L'attitude espiègle de Spock, si Jim pouvait appeler ça espiègle, avait disparu au moment où ils arrivèrent à l'Académie des sciences de New Vulcain. Même s'il se débrouillait très bien à la cacher, Jim voyait bien l'anxiété de Spock, par la façon qu'il avait de faire rouler la bordure de ses manches entre deux doigts tandis qu'ils approchaient de l'entrée.

Il s'attendait à ce que l'Académie soit un immeuble patchwork, comme la plupart des habitations et structures commerçantes qui occupaient le centre de la ville. Elle était située en dehors des limites de la ville, à une quinzaine de minutes à pieds de la maison de Sarek, près de la station d'arrivée des navettes. Il haleta presque tout le long du chemin mais refusa la seringue que Spock transportait sur lui (il en avait assez des injections fréquentes et du côté mère poule de Bones depuis qu'il était sorti de l'hôpital). Lorsqu'ils passèrent la porte d'entrée, Jim fut frappé par la certitude que ce qu'il avait sous les yeux était ce à quoi Vulcain devait avoir ressemblé. Le bâtiment n'avait rien de temporaire. Il était magnifiquement construit, le couloir devant eux gigantesque et ouvert, bien que l'architecture elle-même ne fut en rien superflue. Le plafond se rejoignait en un point, tout comme les fenêtres. Tout était fait de lignes droites et pure, et Spock semblait à sa place, debout sous cette voute. Il pressa un bouton pour signaler leur arrivée et attendit.

Un homme vulcain apparut et les mena à une pièce au bout d'un long corridor bien éclairé, avec les mêmes hauts plafonds. Dix paires d'yeux les scrutèrent tandis qu'ils entraient dans la pièce. Jim était plus que conscient du silence qui régnait en ce lieu, à quel point ses bottes faisaient du bruit, de quelle façon la robe ondulait autour de ses jambes pendant qu'il marchait. C'était étrange de porter ce genre d'habit. Il ne portait qu'un boxer en dessous alors c'était comme porter une robe terrienne, étrangement libérateur. Ils s'assirent côte à côte à des postes de travail, et Jim alluma le PADD que Spock lui tendait, parcourant le premier document.

« Nous compilons des données provenant de sources diverses » dit doucement Spock, « et de cultures variées. Bien que cela soit possible pour l'ordinateur de simplement importer des données depuis d'autres sources, de telles importations doivent être supervisées. Il y a toujours une limite avec les ordinateurs. »

« Alors tu n'es pas d'accord avec le projet de vaisseaux contrôlés entièrement par ordinateur ? » murmura Jim.

« Le contrôle absolu n'est pas logique » répondit Spock. « Un ordinateur est une machine, tandis qu'un capitaine… » Il fronça les sourcils et montra le PADD. « Certaines informations seront factuellement incorrectes. Certaines contiendront des fautes d'orthographe. D'autres seront peut-être obsolètes et inutiles à inclure. D'autres encore seront peut-être des informations en double. Notre travail est de déterminer si tel est le cas, et de faire des annotations sur le dossier pour que ce soit vérifié ».

« N'est-ce pas… un travail de stagiaire ? »

« Ça l'est » acquiesça Spock, « mais l'Académie manque de bras pour la quantité de travail qu'il y a ».

Jim passa une main dans ses cheveux et imagina ce qu'il serait en train de faire s'il était sur Terre, se voyant affalé sur un canapé avec une bière et une grande pizza quatre fromages. Spock lui tendit un disque.

« Puisque tu as exprimé un certain intérêt pour les animaux vulcains » dit-il doucement, « j'ai pensé que tu préfèrerais commencer par ça ». Il le posa dans la main de Jim, leurs peaux se touchant un bref instant. Jim mémorisa la constellation que formèrent les empreintes de Spock sur sa paume.

« Qu'est-ce que c'est ? » réussit-il à demander.

« C'est une liste des mammifères vulcains, compilée par l'un de nos Anciens » lui expliqua Spock, se penchant pour parler près de l'oreille du capitaine. « Tu vas importer les données, demander à l'ordinateur de scanner les entrées en double, et les faire fusionner avec les informations existantes et images lorsque cela est nécessaire. Si quoi que ce soit semble incomplet, demande à l'ordinateur de faire une annotation. Si tu n'en es pas certain, c'est mieux de laisser une note que de ne pas le faire ».

« Très bien » acquiesça Jim. Spock s'éloigna et fit une pause, les yeux rivés vers le sol.

« J'apprécie ta volonté de nous assister » dit-il. « Bien que je sois satisfait de me trouver à tes côtés sur l'Enterprise, Vulcain était ma maison ».

Tout devint flou. Jim avala sa salive, se concentrant sur les cils de Spock reposant contre ses joues. Il voulut tendre la main et saisir Spock par le bras, l'étreindre, passer un bras autour de ses épaules – l'embrasser même – mais il ne peut pas, pas ici. Pas sur cette planète, pas dans cet endroit, avec autant de personnes les observant. Spock avait été assez nerveux comme ça à l'idée de venir ici aujourd'hui la dernière chose que voulait Jim était de l'humilier. Il allait être le parfait invité humain durant son séjour sur New Vulcain. Il s'assit le dos bien droit et acquiesça.

« Absolument » dit-il, décidant qu'un léger sourire ferait l'affaire. Il fut surpris de voir Spock lui rendre un sourire, bien que fugace.

Ils travaillèrent durant quatre heures. Jim avait gardé sur le bureau devant lui son portable et y jetait des coups d'œil occasionnels. Il n'avait pas reçu de message de Bones depuis son arrivée, ce qu'il supposait être un signe qu'il passait du bon temps avec Jo. Peut-être Jim pourrait-il lui ramener quelque chose de New Vulcain. Son esprit se mit à vagabonder de plus en plus, jusqu'à ce qu'il arrive à l'entrée concernant le Le-Matya, regardant une vidéo de cette créature tuant sa proie. Il demanda à l'ordinateur de mettre sur pause la vidéo – son accent vulcain s'améliorait à chaque syllabe – et se laisser aller contre le dos de sa chaise, étouffant un bâillement. Il avait besoin de se lever, ses jambes étaient à moitié engourdies. Inspirant profondément, il récupéra son portable et s'apprêtait à toucher le bras de Spock, comme il avait l'habitude de le faire sur Terre, mais se ravisa.

« J'ai besoin de prendre l'air » murmura-t-il. Spock leva la tête dans sa direction, pressa ses lèvres l'une contre l'autre, et acquiesça. « Veux-tu venir avec moi ? » demanda le blond. Reportant son regard vers l'écran, Spock prononça un mot pour éteindre son ordinateur et se leva.

« Tu sais » l'informa Jim une fois qu'ils se retrouvèrent dans le couloir, « je ne t'avais jamais entendu parler vulcain avant aujourd'hui ».

« Ton accent est plutôt bon » répondit Spock. Jim se mordit la lèvre à l'entente de ce compliment.

« Je meurs de faim. Et toi ? »

« Il y a des réplicateurs » l'informa Spock, montrant du doigt un couloir adjacent.

« Ou alors nous pourrions aller voir un des restaurants que j'ai aperçu sur le chemin jusqu'ici » proposa le capitaine, levant les sourcils. « C'est moi qui offre ».

« Nous ne sommes pas tenus d'être ici pour un temps spécifique » répondit Spock, après réflexion.

« C'est un rencard » dit Jim, se dirigeant vers la sortie.


Au final, ils choisirent un vendeur de rue près de l'académie servant de la soupe de choux, des wraps de légumes grillés, et qui assurait faire un cheeseburger façon terrienne. Jim était méfiant et se contenta des légumes, qui, selon Spock, étaient originaire de la planète et non dangereux. Jim supposait que ce serait absurde de manger quelque chose de chaud par cette chaleur de toute façon, et un wrap végétarien ne lui pèserait pas sur l'estomac. Ils mangèrent dans un parc adjacent, sur un banc de pierre, sous une toile qui procurait un triangle d'ombre au-dessus d'eux. Jim sentait la sueur couler le long de son dos. Spock avait l'air d'avoir chaud pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Ses joues avaient pris une saine teinte verte, et ses yeux brillaient. Pour une fois, il ne portait pas de sous-couche. Même ses doigts, d'habitude si blancs et pales, avaient retrouvé de leur couleur, une teinte verdâtre attenante à chaque ongle aussi blanc que la lune. Jim se demanda à quel point le vaisseau était inconfortable pour son commandant, quels ajustements ils pourraient faire avant leur prochaine mission pour que l'environnement soit plus agréable. Accorder un contrôle individuel de la température à un poste de travail devait être possible.

Il parcourut des yeux le parc, observant un mélange de vulcains et d'Humains marchant d'un pas tranquille. Il remarqua un Andorian, et ce qui pourrait être un Orion, ou un vulcain avec des coups de soleil. Le sol, le ciel, tout était décliné en différentes teintes de rouge, mais cela restait paisible. Il pourrait s'habituer à cette planète. Une part de lui en avait envie.

« C'est plutôt joli ici » commenta-t-il, essuyant sa bouche avec sa manche. Spock murmura quelque chose. Jim s'approcha et lui demanda de répéter, faisant attention à ce que leurs bras ne se touchent pas.

« Ce n'est pas Vulcain » répéta Spock après une minute, cette fois assez fort pour que Jim l'entende, mais assez doucement pour que le blond comprenne ce qu'il lui en coûtait de l'admettre. Il voulut dire tant de choses en cet instant, je suis tellement désolé, j'aurais aimé pouvoir la sauver, mais elles moururent sur le bout de sa langue.

« Non » dit-il, tandis qu'un vent chaud balayait le sable à leurs pieds. Il regarda le bras de Spock, imagina le serrer en réconfort, et ferma les yeux. « Je suppose que non ».


Jim était content d'avoir opté pour un repas léger, car avec la chaleur qui régnait dans la pièce lorsqu'ils revinrent à l'ASNV*, il sentit immédiatement ses paupières se fermer toutes seules. Ils travaillèrent deux heures de plus, Spock parlant doucement en vulcain à côté de lui. Il était difficile de se concentrer Jim aurait préféré passer son temps à traduire tout ce qui sortait de la bouche du brun plutôt que de regarder de nouvelles images d'un lanka-gar. Il était en train d'étudier des statistiques concernant les attaques de Vulcain lorsque tout à coup, tous les autres vulcains autour d'eux se levèrent pour quitter la pièce. Spock rajouta quelques mots, éteignit son ordinateur, et se leva à son tour.

« Les vulcains possèdent un sens inné du temps » lui expliqua Spock tout en lissant sa robe. Jim éteignit l'ordinateur à son tour et suivit le brun hors de la pièce. Ils marchèrent tranquillement le long du couloir, vers l'extérieur baigné de la lumière du soleil. Bien que les soleils étaient plus bas dans le ciel, la chaleur n'était toujours pas confortable pour Jim. Il ne pouvait pas marcher très vite, mais il tint la distance avec Spock, qui semblait marcher significativement moins vite qu'il n'en avait l'habitude.

« Ce n'était pas si terrible, pas vrai ? » demanda Jim, observant la saleté former de petits nuages poussiéreux à ses pieds.

« Ça ne l'était pas » agréa son compagnon.

« N'es-tu pas content que je sois venu avec toi ? »

« Je le suis ».

« Tu m'aimes » dit Jim, tout en retenant son poignet pour s'empêcher de donner un coup amical dans le bras de Spock. « Admets-le ».

« Je n'admettrai rien de la sorte » répondit-il, mais il sourit à nouveau, un sourire qui fit accélérer le cœur de Jim. Juste un peu.

« Vas-tu finir par me dire pourquoi c'était un si gros problème que je vienne avec toi ? J'ai parlé vulcain pour toi, et je t'ai payé le repas. Je veux dire, tu me le dois en quelque sorte ».

Il fallut plusieurs secondes à Spock pour répondre à voix basse : « Je ne voulais pas que tu m'accompagnes, » dit-il prudemment, « parce que je ne voulais pas que ton opinion de moi en sois diminuée ».

« De quoi est-ce que tu parles ? » demanda Jim, surpris.

« Je n'ai jamais été respecté au sein de mes pairs ». Spock tourna la tête pour regarder dans une autre direction. Une veine battait à sa tempe.

« Parce que tu as rejoint Starfleet ? » suggéra le capitaine.

« Parce que je suis à moitié humain ».

Jim prit une grande inspiration et hocha la tête. « Tu avais peur qu'ils te disent quelque chose, et que je les entende » dit-il.

Spock indiqua que c'était vrai d'un hochement de tête. Jim croisa les bras contre sa poitrine et observa son compagnon de biais. Peut-être était-il effrayé que Jim ait pitié de lui. Peut-être ne voulait-il pas que quiconque sache à quel point son enfance avait été difficile. Ce n'était probablement pas très vulcain, d'admettre avoir craint des harceleurs durant son enfance. Jim se fit la réflexion de ne jamais dire un mot à ce sujet.

« Tu penses que j'en ai quelque chose à faire de ce que des trous du culs xénophobes pensent de toi ? » demanda-t-il. Spock lui jeta un coup d'œil et fut silencieux pendant un long moment, tandis qu'ils continuaient de marcher en tandem. Lorsqu'il finit par répondre, ce fut dans un murmure.

« Je sais que ce n'est pas le cas ».


*Académie des Sciences de New Vulcain

Oh là là, un an que je n'avais pas posté... ça passe vite ! Entre les cours, les stages, les mémoires et l'envie de traduire qui s'était fait la malle, c'était pas gagné ^^

Mais je suis toujours là ! Et je compte bien finir cette traduction ;) (j'ai horreur des histoires non terminées...)

Je ne promet rien concernant la fréquence de parution, de toute façon je ne tien jamais les délais...

J'espère que ce chapitre vous aura plu :) Bienvenue aux nouveaux lecteurs qui découvrent l'histoire, et bon retour aux "anciens" qui veulent savoir comment ça se termine ;)

Je dirais qu'on en est à peu près à la moitié, à la prochaine pour la suite !