauvaise impression de ne pas avancer tandis que derrière, les cavaliers bourdonnaient avec toujours autant de force.

« On n'y arrivera pas » dit Seiya en haletant à grandes goulées douloureuses « Ils vont encore nous rattraper … Imagine s'ils ont encore leurs javelots ?

- Ta gueule ! » hurla Hyoga en plissant les yeux vers l'horizon toujours aussi inaccessible qui semblait se réduire, être engloutis par le terrain gadoueux.

« Hyoga... » souffla Shun avec peine qui devait penser pareil que le mercenaire brun. « Si je me rends et que vous continuez de fuir tous les deux de votre côté, vous avez une chance…Ils doivent surtout en avoir après moi…si ça se trouve ils ne savent même pas que vous vous êtes enfuis de votre cachot ! il faut essayer et…

- Hors de question que je t'abandonne dans les griffes de ce taré ! » trancha violemment Hyoga « Nous nous quittons cet endroit ensemble ou pas du tout ! »

« Ce sera plus pas du tout, dans ce cas. » dit lourdement Seiya près d'eux. « On n'arriveras pas à temps dans la forêt pour tenter de les y semer.

- Quel pessimiste. » grimaça Hyoga.

Seiya regarda sombrement le dos de Hyoga comme s'il souhaitait lui envoyer dans la nuque quelques flèches, mais ne répondit rien. Son regard pesait cependant beaucoup d'implicites.

Soudainement un son lourd et féroce résonna devant eux, avec la puissance d'un ouragan. Aussitôt, Seiya, Hyoga et Shun se stoppèrent sur place, les muscles glacés devant la puissance du cri inconnu et bestial. Ce ne pouvait être qu'autre chose qu'une nouvelle troupe de cavaliers. Une nouvelle monstruosité envoyée par les dieux ou n'importe quelle autre puissance désirant se joindre à la mêlée pour gagner Andromède.

Même le fracas des sabots et les cris des chevaliers semblèrent désuets par rapport à ces grognements qui s'échappaient par intermittence d'entre les quelques gros arbres situés à l'orée des bois.

« Merde, quoi encore ?! » s'énerva Hyoga en postant un bras tendu protectivement devant Shun.

Une masse sombre explosa subitement en dehors des bois, propulsant dans les airs des fragments de bois et de feuilles tandis que la terre se creusait là où la créature pesait et arrachait des lopins de terre en courant. La bête leur fonça dessus, le trio n'eut que le temps de se recroqueviller sur eux-mêmes, Hyoga enveloppant ses bras autour de Shun qui fit de même, alors que la chose poilue aussi haute qu'un cheval cabré galopait dans leur direction. Elle leur sauta par-dessus sans prononcer la moindre trace d'effort, projetant pendant deux longues secondes son ombre tiède immense par-dessus le trio, et continua ensuite sa course chaotique en direction des cavaliers dont les chevaux semblaient déjà éructer de peur en voyant la chose poilue les viser.

La bête éructa de nouveau en se dépliant de toute sa hauteur, levant ses cornes et sa tête de bœuf, pour hurler de nouveau dans les airs.

« C'est pas vrai ! » souffla Hyoga d'un air médusé.

« Mais c'est le minotaure, celui de l'autre fois ! » s'exclama Seiya en passant une main moite dans ses cheveux en bataille.

Le minotaure était toujours aussi gros et lourdaud, il fit une percée monumentale dans les rangs des cavaliers lorsqu'il leur fonça finalement dessus, faisant gicler en l'air quelques casques, épées et selles. La débandade des chevaliers, de même que leur retraite imminente, semblaient assez drôle à observer et à entendre, ils poussaient des cris suraigus en demandant pitié, ne devaient-ils pas souvent être habitué à voir de telles créatures de légende.

« Ohé, les bagnards ! » hurla alors une voix rude située à l'orée des bois.

Repoussant quelques branches à grands coups de poings, le visage d'Auburos apparut, illuminé par un sourire franc et ses dizaines de petites rides balzanées par le soleil l'accompagnant.

« Oh ben, merde de merde ! » haleta Hyoga « Qu'est-ce qu'il fout là, celui-là ?

- Quelle question, je viens vous sauver la mise ! comme d'habitude j'aimerai dire, il faut toujours que je vienne vous dépatouiller hors des bourbiers dans lesquels vous vous jetez toujours si joyeusement … non pas que je m'en plaigne mais il faudrait un jour apprendre à se débrouiller seuls. Ça va ta jambe, Shun ?

- Oui, ce n'est qu'une égratignure. Il faut qu'on parte d'ici avant que les soldats ne reviennent à l'assaut.

- De quoi tu parles ? » s'inquiéta Hyoga en se tournant vers Shun. « Un problème, Shun ? »

Hyoga se figea froidement en voyant qu'une longue traînée de sang rouge comme un rubis barrait la fine jambe pâle de son amant.

« Oh par les dieux les plus grands, mais qu'est-ce que tu as fait ?

- Ce n'est rien, je te dis. » répondit prestement Shun en tentant de tirer sur le tissu de son fin pantalon de toile afin de dissimuler la blessure aux yeux des autres.

« Quand est-ce arrivé ? » insista pourtant Hyoga et s'agenouillant.

« Tout à l'heure, lorsqu'on a traversé le cours d'eau, tu sais, j'ai trébuché sur une pierre humide et j'ai dû m'ouvrir au moment où j'ai essayé de me relever… mais je n'ai rien senti sur le coup avec l'eau froide, même maintenant ça ne me fait pas mal du tout.

- En tout cas, ça saigne beaucoup. » nota Seiya en penchant la tête.

« Il s'est coupé le dessus du genou. » Expliqua prestement Auburos d'un air sûr de lui, en s'agenouillant à son tour près de la jambe de Shun. « C'est un endroit très irrigué en sang, mais sans qu'un réseau de nerfs y soit pour autant vraiment étendu. C'est pour ça qu'il ne sent rien. Mais je pense qu'il faudra quand même recoudre, tu t'es bien ouvert, pour le coup. Par contre, nous ne pouvons pas faire ça ici, notre cher ami cornu semble avoir terminé son spectacle et je pense que des renforts ne vont pas tarder à arriver, eux aussi. »

Au loin, le minotaure se redressa et tourna son immense tête dans leur direction. Autour de la bête mythique, des fumerolles pâles et des cris de blessés s'échappaient vers les airs. Des amas de corps et de ferrailles étaient amoncelés tout autour des restants de ce premier groupe de chevaliers si déterminés. Le minotaure émit un grincement rauque leur indiquant probablement sa fierté et sa victoire sur cette troupe d'hommes avant de revenir vers eux d'un pas lent.

« Ehm, maître… » avança subitement Hyoga, visiblement mal à l'aise. « Pourrais-tu…

- De quoi tu parles, blondinette ?

- Vous êtes obligé de rester à croupis, ainsi… ? »

Auburos était toujours agenouillé près des jambes de Shun, ses grosses mains de guerriers usées et poilues reposant sur les hanches du jeune prince tandis qu'il faisait encore mine d'examiner le genou de Shun, le front à quelques centimètres de l'aine du jeune homme. En se le faisant remarquer il poussa sauvagement Hyoga d'un coup de coude pour le faire tomber sur le derrière.

« Arrête de penser que tous les gens veulent te voler ton cher petit Shun ! grand dieu, il est si jeune qu'il pourrait être mon fils !

- La moitié de la population du pays doit être à sa recherche, l'autre doit fantasmer de le faire. » répondit Hyoga en levant les yeux au ciel et en tentant de se relever avec dignité. « Ecartez-vous, moi, je vais m'occuper de lui. »

Hyoga ignora les sourires narquois des autres et se rapprocha doucement de Shun qui n'en pouvait plus de toute cette attention ridicule autour d'une simple égratignure.

« Tu veux que je te porte, ça ira ? » lui demanda le blond d'une voix mielleuse.

« Pitié, je veux surtout qu'on décampe d'ici. » répondit Shun en grinçant des dents. « Et tu fais mine d'essayer de me porter, je te gifle. »

« C'est vrai qu'il ne faut pas traîner. » souligna Auburos en hochant la tête. « Les autres doivent s'impatienter.

- Les autres ? » énoncèrent en cœur Seiya et Hyoga.

Auburos ria doucement en enfonçant ses mains dans ses poches, puis se recula afin de prendre la direction des bois ombragés. Le groupe prit sa suite sans rien dire de plus.

« Je suis désolé de ne pas avoir vu ça plus tôt » murmura doucement Hyoga en cognant son épaule contre celle de Shun.

Ses yeux aussi clairs que la glace exprimait toute sa culpabilité et son inquiétude et étincelant étrangement sous les caresses des ombres des bois.

Shun passa une main sur la joue de son amour et lui souria avec tendresse et même un peu d'amusement.

« C'est bon je te dis, je ne boîte même pas. Il n'y a pas à s'en faire. »

Il se pencha et planta un baiser rapide sur les lèvres fines de Hyoga. Il savait que pour réconforter le jeune mercenaire, rien ne valait mieux que le contact direct plutôt que les mots. S'il avait pu il lui aurait bien tailler une petite pipe, mais ce genre d'ouvrages demandaient une certaine ambiance, ainsi qu'un bois de bonne qualité.

Le baiser seul marcha en effet très bien. Immédiatement un sourire poussa sur le visage de Hyoga illuminant son superbe visage. Il ramassa de nouveau la main du prince dans la sienne.

« Oy, vous venez ? » héla devant eux Seiya, déjà à moitié disparu entre les branchages des premiers arbres feuillus.

Hyoga et Shun entrèrent dans la forêt à leur tour, s'enfonçant dans l'odeur puissante des arbres, dans un mélange de résine et de fleur de pomme de pin. Après quelques mètres sur les chemins pleins de méandres et de racines sèches des premières couches de forêt, la terre se mit à nouveau à pencher vers l'avant.

Alors qu'ils marchaient trempés dans un silence confortable depuis quelques minutes, toujours tenus par la main, Shun tenta de prendre la parole maintenant que la pression était redescendue et que le temps était au beau fixe et au calme.

« Je…j'espère que Phinée ne vous a rien fait, à toi ou à Seiya. Il m'a dit… qu'il voulait vous faire subir des choses…pour vous faire souffrir. Vous punir de m'avoir…Quand je suis arrivé dans les cachots, je craignais qu'il n'ait entamé le travail et que par ma faute tu sois blessé… ou pire.

- Que ce soit clair, rien de tout cela n'est ta faute. » Le rassura immédiatement Hyoga en se tournant vers le prince. « C'est ce type qui a des cases en moins. J'espère plutôt que de ton côté, il n'a rien fait ni tenter de...

- Oh, non pas tout. Il n'a pas eu le temps…C'est bon, je suis parti avant que ça ne se gâte trop. Avec moi de toute façon il a toujours été plutôt …restreint. Je devais être la seule personne avec qui il n'a jamais été violent. Enfin, jusqu'à maintenant. »

A penser à l'environnement et surtout à la famille dans laquelle Shun avait poussé, c'était comme si Shun avait dû courir constamment entre des ronces acérées et empoisonnées. Hyoga réprima un frisson de peur et de dégoût, appréciant l'opulence sécurisée et confortable dans laquelle Shun avait pu grandir, mais détestant les liaisons aux pores pourris qui l'avaient entouré de si près si longtemps. Il était hors de question qu'il les laisse le reprendre.

« Alors, à présent tout va bien ? » s'assura vivement Hyoga en serrant plus étroitement la main de Shun.

« Oui » affirma le jeune homme aux cheveux verdoyants en lui rendant son sourire. « Tout va bien. »

Hyoga passa son bras par-dessus la fine paire d'épaule de Shun et le serra contre lui. Il plongea ensuite son nez dans ses cheveux en bataille en embrassa doucement le haut de son crâne. Dieu qu'il aimait faire ça et que cela l'apaisait.

Couler son odeur incessamment sur Shun rassurait fortement Hyoga de même que cela lui paraissait briller dans l'ordre de l'instinctif. Hyoga se sentait parfois comme une bête quand cela concernait Shun, possessif et facilement jaloux, et Shun semblait lui aussi agir de temps à autre comme un petit minet affamé juste pour pouvoir un peu le contrôle pendant leurs câlins, même si cela le crèverait d'avouer cela un jour à voix haute.

Le petit couple prit la suite du chemin emprunté par les autres devant eux, s'enfonçant davantage dans la forêt, prenant des sentiers sauvages et difficiles à pister, pour s'arrêter dans une clairière où les autres les attendaient en discutant doucement.

Auburos était là, sa stature épaisse concurrençant le tronc du sapin sur lequel il s'était adossé. Seiya patientait près de lui, avec à ses côtés Shiryu dans une tenue de cavaliers sale, ainsi qu'un autre minotaure, cette fois-ci d'une belle couleur caramel. Celui-ci semblait légèrement moins robuste et sauvage que l'autre, mais n'en restait pas moins assez effrayant.

« Oh, Shiryu ! » s'exclama vivement Hyoga en saluant son ami d'un sourire franc et confondu. « Par les couilles des dieux, on pensait que t'étais mort !

- Tu sais bien qu'il en faut plus pour m'avoir. » sourit Shiryu. « J'ai eu la chance d'être couvert et aidé par les nomades qui campaient dans les environs lorsqu'ils vous on capturés. Ils ont vraiment eu peur des soldats de Phinée, qui semblaient déjà avoir une mauvaise réputation dans les environs suite à quelques histoires de débordements et de pillages...enfin bon, Auburos a débarqué dans le camp après avoir pisté notre trace avec ses aptitudes de vieux chasseurs et ses amis...de cornes et de poils. Je suis reparti avec lui immédiatement après nos retrouvailles. On était en route pour le château de cet gars, Phinée, lorsque l'un des minotaure a senti votre odeur tout près et est parti en courant pour aller vous aider…la suite vous la connaissez, nous nous doutions que vous arriveriez à vous en sortir sans plus d'intervention de notre part.

- D'ailleurs, comment ça se fait que tu trimballes ces créatures avec toi ? » demanda subitement Hyoga à son maître en fronçant les sourcils. « Ne m'en veut pas, mais la dernière fois que l'on a vu un minotaure n'était pas en des circonstances vraiment amicales. »

« Eh bien, lorsque je vous aie laissés la dernière fois, je vous avais dit que je voulais aller aider le minotaure qui nous avait attaqué afin d'aller avec lui libérer l'otage que les chasseurs des dieux tenaient pour le forcer à leur obéir. Après un assez joyeux matin passé à ravager le camp dans lequel ils étaient tous établis, nous avons libéré le compagnon de notre ancien ennemi, brisé quelques crânes, puis sommes repartis sur les routes afin de vous rejoindre, par ce que j'avais un mauvais pressentiment. Nous sommes arrivés à peu près dans le coin et au bon moment, oserai-je dire. »

Le bois craqua derrière eux et le premier minotaure, celui-là même qui avait défoncé l'armée poursuivant Seiya, Shun et Hyoga, débarqua violemment. Il empestait le sang et la rouille, respirait avec force et secouait doucement sa tête comme pour tenter de se calmer. Il laissait derrière lui des traînées de bave et des fumerolles de sueurs.

Il poussa des grincements de gorge et alla renifler possessivement le nez et la nuque de son compagnon qui faisait quelques pouces de moins que lui.

« Bien joué, Yann'dâr. » dit Auburos en souriant. « Tu as été digne d'un bélier divin. J'espère que cette force ne sera plus jamais redirigée contre nous. »

Le minotaure ne répondit rien de distinct mais approuva Auburos d'un râle.

« Ces deux grandes bêtes vont rester avec moi. Leur précédente grotte été ravagée par les chasseurs humains…De toute façon, cela ne changera pas trop du public d'apprentis que j'ai toujours eu, n'est-ce pas mes petits gars ? et puis j'ai toujours voulu avoir une compagnie d'un genre aussi (il se tourna et regarda rapidement par-dessus son épaule en direction des minotaures) … aussi original. »

« Où faut-il aller maintenant ? » demande subitement Seiya qui semblait peiner de rester en compagnie de telles créatures cornues.

« Vous reprenez la route d'Enhéris, non ? ce n'est plus très loin d'ici et il y aura probablement des tas d'amis qui saurons vous aider et vous accueillir. Dans l'état dans lequel vous vous trouvez tous, courbaturés, pleins de bleus et de sueur, je ne veux pas que vous vous imposiez un rythme encore plus difficile en reprenant le long chemin vers mon cratère afin de vous ressourcer. A quoi cela vous servirait-il de rebrousser chemin, après tous ces efforts ?

- L'important est de trouver un refuge sûr, d'où nous n'aurions plus à craindre de tels périples. » dit Shiryu. « Tout le monde a besoin de repos, non ? c'est vrai que pouvoir faire ça dans cette cité serait une chance.

- Il y a fort à faire pour nous à Enhéris. » ajouta Hyoga. « Quelques primes à récupérer, des gens à saluer, des infos à recueillir…et s'il y a encore des personnes aux trousses de Shun ou quelques primes que ce soit, c'est là-bas que l'on pourra le découvrir. »

Le blond avait un bras enroulé autour de la taille de Shun, et semblait résolument satisfait de cette position où il pouvait se coller si facilement au jeune prince.

« Nous pouvons tout de même continuer un petit bout de chemin ensembles. » ajouta Auburos en haussant les épaules. « De toute façon, il faut continuer le chemin dans la forêt pour nos différents cas. Hors de question de sortir sur la plaine tant que l'on n'est pas plus éloigné de ce trou à rats. Enfonçons-nous encore dans les bois avant de nous séparer. »

Sur ce, le groupe se tourna vers un sentier allant davantage dans les profondeurs du bois, semé de mousse et de feuilles mortes parfumées. Les deux minotaures étaient passés à quatre pattes et trottinaient devant eux, leurs carrures semblaient adaptées comme celles des chevaux, à avancer avec facilité et vitesse sur ces autres points d'appuis. Zigzagant entre les troncs et les branches, ils ouvraient la voie. Le chemin était plus laborieux mais au moins il n'y faisait pas aussi chaud que dans le désert.

« Déjà ta blessure à cause des basilics des sables, maintenant cette écorchure…tes jambes n'ont vraiment pas de chance en ce moment » chuchota doucement Hyoga à l'oreille de Shun.

« Commence déjà par compter tes propres blessures avant de venir me faire la morale. » répondit Shun en faisant la moue.

« Ce sont de vieilles histoires, ça. Celles qui m'importent sont celles qui peuvent encore se rouvrir. Et qui sont sur ta peau si parfaite. »

Shun rit doucement et passa une main dans ses superbes cheveux verdoyants. Hyoga le serra encore un peu contre lui et lui embrassa le haut du crâne comme s'il ne pouvait désormais plus se retenir de répandre son odeur sur le jeune prince.

« Non mais tu l'entends ? » murmura furieusement Seiya à Shiryu. « Il a la collerette aussi dressée que sa propre queue. C'est répugnant de sa part.

- Pitié, avec n'importe qui, mais pas avec moi. » Soupira lourdement le mercenaire aux longs cheveux de jais. « Je vois depuis le début ce qu'il se passe entre vous trois. Et même si c'est très divertissant, à un moment il faut savoir ne pas tout laisser se gâter, quand même.

- De quoi tu parles ? »

Shiryu se tourna pour de bon en face de son ami et lui enfonça son index dans le torse, en souriant avec un tracas prononcé.

« Je te parle de toi. » insista-t-il « Toi, qui doit passer à autre chose et digérer pour de bon que ces deux-là ne vont pas se séparer parce que tu leur pourris la vie avec son sale caractère de gamin hargneux. Ils sont bien ensembles maintenant et je ne suis pas sûr que cela va changer de sitôt. Que tu en sois content ou non.

- Je ne parle pas de moi, là. Mais de Hyoga !

- Je ne comprends pas, vous étiez amis avant ça, non ? où sont passés les ''frères d'infortune, d'effort et de sang'', ceux qui voulaient absolument contrer les perfidies d'Auburos tant qu'ils n'étaient pas encore assez forts pour le contrer ? votre mitoyenneté de lorsque vous lui avez volé ses sabots pour les remplir de purée me manque vraiment, là.

- Sales gamins… » grommela Auburos dans sa barbe, à quelques pas en avant d'eux.

« Certes, mais maintenant il y a eu des changements…

- Shun ? c'est réellement possible qu'une simple personne mette si à mal une amitié ?

- Non, nous sommes toujours des frères, cependant…en ce moment il me sort par les yeux, Hyoga !

- Parce que tu es jaloux !

- Ça, jamais ! » explosa subitement Seiya en s'arrêtant.

Tous les autres firent de même, leurs expressions faciales interrogatives de ce soudain éclat de voix.

« Je, euh hum… » bredouilla le mercenaire en tentant de reprendre contenance.

« Tout ira mieux lorsqu'on sera de retour en ville » lui murmura Shiryu en souriant. « Il y aura d'autres gens à qui parler, se faire plaisir, tu réfléchiras à tout cela et ça iras mieux. Tu comprendras que cette histoire n'est qu'un caprice parce que tu ne veux pas te sentir inférieur à ton frère d'arme. Ce qui est normal mais inutile à craindre de la part de Hyoga. On parle de lui, là. Hyoga. Ton frère. N'oublie pas qui il est. Ni un traître, ni un con. »

Seiya répondit en faisant la moue, il cultiverait seul très bien toutes ses pensées tourmentées pour extraire de bonnes choses. Il descendait d'un des dieux les plus réputer pour cela.

WwwwW

Sortir de l'orée des bois fut plus difficile qu'il n'avait paru au premier abord, lorsqu'ils eurent traversé la totalité de la forêt, quelques heures plus tard. Des hauts conifères ombragés aux feuilles tendres ils avaient fini par se retrouver au milieu de sous-bois en désordre et pleins de taillis. Il était difficile d'y évoluer cependant les minotaures ouvrirent les passages à grands coups de cornes et de crocs.

Hyoga tint serrée la main de Shun et le tira derrière lui afin de l'aider à avancer.

La douce lumière du jour les accueillis lorsqu'ils émergèrent enfin de la forêt et de leurs entremêlements de branches. Devant eux de grandes étendues foisonnantes de collines et de prés se déroulaient, léchées par des rayons de soleil scintillants. C'était un paysage bucolique et immense, captivant par ses senteurs et les longues routes qui y serpentaient.

Auburos en pointa un d'un de ses doigts calleux.

« Pour Enhéris, il faut prendre ce chemin-ci. Il jalonne de petits villages et une longue série de terres agricoles peu visitées. Moi, je vais repartir vers le Sud pour rentrer chez moi.

- Ne veux-tu pas faire encore un peu de chemin avec nous, maître ? » demanda Shiryu.

« Non, je… »

Ils furent interrompus par un lourd vrombissement dans l'air qui fit tout trembler autour d'eux. C'était un nouveau cri de cor de guerre qui était plus que proche, peut-être de l'autre côté de la forêt, seulement.

« Pas encore ! » souffla l'un d'entre eux, exprimant la pensée de tous.

Immédiatement, toute l'équipe fut sur le qui-vive. Ou plutôt envahis de panique et de précipitation. Ils se regardèrent pour se concerter silencieusement ou bien chercher de l'aide, et se mirent à crier.

« Ils vont nous retrouver ! » siffla Seiya. « Il faut partir d'ici ! »

« La route est trop dégagée, on va vite se faire repérer ! » répondit aussitôt Hyoga.

« Alors tu proposes quoi ?» cracha aussitôt le brun en le foudroyant du regard.

« Essayer quand même » dit Auburos en plissant les yeux d'inquiétude.

Ils dévalèrent la colline en courant, Shun peinant à suivre avec sa jambe égratignée mais Hyoga le tenait étroitement derrière lui. Ils sortirent donc de la forêt de la même manière qu'ils y étaient entrés, en courant, avec des soldats de Phinée aux trousses.

Sauf que cette fois ces soldats avaient des chiens de guerre presque aussi énormes que leurs chevaux. Ils étaient plus d'une vingtaine vu les bruits qu'ils faisaient résonner en traversant en trombe les entrailles de la forêt. Des survivants voulant encore en découdre ou bien se venger.

Phinée fut le premier à sortir des bois, presque debout sur son étalon lancé à plein galop. Les deux minotaures lui firent courageusement front bien que l'homme possédât alors une immense lance incrustée d'épis acérés sur tout sa longueur semblant peser lourd et capable d'arracher la peau d'une seule caresse.

« PERSÉE ! » hurla-t-il à plein poumons en s'approchant à grande vitesse d'eux. « JE SUIS VENU RÉCUPÉRER MON FIANCE ET NI TES BÊTES NI TON PRÉTENDU PÈRE DIVIN NE M'EN EMPÊCHERONT ! »

Avant même que Hyoga ne puisse se demander comment cet homme savait tout cela, Phinée lança son arme qui piqua droit sur eux. Cependant celle-ci les manqua lorsqu'un des minotaures la fit dévier d'un coup de corne retentissant.

Alors une mêlée s'engagea. Les soldats sortirent de la forêt qui n'avait été au final qu'un bref interlude de paix et de douceur dans la fuite des jeunes voyageurs et le combat dura jusqu'à ce que le jour ne soit esseulé par la nuit, terni, gris, et éclaboussé de sang.

A suivre...