Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Encore merci à tou(te)s pour vos gentilles reviews. Juliana, merci de ta fidélité. Merci aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Pour ne pas être seul...

.

Après un mois passé près de ses parents, en Australie, Hermione se retrouvait devant le portail de Poudlard, la cage de Pattenrond à la main. Etre hébergée à l'année sur son lieu de travail avait l'incontestable avantage de lui éviter les frais de loyer et de nourriture, mais d'un autre côté, il lui restait presque un mois entier de vacances, et elle trouvait un peu déprimant de devoir les passer ici. D'autant plus qu'elle serait une des seules occupantes du château. Tous les professeurs étaient rentrés chez eux, Minerva faisait un séjour chez son frère, Snape avait vaguement parlé d'une maison à remettre en état, ne restaient que Hagrid et Les McGregor, un couple mixte qui occupait maintenant la place qu'avait jadis tenue Argus Rusard.

Elle, était Sorcière et se chargeait de l'entretien des lieux avec un enthousiasme qui dépassait même parfois, si cela était possible, celui de Molly Weasley, disputant même parfois leurs prérogatives aux Elfes de maison, ce qui avait plus d'une fois occasionné des scènes épiques qui mettaient les élèves en joie, et Minerva McGonagall au désespoir. Lui, était Cracmol et occupait comme son prédécesseur, le poste de concierge. Il supervisait en outre l'entretien du parc, et était chargé de faire respecter le règlement de l'école. Il était le descendant d'une vieille famille de Sang pur qui avait longtemps caché son existence, et compensait son manque de magie par une inventivité débordante, ce qui lui avait attiré l'amitié de Fred, qui venait souvent lui rendre visite. Les deux jeunes gens qui avaient à peu près le même âge avaient développé une complicité qui rappelait un peu les grands moments des facéties des jumeaux Weasley, et avait réussi à redonner le sourire au survivant.

Le niveau de sécurisation du château avait progressivement été abaissé, ces dernières années, et les grilles s'ouvrirent devant elle après avoir reconnu son empreinte magique. Après la rentrée, quelques mesures de protection supplémentaires seraient mises en place afin d'éviter tout incident avec les étudiants, dont certains manifestaient régulièrement des velléités d'indépendance un peu trop poussées. Elle s'arrêta un moment pour discuter avec Magdalena et Erasmus McGregor, que tout le monde appelait Maggie et Ernie, qui lui apprirent que ses bagages étaient bien arrivés et l'attendaient dans ses appartements. Elle disposait d'une confortable suite au rez-de-chaussée, qui pour plus de commodité en cas d'urgence, communiquait directement avec l'infirmerie où un sortilège d'alarme avait été mis en place afin qu'elle n'ait pas à y passer tout son temps. Pour la première fois de sa vie, elle avait un 'chez-elle' bien à elle, et excepté quelques Transplanages occasionnels prévus en bord de mer, elle avait l'intention de passer la fin de ses vacances à aménager son 'nid' tranquillement, ce qu'elle avait prévu de faire principalement à la manière moldue pour faire durer le plaisir. Cela lui éviterait en outre de trop penser, la séparation d'avec ses parents était chaque année une déchirure qu'elle mettait parfois plusieurs semaines à surmonter.

Les quinze premiers jours d'août filèrent rapidement, entre travaux domestiques, quelques escapades-shopping à Londres avec Ginny, journées farniente sur le littoral, flâneries au bord du lac et repas pris en commun. Tonks était arrivée une semaine après Hermione, afin d'aménager elle aussi les quartiers qu'elle occuperait désormais avec son fils. Le petit Teddy passait la fin des vacances avec sa grand-mère, au manoir Malfoy où Andromeda avait aménagé avec sa sœur. Narcissa et elles avaient toutes deux perdu leurs époux lors de la dernière bataille, et renoué les liens étroits qui avaient été les leurs avant qu'Andromeda ne s'enfuie pour épouser un né-Moldu, ce qui lui avait valu le reniement par sa famille. La solitude des deux femmes avait achevé leur rapprochement, surtout depuis que Draco vivait à Poudlard pendant la plus grande partie de l'année.

Les jeunes gens avaient pris l'habitude de manger dehors, tantôt dans une petite cour isolée, tantôt au bord de l'eau, à la manière des pique-niques ou des barbecues moldus, souvent rejoints par Fred et Hagrid, et les soirées se prolongeaient tard dans la nuit à la lueur des bougies magiques. Finalement, les vacances au château, dans cette ambiance de franche camaraderie, s'avéraient tout à fait agréables. Minerva et les autres professeurs ne devait revenir que la dernière semaine du mois, afin de préparer la rentrée, et pour le moment, personne n'avait de nouvelles du nouveau directeur.

Il réapparut sans s'être annoncé, au début de la troisième semaine d'août, et s'il fut surpris par la nouvelle organisation des repas que les jeunes gens avaient instituée en l'absence des membres plus âgés du staff, il ne fit aucun commentaire et continua, quant à lui, de prendre les siens dans ses quartiers. Les quelques semaines qu'il avait passées hors de Poudlard semblaient lui avoir fait du bien. Son teint était moins blafard et les cernes avaient de nouveau disparus de son visage. On voyait parfois sa longue silhouette solitaire marcher dans le parc ou sur la rive du lac, et s'il était toujours poli lorsqu'il lui arrivait de les rencontrer, il ne paraissait pas souhaiter se rapprocher plus que ça de leur petit groupe… ce qui, il fallait bien l'avouer, arrangeait bien tout le monde.

La chaleur accablante qui régnait depuis maintenant trois jours avait plongé le château dans une torpeur qui n'était pas sans rappeler à Hermione celui de la Belle au bois dormant. En quête d'un peu de fraicheur (mais tout était relatif), elle avait décidé de pousser jusqu'au lac où elle savait qu'elle pourrait éventuellement faire une sieste agréable à l'ombre des grands arbres qui le bordaient. Elle le vit trop tard, et si elle avait caressé un instant l'espoir de pouvoir rebrousser chemin sans être remarquée, il leva la tête avant qu'elle ait pu amorcer un demi-tour qui aurait pu sembler naturel. Elle n'avait d'autre alternative que de continuer à avancer. Ce n'était pas le fait qu'il soit assis par terre, un livre à la main qui l'étonna le plus, mais ses vêtements. Jamais depuis qu'elle le connaissait, elle ne l'avait vu autrement qu'engoncé dans sa redingote boutonnée jusqu'au menton, et lorsqu'il était dans son rôle d'enseignant, enveloppé de ses grandes robes virevoltantes.

A cause de la chaleur sans doute, il avait renoncé à la redingote, ainsi qu'à sa cravate, qui étaient posées sur l'herbe, à côté de lui, et sa chemise blanche était déboutonnée au col. Cette tenue aurait semblé encore bien trop chaude et fermée pour la température sur n'importe qui d'autre, mais sur lui, c'était presque… choquant, elle avait l'impression de surprendre quelque chose de très intime et elle en était presque gênée. Pourtant, il ne fit pas un mouvement pour se lever ou pour remettre sa veste, en la regardant s'avancer vers lui.

—Bonjour… Severus. Elle avait vraiment du mal à se faire à l'utilisation de son prénom.

—Miss Granger ! Répondit-il en la fixant.

Le haussement de son sourcil lui fit prendre conscience avec une acuité presque douloureuse de l'incongruité, à côté de lui, de son short en jean et de son débardeur à fines bretelles, mais elle choisit délibérément de l'ignorer. S'il voulait mourir de chaleur, c'était son problème, on était au vingt-et-unième siècle, elle n'allait pas s'habiller comme au moyen-âge par cette canicule sous prétexte qu'elle était une sorcière ! Elle ne savait pas trop quelle contenance afficher, mais elle ne pouvait avoir l'impolitesse de s'éloigner sans ajouter un mot, bien qu'elle se doute que cela ne l'aurait pas offensé outre-mesure.

—J'avais cru comprendre que je n'étais plus votre élève. Auriez-vous oublié mon prénom ?

Sans attendre une réponse qui ne viendrait certainement pas, elle prit son courage à deux mains et choisit de s'assoir à côté de lui, sans lui demander son avis. Elle n'aurait pas cru qu'il puisse arquer son sourcil encore plus haut, mais il ne fit aucun commentaire. Elle aurait pu jurer qu'il était sur la défensive, prêt à bondir sur ses pieds si elle osait esquisser un geste de plus dans sa direction.

—Plus que deux semaines avant la rentrée. Constata-t-elle platement, uniquement pour rompre un silence qui risquait de vite devenir pesant.

—Vous avez l'art de pointer les évidences… une conséquence de la fréquentation de Potter sans doute ?

—Ne soyez pas désagréable… comment vous sentez-vous ?

—Je pensais qu'il était maintenant évident que cette sale bête avait manqué son but.

—Ne faites pas semblant de ne pas comprendre, je ne parle pas de votre santé. A l'évidence, de ce côté-là, vous allez nettement mieux que lorsque je vous ai vu, à la sortie.

Il s'était un peu détendu, et laissait à présent son regard errer sur la surface du lac.

—Je me demande encore comment j'ai pu me laisser convaincre d'accepter cela.

—Parce que quoi que vous en disiez, vous sentez que votre place est ici ? Parce que quelque part, vous sentez que vous y êtes chez vous, et que le château a encore besoin de vous… qu'il ne vous laisserait d'ailleurs peut-être pas repartir aussi facilement ?

Une lueur fugitive, qui ressemblait à de l'étonnement, passa dans son regard, avant que son visage n'affiche un air ostensiblement méprisant.

—Rappelez-moi ce que vous êtes : Médicomage ou Psychomage ? Il faut encore et toujours que vous fassiez votre miss Je-sais-tout, hein ? Vous ne pouvez pas vous en empêcher !

—Encore une fois ne soyez pas désagréable, il fait trop chaud pour se disputer. Je ne faisais qu'énoncer un point de vue, c'est tout… au cas où vous l'auriez oublié, ça s'appelle une conversation.

Il se renfrogna encore un peu plus.

—Je n'ai pas besoin de quelqu'un me tienne compagnie, et encore moins me fasse la conversation. Je suis très bien tout seul, je n'ai jamais eu besoin de personne. Rétorqua-t-il en reportant ses yeux sur le lac.

Elle nota de nouveau la tension de ses épaules et la volonté affichée de ne pas la regarder.

—Vous n'avez jamais eu besoin de personne… ou personne n'a jamais été là pour vous ? Répondit-elle doucement sans se laisser démonter. « Vous ne m'avez pas demandé de partir… vous m'avez même tolérée un après-midi entier avant la sortie. »

—Je vous ai tolérée à la condition que vous vous taisiez ! Quant à vous deman…

—D'accord, je me tais.

Le coupa-t-elle vivement pour l'empêcher de terminer sa phrase, en s'allongeant sur le dos, un bras replié sur ses yeux fermés, et se retenant de sourire en imaginant la tête qu'il devait faire au même moment. Était-ce la conséquence de ces deux semaines de détente dans une ambiance amicale, elle avait envie de tester jusqu'où elle pouvait aller. Au bout d'un long moment, elle perçut un soupir exaspéré, puis le crissement régulier des pages que l'on tourne. Un léger sourire incurva ses lèvres, il ne l'avait pas renvoyée manu-militari, mieux, il était resté ! Peu à peu, elle sentit un agréable engourdissement s'emparer d'elle, et elle finit par s'assoupir.

Lorsqu'il avait levé les yeux de son livre, elle était déjà assez près pour qu'il ne soit pas impoli -depuis quand se souciait-il de politesse ?- de se lever et de partir. Il faut dire qu'il était resté un moment sidéré en la voyant apparaître dans cette tenue pour le moins… non, il ne dirait pas inconvenante, on était encore en vacances et une femme en short ne choquait plus personne, même dix ans auparavant, du moins dans le monde moldu. Et les sorcières de la jeune génération, même de Sang-pur, avaient une très nette tendance à s'adapter à une vitesse grand V à ce genre de choses sans tenir compte de leur origine. C'était juste que… ce devait être une première dans toute l'histoire de Poudlard !

Dire qu'il avait été étonné qu'elle s'assoie à côté de lui, et qu'elle entame une conversation aurait été un euphémisme. Elle était la seule, avec Minerva, avec qui il avait eu des échanges plus ou moins réguliers depuis son retour, mais il n'aurait jamais imaginé qu'elle puisse… que qui que ce soit, puisse avoir envie de s'assoir avec lui, simplement pour passer un moment et échanger quelques mots. Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais, et il en était le premier surpris, il n'avait pas envie qu'elle s'en aille. Depuis qu'il avait quitté Poudlard, à la fin du mois de juillet, il s'était peu à peu rendu compte que la solitude, qui avait été sa compagne fidèle et son unique refuge pendant si longtemps, lui devenait maintenant de plus en plus pesante.

A lui-même, il pouvait bien se l'avouer, il n'avait plus envie d'être seul, et c'était certainement ce qui lui avait fait accepter aussi facilement la proposition de Minerva. Les trois semaines qu'il avait passées loin de Poudlard lui avaient fait prendre conscience de la vacuité de sa vie. Jamais il n'avait envisagé l'éventualité de pouvoir survivre à la guerre, jamais il n'avait imaginé être un jour libre, jamais il n'avait pensé à ce qu'il pourrait faire 'après'. Depuis la fin de son apprentissage, lorsqu'il était entré au service de Voldemort, il n'avait pas vécu un seul instant pour lui-même. D'un maître, il était passé à un autre, peut-être plus exigeant encore, pour finalement se retrouver assujetti aux deux en même temps. Ils avaient fait de lui un esclave et de sa vie un enfer. Oh il ne n'avait jamais songé à s'en plaindre, c'était ses choix, ses mauvais choix qui l'avaient précipité dans cette spirale, mais à présent, il se retrouvait les mains vides et le cœur rempli d'amertume.

Il se prit à observer à la dérobée la jeune femme qui venait de s'allonger dans l'herbe à ses côtés. Bizarrement, elle avait le don de l'irriter et de l'apaiser dans le même temps, il aurait pu se lever et partir, mais son corps refusait de bouger, et il resta là, étrangement heureux de sa simple présence silencieuse. Il n'attendait rien d'elle, mais sans le lui avouer, il était prêt à accepter ce qu'elle voulait bien lui offrir, simplement pour ne pas être seul. Il soupira. Il se sentait pathétique d'arriver à en apprécier la présence de la miss-je-sais-tout, simplement parce qu'il avait besoin de sentir quelqu'un près de lui, quelqu'un qui l'acceptait tel qu'il était, sans le juger, sans chercher à le changer. Il ramassa le livre qu'il avait posé dans l'herbe lorsqu'elle s'était assise, et reprit sa lecture, l'esprit étrangement léger.

TBC