Disclaimer : L'univers et les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, merci à JK Rowling pour les avoir créés.

N/A : Et toujours un grand merci à tou(te)s pour vos gentilles reviews. Juliana, merci d'être toujours là. Merci aussi aux nombreux lecteurs anonymes et à tous ceux qui ont mis cette histoire en favoris ou en alerte.


Premières leçons

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Il était debout, baguette à la main, avant que le hurlement qui troublait la quiétude de cette fin d'après-midi n'ait commencé à s'éteindre pour se transformer en gémissements entrecoupés de sanglots. Il rangea sa baguette dans sa manche avant de se mettre à genoux à côté de la jeune femme en proie à un cauchemar qui devait être particulièrement réaliste, et qui se débattait maintenant dans son sommeil contre un ennemi invisible. Il la prit par les épaules pour l'immobiliser, tout en la secouant pour la réveiller. Les yeux d'Hermione, noyés de larmes, s'ouvrirent d'un coup, rencontrant les siens, et elle jeta ses bras autour de son cou en criant son nom, les faisant tous les deux basculer sur l'herbe, avant de se reprendre presqu'immédiatement, et de se reculer vivement, le feu aux joues.

—Par-pardon ! Je… je suis désolée ! Cauchemar… morts… serpent… sang… du… du sang partout !

Elle inspira un grand coup en regardant autour d'elle. Ses propos étaient confus, il était visible qu'elle était encore sous le choc de son rêve.

« Je suis désolée », répéta-t-elle plus calmement.

—Ce n'est pas grave, éluda-t-il… faites-vous souvent ce genre de cauchemar, miss Granger ?

—Trop souvent à mon goût. On pourrait penser qu'après dix ans ils auraient dû s'arrêter, mais…

—Mais vous étiez une adolescente, plongée au cœur de la bataille la plus meurtrière de la guerre. Vous avez été confrontée à l'horreur pure, des amis, des camarades qui avaient votre âge, des personnes que vous connaissiez, que vous aimiez, sont morts, peut-être même sous vos yeux, certains dans des conditions atroces. En aucun cas vous n'étiez préparée à que vous avez vu, à ce que vous avez vécu… il est normal que vous ayez été traumatisée. Et croyez-moi, malgré tous les dictons, proverbes et autres paroles sensées être rassurantes, le temps ne guérit, hélas, pas tous les maux… De plus, tout le monde ne réagit pas au stress engendré par de telles choses de la même manière, certains s'en sortent mieux que d'autres. Je… je sais ce que…

Il ferma les yeux un instant en se passant une main sur la nuque, avant de continuer.

« Vous prenez quelque chose pour ce problème de cauchemars ? »

—J'ai arrêté la Potion de sommeil sans rêves lorsque j'ai constaté que je commençais à développer une accoutumance, et les autres potions de sommeil, pas plus que les médicaments moldus n'ont aucune action sur les cauchemars. Les techniques de relaxation aident un peu, mais même s'ils se sont un peu espacés, ils reviennent régulièrement.

Il hocha la tête, et elle fut touchée par l'expression de compréhension douloureuse qui s'afficha un court instant sur ses traits.

—Malheureusement, j'ai bien peur d'avoir à vous dire qu'il n'y a hélas effectivement rien de plus à faire…

—Vous…

—Je suis loin d'être aussi inhumain et insensible que la plupart se complaisent à le penser, et ce genre de… chose m'est plus familière que…

Il se leva et se rapprocha de la rive du lac, dans lequel il commença à jeter rageusement des cailloux qu'il avait ramassés par terre au passage. Une sourde colère se lisait dans la crispation de ses muscles, qu'elle devinait au travers du tissu léger de sa chemise. Après un petit moment, elle le rejoignit au bord de l'eau.

—Je suis désolée si je vous ai mis mal-à-l'aise.

—Cessez de vous excuser pour une chose que vous avez faite sans vous en rendre compte. Je sais fort bien que vous ne vous seriez jamais consciemment jetée dans mes bras ! 'Elle ne s'est pas seulement jetée dans tes bras, elle a aussi crié ton nom' lui souffla la petite voix désormais familière, à qui il ordonna mentalement de se taire.

Elle considéra un instant son profil amer et ravala la réponse sarcastique qu'elle avait déjà sur les lèvres. Au lieu de ça, elle ramassa à son tour quelques cailloux. Son premier ricochet rebondit quatre fois sur la surface du lac, elle se tourna vers Severus dans l'espoir d'alléger le malaise qui s'était installé entre eux.

—A vous !

Elle retint de justesse un sourire au spectacle de son haut-le-corps indigné.

—Comment ça à moi ?

—Eh bien oui, à vous, essayez de me battre ! Tant qu'à jeter des cailloux dans l'eau pour évacuer sa colère, se concentrer pour les faire ricocher le plus possible peut accessoirement constituer un bon dérivatif, et faire baisser la pression.

—Je ne ferai pas… commença-t-il d'un ton féroce en la toisant avec ce regard, qui donnait naguère à ses élèves le besoin urgent de repérer un trou de souris avant tous les autres, et de courir s'y réfugier. Et soudain, ce fut comme si quelque chose se fissurait en lui. Il baissa les bras, au sens propre comme au figuré, et c'est dans un souffle qu'il avoua : « comment faites-vous ? »

Elle le regarda d'un air interloqué. Cette simple question lui fit réaliser brusquement l'isolement qui avait toujours dû être le sien. Elle se revoyait, dans une autre vie, petite fille de six ans, riant à côté de son père, en sélectionnant soigneusement des cailloux plats sur la rive d'un autre lac. Elle ne voulait que des cailloux blancs à l'époque… D'après ce que Harry lui avait révélé de ce qu'il savait de l'histoire de Snape, son père n'avait certainement jamais rien dû partager avec lui, et elle était sûre qu'il n'avait non plus jamais eu d'amis de son âge avant l'arrivée de Lily dans sa vie. Il n'avait certainement jamais rien connu des jeux et des plaisirs simples de l'enfance.

Elle s'approcha de lui, et après une légère hésitation un bras à demi-levé au-dessus du sien, pour lui laisser la possibilité de reculer s'il l'avait voulu, lui prit doucement la main dans laquelle il serrait encore quelques cailloux. Il tressaillit mais ne la retira pas. Elle sentait presque physiquement le poids de son regard tandis qu'elle en choisissait un, lui faisant remarquer la forme qui convenait, avant de lui montrer comment le lancer pour effectuer un tir rasant qui ferait rebondir le petit projectile sur la surface de l'eau.

Celui qui se serait aventuré de leur côté pendant les dix minutes qui suivirent aurait certainement pensé avoir une hallucination, s'il n'avait d'abord été victime d'une attaque cardiaque, en voyant l'austère Severus Snape (en chemise), et Hermione Granger (en short), occupés à faire des ricochets sur le lac de Poudlard. Et s'il avait survécu à ça, il aurait indubitablement été achevé en entendant le double éclat de rire qui suivit l'apparition d'un long tentacule paresseux, qui tentait d'intercepter les cailloux au passage.

La réunion de rentrée avait été fixée au vendredi 29 aout, soit trois jours avant la rentrée. La routine des repas dans la grande salle avait repris avec l'arrivée des autres professeurs, qui le 27, qui le 28. Neville était anxieux, Draco tout sourire, Charlie Weasley qui rentrait de vacances studieuses en Roumanie où il était allé retrouver ses chers dragons et accessoirement ses amis, se précipita pour serrer dans ses bras Hermione et Tonks, qui était de la même promotion que lui et avec qui il s'était toujours très bien entendu.

La réunion se déroula sans problèmes, les tâches administratives respectives de Minerva et de Filius, qui se partageraient dorénavant le poste de sous-directeur furent déterminées, les emplois du temps attribués, et les derniers ajustements entre professeurs se firent sans heurts notables. Les responsables de Gryffondor, Serpentard et Serdaigle restaient Neville Londubat, Aurora Sinistra et Filius Flitwick, quant à Poussouffle, Septima Vector qui avait assuré la relève de Pomona Chourave pendant les dix années précédentes ayant souhaité abandonner la fonction, il fut, après approbation du personnel, confié à Nymphadora Tonks-Lupin, ancienne élève de cette Maison. Si le directeur était nerveux, il ne le montra pas, se contentant de faire discrètement acte de présence, et de se tenir à la disposition de quiconque aurait désiré des précisions, ce qui n'eut pas lieu d'être, tant il avait pris soin de bien organiser les choses en amont, avant la réunion.

Une fois tous ces points réglés, il prit enfin la parole pour annoncer les deux gros changements qu'il avait décidé de mettre en place.

Le premier concernait l'accueil et l'accompagnement des nouveaux élèves avant leur répartition, qui ne serait plus confié à un chef de Maison, mais, après s'être longuement entretenu avec lui, à Ernie, qui en sa qualité de Cracmol n'avait pas étudié à Poudlard, n'avait aucun préjugé, et serait donc rigoureusement neutre dans ses explications, afin qu'aucun élève n'ait dès le départ, d'a priori ou de prévention contre telle ou telle Maison. Severus, qui hors l'intéressé, n'avait prévenu personne de sa décision, observait les réactions, un air de défi ouvertement affiché sur le visage. Minerva le dévisagea d'un air furieux, mais ne dit rien, il avait tout à fait le droit de prendre seul cette décision, qui n'enfreignait aucun point du règlement. Flitwick, de son côté, semblait songeur, et Sinistra radieuse. Neville avait trouvé un intérêt soudain pour ses chaussures, et ne pipait mot, tandis que Draco, comme Hermione, se retenait de pouffer. Malgré les petits changements intervenus en dix années de paix, les Serpentards n'étaient guère mieux considérés maintenant qu'ils l'avaient été à son époque. Le nouveau directeur avait manifestement décidé de prendre les choses en main, et de tenter de faire évoluer les mentalités.

Le deuxième fut l'annonce que tous les élèves, sans exception, devraient subir, dans le courant du premier trimestre, une visite médicale complète. Il avait en effet régulièrement constaté, au cours de ses années en tant qu'enseignant et de directeur de Maison, des comportements et traces suspects sur certains élèves. C'était une pratique qu'il avait depuis longtemps instituée pour ses Serpentards, mais il n'avait jamais réussi à convaincre ses collègues de se préoccuper assez du problème pour ne pas attendre que les intéressés viennent leur en parler. Or, il était particulièrement bien placé pour savoir que les enfants maltraités cultivaient à la perfection l'art de se taire, de minimiser les choses, ou de les faire passer pour des accidents. La maltraitance n'était hélas pas l'apanage des Moldus et de nombreuses vieilles familles 'dressaient' souvent leurs enfants de manière un peu trop énergique. Il ne précisa évidemment pas qu'il en avait lui-même jadis été victime, mais Hermione, qui l'avait aidé à en mettre le planning en place (Poppy, qu'elle tenait régulièrement au courant, avait été ravie de l'initiative, qu'elle avait en vain tenté de suggérer plusieurs fois à Albus, et s'était proposée pour venir prêter main forte à sa jeune remplaçante, les jours de visite), n'avait pas un instant été dupe.

Son discours de rentrée fut bref et soigneusement neutre. Il s'appliqua à adopter un ton modéré et à ne pas apparaître trop rébarbatif. Il rappela les points essentiels du règlement, invitant les préfets et chefs de Maisons à prendre le temps d'en expliquer tous les détails aux nouveaux élèves, accueillit Tonks, qu'il présenta comme 'le professeur Lupin', et Hermione, les deux nouveaux membres du personnel. Il surprit tout le monde en invitant enfin les élèves à ne pas hésiter à venir personnellement lui demander une entrevue s'ils le jugeaient nécessaire, au cas où ni leurs préfets ni leurs chefs de maisons n'auraient réussi à répondre à leurs interrogations ou à résoudre leurs problèmes. Mais la grande nouveauté de cette rentrée restait la visite médicale obligatoire, dont l'annonce provoqua maints chuchotements le long des tables.

Le seul incident notable se produisit pendant la Répartition.

Lorsque le premier Serpentard fut réparti, et qu'il gagna sa table, comme à l'accoutumée sous les seuls applaudissements de ses congénères, il se leva, sous les yeux effarés des autres membres du personnel. Jamais personne ne s'était permis d'interrompre la cérémonie.

—Y'a-t-il quelqu'un parmi vous, je parle de tous ceux qui ne font pas partie de la Maison de Serpentard, qui connaisse ce garçon ? (Le garçon en question, qui ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal, et commençait à se demander ce qui allait lui tomber dessus, s'était immobilisé mi-chemin de sa destination, et n'en menait pas large).

Un silence absolu s'était abattu sur la Grande salle, quelques têtes se secouaient négativement et beaucoup s'entreregardaient d'un air interloqué.

« Personne ? Bien, alors explorons une autre piste… A-t-il nui à quelqu'un pendant le voyage ? A-t-il eu un comportement, ou des propos, violents, choquants ou incorrects ?

Cette fois, tous les regards étaient fixés sur le directeur, mais encore une fois, seul le silence lui répondit.

« Non ? Alors quelqu'un parmi vous peut-il m'expliquer pourquoi tous les élèves répartis avant lui ont été applaudis par l'ensemble des Maisons, Serpentard compris, et pas lui ?

Beaucoup de têtes étaient maintenant baissées, et beaucoup de joues écarlates. Severus reprit la parole, sans élever la voix, sur ce ton égal et doucereux que tous ses anciens élèves avaient appris à reconnaître comme étant celui qui était le plus dangereux.

« Je pense que vous avez tous compris ce que je veux dire. A partir de ce soir, toutes les Maisons devront être considérées, et traitées, de la même façon, j'y veillerai personnellement. Il n'y aura plus aucun passe-droit ou tolérance sur cette question... Se tournant vers l'enfant : « veuillez prendre place parmi vos condisciples, jeune homme. Vous pouvez continuer», termina-t-il à l'adresse d'Ernie qui attendait, le Choixpeau à la main, avant de se rassoir sans accorder un regard à ses collègues. Aucun n'avait été dupe, la leçon leur était tout autant destinée à eux, qu'aux élèves.

A la fin du repas, prenant soin d'éviter Minerva à qui elle voulait laisser le temps de digérer la scène qui s'était produite pendant la Répartition avant d'avoir une conversation avec elle, Hermione fila récupérer le jeune Ted Lupin, qui bien que ne devant intégrer l'école que l'année suivante, avait été autorisé à prendre ses repas à la table de Poussouffle. Outre le fait qu'il ne serait ainsi pas seul dans les quartiers de sa mère, cela le mettrait déjà en contact avec ses futurs condisciples et le familiariserait avec le fonctionnement de l'école. Etre le fils d'un professeur risquait de ne pas être facile tous les jours, quoiqu'avec sa bouille rieuse et ses cheveux turquoise, il semblait bien être déjà en passe de devenir le chouchou de ces demoiselles. Tonks, qui devait remplir ses obligations de directrice de Maison, avait demandé à la jeune femme si elle pouvait se charger de garder un œil sur son fils, en attendant qu'elle puisse venir le récupérer.

—Ainsi donc, voici le jeune Ted Lupin ! Métamorphomage, comme votre mère, hein ?

Hermione sursauta -Severus avait toujours eu un don pour surgir silencieusement au moment où on ne s'y attendait pas- tandis que le gamin levait des yeux mordorés vers l'homme en noir qui le dominait de toute sa haute taille.

—Oui monsieur.

—Et les yeux de votre père à ce que je vois. Il se tourna vers Hermione. « Devrai-je me remettre aux fourneaux ? »

—Teddy n'a pas hérité de… des… insomnies de Remus, si c'est bien ce que vous voulez dire. Il dort toutes les nuits comme un ange et n'a jamais eu besoin d'aucune potion.

—Voilà au moins une bonne nouvelle… Eh bien, bienvenue à Poudlard, monsieur Lupin.

—Merci monsieur… Pourrais-je vous poser une question, monsieur ?

Severus considéra un instant avec un certain étonnement, cet enfant qui ne semblait pas avoir peur de lui.

—Vous pouvez toujours la poser. Nous verrons si elle est assez pertinente pour mériter une réponse.

—Je sais que je n'ai pas l'âge d'intégrer l'école, mais j'ai peur de m'ennuyer, pendant que maman donnera ses cours. Est-ce que je ne pourrais pas assister aux classes, même si je n'y participe pas ?

—Je crains fort, même en obtenant l'approbation des professeurs, que cela ne vous apporte plus de mal que de bien, certains pourraient vous accuser de bénéficier de passe-droits… mais je vais réfléchir au problème. En attendant, tâchez de faire honneur à vos parents, en ayant une conduite exemplaire.

—J'essayerai monsieur, merci monsieur.

— Maintenant, puis-je vous suggérer de ne pas faire attendre miss Granger plus longtemps ?

—Oui monsieur ! Bonsoir monsieur !

—Bonsoir monsieur Lupin. Miss Granger !

TBC